Épice

ingrédients aromatisants utilisés dans la préparation des aliments et des boissons
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Une épice est une matière organique d'origine végétale odorante ou piquante. Elle est principalement utilisée en petite quantité en cuisine, comme conservateur, assaisonnement ou colorant, mais aussi en médecine, en teinturerie ou en distillerie. La notion d'épice se confond partiellement avec celle d'aromate, et dans une moindre mesure de condiment.

Échantillons de différentes épices.

Les épices sont issues de différentes parties de la plante : écorce (Cannelle), fleur (safran, clou de girofle), fruit (poivre, aneth, piment), rhizome (gingembre, curcuma), graine (noix de muscade, moutarde), etc. Certaines définitions excluent en revanche les plantes dont seuls sont utilisés les feuilles (persil, basilic, estragon, ciboulette, etc.), les tiges ou les bulbes (oignon, ail, etc.) Elles sont alors plutôt considérées comme des herbes aromatiques.

Ce sont pour la plupart des produits exotiques, ce qui explique que les épices étaient parmi les produits agricoles importés les plus coûteux, durant l'Antiquité et le Moyen Âge.

Étymologie et définitionsModifier

Histoire et évolution du termeModifier

Le terme « épice » tire son origine du latin species (même étymologie que « espèce »), qui signifiait en bas latin « denrée, épice, drogue ». Il fait une première apparition en français au milieu du XIIe siècle dans le Pèlerinage de Charlemagne, où il prend le sens de « substance aromatique »[1].

Aromates, condiments et herbes aromatiquesModifier

 
Différentes épices, aromates et fines herbes prêts à être inclus dans une préparation culinaire.

La notion d'épice est relativement floue et la plupart des dictionnaires se contentent de la décrire comme une substance aromatique d'origine végétale servant à assaisonner les mets. Cette définition crée une certaine confusion avec les notions d'aromate, de condiment ou encore d'herbe aromatique :

  • les aromates servent aussi à rehausser le goût des aliments, mais la suavité de leur parfum compte d'avantage que la force de leur saveur[2]. Ils sont également utilisés en médecine et en parfumerie[3], et peuvent être d'origine animale, comme c'est le cas pour le musc, le castoréum, ou l'ambre gris[4] ;
  • les herbes aromatiques sont des plantes aromatiques généralement de petite taille, dont les feuilles, les tiges et les fleurs sont généralement (mais pas toujours) utilisées fraîches[4], tels le basilic, le romarin, le thym, le persil ou l'estragon ;
  • les condiments sont plutôt des préparations élaborées à partir d'un mélange d'épices, d'aromates, d'herbes, mais aussi d'autres denrées (légumes, farine, bouillon)[4]. Ils sont généralement consommés en quantité importante avec les mets[5] et apportés à table au moment du service plutôt qu'intégrés dans la préparation culinaire. Ainsi, le sel, la mayonnaise ou les cornichons sont des condiments[4].

Ces distinctions sont néanmoins subtiles et variables en fonction des usages et des auteurs. Une même plante peut aussi être considérée diversement selon les parties utilisées et l'utilisation qui en est faite. Ainsi, les graines de coriandre, de fenouil ou de carotte sont des épices, alors que leurs feuilles ou leurs racines sont des herbes aromatiques ou des légumes[6]. Le piment est un légume ou un condiment lorsqu'il est consommé frais (entier ou en pâte) et une épice lorsqu'il est séché et réduit en poudre. La moutarde est une épice, alors que la préparation à partir de ses graines, qui s'appelle aussi moutarde, est un condiment. Le poivre, épice par excellence, peut être considéré comme un condiment lorsqu'il est placé à table pour assaisonner les plats après le service[4].

Textes normatifsModifier

 
Marché aux épices à Istanbul...
 
... à New Delhi...
 
... et à Pointe-à-Pitre.

Plusieurs organes officiels ont tenté d'établir des définitions, mais aucune d'elles ne permet de circonscrire de manière définitive et universelle une liste exhaustive des produits à considérer comme des épices.

L'une des premières définitions à portée internationale est établie lors du Ier Congrès international pour la répression des fraudes alimentaires et pharmaceutiques à Genève en 1908. Elle a le mérite d'inclure aussi les plantes indigènes à l'Europe (cumin, safran, etc.), mais restreint les épices à leur utilisation culinaire et ignore les usages en médecine ou en teinturerie[6] : « Substance végétale, d'origine indigène ou exotique, aromatique ou d'une saveur chaude, piquante, employée pour rehausser le goût des aliments ou y ajouter les principes stimulants qui y sont contenus[7]. »

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) propose un concept beaucoup plus large inclut en réalité toutes les plantes aromatiques et ne lève pas la confusion avec les condiments[8] : « Les épices sont des produits végétaux tels que les feuilles, fleurs, graines et racines qui sont riches en huiles essentielles et en principes aromatiques. Elles sont essentiellement utilisées comme condiments[9]. »

L'Organisation internationale de normalisation (ISO) ne fait pas de distinction entre épices (« saveur ») et aromates (« arôme »), et la liste qui l'accompagne contient des substances généralement considérées comme des herbes aromatiques (persil, estragon, etc.) ou des aromates (ail, échalote, oignon, etc.) [8] : « Produits végétaux ou mélanges de ceux-ci, exempts de matières étrangères, utilisés pour donner de la saveur et de l’arôme et pour assaisonner les aliments. Le terme est applicable à la fois au produit entier et au produit en poudre[10]. »

La terminologie du Code des règlements fédéraux de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, reprise par l'American Spice Trade Association (en), tente d'exclure les oignons, l'ail et le céleri sous prétexte qu'ils seraient des aliments :« Le terme épice désigne toute substance végétale aromatique sous forme entière, brisée ou moulue, à l'exception des substances qui ont été traditionnellement considérées comme des aliments, telles que les oignons, l'ail et le céleri[11],[12]. »

Enfin, la définition du Département fédéral de l'intérieur (Suisse) inclut les herbes aromatiques, qui seraient donc un type d'épices, mais ne considère que les substances séchées :« Les épices sont des parties de végétaux, telles que racines, rhizomes, oignons, écorces, feuilles, herbes aromatiques, fleurs, fruits, graines ou des parties de ceux-ci, séchées, possédant une saveur et une odeur fortes, qui sont ajoutées aux denrées alimentaires pour leur conférer une certaine sapidité[13]. »

Types et classificationModifier

Il existe de nombreuses listes d'épices dont le contenu varie en fonction des auteurs et des définitions retenues. Ces listes sont également tributaires des changements et des avancées en matière de nomenclature botanique. Une liste internationale (non exhaustive) de 109 plantes utilisées en tant qu'épices a été établie par l'Organisation internationale de normalisation en 1982 (revue et corrigée en 1995)[10].

Les épices peuvent être classées de différentes manières[14] : par familles, par parties utilisées, par types de croissance, par origines géographiques, par importance économique, par goûts et saveurs, etc.

Classification internationaleModifier

Pour promouvoir la cohérence et la comparabilité des informations au niveau mondial, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a établi un système de classification des produits alimentaires assorti de définitions internationalement reconnues[9]. Il reconnait neuf catégories d'épices :

Définitions des catégories d'épices par la FAO[9]
Code FAO Produit Image Contenu Définitions
687 Poivre   Plante grimpante vivace. Comprend les baies entières, concassées ou moulues. Le poivre noir est issu de baies qui ne sont pas encore parfaitement mûres, tandis que le poivre blanc provient de baies à parfaite maturité qui ont été débarrassées de leur enveloppe extérieure.
689 Piments   Les piments frais non écrasés ou non moulus sont considérés comme des légumes.
692 Vanille   Fruit (ou gousse) d'une plante grimpante de la famille des Orchidacées. Peut être entier, écrasé ou moulu.
693 Cannelle   Écorce intérieure de jeunes branches de certains arbres de la famille des Lauracées. Comprend les fleurs, le fruit et les déchets (chips) de l'arbre qu'ils soient entiers, écrasés ou moulus.
698 Girofle   Fruit entier du giroflier, y compris les fleurs cueillies avant maturité et séchées au soleil, et leur pédoncule.
702 Muscade - macis et cardamome   La muscade est l'amande brune intérieure du fruit du muscadier. Le macis est l'arille entourant cette amande. Les graines de cardamome sont renfermées dans la capsule produite par des herbes vivaces de la famille des Zingibéracées.
711 Anis - Badiane - Fenouil   Graines et baies des diverses plantes énumérées. Sont généralement utilisées comme épices, mais ont également des utilisations industrielles (par exemple en distillerie) et médicinales.
720 Gingembre   Rhizome d'une plante herbacée vivace. Est également utilisé pour préparer des boissons. Comprend le produit frais, provisoirement conservé ou séché, tandis que le gingembre confit ou conservé dans du sirop n'est pas pris en compte.
723 Épices NDA   Autres épices non identifiées séparément du fait de leur importance secondaire au plan international. Cette rubrique comprend également la poudre de curry et d'autres mélanges de diverses épices.

Parties utiliséesModifier

 
Les « clous de girofle » sont les boutons floraux du Giroflier (Syzygium aromaticum). Fiche botanique du XVIIIe siècle.

Les épices peuvent être issues de différents organes de la plante[15] :

Types de croissanceModifier

 
Le Poivrier noir (Piper nigrum) est une liane. Fiche botanique du XVIIIe siècle.

Les plantes à épices peuvent être arrangées en fonction de leur habitus[16] :

Origines géographiquesModifier

 
Le Muscadier (Myristica fragrans), dont sont tirés la noix de muscade et le macis, est originaire des Moluques en Indonésie. Fiche botanique du XVIIIe siècle.

Bien que les épices soient historiquement liées aux contrées « exotiques », elles proviennent de tous les continents[17]:

MélangesModifier

L'expression « mélange d'épices » est tout aussi difficile à définir que les épices qui la constituent. Elle est souvent utilisée pour tout et n'importe quoi et, bien souvent, les mélanges contiennent plus que des épices, comme des herbes aromatiques, ou des substances animales ou minérales. Leur composition varie également beaucoup d'une région à l'autre, ou au gré des traditions familiales, et une même appellation peut correspondre à des produits très différents[18]. Les exemples ci-dessous sont parmi les mélanges les plus connus en Occident et proviennent de diverses parties du monde.

Curry et masala (Inde)Modifier

 
Épices entrant dans la composition d'un curry indien, avant mélange : feuilles de laurier, cannelle, clous de girofle, cumin, moutarde noire, mélange garam masala, cardamome, piment, ase fétide et curcuma.

Le curry (ou cari) est un terme générique qui désigne un grand nombre de préparations différentes. Il est originaire du sous-continent indien et son nom dérive du tamoul kari qui signifie « ragoût » ou « plat mijoté »[19]. Le terme est surtout utilisé en Europe, où il fait son apparition en français dès le XVIIe siècle par l'intermédiaire de textes portugais, latins et néerlandais (forme « cari ») puis anglais (forme « curry »)[20]. En Inde, on lui préfère cependant le nom masala, qui signifie simplement « mélange ».

La « véritable » poudre de curry popularisée par les Anglais est celle de Madras (ancien nom de Chennai). Elle contient notamment du curcuma, du piment fort, du gingembre, de la coriandre, du cumin, de la moutarde noire, de l'ail, du poivre noir et du sel. L'odeur dominante est celle du cumin, la saveur est riche, complexe et variablement piquante, et la couleur est ocre-jaune foncé[21]. Certaines préparations contiennent en plus d'autres ingrédients, comme de la cardamome, de la cannelle, du fenouil, du fenugrec, du cubèbe ou encore des clous de girofle[22]. La norme internationale fixant les spécifications de la poudre de curry (établie en 1999) n'en précise pas la composition et indique que toute épice citée dans la liste internationale peut être utilisée. Elle précise néanmoins que la poudre doit être constituée d'un minimum de 85% d'épices, pas plus de 5% de sel, et peut contenir un produit amylacé alimentaire[23].

Parmi les poudres d'épices utilisées en Inde pour la préparation du curry, la plus célèbre est le garam masala, qui signifie « mélange chaud ». Il en existe de nombreuses sortes mais la plupart contiennent au moins de la cardamome, du cumin, de la cannelle, du poivre noir et des clous de girofle.

Chili (Mexique)Modifier

 
Le gochugaru est une variante coréenne du chili.

Le chili est un mélange d'origine mexicaine principalement composé de piments rouges : piment oiseau, piment jalapeño, piment serrano, etc[19]. Il comprend aussi d'autres épices en proportions variables, comme de la coriandre, du cumin, de l'origan, de l'ail, des clous de girofle, du poivre et du sel[24]. Son odeur et sa saveur sont chaudes, piquantes, aromatiques, persistantes et intenses, et sa couleur est habituellement brun rougeâtre foncé[25].

Le nom vient de la langue aztèque nahuatl, dans laquelle le mot chīlli signifie simplement « piment ». Il a été introduit en français via l'espagnol et l'anglais, et popularisé par le plat texan « chili con carne » dont il constitue le condiment principal[26]. Par analogie, les mélanges pimentées asiatiques (Inde, Chine, Corée, Thaïlande, etc.) sont également appelés « chili » et peuvent contenir d'autres épices pour satisfaire les goûts locaux[25].

Ras el-hanout (Maghreb)Modifier

 
Poudre de ras el-hanout.

Le ras el-hanout, dont le nom peut se traduire par « tête de l'épicerie », « haut du panier », ou encore « patron de la maison », est un mélange d'origine marocaine présent dans tout le Maghreb[27]. Il est traditionnellement composé d'une vingtaine d'épices, même si certaines préparations peuvent compter jusqu'à cinquante ingrédients, et que les versions désormais disponibles en supermarché n'en comprennent souvent qu'une dizaine[28]. La majorité des recettes contiennent au moins du poivre, du gingembre, de la muscade, de la cannelle, de la cardamome, des clous de girofle et du curcuma. On retrouve aussi parfois de la nigelle et de la racine d'iris, mais jamais de piments, qui sont servis à part sous forme de harissa[27]. En plus de ces épices, le ras el-hanout contient toujours des fleurs séchées, comme de la lavande ou des pétales ou boutons de rose. On y ajoute aussi parfois des substance aphrodisiaques : fruits du frêne, poudre de cantharides (préparée à partir d'insectes broyés), ou baies de belladone (à très faible dose, car elles sont toxiques)[28].

Le ras el-hanout est très aromatique et légèrement sucré, mais peu piquant. Il est utilisé dans la préparation des couscous, des tajines et des pastillas, mais aussi en pâtisserie ou pour parfumer le café. Il est particulièrement associé à la fête musulmane de l'Aïd el-Kebir[27].

Cinq épices (Chine)Modifier

 
Le cinq épices entouré de ses 5 ingrédients.

Le mélange « cinq épices » ou « cinq parfums » est une préparation traditionnelle chinoise que l'on mélange à la sauce de soja pour assaisonner les plats de canard et de porc[29]. Il utilise la symbolique du chiffre 5 dans la culture chinoise : les cinq éléments (métal, bois, eau, feu, terre) qui assurent l'équilibre du yin et du yang[30]. Il se compose d'anis étoilé, de poivre du Sichuan, de cannelle, de clous de girofle et de graines de fenouil à parts égales. On dit aussi qu'il mêle les cinq saveurs : sucré, salé, amer, acide et poivré[31].

HistoireModifier

Les jeunes épices ont joué un rôle important dans l’histoire humaine. Elles faisaient partie des biens les plus précieux dans le commerce du monde antique comme médiéval.

OriginesModifier

 
Les souks de Marrakech, riches en épices.

L'origine de l'utilisation des épices par les sociétés humaines n'est pas connue, mais remonte à la préhistoire[32]. Des débris d'alliaire officinale (ou « herbe à ail ») ont été retrouvés dans des phytolithes vieux de plus de 6 000 ans sur plusieurs sites des bords de la Baltique[33]. La plante n'ayant pas de valeur nutritionnelle particulière, elle était certainement utilisée pour relever le goût des aliments, ce qui en ferait l'une des première épice utilisée par l'homme en Europe. Il est également possible que cette pratique culinaire ait été importée du Proche-Orient en même temps que l'agriculture[32].

Plus généralement, des sources de l'Égypte, de la Chine, de l'Inde et de la Mésopotamie anciennes font référence à des épices non identifiées.

Dans la Genèse, Joseph est vendu comme esclave par ses frères à des marchands d’épices. Dans le Cantique des cantiques, le rédacteur compare sa bien-aimée à de nombreuses formes d’épices.

L'épopée indienne du Ramayana, peut-être écrit vers 200 av. J.-C., mentionne le girofle. Il était en tout cas connu des Romains au Ier siècle apr. J.-C., puisque Pline l'Ancien l'évoque dans ses écrits.

En Asie du Sud-Est insulaire, la muscade, originaire des îles Banda dans les Moluques, s'appelle pala, un mot sanscrit, la langue des textes sacrés de l'hindouisme, ce qui montre l'ancienneté de son usage dans la région. Des auteurs datent l'introduction de la muscade en Europe du VIe siècle apr. J.-C.[34].

Usages antiques et médiévauxModifier

Une idée commune veut que la cuisine médiévale utilise beaucoup d'épices pour masquer le goût des viandes avariées. Cette idée est issue des historiens du XIXe siècle, qui ont mal analysé les recettes et banquets médiévaux, alors que la viande est consommée à cette époque très fraîche et que ces épices, produits de luxe, sont réservées à l'aristocratie, excepté chez les apothicaires-épiciers qui délivrent des remèdes à base d'épices pour toutes les classes sociales[35]. Elles sont cependant considérées avoir des vertus médicinales, selon la théorie des humeurs, et leurs propriétés antimicrobiennes, provenant notamment de leurs huiles essentielles, sont utilisées pour la conservation de la viande, pratique qui se développe lorsque certaines épices comme le poivre deviennent populaires à partir du XVe siècle[36].

CommerceModifier

Le commerce des épices se développe surtout dans le Moyen-Orient, à partir de 2 000 ans av. J.-C. avec la cannelle, la casse du cassier et le poivre.

Une découverte archéologique suggère que l'introduction du girofle, indigène à l'île indonésienne de Ternate dans les Moluques, au Proche-Orient pourrait avoir commencé tôt. En effet, on a trouvé un clou de girofle parmi des restes calcinés sur le sol d'une cuisine incendiée du site mésopotamien de Terqa, dans l'actuelle Syrie, daté de 1700 av. J.-C.[37].

Les marchands indonésiens allaient jusqu'en Chine, en Inde, au Moyen-Orient et sur la côte est de l'Afrique. Les marchands arabes contrôlaient les routes entre le Proche-Orient et l'Inde jusqu'à l'époque romaine avec la découverte des voies maritimes. Puis la ville d'Alexandrie, en Égypte, devient le centre du commerce des épices grâce à son port. Du XIIIe siècle au XVe siècle, la ville de Venise exerce le monopole du commerce de l'épice avec le Moyen-Orient.

Le contrôle des routes commerciales et des régions agricoles productrices d'épices fut la principale raison de l’expédition du navigateur portugais, Vasco de Gama, vers l’Inde. L'Espagne et le Portugal souhaitaient contourner le quasi-monopole exercé par Venise sur l'est de la Méditerranée. À peu près à la même époque, Christophe Colomb, après avoir abordé au Nouveau Monde, fit miroiter à ses investisseurs la possibilité de s'approvisionner en épices.

C'est Afonso de Albuquerque (1453-1515) qui permettra aux Portugais de prendre le contrôle des voies maritimes arabes vers l'Inde. En 1506, il prend l'archipel de Socotra à l'entrée de la Mer Rouge et, en 1507, Ormuz à l'entrée du golfe Persique. Devenu vice-roi des Indes, il prend Goa en Inde, en 1510, et Malacca sur la péninsule malaise, en 1511. Les Portugais peuvent désormais commercer directement avec le Siam, la Chine et les Moluques. La route de la soie est doublée par les voies maritimes portugaises, amenant ainsi par Lisbonne en Europe les trésors de l'Orient, dont les épices tant convoitées.

Fonctions et utilisationsModifier

Usages culinairesModifier

Les épices apportent de la variété et du goût aux aliments de base et « excitent » l'appétit. Utilisées en petites quantités, elles ne contribuent pas au régime alimentaire d'un point de vue nutritionnel.

Odeur, saveur et utilisation culinaire des principales épices
Épices Odeur[38] Saveur[38] Utilisations culinaires[39]
Anis vert Très aromatique et suave, chaude, discrètement sucrée. À la fois douce, piquante et amère. Mélange de réglisse et de fenouil. Soupes, salades, carpaccios, pain d'épices, liqueurs.
Badiane Douce, capiteuse et fortement anisée (plus forte que l'anis vert). Anisée, douce et chaude, proche de la réglisse. Rappel de gingembre. Marinades de poissons, viandes, volailles, pain d'épices, confiseries, liqueurs.
Cannelle Douce et pénétrante. Chaude, boisée, sucrée, musquée et légèrement astringente. Potages, ragoûts, volailles, jambons, compotes, tartes, vin chaud, café.
Cardamome Faiblement camphrée à un peu poivrée. Chaude, légèrement brûlante, citronnée ou de camphre mentholé. Riz pilaf, riz au lait, viandes, confiseries, liqueurs, vin chaud, café, thé, tisanes.
Coriandre Fraîche, citronnée, un peu camphrée, légèrement anisée. De sauge et de zeste d'agrume, légèrement poivrée. Cornichons, potages, viandes, poissons, gâteaux, liqueurs, gin.
Cumin D'herbe sèche. Amère, chaude et poivrée, piquante et astringente. Marinades, viande de porc et de veau, légumes, sauces, volailles, pains, fromages, liqueurs.
Fenouil Fortement anisée. À la fois douce et amère, légèrement piquante, anisée, légèrement camphrée. Soupes, pains, court-bouillon, sauces, pâtisseries, confiseries, liqueurs.
Gingembre Épicée, poivrée, rosée et savonneuse. Piquante, poivrée, brûlante et citronnée, légèrement camphrée. Gâteaux, pain d'épices, sorbets, salades de fruits, confiseries, bières, limonades, liqueurs.
Genièvre Résineuse, de térébenthine, légèrement poivrée. Sucrée avec trace d'amertume et d'agrume. Court-bouillon, sauces, choucroute, gibier, marinades, pâtés, liqueurs, gin, bières.
Girofle Parfum d'œillet. Piquante, légèrement amère, fortement aromatique, fruitée et boisée à la fois, sensation de brûlure et d'engourdissement. Marinades, pâtés, potées, court-bouillon, sauces, salades de fruits, pain d'épices, confiseries, liqueurs, vin chaud.
Muscade Chaude, fortement épicée, délicatement sucrée, mélange de cannelle et de poivre. Épicée, légèrement brûlante et un peu amère. Viandes, ragoûts, poissons, fondues, coquillages, purées, compotes, soufflés, tartes, gâteaux, confiseries, liqueurs, vin chaud, vermouth.
Piment Faible, légèrement sternutatoire. De douce à piquante extrême (selon échelle de Scoville), sucrée à amère, fruitée, boisée, fumée, fleurie, fraîche avec un goût de terre. Tartares, sauces, charcuteries, fromages, boissons.
Poivre noir Aromatique, sternutatoire et irritante. Âpre, brûlante et aromatique, piquante et résineuse. Utilisation universelle ; potages, viandes, charcuteries, sauces, poissons, légumes, salades.
Vanille Fleurie, exotique, capiteuse. Aromatique, balsamique, de bois pyrogéné. Charcuteries, lapin, purées de légumes, pâtisseries, confiseries, glaces, compotes, yaourts, crèmes, boissons.

Usages médicinauxModifier

Usages en parfumerie et cosmétiqueModifier

Autres usages traditionnels et industrielsModifier

CompositionModifier

Les épices contiennent des composés odorants (parfois nommés fautivement « arômes »), mais aussi des composés sapides et, surtout, des composés à action trigéminale, ce qui les distingue des aromates. Elles sont donc responsables des odeurs (orthonasale : par les narines; ou rétronasales : par les fosses rétronasales, qui relient la bouche au nez), des saveurs, et des stimulations du nerf trijumeau (piquants, frais...).[réf. souhaitée]

Économie et productionModifier

Principaux producteurs d'épices en 2018 (par catégories de produit FAO, en tonnes)[a],[40]
États Poivre Piments Vanille Cannelle Girofle Muscade, macis, cardamome Anis, Badiane, Fenouil Gingembre Autres (épices NDA)
  Bangladesh 141 177 79 438 173 079
  Brésil 101 274
  Bulgarie 51 958 1 245 5 977 830
  Chine 36 345 321 290 459 81 545 1 322 56 395 533 407 114 197
  Comores 30 2 379 62
  Éthiopie 4 095 294 299 166 4 822 10 778 39 441
  Guatemala 757 38 163 2 202 427
  Inde 67 472 1 808 011 16 860 678 938 893 242 1 928 708
  Indonésie 88 715 2 259 83 734 123 399 36 242 207 412 109 314
  Iran 3 882 65 792
  Madagascar 5 542 1 799 3 102 3 113 23 325 16 59 128 232
  Mexique 9 141 60 755 495 127 244 3 923 4 014
  Népal 52 500 6 849 284 000 23 804
  Nigéria 70 871 369 019 6 903
  Pakistan 148 114 20 77 548
  Papouasie-N.-G. 4 493 91 306
  Sri Lanka 48 253 24 020 5 508 3 074 14 208 5 465
  Tanzanie 516 7 080 9 121 724 1 383 42
  Thaïlande 1 370 247 010 167 952 3 016
  Turquie 14 295 314 39 277 245 601
  Viet Nam 262 658 101 548 29 053 4 511

AnnexesModifier

NotesModifier

  1. Les cellules colorées indiquent les trois principaux producteurs par catégorie.

RéférencesModifier

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques d'« épice » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. Guyot 1972, la notion d' « épices ».
  3. Définitions lexicographiques et étymologiques d'« aromate » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  4. a b c d et e Gayet 2010, p. 10.
  5. Arvy et Gallouin 2003, p. 8.
  6. a et b Gayet 2010, p. 11.
  7. Compte-rendu des travaux du ler Congrès international pour la répression des fraudes alimentaires et pharmaceutiques, Genève, I. Soullier, , 290 p. (lire en ligne), p. 229.
  8. a et b Ravindran 2017, p. xxii.
  9. a b et c Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), « Définition et classification des produits », sur www.fao.org (consulté le 26 septembre 2020).
  10. a et b Organisation internationale de normalisation (ISO), Norme internationale 676 : Épices — Nomenclature botanique, Genève, , 2e éd., 21 p. (présentation en ligne).
  11. (en) Food and Drug Administration, « Sec. 101.22 Foods; labeling of spices, flavorings, colorings and chemical preservatives », dans Code of Federal Regulations Title 21, vol. 2, (lire en ligne), alinéa a2.
  12. (en) American Spice Trade Association, « Definition of Spice », sur astaspice.org (consulté le 8 octobre 2020).
  13. Département fédéral de l'intérieur, chap. 10 « Fines herbes, épices et préparations d’épices », dans Ordonnance sur les denrées alimentaires d’origine végétale, les champignons et le sel comestible, (lire en ligne).
  14. (en) P. Chhetri, A.K. Vijayan, S.K. Bhat, B.A. Gudade et S.S. Bora, « An Overview of Grouping of Spices », Indian Botanists,‎ , p. 1-3 (lire en ligne).
  15. Ravindran 2017, Table 3. Spices grouped on the basis of the useful part, p. xxvi.
  16. Ravindran 2017, Table 4. Spices grouped on the basis of growth habit, p. xxvi.
  17. Ravindran 2017, Table 7. Geographic or region-wise occurence of spices, p. xxix-xxx.
  18. Gayet 2010, p. 207.
  19. a et b Gayet 2010, p. 209.
  20. Définitions lexicographiques et étymologiques de « cari » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  21. Arvy et Gallouin 2003, p. 348.
  22. Gayet 2010, p. 210.
  23. Organisation internationale de normalisation (ISO), Norme internationale 2253 : Poudre de curry — Spécifications, Genève, , 3e éd., 13 p. (présentation en ligne).
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BibliographieModifier

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