Drag king

artiste qui surjoue l'identité masculine par un travestissement lors d'une performance artistique, en miroir de la drag queen

Les drag kings (terme anglais construit en miroir de drag queen) sont des personnes construisant une identité masculine volontairement basée sur des archétypes de façon temporaire le temps d'un jeu de rôle. Ces personnes peuvent revendiquer toute identité de genre et orientation sexuelle, même s'il s'agit régulièrement de femmes lesbiennes. Les drag kings construisent leur identité à travers la masculinité, au cours d'un spectacle ou d'ateliers.

Un groupe de drag kings se produisant en spectacle.

Le mouvement, qui trouve son origine aux débuts du XXe siècle chez les garçonnes, est une volonté, souvent issue du mouvement du féminisme radical, de refuser les stéréotypes de genre. Si les drag kings manifestent par leur apparence physique leur appartenance au genre masculin, ils ne sont pas nécessairement transgenres.

HistoriqueModifier

 
Couverture d'une partition de "I'm Afraid to Come Home in the Dark", par la chanteuse et travestie Hetty King.

Des femmes se travestissent au théâtre et à l'opéra dès le dix-huitième siècle[1]. La première travestie célèbre aux États-Unis est Annie Hindle, qui se représente à New York à partir de 1867[2]. En 1886, elle épouse sa styliste, Annie Ryan[3].

Des travesties britanniques célèbres sont Vesta Tilley, Ella Shields et Hetty King[4],[5]. Des années 1920 aux années 1940, la chanteuse Gladys Bentley joue à New York, Los Angeles et San Francisco habillée en homme. Dans les années 1950 et 1960, Stormé DeLarverie accompagne une troupe de drag queens à la revue du Jewel Box[6].

En 1972, le mot drag king est utilisé pour la première fois sur un support écrit[7]. Il inclut parfois des personnes à corps féminin qui s'habillent de façon masculine, sans but de spectacle. Des femmes modernes choisissant de porter un costume, une cravate, une veste d'homme ou encore un chapeau d'homme ne sont pas des drag kings.

En 1989, Diane Torr fonde les Drag King Workshops pour apprendre aux femmes à se déguiser en hommes[8],[9]. En 2002, elle apparaît dans le film Venus Boyz[10].

TechniquesModifier

Modifications corporellesModifier

 
Le drag king JC Leigh Cox au cours d'une représentation.

Les drag kings, suivant le modèle des hommes trans, utilisent le plus souvent les techniques du bandage de la poitrine et du packing. La première technique consiste à réduire ses seins de façon temporaire en la serrant avec des bandes de tissus[11]. Une alternative permet d'utiliser du ruban adhésif de bondage pour amener les seins sous les aisselles, l'intérêt de ce scotch précis étant qu'il n'abîme pas la peau[12]. La seconde consiste à simuler la présence d'un pénis dans le pantalon : chez les drag kings débutants, on utilise souvent des chaussettes, tandis que des modèles en silicone plus réalistes existent pour les plus expérimentés[11].

Maquillage et vêtementsModifier

L'étape suivante est celle du maquillage. Avec des fonds de teint de différentes couleurs, les drag kings accentuent leurs mâchoires, l'arête de leur nez et leurs arcades sourcilières, les rendant saillantes. La pilosité faciale, quant à elle, est imitée par du mascara, surnommé menscara, de mascara et men, hommes en anglais, ou par des morceaux de perruque collés sur le visage[11]. Certains drag kings utilisent des mèches de leurs propres cheveux à cet effet pour plus de réalisme[12].

Les vêtements font également l'objet de beaucoup d'attention. Par exemple, les drag kings portent des hauts qui donnent un air plus carré à leurs épaules[12].

ComportementModifier

Vient ensuite l'adaptation du comportement. Les drag kings adoptent souvent une masculinité exagérée, jouant avec les clichés sur les attitudes masculines[13]. Par exemple, ils s'asseoient systématiquement en position de manspreading, évitent les sourires et attitudes avenantes, se déplacent avec le moins de grâce possible[11]. D'autres décident de jouer avec les codes et de présenter une figure masculine soumise, fragile et docile[12].

Concours de drag kingsModifier

Il existe des concours de drag kings, dont notamment celui organisé à Londres[14] dès 1995 et le Concours de drag king de San Francisco dès 1994[15],[16].

Dans la cultureModifier

  • 2021 : King Max de Adèle Vincenti-Crasson avec Julie Furton, Jay des Adelphes, Thomas Occhio (court-métrage de 21 min)[17]

RechercheModifier

Luca Greco s'est penché sur les pratiques de construction et de présentation de soi dans un atelier Bruxellois de Drag King. Il interroge l'approche interactionnelle et multisémiotique du genre relativement à l’histoire individuelle et collective des participants dans cet atelier[18].

Notes et référencesModifier

  1. Senelick, Laurence., The changing room : sex, drag, and theatre, Routledge, (ISBN 0-415-10078-X, 9780415100786 et 0415159865, OCLC 42752641, lire en ligne)
  2. (en) Lesley Ferris, Crossing the Stage : Controversies on Cross-dressing, Psychology Press, , 198 p. (ISBN 978-0-415-06269-5, lire en ligne)
  3. (en) Lisa Duggan, Sapphic Slashers : Sex, Violence, and American Modernity, Duke University Press, , 310 p. (ISBN 978-0-8223-2617-5, lire en ligne)
  4. Maitland, Sara, 1950-, Vesta Tilley, Virago, (ISBN 0-86068-795-3 et 9780860687955, OCLC 18165559, lire en ligne)
  5. Slide, Anthony,, Great pretenders : a history of female and male impersonation in the performing arts (ISBN 978-0-87069-474-5 et 0-87069-474-X, OCLC 15048231, lire en ligne)
  6. (en) Phyllis Rauch Klotman et Janet K. Cutler, Struggles for Representation : African American Documentary Film and Video, Indiana University Press, , 483 p. (ISBN 978-0-253-21347-1, lire en ligne)
  7. (en) Bruce Rodgers, The queens' vernacular : a gay lexicon, Straight Arrow Books, (lire en ligne)
  8. (en) Ken Gelder, The Subcultures Reader, Psychology Press, , 639 p. (ISBN 978-0-415-34416-6, lire en ligne)
  9. Rapi, Nina. et Chowdhry, Maya., Acts of passion : sexuality, gender, and performance, Haworth Park Press, (ISBN 0-7890-0370-8, 9780789003706 et 1560231084, OCLC 39108745, lire en ligne)
  10. Kramer, Gary M., Independent queer cinema : reviews and interviews, Southern Tier Editions, Harrington Park Press, , 255 p. (ISBN 978-1-56023-343-5 et 1560233435, OCLC 61704738, lire en ligne)
  11. a b c et d « Drag-King, l'atelier où les filles apprennent à se travestir », sur Le Huffington Post, (consulté le )
  12. a b c et d (en-GB) Dani Weber, « How I fell in love with performing as a drag king | Dani Weber », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  13. « La grève du genre », sur France Culture (consulté le )
  14. Christine Bard et Nicole Pellegrin, Femmes travesties : un "mauvais" genre, Presses Univ. du Mirail, , 299 p. (ISBN 978-2-85816-483-7, lire en ligne)
  15. (en-US) J. R. Tungol, « 28 Drag Kings You Should Know », Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. (en) Christopher Harrity, « PHOTOS: The Drag Kings Who Rule San Francisco », ADVOCATE,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. « KING MAX », sur Festival de Cannes (consulté le )
  18. Luca Greco, Dans les coulisses du genre : la fabrique de soi chez les Drag Kings, Limoges, Lambert Lucas, , 184 p. (ISBN 978-2-35935-252-8)

Voir aussiModifier