Doctrine des relations internes

La doctrine des relations internes est la doctrine philosophique selon laquelle toutes les relations sont internes aux porteurs de relations, dans le sens où elles leur sont essentielles et que ces porteurs ne seraient pas ce qu'ils sont sans elles. C'est un terme utilisé dans la philosophie britannique aux alentours du début des années 1900[1] ,[2] .

Certaines relations paraissent clairement internes. Par exemple, le nombre quatre ne serait pas ce qu'il est s'il n'était lié au nombre deux de la façon dont il l'est. Certaines relations sont internes à leurs porteurs sous une dénomination, mais pas sous une autre. Si l'on interprète comme une relation interne la relation où est établi que Pierre est plus grand que sa femme Catherine, la relation est interne aux deux pris ensemble ; sous forme symbolique, elle peut être formulée comme suit : Pierre (R) Catherine, où R est la relation d'ordre « plus grand que ».

La doctrine de l'internalité des relations implique que chaque chose ait un certain rapport, même lointain, à tout le reste. Une telle thèse est attribuée par Bertrand Russell et George Edward Moore à certaines idées d'Hegel et au philosophe américain C.S. Peirce. Russell l'associe surtout à l'idéalisme absolu de Francis Herbert Bradley et Bernard Bosanquet. Cependant, aucun de ces philosophes ne décrirait leurs propres croyances de cette manière, à savoir comme doctrinaire. Il l'associe également, dans le champ épistémologique, au cohérentisme, approche holiste de la vérité.

Russell s'est opposé à la doctrine des relations internes après avoir abandonné l'idéalisme et être revenu à l'ancienne doctrine de l'atomisme ainsi qu'à une version de la monadologie leibnizienne, dans lesquelles le monde est conçu comme composé de plusieurs entités distinctes et indépendantes, dont chacune peut être considérée isolément. Un des arguments avancés par Russell est le suivant. Dans l'exemple : Pierre [plus grand que] Catherine, l'ordre de succession des termes de la relation (Pierre, puis Catherine) n'est pas interne à l'ensemble Pierre et Catherine. L'ordre de succession est donc imposé de l'extérieur au couple Pierre et Catherine.

Contemporain de Russell, le philosophe anglais Alfred North Whitehead maintient de son côté la nécessité d'une doctrine des relations internes pour la théorie de l'évolution. Une thèse proche du holisme de la doctrine des relations internes a ensuite été intégrée dans le canon de la philosophie analytique par Quine, avec sa critique du réductionnisme russellien.

Notes et référencesModifier

  1. G E Moore, External and Internal Relations, Proceedings of the Aristotelian Society (1919-20); réimprimé dans G E Moore, Philosophical Studies (1922).
  2. Russell Pragmatism (1909) et The Monistic Theory of Truth (1906-07).

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