Ouvrir le menu principal
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Douris.

Douris de Samos (en grec ancien Δούρις / Doúri), est né vers 340 av. J.-C. et meurt vers 270 av. J.-C., bien que ces dates restent discutées. Il est un historien grec de Samos[1], contemporain des Diadoques. Sa principale œuvre est une histoire de la Macédoine: Les Macédoniques. Par ailleurs, il a été tyran de Samos, ainsi qu'élève de Théophraste à l'école péripatéticienne[2].

Sommaire

BiographieModifier

Prétendument descendant d'Alcibiade[3], Douris est peut-être né en exil à la suite de l'expulsion des habitants de Samos par les clérouques athéniens qui occupent la cité de 342 à 324 av. J.-C. Douris a très probablement séjourné à Athènes pour parfaire son éducation, peu de temps avant 300[4]. Il y est l'élève de Théophraste, scholarque de l'école péripatéticienne, le Lycée, et successeur d'Aristote[5]. Encore jeune homme, il aurait remporté une épreuve de boxe aux Jeux Olympiques, ce qui lui vaut une statue à Olympie[6]. Vers 294, Douris devient tyran de Samos, succédant probablement à son père[7]. Il règne environ une décennie avec l'appui de Lysimaque, le roi de Thrace. On sait que Douris a vécu au-delà de cette date[8].

Douris condamne dans ses œuvres le vice[9], comme le luxe excessif, la décadence ou la boisson, qui engendraient, selon lui, un déclin politique et militaire[10].

ŒuvresModifier

Douris de Samos est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire dont il ne reste que des fragments. Il est auteur d'une Histoire de la Grèce, d'une Histoire d'Agathocle[11], d'Annales de l'Histoire de Samos et peut-être d'un traité sur la tragédie athénienne d'Euripide à Sophocle[12]. Son principal ouvrage sont les Macédoniques (Makédonika), elles aussi disparues. Selon le philologue Felix Jacoby, il reste de nos jours 96 fragments des œuvres de Douris[13], dont 36 proviennent des Macédoniques.

Les Macédoniques, composées de 23 livres[14], de l'histoire du royaume de Macédoine de la mort d'Amyntas III à la bataille de Couroupédion durant laquelle est tué son protecteur Lysimaque[15],[16]. Cet ouvrage sert de source à d'autres auteurs, tes Plutarque (Vie d'Eumène, Vie de Démétrios) ou Trogue Pompée dont Les histoires philippiques ont été abrégées par Justin.

D'après les fragments conservés, Douris montre un idéal tragique contrairement au pragmatisme de Thucydide et de l'histoire rhétorique. En effet, Douris attache beaucoup d'importance aux détails et aux anecdotes qui peuvent révéler le tempérament des grands hommes, ce qui s'avère proche de la pensée péripatéticienne[17]. Cet esprit littéraire et dramatisant fait que Douris puisse être remis en cause : Plutarque met en doute la véracité de ses propos[18], tandis que Hiéronymos de Cardia semble avoir écrit l'Histoire des Successeurs d'Alexandre en réaction à Douris.

Selon certain historiens modernes, Douris ne témoigne pas d'une grande considération envers les Macédoniens. Il aurait opposé, par patriotisme grec, les vertueux Démosthène, Phocion, Eumène de Cardia aux Diadoques excessifs et immoraux : Polyperchon est alcoolique, Démétrios montre de l'intempérance et se laisse aller à la luxure. Pour autant Élien, qui s'inspire ici de Douris, compare négativement les origines supposément modestes d'Antigone, Eumène et Polyperchon[19]. Cependant, les remarques de Douris n'atteignent pas le prestige politique de ces personnages. La Vie de Démétrios de Plutarque, inspiré en droite ligne de Douris, ne témoigne d'aucune hostilité envers les Antigonides. En outre, Douris parait avoir ménagé Lysimaque. Du reste, Pausanias s'inspirera de Douris pour réfuter les accusations d'impiété formulées par Hiéronymos de Cardia contre Lysimaque et atténuer la responsabilité du roi dans le meurtre de son fils, Agathoclès[20]. Par ailleurs, Douris ne témoigne pas d'hostilité envers Cassandre, le protecteur des péripatéticiens qui a été objet d'un traité de Théophraste (Sur la Royauté)[21].

Notes et référencesModifier

  1. Athenée, Deipnosophistes, 4, 1,128a ; Athenée, Deipnosophistes, 8, 18, 337d ; Plutarque (Ploutarchos), Alcibiades, 32 ; Pausanias, Description de la Grèce, 6, 13, 5-6 ; Ciceron, M.Tullius, Lettres à Atticus, 6, 1, 18 ; Didymos d’Alexandrie, Orationes (11, In epistulam Philippi), 11, 22, col. 12, 50 5.
  2. Les fragments de Douris semblent démontrer une proximité morale avec les péripatéticiens.
  3. Plutarque, Vie d'Alcibiade, 32.
  4. Athenée, Deipnosophistes, IV, 1, 128a.
  5. R.B. Kebric, « Une note sur Douris à Athènes », CP n°69, 1974, p. 286-7 ; Dans l'ombre de Macédoine : Douris de Samos, 5-6.
  6. Pausanias, Description de la Grèce, VI, 13, 5.
  7. Athenée, Deipnosophistes, VIII, 18, 337d.
  8. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, VIII, 40.
  9. M.A. Flower, Théopompe de Chios : Histoire et rhétorique au IVe siècle av. J.-C., Oxford, 1994.
  10. R.B. Kebric, Dans l'ombre de la Macédoine : Douris de Samos, 19-35.
  11. Pour les événements de Sicile, l’Histoire d’Agathoclès est l'une des sources de Diodore de Sicile dans la Bibliothèque historique, XIX.
  12. Athénée, Deipnosophistes, IV ; XIV.
  13. Felix Jacoby, Fragmente der griechischen Historiker, volumes II-A, n°76 (Douris) ; II-B, n°154 (Hiéronymos) ; III-B, n°328 (Philochore).
  14. Photios, Bibliothèque, 176, 121a 41 ; Athénée, Deipnosophistes, XII, 66, 546cd.
  15. Diodore, VII, 60, 3-6.
  16. Strabon, Géographie, I, 3, 19.
  17. Aristote, Éthique, IV, 7, 1127 a : « Les paroles, les actions, la conduite révèlent l’homme ».
  18. Plutarque, Vie de Périclès, 28 ; Vie de Démosthène, 19 ; Vie d'Alcibiade, 32, Vie d'Eumène, 1.
  19. Élien, Histoires variées, XII, 43.
  20. Pausanias, VI, 9, 8 ; 10, 3.
  21. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, V, 43.

SourcesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Robert B. Kebric :
    • « A Note on Duris in Athens », CP, no 69 (1974), p 286-287 ;
    • In the shadow of Macedon : Duris of Samos, Historia Einzelschriften, 29, 1977, 99 p. ;
  • Paul Pedech, Historiens compagnons d’Alexandre, Collection des Études Anciennes, 1984, p.255-389.
  • Franca Landucci Gattinoni, Duride di Samo, Centro ricerche e documentazione sull'Antichità Classica - Monografie n°18, 1997, 351 p. ;
  • Luc Brisson, Monique Dixsaut Platon, source des présocratiques, p.35
  • Kebric, In the L’ombre de Macédoine, 19–35; de Théopompe; G.S. Shrimpton, Théopompe l’historien (Montreal et Kingston, 1991), 127–56; M.A. Flower, Théopompe Chios: Histoire et Rhéthorique au IVe siècle av. J.-C.. (Oxford, 1994), 63–97; F. Pownall, Leçons du passé: l’utilisation morale de l’histoire dans la prose du IVe siècle (Ann Arbor, 2004), 143–75.
  • Knoepfler Denis. Trois historiens hellénistiques: Douris de Samos, Hiéronymos de Cardia, Philochore d'Athènes. Histoire et historiographie dans l'Antiquité. Actes du 11e colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur- Mer les 13 et 14 octobre 2000. Paris: Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 2001. pp. 25-44. (Cahiers de la Villa Kérylos, 11).
  • Valérie Naas, Mathilde Simon, De Samos à Rome: personnalité et influence de Douris, Presses universitaires de Paris Ouest, 2015.
  • Préaux Jean G. Athénée de Naucratis. Les Deipnosophistes. Livres I et II. Dans la « Revue belge de philologie et d'histoire », tome 36, fasc. 3, 1958. Langues et littératures modernes — Moderne talent en letterkunden. pp. 950-951.
  • Hannick Jean-Marie. Robert B. Kebric, Dans l’ombre de la Macédoine : Douris de Samos. Dans: L'antiquité classique, Tome 48, fasc. 1, 1979. pp. 266-267.
  • Puiggali J., Plutarque, Vies, tome XIII, Démétrios-Antoine. Texte établi et traduit par R. Flacelière et Émile Chambry, 1977. (Coll. des Univ. de France, publiée sous le patronage de l'Assoc. G. Budé). Dans : « Revue des Études Anciennes ». Tome 85, 1983, n°1-2. pp. 140-141.