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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Escadre d'Extrême-Orient.

L’escadre d'Extrême-Orient[1] est un groupe naval de la marine nationale française créé pour la durée de la guerre franco-chinoise (août 1884–avril 1885).

L'Amiral Courbet

Sommaire

ContexteModifier

En 1882, les intérêts français en Extrême-Orient étaient protégés par deux divisions navales, la Division Navale de Cochinchine, basée à Saigon, et la Division Navale d'Extrême-Orient, basée à Yokohama. La Division Navale de Cochinchine avait pour mission de surveiller le navigation côtière entre Singapour et le détroit de Hainan et sur les fleuves de Cochinchine et du Cambodge, alors que la division navale de l'Extrême-Orient croisait le long des côtes de Chine et dans les eaux séparant la Chine du Japon[2]. L'intervention d'Henri Rivière au Tonkin en avril 1882 s'effectue aux moyens de bâtiments appartenant à la Division Navale de Cochinchine. La France ayant décidé de renforcer sa présence au Tonkin après la défaite et la mort de Rivière à la bataille du Pont de Papier (en), une division navale est créée à la fin du mois de mai 1883 pour patrouiller dans le Golfe du Tonkin. Le commandement de la « Division Navale des Côtes du Tonkin » est confié à l'amiral Amédée Courbet[3]. Une Flottille de Tonkin, composée d'un certain nombre d'avisos et de canonnières, est également mis sur pieds en prévision d'opérations terrestres à l'été 1883, cette flottille est placée sous la direction du général de brigade Alexandre-Eugène Bouët (1833-1887), commandant supérieur au Tonkin.

CompositionModifier

L'Escadre d'Extrême-Orient est officiellement créée le 27 juin 1884, en réponse au guet-apens de Bắc Lệ qui avait eu lieu quelques jours plus tôt, en réunissant la Division Navale des côtes du Tonkin avec la Division Navale d'Extrême-Orient. La Division Navale des côtes du Tonkin, sous le commandement de l'amiral Courbet depuis juillet 1883, était composée des cuirassés Bayard (navire amiral) et Atalante, du croiseur Châteaurenault, des frégates légères Hamelin et Parseval, des canonnières Lynx, Vipère et Aspic, des transports de troupes Drac et Saône et des torpilleurs no 45 et 46. La Division Navale d'Extrême-Orient, sous les ordres de l'amiral Sébastien Lespès depuis mars 1884, était composée des cuirassés La Galissonnière (navire amiral) et Triomphante, des croiseurs d'Estaing, Duguay-Trouin et Volta, et de la canonnière Lutin[4]. L'escadre nouvellement créée est confiée à Courbet, et Lespès est nommé commandant en second.

En octobre 1884, l'escadre est renforcée avec l'arrivée des croiseurs Rigault de Genouilly (en provenance de la station du Levant), Nielly (en provenance de la station de la mer des Indes) et Champlain[5]. À la fin novembre 1884 un quatrième croiseur, Éclaireur, arrive de la station du Pacifique[6]. En janvier 1885, le croiseur Duchaffaut rejoint l'escadre depuis le Nouvelle-Calédonie et le Lapérouse depuis la France métropolitaine[7]. Vers la fin mars 1885, le croiseur Kerguelen, transféré de la station du Pacifique, rejoint à son tour l'escadre. Les forces navales françaises au Tonkin sont renforcées significativement au printemps 1885 par l'arrivée des croiseurs Fabert et le Laclocheterie, et de la canonnière Jaguar, basée auparavant en baie d'Along au sein de la flottille du Tonkin.

En avril 1885, l'escadre est renforcée par l'arrivée d'une troisième division navale, partie de France en janvier 1885 sous le commandement de l'amiral Adrien-Barthélémy-Louis Henri Rieunier. La division de Rieunier était composée du cuirassé Turenne (navire amiral), des croiseurs Magon, Primauguet et Roland, et des canonnières Comète et Sagittaire. La division était accompagnée de deux torpilleurs supplémentaires, no 44 et 45, et par le croiseur auxiliaire Château-Yquem, un bâtiment civil loué et armé par le gouvernement français pendant la durée des hostilités contre la Chine[8]. La division de Rieunier atteint sa destination trop tard pour pouvoir prendre une part active aux opérations navales, mais certains des bâtiments qui la composent participeront au blocus du fleuve Yangzi entre avril et juin 1885.

En avril 1885, à la fin de la guerre franco-chinoise, l'escadre est composée des bâtiments suivant :

  • Cuirassés : Bayard, La Galissonnière, Turenne, Triomphante, Atalante
  • Croiseurs (1re classe) : Duguay-Trouin, Villars, d'Estaing, Lapérouse, Nielly, Magon, Primauguet, Roland
  • Croiseurs (2e classe) : Champlain, Châteaurenault, Éclaireur, Rigault de Genouilly
  • Croiseurs (3e classe): Kerguelen, Volta, Duchaffaut
  • Avisos-transports : Saône
  • Canonnières : Lutin, Vipère, Lynx, Comète, Sagittaire, Aspic, Jaguar
  • Transports (1re classe) : Annamite, Tonkin
  • Croiseurs auxiliaires : Château-Yquem
  • Torpilleurs (2e classe) : no 44, 45, 46 et 50[9].

L'amiral Courbet meurt à bord de son vaisseau amiral le Bayard dans le port de Makung, sur les îles Pescadores le 11 juin 1885, il est brièvement remplacé à la tête de l'escadre par l'amiral Sébastien Lespès. Le 25 juillet 1885, le gouvernement français rétablit la Division Navale d'Extrême-Orient dans telle qu'elle était en 1883. La division, sous le commandement de l'amiral Lespès, contre-amiral, avec Henri Rieunier, contre-amiral, comme commandant en sous ordre, était composée des cuirassés La Galissonnière (cuirassé vaisseau amiral), Turenne (cuirassé avec pavillon du contre-amiral Rieunier) et Triomphante, des croiseurs Lapérouse, Primauguet, Champlain et Roland, et des canonnières Vipère et Sagittaire[10]. Les autres bâtiments rentrent en France, sont transférés au Tonkin ou envoyés dans d'autres stations navales françaises tout autour du globe :

« Chaque jour de la fin de juin vit partir l'un des navires. Le d’Estaing et le Kerguelen s'en allèrent les premiers, remorquant jusqu'à Saïgon les torpilleurs 50 et 44 ; de là, ils firent route pour la France. Le Villars et l’Éclaireur les suivirent, ainsi que le Château-Yquem emmenant à Halong troupes, artillerie et mulets. Puis l’Annamite rapatriant les malades, le Duguay-Trouin et le Château-Renaud rentrèrent en France ; le Magon et le Fabert rejoignirent la station du Pacifique, et le Rigault de Genouilly la station du Levant. Peu après, l’Atalante alla désarmer à Saïgon et le Nielly rallia la station de la mer des Indes, tandis que le Laclocheterie, le Lutin et la Comète se dirigèrent sur le Tonkin, aux ordres du général de Courcy[11]. »

Le 1er octobre 1885, peu après la mort de l'illustre vice-amiral Anatole, Amédée, Prosper Courbet, l'amiral Henri Rieunier prend les fonctions de commandant en chef de la division navale de l'Extrême-Orient, confirmées, par décret présidentiel du 8 octobre 1885.

OpérationsModifier

 
La Galissonnière en action à Keelung, 5 août 1884

L'Escadre d'Extrême-Orient est engagée à plusieurs reprises dans les combats qui ont lieu pendant la guerre franco-chinoise. Le cuirassé La Galissonnière, le croiseur Villars et la canonnière Lutin prennent part au bombardement de Keelung le 5 août 1884, sous les ordres du contre-amiral Lespès. La force de débarquement envoyées par Lespès dans l'après-midi du 5 août pour occuper Keelung est composée des troupes embarquées à bord du Bayard et du Villars, sous le commandement respectif du capitaine de frégate Martin et du lieutenant de vaisseau Jacquemier. Les deux compagnies sont toutes deux attaquées par des forces chinoises supérieures en nombre dans la matinée du 6 août, et doivent se retirer en bon ordre en direction de la côte, où ils rembarquent. Les pertes françaises lors de cette opération s'élèvent à 2 morts et 11 blessés[12],[13].

D'autres bâtiments sont impliqués dans la bataille de Fuzhou (23 août 1884), dans plusieurs opérations pendant la campagne de Keelung, y compris lors des débarquements à Keelung et Tamsui (1er au 8 octobre 1884), le blocus de Formose (octobre 1884 à avril 1885), le combat de Shipu (14 février 1885), la bataille de Zhenhai (en) (1er mars 1885), la campagne des Pescadores (mars 1885) et le « blocus du riz » du fleuve Yantzi (mars à juin 1885). On assiste également à un certain nombre de faits d'armes isolés. La frégate légère Parseval, envoyée devant Shanghai à l'été 1884 pour observer les mouvements de la flotte chinoise des Mers du sud, parvient à s'échapper de nuit sous le feu des canons des forts Wusong en septembre 1884.

PertesModifier

Aucun des bâtiments de l'escadre n'est perdu au combat, mais plusieurs le sont dans d'autres conditions. La frégate légère Hamelin (capitaine de frégate Roustan) s'échoue dans le fleuve Min en juillet 1884 et est contrainte de rentrer en France pour réparations[14]. Treize marins meurent ébouillantés à bord du croiseur Rigault de Genouilly le 15 novembre 1884 après l'explosion d'une chaudière[15].

Le torpilleur no 45, qui avait combattu à Fuzhou, est perdu en mer le 21 mars 1885 alors qu'il se dirigeait vers Ningbo pour rejoindre les bâtiments français bloquant l'embouchure du fleuve Yangzi[16]. Le torpilleur no 46, qui avait attaqué et coulé la corvette chinoise Yangwu pendant la bataille de Fuzhou, est également perdu en mer au large de Makung le 30 avril 1885, peu de temps après la fin des hostilités[17]. Ces torpilleurs sont tous deux perdus alors qu'ils étaient pris en remorque (respectivement par le Châteaurenault et le d'Estaing) car la remorque céda dans les deux cas. Aucune perte n'est à déplorer à la suite de ces incidents.

Les pertes parmi les marins et les troupes embarquées à bord des vaisseaux sont faibles. L'escadre doit déplorer des pertes mineures lors de la bataille de Fuzhou et de la descente sur le fleuve Min. Les pertes sont plus importantes le 8 octobre 1884 lors du débarquement à Tamsui pendant la campagne de Keelung. Les pertes françaises lors du combat de Shipu sont faibles. Plusieurs marins meurent du choléra pendant l'occupation de quatre mois des îles Pescadores à la suite de la campagne des Pescadores.

Galerie : les bâtiments de l'escadreModifier

Galerie : les commandants de l'escadreModifier

Notes et référencesModifier

  1. On trouve parfois escadre de l'Extrême-Orient dans la littérature.
  2. La division navale de l'Extrême-Orient était également connue sous le nom de « division navale des mers de Chine et du Japon ».
  3. Loir 1886, p. 6–10
  4. Loir 1886, p. 5–6
  5. Loir 1886, p. 215
  6. Loir 1886, p. 224
  7. Loir 1886, p. 273 et 274
  8. Loir 1886, p. 294–295
  9. Loir 1886, p. 358–368
  10. Loir 1886, p. 354–355
  11. Loir 1886, p. 351–352
  12. Garnot 1894, p. 23–31
  13. Loir 1886, p. 91–101
  14. Loir 1886, p. 71–75
  15. Loir 1886, p. 222
  16. Duboc, p. 294
  17. Loir 1886, p. 331–332

Voir aussiModifier

Sources et bibliographieModifier

En français
En anglais
  • (en) John Rawlinson, China's Struggle for Naval Development, 1839–1895, Harvard, 1967
  • (en) Richard Wright, The Chinese Steam Navy, 1862–1945, Londres, 2001
En chinois
  • Lung Chang [龍章], Yueh-nan yu Chung-fa chan-cheng [越南與中法戰爭, Vietnam and the Sino-French War] (Taipei, 1993)

Articles connexesModifier