Escadre d'Extrême-Orient (France)

Division navale d'Extrême-Orient
Création 1870
Pays Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau de la France France (1870-1940)
Branche Marine nationale
Type Commandement de zone maritime
Garnison QG : Yokohama
Guerres Guerre franco-chinoise de 1883-1885
Commandant historique Amiral Courbet

La Division navale d'Extrême-Orient[1] est un groupe naval de la marine nationale française entre 1870 et 1940.

L'Amiral Courbet

ContexteModifier

Entre 1870 et 1940, la Marine française a trois grandes composantes :

1/ Les forces navales métropolitaines. Basées dans les grands ports de guerre (Toulon, Brest, Cherbourg...), elles ont pour mission d'assurer la défense des eaux territoriales françaises face aux menaces extérieures.

2/ Les forces navales dans les colonies. Leur mission est d'assurer la défense maritime des colonies, sous la responsabilité d'un gouverneur général. L'action des forces navales coloniales est limitée à des opérations de police et de surveillance.

3/ Les divisions navales lointaines ou outre-mer. Leurs missions : montrer le pavillon de la France dans les ports étrangers, assurer une présence permanente en vue de protéger les intérêts français, seconder l'action des ambassades et des consuls de France.

Sous la IIIe République, ces divisions navales sont notamment les suivantes :

- division navale du Levant, dans l'est de la Méditerranée

- station navale d'Islande

- station du Rio de la Plata, dans l'Atlantique sud

- division navale de Cochinchine

- division navale d'Extrême-Orient, parfois appelée division navale des mers de Chine et du Japon.

On peut distinguer trois périodes dans l'histoire de la Division navale d'Extrême-Orient :

  1. 1870-1893. De nombreuses interventions ont lieu, non seulement pour conduire la guerre avec la Chine (1883-1885, pour l'essentiel sous le commandement du contre-amiral Amédée Courbet, voir ci-dessous), mais également pour protéger les missions catholiques (en 1891, sous le commandement du contre-amiral Gustave Besnard), ou encore pour protéger les concessions françaises en Chine.
  2. 1894-1915 : à partir de la guerre de 1894 entre la Chine et le Japon, un décalage apparaît entre les missions assignées à la division navale et des moyens insuffisants.
  3. 1918-1940. Sortie victorieuse, mais exsangue de la Première Guerre mondiale, la France n'a plus les moyens de mener une politique ambitieuse en Asie orientale. Face à la montée du nationalisme chinois et de l'impérialisme japonais, la Division navale d'Extrême Orient s'efforce de protéger les intérêts de la France partout où ils sont menacés.
 
Gustave Besnard, en tenue de capitaine de vaisseau en 1883

Le principal conflit armé pendant lequel s'illustre la Division navale d'Extrême-Orient est la guerre franco-chinoise de 1883-1885. En 1882, les intérêts français en Extrême-Orient sont protégés par deux divisions navales, la Division navale de Cochinchine, basée à Saïgon, et la Division navale d'Extrême-Orient, basée à Yokohama. La Division navale de Cochinchine a pour mission de surveiller la navigation côtière entre Singapour et le détroit de Hainan et sur les fleuves de Cochinchine et du Cambodge. Pour sa part, la Division navale d'Extrême-Orient croise le long des côtes de Chine et dans les eaux qui séparent la Chine du Japon[2].

L'intervention d'Henri Rivière au Tonkin en s'effectue au moyen de navires de la Division navale de Cochinchine. La France décide de renforcer sa présence au Tonkin après la défaite et la mort de Rivière à Hanoï. Une division navale est créée en pour patrouiller dans le Golfe du Tonkin. Le commandement de la « Division navale des côtes du Tonkin » est confié au contre-amiral Amédée Courbet[3]. Cette Division navale des côtes du Tonkin est composée des cuirassés Bayard (navire amiral) et Atalante, du croiseur Châteaurenault, des frégates légères Hamelin et Parseval, des canonnières Lynx, Vipère et Aspic, des transports de troupes Drac et Saône et des torpilleurs no 45 et 46.

Une Flottille du Tonkin, composée d'un certain nombre d'avisos et de canonnières, est également mise sur pied en prévision d'opérations terrestres à l'été 1883. Cette flottille est placée sous la direction du général de brigade Alexandre-Eugène Bouët (1833-1887), commandant supérieur au Tonkin.

L'Escadre d'Extrême-Orient est officiellement créée le , en réponse au guet-apens de Bắc Lệ qui a eu lieu quelques jours plus tôt, en réunissant la Division navale des côtes du Tonkin avec la Division navale d'Extrême-Orient.

La Division navale d'Extrême-Orient, sous les ordres du contre-amiral Sébastien Lespès depuis , est composée des cuirassés La Galissonnière (navire amiral) et La Triomphante, des croiseurs d'Estaing, Duguay-Trouin et Volta, et de la canonnière Lutin[4].

L'escadre nouvellement créée est confiée à Courbet, et Lespès est nommé commandant en second.

En , l'escadre est renforcée avec l'arrivée des croiseurs Rigault de Genouilly (en provenance de la station du Levant), Nielly (en provenance de la station de la mer des Indes) et Champlain[5]. En , un quatrième croiseur, l'Éclaireur, arrive de la station du Pacifique[6]. En , le croiseur Duchaffaut rejoint l'escadre depuis la Nouvelle-Calédonie et le Lapérouse depuis la France métropolitaine[7]. Vers la fin , le croiseur Kerguelen, transféré de la station du Pacifique, rejoint à son tour l'escadre. Les forces navales françaises au Tonkin sont significativement renforcées au printemps 1885 par l'arrivée des croiseurs Fabert et Laclocheterie, et de la canonnière Jaguar, basée auparavant en baie d'Along au sein de la flottille du Tonkin.

En , l'escadre est renforcée par l'arrivée d'une troisième division navale, partie de France en janvier 1885 sous le commandement du contre-amiral Henri Rieunier. La division de Rieunier est composée du cuirassé Turenne (navire amiral), des croiseurs Magon, Primauguet et Roland, et des canonnières Comète et Sagittaire. Cette troisième division navale est accompagnée de deux torpilleurs et du croiseur auxiliaire Château-Yquem, un bâtiment civil loué et armé par le gouvernement français pendant la durée des hostilités contre la Chine[8]. La division de Rieunier atteint sa destination trop tard pour pouvoir prendre une part active aux opérations navales, mais certains des bâtiments qui la composent participeront au blocus du fleuve Yangzi entre avril et .

Pour récapituler, en , à la fin de la guerre franco-chinoise, l'escadre d'Extrême-Orient est composée des bâtiments suivants :

  • Cuirassés : Bayard, La Galissonnière, Turenne, Triomphante, Atalante
  • Croiseurs (1re classe) : Duguay-Trouin, Villars, d'Estaing, Lapérouse, Nielly, Magon, Primauguet, Roland
  • Croiseurs (2e classe) : Champlain, Châteaurenault, Éclaireur, Rigault de Genouilly
  • Croiseurs (3e classe): Kerguelen, Volta, Duchaffaut
  • Avisos-transports : Saône
  • Canonnières : Lutin, Vipère, Lynx, Comète, Sagittaire, Aspic, Jaguar
  • Transports (1re classe) : Annamite, Tonkin
  • Croiseurs auxiliaires : Château-Yquem
  • Torpilleurs (2e classe) : no 44, 45, 46 et 50[9].

L'amiral Courbet meurt à bord de son vaisseau amiral le Bayard dans le port de Makung, sur les îles Pescadores le . Il est remplacé à la tête de l'escadre par le contre-amiral Sébastien Lespès (commandant en chef du 11 juin 1885 au 1er décembre 1885). Le , le gouvernement français rétablit la Division navale d'Extrême-Orient telle qu'elle était en 1883. La division, sous le commandement du contre-amiral Lespès, avec Henri Rieunier, contre-amiral, comme commandant en sous-ordre, est alors composée des cuirassés La Galissonnière (vaisseau amiral), Turenne (cuirassé avec pavillon du contre-amiral Rieunier) et La Triomphante, des croiseurs Lapérouse, Primauguet, Champlain et Roland, et des canonnières Vipère et Sagittaire[10]. Les autres bâtiments rentrent en France, sont transférés au Tonkin ou envoyés dans d'autres stations navales françaises tout autour du globe :

« Chaque jour de la fin de juin vit partir l'un des navires. Le d’Estaing et le Kerguelen s'en allèrent les premiers, remorquant jusqu'à Saïgon les torpilleurs 50 et 44 ; de là, ils firent route pour la France. Le Villars et l’Éclaireur les suivirent, ainsi que le Château-Yquem emmenant à Halong troupes, artillerie et mulets. Puis l’Annamite rapatriant les malades, le Duguay-Trouin et le Château-Renaud rentrèrent en France ; le Magon et le Fabert rejoignirent la station du Pacifique, et le Rigault de Genouilly la station du Levant. Peu après, l’Atalante alla désarmer à Saïgon et le Nielly rallia la station de la mer des Indes, tandis que le Laclocheterie, le Lutin et la Comète se dirigèrent sur le Tonkin, aux ordres du général de Courcy[11]. »

OpérationsModifier

 
La Galissonnière en action à Keelung, 5 août 1884

L'Escadre d'Extrême-Orient est engagée à plusieurs reprises dans les combats qui ont lieu pendant la guerre franco-chinoise. Le cuirassé La Galissonnière, le croiseur Villars et la canonnière Lutin prennent part au bombardement de Keelung le , sous les ordres du contre-amiral Lespès. La force de débarquement envoyées par Lespès dans l'après-midi du pour occuper Keelung est composée des troupes embarquées à bord du Bayard et du Villars, sous le commandement respectif du capitaine de frégate Martin et du lieutenant de vaisseau Jacquemier. Les deux compagnies sont toutes deux attaquées par des forces chinoises supérieures en nombre dans la matinée du , et doivent se retirer en bon ordre en direction de la côte, où ils rembarquent. Les pertes françaises lors de cette opération s'élèvent à 2 morts et 11 blessés[12],[13].

D'autres bâtiments sont impliqués dans la bataille de Fuzhou (), dans plusieurs opérations pendant la campagne de Keelung, y compris lors des débarquements à Keelung et Tamsui (1er au ), le blocus de Formose ( à ), le combat de Shipu (), la bataille de Zhenhai (en) (), la campagne des Pescadores () et le « blocus du riz » du fleuve Yantzi (mars à ). On assiste également à un certain nombre de faits d'armes isolés. La frégate légère Parseval, envoyée devant Shanghai à l'été 1884 pour observer les mouvements de la flotte chinoise des Mers du sud, parvient à s'échapper de nuit sous le feu des canons des forts Wusong en .

PertesModifier

Aucun des bâtiments de l'escadre n'est perdu au combat, mais plusieurs le sont dans d'autres conditions. La frégate légère Hamelin (capitaine de frégate Roustan) s'échoue dans le fleuve Min en et est contrainte de rentrer en France pour réparations[14]. Treize marins meurent ébouillantés à bord du croiseur Rigault de Genouilly le après l'explosion d'une chaudière[15].

Le torpilleur no 45, qui a combattu à Fuzhou, est perdu en mer le alors qu'il se dirige vers Ningbo pour rejoindre les bâtiments français qui bloquent l'embouchure du fleuve Yangzi[16]. Le torpilleur no 46, qui a attaqué et coulé la corvette chinoise Yangwu pendant la bataille de Fuzhou, est également perdu en mer au large de Makung le , peu de temps après la fin des hostilités[17]. Ces torpilleurs sont tous deux perdus alors qu'ils étaient pris en remorque (respectivement par le Châteaurenault et le d'Estaing) car la remorque cède dans les deux cas. Aucune perte n'est à déplorer à la suite de ces incidents.

Les pertes parmi les marins et les troupes embarquées à bord des vaisseaux sont faibles. L'escadre déplore des pertes mineures lors de la bataille de Fuzhou et de la descente sur le fleuve Min. Les pertes sont plus importantes le lors du débarquement à Tamsui pendant la campagne de Keelung. Les pertes françaises lors du combat de Shipu sont faibles. Plusieurs marins meurent du choléra pendant l'occupation de quatre mois des îles Pescadores à la suite de la campagne des Pescadores.

Galerie : quelques-uns des bâtiments de la Division navale d'Extrême-OrientModifier

Galerie : quelques-uns des commandants de la Division navale d'Extrême-OrientModifier

Notes et référencesModifier

  1. On trouve parfois escadre de l'Extrême-Orient dans la littérature.
  2. La division navale d'Extrême-Orient était également connue sous le nom de « division navale des mers de Chine et du Japon ».
  3. Loir 1886, p. 6–10
  4. Loir 1886, p. 5–6
  5. Loir 1886, p. 215
  6. Loir 1886, p. 224
  7. Loir 1886, p. 273 et 274
  8. Loir 1886, p. 294–295
  9. Loir 1886, p. 358–368
  10. Loir 1886, p. 354–355
  11. Loir 1886, p. 351–352
  12. Garnot 1894, p. 23–31
  13. Loir 1886, p. 91–101
  14. Loir 1886, p. 71–75
  15. Loir 1886, p. 222
  16. Duboc, p. 294
  17. Loir 1886, p. 331–332

Voir aussiModifier

Sources et bibliographieModifier

En français
En anglais
  • (en) John Rawlinson, China's Struggle for Naval Development, 1839–1895, Harvard, 1967
  • (en) Richard Wright, The Chinese Steam Navy, 1862–1945, Londres, 2001
En chinois
  • Lung Chang [龍章], Yueh-nan yu Chung-fa chan-cheng [越南與中法戰爭, Vietnam and the Sino-French War] (Taipei, 1993)

Articles connexesModifier