Domèvre-sur-Vezouze

commune française du département de Meurthe-et-Moselle

Domèvre-sur-Vezouze
Domèvre-sur-Vezouze
La mairie.
Blason de Domèvre-sur-Vezouze
Blason
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Grand Est
Département Meurthe-et-Moselle
Arrondissement Lunéville
Intercommunalité Communauté de communes de Vezouze en Piémont
Maire
Mandat
Michel César
2014-2020
Code postal 54450
Code commune 54161
Démographie
Population
municipale
296 hab. (2017 en augmentation de 2,07 % par rapport à 2012)
Densité 20 hab./km2
Géographie
Coordonnées 48° 33′ 44″ nord, 6° 48′ 24″ est
Altitude Min. 246 m
Max. 317 m
Superficie 14,78 km2
Élections
Départementales Canton de Baccarat
Législatives Quatrième circonscription
Localisation
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Domèvre-sur-Vezouze
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Domèvre-sur-Vezouze

Domèvre-sur-Vezouze est une commune française située dans le département de Meurthe-et-Moselle en région Grand Est.

GéographieModifier

Domèvre est situé dans la plaine sous-vosgienne dans une contrée initialement très boisée. Des défrichements successifs ont laissé la place aux cultures et aux prairies, mais la forêt y occupe encore plus du quart de la superficie de la commune. Toute cette région est désignée par les Romains sous le nom de Vogasus ou Vosagus ou Vosasus. D'où les noms de Vosges et de Vezouze.

De la proximité des Vosges, on note des inondations en hiver ou au début du printemps et des orages de grêle en été, avec destruction des récoltes.

ToponymieModifier

Le toponyme, qui n'apparaît qu'au XIIIe siècle sous la forme (ecclesia) Domni Apri, vient du latin médiéval Domnus Aper, où Domnus, littéralement seigneur, maître, désigne le saint. Ce type de toponyme, qui fait d'un saint le maître et le protecteur d'un lieu et de ses habitants, remonte en fait au Haut Moyen Âge. Saint Èvre, septième évêque de Toul, était particulièrement vénéré dans ce diocèse (on y compte une cinquantaine d'églises qui lui sont dédiées). La localisation sur la 'Vezouse' n'apparaît qu'en 1779 : le nom Domèvre-sur-Vezouze n'est officialisé que le 25 juin 1936 [1].

HistoireModifier

Moyen ÂgeModifier

Du début de sa création vers le IXe siècle, le village de Domèvre fut sous la domination de différentes seigneuries morcelées et épisodiques. En 1010 (date capitale pour Domèvre) l'évêque de Toul Berthold fait don de la seigneurie de Domèvre-sur-Vezouze à l'abbaye de Saint-Sauveur (en Vôge, abbaye bénédictine d'hommes), située à 13 km à vol d'oiseau à l'est de Domèvre, en pleine forêt vosgienne. Vers 1185, l'abbaye laisse la place à des chanoines réguliers de Saint-Augustin.

Le seigneur du village de Domèvre est donc un abbé qui exerce l'autorité dans toute sa plénitude. N'ayant pas, de par sa fonction de 'bras armé, il sollicite l'aide de 'voués' (défenseurs laïcs) qui sont, soit la prévôté de Blâmont jusqu'en 1506, soit la prévôté de Lunéville pour le compte du duc de Lorraine. Les 'voués' font intrusion dans la vie du village et tentent de mélanger à leur avantage leurs prérogatives avec celles du seigneur clerc. Ainsi l'autorité du seigneur ecclésiastique peut être contestée par les habitants par un recours gracieux auprès du voué laïc. Mais l'abbé conserve tout pouvoir de justice et droits divers (droit de pêche, droit de banalité, droit exclusif de la chasse, etc.), les habitants ont des obligations diverses (comme présence à la messe à l'abbaye les dimanches et jours de fêtes, sous peine de punition) et des corvées.

Ainsi sur un total de surface labourable de 750 hectares sur la paroisse, les habitants assurent par corvées (corvées de charrue, corvées de fauchage, corvées de moisson...) l'exploitation sur le domaine abbatial des 107 hectares (sur 125, les 18 sont réservés aux moines) de terres labourables, et exploitent pour leur propre compte 625 hectares. À cela s'ajoutent une dîme (10 %) sur toutes leurs productions agricoles, une redevance de 3 % payable en argent, un prélèvement d'un quart de leurs semences…

Seul l'abbé a le droit de promulguer des règlements et des ordonnances, qui sont proclamés deux fois par an lors de plaid (plaids annaux) se tenant à Domèvre à l'église sous la présidence du seigneur abbé en présence obligatoire de tous les habitants, l'absence entraînant une amende payable à l'abbaye.

L'abbé de Saint-Sauveur crée au XIIe siècle sur la rive droite de la Vezouze une 'grange monastique' (exploitation agricole) et il est certain que la situation de Domèvre (au point de vue agricole, climat, etc.) est plus intéressante que celle de Saint-Sauveur.

L'abbaye de Saint-Sauveur subit trois destructions : en 1470 un terrible incendie accidentel, en 1525 pendant la révolte des paysans, puis en 1568 par des troupes huguenotes. De l'abbaye de Saint-Sauveur ne reste seulement que le chœur devenu église paroissiale.

Temps modernesModifier

Aussi l'abbé décide en 1571 de quitter l'abbaye ruinée et de s'établir à Domèvre dont il est le seigneur et qui possède environ 400 habitants. Or cela se complique par la limite des diocèses. En effet, la limite des peuplades gauloises des Leuques de Toul et ceux des Celtes Mediomatrices (Metz) a été fixée par le cours de la Vezouze, et les diocèses créés à l'époque franque ont repris les mêmes limites. Ainsi la rive droite de la Vezouze, là où est située la grange monastique, est sous la juridiction de l'évêque de Metz, alors que l'abbaye de Saint-Sauveur est sous la juridiction de celui de Toul. Après moult difficultés, les bâtiments de la nouvelle abbaye à Domèvre sont achevés en 1576. Cette proximité de limite diocésaine permettra à l'abbé d'obtenir plus de libertés dans son exercice.
Las, en septembre 1587, des bandes de reîtres ravagent le village et détruisent totalement l'abbaye. Le relèvement est lent et laborieux. De plus de 1618 à 1648 la guerre de Trente Ans ravage la Lorraine, par les exactions des troupes occupantes. À cela s'ajoutent les mauvaises récoltes et la peste. Les religieux de Domèvre abandonnent leur nouvelle abbaye à peine rénovée pour trouver asile à l'abbaye de Belchamp (dont les ruines, de par la Révolution, se situent à la limite de la commune de Méhoncourt). En octobre 1638, une bataille eut lieu à Domèvre entre les Lorrains et les Français et le village fut soumis à un pillage complet par les occupants français. En 1642, les religieux fuient de nouveau, de même en 1644 où un tiers des habitations du village fut incendié. En 1647 l'abbaye est de nouveau pillée.

Ce n'est qu'en 1649 que le calme et la tranquillité revinrent à Domèvre (dénommé Domèvre-l'Abbaye pour faire la distinction avec les autres villages homonymes) et les ecclésiastiques réintégrèrent définitivement l'abbaye. Notons qu'en 1625 et 1626, Pierre Fourier fit de nombreux séjours et réforma l'abbaye en l'incorporant à la congrégation de Notre-Sauveur, tout en étant en mission à Badonviller, haut-lieu du protestantisme et capitale du comté de Salm.

En 1660 la route de Paris à Strasbourg est mise en service, Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, en chemin pour l'Alsace, passe la nuit à l'abbaye de Domèvre en décembre 1644. Les religieux font prospérer leur domaine : prairies artificielles, création d'étangs de pêche, flottage de bois sur la Vezouze, utilisation de gens qualifiés du métier… De 1729 à 1765, une reconstruction imposante et superbe de l'ensemble abbatial eut lieu : couvent, cloître (jardin intérieur de 25 par 32 m), quartier et église abbatiale (30 m de large et 45m de long, avec deux clochers à bulbe surmontés d'une croix, comme à l'abbaye de Belmont)… Une merveille, qui, hélas, ne durera pas plus d'un demi-siècle… L'abbaye devient à la fin du XVIIIe siècle le siège de la congrégation de Notre-Sauveur, dirigée par le général Joseph de Saintignon qui y meurt abandonné de tous lors de la Révolution.

Révolution française et EmpireModifier

En 1791, a lieu la mise en vente de tout le patrimoine de l'abbaye. Tout a été pillé : portes, fenêtres, planchers, toitures (64 000 ardoises)... Les 7 600 ouvrages de la magnifique bibliothèque ont disparu, sauf quelques rescapés retrouvés à Nancy. Seuls quelques éléments ont pu être sauvés de la folie destructrice ; ainsi, une chaire à prêcher et deux confessionnaux ont été conservés à l'église Saint-Maurice à Blâmont.

Époque contemporaineModifier

Pendant le XIXe siècle, Domèvre mène une existence paisible et laborieuse. Amélioration de l'agriculture, augmentation des prairies aux dépens des cultures céréalières, élevage et production laitière en hausse, diminution des surfaces viticoles (le vin au demeurant fort médiocre), création d'un haras national, exploitation rationnelle des forêts (qui couvrent de plus d'un tiers la surface communale), création d'une faïencerie transformée en tuilerie, d'une filature, d'un tissage... Vers 1840 un projet de chemin de fer est établi entre Paris et Strasbourg, mais il semblerait que les habitants de Blâmont et des environs aient refusé cette nouveauté, ce qui est une erreur catastrophique pour Domèvre. Ce n'est qu'en 1870 que Blâmont est desservi par la compagnie privée ABC (Ligne d'Avricourt à Blâmont et à Cirey) à partir de la gare d'Avricourt, ce qui provoquera en 1871 la partition de cette commune. Ce n'est que trop tardivement, avec beaucoup de lenteur et de retard, qu'un chemin de fer métrique atteint en août 1911 Domèvre par la compagnie du LBB (Ligne de Lunéville à Blâmont et à Badonviller).

La première occupation ennemie commence le 9 août 1914, le village est libéré le 14 août au soir, repris le 22 août au soir, l'ennemi commet des exactions et des pillages, incendiant 136 habitations sur 187. le 15 novembre 1914 les Allemands ordonnent l'évacuation des habitants (ceux qui n'ont pas encore fui) dans un délai de 3 heures en emportant le strict minimum, à pied vers les lignes françaises. Domèvre est totalement abandonné et la ligne de front allemand (et les tranchées) passe dans le village même sans aucune modification de tracé pendant 4 ans (de novembre 1914 à novembre 1918). Les Allemands construisent des blockhaus en béton tout le long du front, dont un imposant établi dans le centre même du village sur la route principale. Ce n'est que fin novembre 1918 que les habitants revinrent à Domèvre totalement détruit, ravagé, sans le moindre signe de vie animal (à part les rats), sans un oiseau... On estime que, au minimum, 750 000 obus (français ou allemands) sont tombés pendant 48 mois sur le village et sur la commune...

Politique et administrationModifier

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
Les données manquantes sont à compléter.
mars 2001 mars 2008 André Bertrand    
mars 2008 En cours
(au 16 avril 2014)
Michel César    

Population et sociétéModifier

DémographieModifier

L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. À partir de 2006, les populations légales des communes sont publiées annuellement par l'Insee. Le recensement repose désormais sur une collecte d'information annuelle, concernant successivement tous les territoires communaux au cours d'une période de cinq ans. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations légales des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[2]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2004[3].

En 2017, la commune comptait 296 habitants[Note 1], en augmentation de 2,07 % par rapport à 2012 (Meurthe-et-Moselle : +0,03 %, France hors Mayotte : +2,36 %).

Évolution de la population  [ modifier ]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
9608519751 0421 3061 2391 1981 1161 079
1856 1861 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901
937920810825795763756700689
1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962
645671431433423396342327337
1968 1975 1982 1990 1999 2004 2009 2014 2017
301294261227231275288290296
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[4] puis Insee à partir de 2006[5].)
Histogramme de l'évolution démographique

ÉconomieModifier

ArtisanatModifier

En 1750, Etienne Pelissier ouvre une manufacture de faïence qui fermera ses portes en 1838. On y a produit que des pièces de grand feu dans le style des autres centres tels qu'Épinal et Waly.

Culture locale et patrimoineModifier

 
L'église.

Lieux et monumentsModifier

  • Abbaye de chanoines réguliers qui disparut à la Révolution.
  • Château XIXe dans son enclos édifié par Sébastien-François Keller avec les matériaux en grès rouge provenant de l'église abbatiale, le château subit de graves dégâts en août 1914 et abandonné à l'état de ruine (détruit).
  • Église Saint-Epvre 1743, restaurée entre 1922 et 1925 sur les plans de l'architecte Henri Deville, de Nancy ; l'ancien édifice ayant été totalement détruit lors de la Première Guerre mondiale. L'ameublement intérieur est réalisé par Jules Cayette[6]. L'artiste signe ici l'un de ses aménagements religieux les plus somptueux. Toutes les techniques qu'il maîtrise sont ici présentes : menuiserie, ferronnerie, fonte de bronzes, taille de pierre, etc. Seul son projet de maître-autel en pierre et mosaïque est refusé, car jugé trop froid. La mairie préfère acheter un autel du XVIIIe siècle provenant de l'ancien couvent de la Visitation de Nancy, devenu Lycée Henri-Poincaré[7]. Les vitraux sont dus à Georges Janin ; les cloches sont fondues par Robert à Nancy ; l'orgue est fourni par Rœthinger de Strasbourg. L'ensemble du mobilier de Cayette a été classé monument historique au titre objet le 23 décembre 1998.

Personnalités liées à la communeModifier

HéraldiqueModifier

  Blason
Coupé d'azur à trois sapins d'argent et d'or à la hure de sanglier contournée de sable allumée et défendue de gueules.
Détails
Le statut officiel du blason reste à déterminer.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • E. Chatton, "Histoire de l'abbaye de Saint-Sauveur et de Domèvre", dans Mémoires de la Société d'Archéologie Lorraine et du Musée Historique Lorrain, 1897 et 1898.
  • Cédric Andriot, "La guerre de Trente Ans vue par les chanoines réguliers de Domèvre-sur-Vezouze", dans Cédric Andriot, Fabienne Henryot et Philippe Masson (dir.), Blâmont et le Blâmontois au fil des siècles, Haroué, Gérard Louis, 2009.
  • Cédric Andriot, Les chanoines réguliers de Notre-Sauveur. Moines, curés et professeurs, de Lorraine en Savoie, XVIIe-XVIIIe siècles, Paris Riveneuve, 2012
  • Cédric Andriot et Catherine Guyon (dir.), L'abbaye de Saint-Sauveur en Vosges, mille ans d'histoire, Nancy, Annales de l'Est, 2010, n° spécial.
  • Cédric Andriot, "Les paradoxes d'un religieux de la fin d'Ancien Régime. Joseph de Saintignon, dernier supérieur général des chanoines réguliers de Notre-Sauveur", dans Annales de l'Est, n°2, 2009, pp. 211-224.
  • Cédric Andriot, "Les Annales de l'abbaye de Saint-Sauveur en Vosges. Une édition critique", dans Rencontres transvosgiennes, 2013, 2014, 2015 et 2016.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Population municipale légale en vigueur au 1er janvier 2020, millésimée 2017, définie dans les limites territoriales en vigueur au 1er janvier 2019, date de référence statistique : 1er janvier 2017.

RéférencesModifier

  1. Aude Wirth, Les Noms de lieux de Meurthe-et-Moselle : Dictionnaire étymologique, Haroué, Gérard Louis, , 313 p. (ISBN 2-914554-43-5).
  2. L'organisation du recensement, sur insee.fr.
  3. Calendrier départemental des recensements, sur insee.fr.
  4. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales.
  5. Fiches Insee - Populations légales de la commune pour les années 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017.
  6. Étienne Martin, Jules Cayette (1882-1953), mémoire d'histoire de l'Art, Université Nancy 2, 2005, p. 240-243. ; Étienne Martin, Jules Cayette, 1882-1953, créateur d’art à Nancy, Metz, éditions Serpenoise, 2011, p.83-90.
  7. Jacques Antoine, Domèvre-sur-Vezouze (54), église de la reconstruction (1922-1925), 1999, 29 p.