Dornach (Mulhouse)

ancienne commune française du Haut-Rhin
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Dornach
Dornach (Mulhouse)
Temple calviniste de Dornach.
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Alsace
Ville Mulhouse
Conseil de quartier 1
Code postal 68200
Démographie
Population 5 684 hab. (2006)
Géographie
Coordonnées 47° 44′ 50″ nord, 7° 18′ 33″ est
Transport
Gare Gare Zu-Rhein
Gare de Mulhouse-Dornach
Gare Musées
Tramway Tramway de Mulhouse
(Tram)(3)tram-train
Bus Bus du réseau Soléa
(Bus) C5 C6 13 14
Localisation
Localisation de Dornach
Localisation du quartier dans la commune de Mulhouse.
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Dornach
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Dornach

Dornach est un des principaux quartiers bourgeois[1] de Mulhouse intra muros, situé dans l'ouest de la ville-centre, limitrophe de Morschwiller-le-bas et de Lutterbach. C'est un lieu d'occupation ancien qui doit son nom aux Celtes. Il s'agit d'une ancienne commune autonome qui fit longtemps office de ville-frontière entre la République de Mulhouse, indépendante et la Haute-Alsace (dont elle faisait partie), alternativement sous domination française et allemande.

La ville, dont la population a fortement augmenté au XIXe siècle grâce au développement industriel, demande en 1908, sous l'empire allemand, son rattachement à Mulhouse car elle est incapable de régler seule les problèmes liés au développement urbain. Cette fusion sera effective en 1914. Dornach conserve toutefois un plan d'urbanisme de type villageois qui rend le quartier attractif sur le plan résidentiel. La proximité d'une grande zone commerciale périphérique et de deux parcs d'activités, associée à des dessertes autoroutière, ferroviaire (Gare de Mulhouse-Dornach) et à la présence du tramway (Ligne 3) renforcent encore cette attractivité.

GéographieModifier

Le quartier de Dornach est situé à l'ouest de Mulhouse. Il est traversé par un diffluent de la Doller qui a été canalisé au XIXe siècle, lors de l'industrialisation du site : le Steinbaechlein.

TransportModifier

Le quartier est desservi par la gare de Mulhouse-Dornach et par les transports en commun de l'agglomération mulhousienne.

Communes limitrophesModifier

Communes limitrophes du quartier de Dornach
Lutterbach Mulhouse (quartier Brustlein) Mulhouse (quartier Brustlein)
Morschwiller-le-Bas   Mulhouse (quartier Daguerre)
Mulhouse (quartier des Coteaux) Mulhouse (quartier des Coteaux) Mulhouse (quartier Haut-Poirier)

ToponymieModifier

En alsacien : Durni. Issu de Turnach (1250) de l'étymon gallo-romain Turnacum qui signifie « là où il y a une élévation de terrain ». Ce mot a la même étymologie que Tournay et Tournai (Doornik) en Belgique[2].

HistoireModifier

PréhistoireModifier

On trouve des traces d'occupation de Dornach dès le Néolithique : silex taillés et haches découverts au pied de l'Illberg. Des vestiges datant des périodes de Hallstatt et de La Tène sont des tombes, des fibules vilannoviennes, des monnaies gauloises et d'autres objets. Les Romains latinisent le nom Durnachos en Durnacum ou Turnacum. Lors de grandes invasions, le lieu est occupé par les Alamans et les Francs qui germanisent son nom en Turnich, Durnich, Durnach et enfin Dornach.

Moyen ÂgeModifier

Au Moyen Âge, le village de Dornach appartient à l'abbaye de Murbach qui le donne en fief à une famille noble prend le nom de Dornach.

RenaissanceModifier

Au début du XVe siècle la famille des de Dornach s'éteint. L'unique héritière, Vérène, épouse Hertrich II Zu Rhein. Le fief de Dornach passe entre les mains des Zu Rhein jusqu'à la Révolution française. La Guerre de Trente Ans décime le village qui passe de 200 habitants au début du conflit à 18 ou 20 à la fin de la guerre. Quand la paix est signée, Dornach se repeuple de nouveau.

Au XIXe siècleModifier

 
L'établissement Dollfus-Mieg au XIXe siècle

La première industrialisation de Mulhouse touche rapidement le village. C'est même à Dornach que la première machine à vapeur est installée en 1812[3]. Le long du Steinbaechlein, les usines textiles s'installent : Blech-Fries, DollfusMieg et Cie, Hofer et Schlumberger, Thierry-Mieg au Brustlein. Louis René Villermé visite Dornach pour rédiger le Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie, paru en 1840. Il y décrit les conditions de travail des ouvriers des usines de la commune.

« À Mulhouse, à Dornach, le travail commençait à cinq heures du matin et finissait à cinq heures du soir, été comme hiver. […] Il faut les voir arriver chaque matin en ville et partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes pâles, maigres, marchant pieds nus au milieu de la boue et qui à défaut de parapluie, portent, renversés sur la tête, lorsqu’il pleut ou qu’il neige, leurs tabliers ou jupons de dessus pour se préserver la figure et le cou, et un nombre plus considérable de jeunes enfants non moins sales, non moins hâves, couverts de haillons, tout gras de l’huile des métiers qui tombe sur eux pendant qu’ils travaillent. Ces derniers, mieux préservés de la pluie par l’imperméabilité de leurs vêtements, n’ont même pas au bras, comme les femmes dont on vient de parler, un panier où sont les provisions de la journée ; mais ils portent à la main, ou cachent sous leur veste ou comme ils peuvent, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu’à l’heure de leur rentrée à la maison. »

Il décrit aussi les logements des ouvriers : « J’ai vu à Mulhouse, à Dornach et dans des maisons voisines, de ces misérables logements où deux familles couchaient chacune dans un coin, sur la paille jetée sur le carreau et retenue par deux planches… Cette misère dans laquelle vivent les ouvriers de l’industrie du coton dans le département du Haut-Rhin est si profonde qu’elle produit ce triste résultat que, tandis que dans les familles des fabricants négociants, drapiers, directeurs d’usines, la moitié des enfants atteint la vingt et unième année, cette même moitié cesse d’exister avant deux ans accomplis dans les familles de tisserands et d’ouvriers de filatures de coton. »

La maison photographique d'Adolphe Braun est fondée à Dornach en 1853[4]. Elle devient un établissement industriel en 1862. Sa renommée s'étend vite au monde entier grâce à ses reproductions d’œuvres d’art conservées dans les grands musées d’Europe[5]. La population augmente rapidement : 160 habitants en 1764, 500 en 1789, à 900 en 1813, à 3 000 en 1851, 11 234 en 1913.

Au XXe siècleModifier

Le , Dornach, nouveau quartier de Mulhouse[6], se trouve au cœur d'une des premières batailles de la Première Guerre mondiale. En effet, suivant le plan XVII, le 8 aout, les troupes françaises entrent à Mulhouse. Mais la ville retombe aux mains des Allemands deux jours plus tard. Des combats violents ont lieu à Illzach le long du talus du chemin de fer de ceinture. Le , les troupes françaises reprennent l'offensive. Allemands et Français se retrouvent nez à nez à Dornach le lendemain matin. La bataille de Dornach s'engage. L'artillerie française envoie un grand nombre d'obus sur les maisons de Dornach pour soutenir l'avancée de son infanterie. Vers 17 heures, les troupes françaises prennent possession de Mulhouse. On relève alors des centaines de morts et de blessés des deux côtés. Les troupes françaises abandonnent Mulhouse le . Pendant la guerre les usines chimiques de Dornach produisent des gaz asphyxiants pour les troupes allemandes. Elles sont bombardées par l'aviation française en [7]. Selon le journal Le Miroir, 42 ouvriers, le directeur de l'usine et un colonel allemand sont asphyxiés par les gaz qu'ils fabriquaient[8]. Desservi par le tramway, le train, l'autoroute et proche de grandes zones d'activité, Dornach conserve néanmoins une structure urbaine « villageoise » qui rend le quartier attractif sur le plan résidentiel. À partir de la fin du XXème siècle il devient un des deux principaux quartiers bourgeois[1] de Mulhouse attirant principalement des habitants catégories socioprofessionnelles favorisées.

Les communautés religieuses à DornachModifier

La communauté juiveModifier

Jusqu'en 1798, les juifs sont interdits de résidence à Mulhouse. Ils s'installent donc dans les communes environnantes comme Dornach. En 1798, la communauté juive de la ville rédige un Memorbuch. Il contient des prières en la mémoire des victimes des persécutions en Allemagne, en Autriche, en Bohème, en Espagne, en Pologne et en Hollande[9]. Au XIXe siècle, la communauté grandit encore. Une nouvelle synagogue, aujourd'hui abandonnée, est construite en 1851 selon les plans de Jean-Baptiste Schacre, architecte de la ville de Mulhouse. La particularité de la synagogue de Dornach est l'existence d'une petite fosse, située entre l'Almémor[10] et l'Arche sainte[11] et comblée en 1959. En , devant l'avance de l'armée allemande, de nombreux Juifs fuient Mulhouse et le quartier de Dornach. Les nazis expulsent ceux qui restent en septembre.

La communauté protestanteModifier

 
Cèdre centenaire dans le jardin du temple de Dornach

Le temple de Dornach situé rue Schoepflin est le lieu de culte de la communauté protestante réformée. Se rattache à la paroisse protestante de Dornach les protestants de Dornach, Heimsbrunn, Lutterbach, Morschwiller-le-bas et Reiningue.

La communauté catholiqueModifier

La communauté de paroisses des Coteaux de l'Illberg fait vivre plusieurs églises catholiques du secteur, dont l'église Saint Barthélemy située ru du Château Zu-Rhein.

DémographieModifier

Évolution démographique
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
5035677771 1391 6342 7062 9203 1502 983
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
3 3193 8673 9814 1144 7504 5115 4455 6556 179
1901 1906 1911 - - - - - -
7 3128 44010 447------
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini[6])

ÉconomieModifier

  • L'usine chimique Rhodia, qui comptait 135 salariés, a fermé ses portes début 2008[12].

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. a et b AURM - Agence d'Urbanisme de la Région Mulhousienne - 01/03/2016 - La spécialisation sociale dans les quartiers de Mulhouse. Approche à partir des catégories socio-professionnelles par quartier
  2. Lieux dits dictionnaire étymologique et historique des noms de lieux d'Alsace, Michel Paul Urban, Editions du Rhin, 2003
  3. Source : Le site www.alsace-lorraine.org
  4. Laure Boyer, Adolphe Braun, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  5. La photographie du XIXe siècle à Chantilly
  6. a et b http://cassini.ehess.fr/cassini/fr/html/fiche.php?select_resultat=12088
  7. Gérard Hartmann, Les As
  8. « Bombardement d'une usine de gaz asphyxiants », Le Miroir, no 104,‎ , p. 11
  9. Le Memorbuch d'Haguenau, Central Archives for the History of the Jewish People, cité par Paula Hyman, The Emancipation of the Jews of Alsace, New Haven,1991, pp. 71-2
  10. Littéralement « estrade », tribune pour la lecture de la Torah (Pentateuque), des Prophètes et du rouleau d'Esther
  11. Armoire renfermant les rouleaux de la Torah
  12. http://www.usinenouvelle.com/article/rhodia-va-fermer-son-site-de-mulhouse-dornach.99015 usinenouvelle.com, avec Reuters

BibliographieModifier

  • Jérôme Blanc:
    • Frédéric Engel-Dollfus, un industriel saint-simonien, Businessmen, 2003, (ISBN 2-86496-119-9)
    • Les Engel, Une Famille D'Industriels Et de Philanthropes, 1994, (ISBN 2-86496-060-5)

Liens externesModifier