Dioscures (Première Guerre mondiale)

Le terme Dioscures désigne, durant la Première Guerre mondiale, le duo formé à l'OHL par Erich Ludendorff et Paul von Hindenburg. Ces deux militaires, auréolés de leurs succès face aux Russes, exercent la totalité des pouvoirs militaires dans le Reich à partir de 1916. Le renvoi de Theobald von Bethmann-Hollweg le 19 juillet 1917 constitue une étape dans l'ascension des deux militaires : Hindenburg et Ludendorff imposent progressivement à l'empereur Guillaume II leur vision de la gestion du conflit, lui soumettant de fait la mise en place d'une dictature militaire maquillée par les institutions du Reich[a].

Circonstances de la création du duoModifier

Les succès sur le Front de l'EstModifier

Dès la fin de l'année 1915, les deux responsables du front de l'Est apparaissent comme de possibles successeurs crédibles à Erich von Falkenhayn au poste de chef d'état-major général de la Kaiserliche Heer[1]. En effet, leurs victoires de 1914 leur confèrent le prestige des « sauveurs de la patrie »[2].

Cependant, les relations s'enveniment rapidement entre les Dioscures, alors responsables du front de l'Est, et le chef d'état-major Erich von Falkenhayn ; en effet, Hindenburg et Ludendorff érigent le front de l'Est en principal front du conflit pour les puissances centrales, tandis que Falkenhayn pense que la victoire allemande ne peut venir que de la décision face à la France : traduisant ses conceptions en termes d'effectifs déployés sur le terrain, il n'alloue au front oriental que le strict nécessaire au maintien des positions acquises[3].

L'offensive alliée de l'été 1916Modifier

À la fin de l'année 1915, les Alliés ont planifié des offensives concertées face aux puissances centrales, en Galicie, en France, en Italie[4]. Ces offensives avaient alors failli emporter la décision, lors de leurs offensives concertées de l'été : la première, lancée sur le front de l'Est le 4 juin 1916, donne d'importants résultats face aux troupes austro-hongroises, rapidement débordées, mais, faute de moyens aériens en suffisance, est stoppée aux abords des Carpates[5].

À cette offensive succède la poussée franco-britannique sur la Somme, lancée sur un front allemand affaibli par les prélèvements opérés au profit du front de l'Est, alors sur le point d'être éventré. Cette gigantesque bataille d'usure a enlevé à l'armée allemande ses cadres les plus expérimentés[6].

Ces deux offensives sont appuyées par une attaque italienne sur l'Asiago, lancée le 6 août, crevant le front austro-hongrois le , mais échouant dans la poursuite des unités austro-hongroises en retraite[7].

La réaction des puissances centralesModifier

Face à cette offensive concertée, les militaires allemands rééditent le souhait d'une réorganisation du commandement du Front de l'Est : le 26 juillet 1916, le nord du front est placé sous le responsabilité d'Hindenburg, secondé par Ludendorff, tandis que le sud du front est nominalement confié au Kronprinz austro-hongrois, Charles[8].

NominationModifier

Face à la situation militaire préoccupante des puissances centrales au milieu de l'été 1916, la position d'Erich von Falkenhayn apparaît chaque jour davantage plus précaire. Ses choix stratégiques sont remis en cause, ses positions favorables à des mesures sociales à destination des ouvriers des industries incitent les industriels à diffuser leurs critiques à l'encontre de sa politique en matière de munitions. Ces griefs incitent l'empereur à remettre en cause la position de son chef d'état-major et à mettre en avant les deux responsables allemands du front de l'Est, Paul von Hindenburg et son adjoint Erich Ludendorff[9].

Ces deux soldats sont ainsi conviés par l'empereur Guillaume II à Pless, alors siège de l'état-major général, le 29 août ; Erich von Falkenhayn, n'étant pas informé par son souverain de cette invitation, en déduit une disgrâce et, en en tirant les conséquences, demande à être relevé de ses fonctions[9].

Action pendant le conflitModifier

Aussitôt nommés, les deux militaires s'attellent à la tâche, obtenant rapidement pour l'empereur Guillaume II le commandement suprême des troupes de la quadruplice.

Responsables de l'OHLModifier

Dans l'obligation de tenir compte de leur popularité dans la population du Reich, Guillaume II nomme Hindenburg et Luddendorf respectivement chef de l'État-major général et premier quartier-maître général, titre créé pour l'occasion[10].

Coordination des actions offensives des puissances centralesModifier

Aussitôt nommés, les Dioscures initient des négociations avec les responsables civils et militaires austro-hongrois, bulgares et ottomans, afin d'obtenir le commandement effectif des armées de la quadruplice.

Ainsi, le 6 septembre 1916, Guillaume II est nommé commandant en chef des armées allemande et austro-hongroise, en vertu d'une convention ratifiée par François-Joseph, en accord avec le chef d'état-major austro-hongrois, Franz Conrad von Hötzendorf[11]. Cependant, cet accord des militaires n'est pas donné avec enthousiasme : Conrad, appuyé par le Kronprinz Charles, expose ses réserves, le barrage de la langue de commandement[b] et le mépris porté par les Allemands aux troupes de la double monarchie. Ces réserves lui permettent de négocier la place de l'Armeeoberkommando austro-hongrois dans le processus de planification et de mise en œuvre des offensives de la quadruplice[12].

Peu de temps après, les dispositions de cette convention sont étendues aux unités bulgares en campagne dans les Balkans et aux armées ottomanes aux prises avec les Russes, les Serbes, les Français et les Britanniques[13].

Rôle politique dans le Reich et chez ses alliésModifier

S'étant rendus rapidement indispensables dans le Reich, les deux militaires formant le couple des Dioscures pèsent de plus en plus sur la vie politique allemande.

Leur nomination entraîne une baisse de l'influence de l'empereur dans la politique du Reich : déjà écarté de la gestion militaire du conflit, Guillaume II tente d'influer sur la politique du Reich en guerre. Il est cependant informé quotidiennement de l'évolution de la situation militaire par les Dioscures, déférents l'un comme l'autre vis-à-vis de l'empereur, mais le cantonnant à un rôle de figuration et de validation des décisions déjà prises[14].

Non contents d'imposer leurs choix à l'empereur, Hindenburg et Ludendorff constituent un pôle d'influence non négligeable dans la vie politique du Reich. Cette influence se manifeste d'abord dans le choix des ministres. Ainsi, le 28 novembre 1916, peu de temps après leur nomination, Ludendorff obtient du chancelier Theobald von Bethmann Hollweg[c] le renvoi du ministre prussien de la guerre, Adolf Wild von Hohenborn (en), acteur méconnu mais essentiel de la gestion de la guerre dans le Reich durant les deux premières années du conflit[15].

Dissolution de l'associationModifier

La défaite de 1918Modifier

Le 28 septembre 1918, alors que la situation militaire du Reich et de ses alliés de la Quadruplice se dégrade à chaque heure davantage, les Dioscures se réunissent et aboutissent à la conclusion qu'il est nécessaire pour le Reich d'ouvrir le plus rapidement possible des négociations avec les Alliés en vue de cesser les hostilités[16].

Cette décision prise, elle est imposée aux responsables politiques du Reich, regroupés le lendemain pour une rencontre avec les militaires : cette rencontre, à Spa, est alors supposée aboutir à la mise en œuvre d'une ligne politique claire en vue d'une sortie rapide du conflit ; dans les faits, elle constitue surtout l'occasion d'imposer au gouvernement civil la demande d'armistice d'un Reich défait[17].

Démission de LudendorffModifier

Une fois l'idée de l'armistice avec les Alliés et le principe de la réforme de l'organisation politique du Reich admis, Ludendorff multiplie les allégations mensongères auprès des membres du gouvernement.

Il incrimine d'abord les Bulgares : ceux-ci, en se retirant du conflit, auraient obligé les Allemands à constituer en urgence une armée en Serbie pour tenter de stopper les armées Alliés[18].

Ensuite, il s'en prend aux partisans d'une paix de compromis avec les Alliés, les socialistes, les catholiques et les progressistes regroupés depuis 1917 au sein d'une coalition parlementaire majoritaire au Reichstag[19].

Notes et référencesModifier

Citations originalesModifier

NotesModifier

  1. Entre la proclamation de l'Empire allemand en 1871 et sa dissolution, en 1945, le nom officiel de l'État allemand est Deutsches Reich, désigné par le terme légal de Reich.
  2. Les officiers de la double monarchie commandent leurs hommes dans la langue de ces derniers et communiquent entre eux en allemand.
  3. le chancelier et le premier quartier maître général se sont alliés à cette occasion contre le ministre prussien de la guerre.

RéférencesModifier

  1. Laparra et Hesse 2011, p. 80.
  2. Laparra et Hesse 2011, p. 95.
  3. Laparra et Hesse 2011, p. 84.
  4. Renouvin 1934, p. 367.
  5. Renouvin 1934, p. 368.
  6. Renouvin 1934, p. 370.
  7. Renouvin 1934, p. 371.
  8. Schiavon 2011, p. 143.
  9. a et b Laparra et Hesse 2011, p. 93.
  10. Bogdan 2014, p. 204.
  11. Ortholan 2018, p. 484.
  12. Schiavon 2011, p. 144.
  13. Ortholan 2018, p. 485.
  14. Bogdan 2014, p. 205.
  15. Laparra et Hesse 2011, p. 194.
  16. Le Naour 2016, p. 328.
  17. Le Naour 2016, p. 329.
  18. Le Naour 2016, p. 330.
  19. Le Naour 2016, p. 331.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier