Monnaie d'or de Diodote c. 250 av. J.-C. Légende grecque: ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΔΙΟΔΟΤΟΥ - « Du roi Diodote ».
Monnaie de Diodotus II.
Diodotos II, Ai Khanoum.

Diodote / Diodotos / Diodotus II Theos (en grec ΔΙΟΔΟΤΟΣ ΘΕΟΣ) est souverain du royaume gréco-bactrien de 238 av. J.-C. ou 234 av. J.-C. à 230 av. J.-C. ou 221 av. J.-C.

BiographieModifier

Corégence avec son père Diodote IerModifier

Il est le fils de Diodote Ier auquel il succéda vers 238 av. J.-C. D’après les monnaies, il semble que Diodote II fut associé très tôt au pouvoir, comme corégent, dès l’époque de l’émancipation du pouvoir séleucide de son père vers 250 av J.-C., ce qui explique les portraits jeune / vieux des monnaies avec la légende d‘Antiochos II.

Pour Frank Holt, Diodote II organisa un second atelier de frappe de monnaies (atelier B) où il put graver son portrait et ainsi mieux se faire connaître de la population des colons grecs.

On ne sait s'il participa à la victoire contre l’invasion des nomades parthes de son père.

Règne de Diodote IIModifier

À la mort de Diodote Ier v. 238 av. J.-C., Diodote II prit la succession de son père.

Il héritait d’un vaste territoire comprenant les provinces de Bactriane, de Margiane, ainsi que de Sogdiane, toujours officiellement sous le pouvoir séleucide, c’est-à-dire de Séleucos II, bien que les monnaies fussent toujours frappées du nom de son prédécesseur Antiochos II.

Diodote Ier avait amorcé la transition entre la province séleucide et le royaume indépendant.

Sur les monnaies frappées en Bactriane, il avait changé le portrait du roi séleucide par le sien et avait remplacé le type de l’Apollon séleucide en un Zeus foudroyant mais en gardant le nom du roi séleucide Antiochos II.

Il semble que ce soit à la mort de son père que Diodote II décida de franchir le pas que son père n’avait pas osé en frappant des monnaies en son nom avec le titre de roi.

Ses relations avec les ParthesModifier

Retournement d'allianceModifier

Les Parthes, après avoir été repoussés de Bactriane par Diodote Ier, s’étaient installés dans la satrapie de Parthiène, coupant les voies de communication directe de Syrie vers la Bactriane. Cette invasion était un grave danger pour les Séleucides, menaçant le plateau iranien dont la satrapie de Médie. C’était aussi un danger pour la Bactriane, limitant les communications vers le monde hellénistique (commerce, colons, artisans, artistes…) et menaçant la frontière de l’ouest.

Il semble donc que Diodote Ier et le roi séleucide Séleucos II Kallinikos aient projeté une attaque conjointe contre les Parthes. Néanmoins, Diodote Ier mourut avant l’expédition. Son fils, Diodote II renversa l’alliance et fit la paix avec Tiridate Ier, roi des Parthes, frère et successeur d’Arsace Ier, fondateur de la dynastie arsacide[1].

Les Parthes purent ainsi concentrer leurs forces contre l’attaque séleucide.

Séleucos II Kallinikos attaqua vers 228 av. J.-C. Après une défaite initiale, Séleucos contre-attaqua et réussit à refouler Arsace qui trouva refuge dans la steppe, peut-être auprès des Sakas.

La route était ouverte pour châtier Diodote II de Bactriane. Mais de nouvelles complications occidentales empêchèrent le roi séleucide d’exploiter son succès, sûrement l’invasion de l’Asie Mineure séleucide d’Antiochos Hiérax par Attale Ier de Pergame ou la tentative de son frère d’envahir la Syrie.

En 227 av. J.-C., Séleucos II Kallinikos dut retourner rapidement en occident. Le roi séleucide fit la paix avec Arsace qui reconnaît sa suzeraineté. Mais une fois les Séleucides partis, Arsace se déclara roi de Parthie. La tentative de reprise de contrôle des hautes satrapies avait échoué.

« Soulagé par la mort de Diodote, Arsace fit la paix et conclut une alliance avec son fils appelé aussi Diodote. Peu de temps plus tard, le Parthe fut attaqué par Séleucos qui désirait mater les rebelles mais Arsace fut vainqueur. Les Parthes célébrèrent ce jour comme le début de leur liberté[2] »

On peut supposer que Diodote II profita de l’échec du roi séleucide en envahissant l’Arie encore fidèle au pouvoir séleucide (on sait que du temps d’Euthydème, cette province faisait partie du royaume de Bactriane)

Pourquoi Diodote II fit-il alliance avec les Parthes ?Modifier

Contrairement à son père qui ne s’était pas proclamé officiellement roi et frappait toujours monnaie au nom d’Antiochos, Diodote II prit officiellement le titre de roi sur les monnaies.

Il était donc clairement en rébellion du pouvoir séleucide. On peut donc supposer que Diodote II craignant que Séleucos II n’attaque la Parthie puis la Bactriane, ne le punisse de sa rébellion. Diodote II avait donc intérêt d’une victoire parthe et de la constitution d’un royaume tampon entre la Bactriane et le royaume séleucide.

F. Holt associe la couronne que l’on voit sur des monnaies de Diodote à la victoire contre les Parthes. C’est pourquoi Diodote II enleva sur ses monnaies la référence à la défaite de son nouvel allié.

Pour F. Holt, l’alliance avec les Parthes est à relier avec l’usurpation et la guerre civile d’Euthydème. Pour tenter de sauver son royaume, Diodote II s’allia avec les ennemis de son père. Mais cette alliance fut de peu d’efficacité car les Parthes furent occupés par l’attaque séleucide.

La révolte d'EuthydèmeModifier

Position de TarnModifier

Tarn suppose que vers 246, Séleucos II aurait donné une de ses sœurs à Diodote Ier pour s’assurer de sa fidélité, comme il donna deux autres de ses sœurs aux rois du Pont et de Cappadoce pour sceller leurs alliances. Diodote II était le fils de Diodote Ier d’un précédent mariage.

La sœur de Séleucos II, veuve du défunt roi Diodote Ier à la cour de Diodote II, ne pouvait rester sans rien faire devant l’alliance bactrienne avec les Parthes contre les Séleucides. Elle maria sa propre fille à Euthydème, sûrement un des satrapes (de Sogdiane ?) de Diodote et le persuada de tuer Diodote II pour trahison envers les Grecs.

Euthydème de Magnésie[3] élimina Diodote II, sans doute avec le soutien populaire (car son alliance avec les Parthes ne pouvait être bien vue par les Grecs) le détrôna vers 230 et lui succéda[4].

Autre analyseModifier

La légitimité de Diodote II reposait sur son lien filial avec son père, le défunt roi. Il avait de plus été associé au pouvoir au côté de son père, frappant monnaies avec son portrait. Que se passa-t-il pour qu’il perde la confiance des colons grecs ?

On peut avancer plusieurs hypothèses, sa politique d’indépendance envers le pouvoir séleucide, son alliance avec les Parthes comme le suppose Tarn, une défaite militaire, des problèmes économiques ?

Mais il fallait en plus un personnage puissant, charismatique, ambitieux pour profiter de cette faiblesse.

Cet homme fut Euthydème, grec originaire de Magnésie, satrape des Diodote de la région de Sogdiane. Un peu comme cela se passa pour la Bactriane séleucide, on peut imaginer que la Sogdiane diodotide prit petit à petit son indépendance. Euthydème prit de plus en plus de pouvoir jusqu’à envisager de détrôner son roi. Il avait l’avantage de contrôler une force armée puissante et expérimentée, la Sogdiane étant une région frontalière.

Pour lutter contre l’usurpateur et affirmer sa légitimité, Diodote II frappa d’après F. Holt des monnaies commémoratives de son père, Diodote Ier. Comme l’indiquent les monnaies commémoratives d’Agathoclès, il se fit appeler « Theos » le Dieu et surement organisa un culte royal. Néanmoins, ceci ne suffit pas et Diodote II fut surement tué au cours d’une bataille par Euthydème qui prit le diadème royal.

La date de la fin de règne Diodote, diverge selon les auteurs, selon Polybe, Euthydème prit le pouvoir en éliminant Diodote II vers 230 av. J.-C. Selon Strabon, la révolte d’Euthydème se passa en même temps que la guerre fratricide séleucide vers 223/221 av. J.-C.

On a trouvé à Aï Khanoum des traces d’attaques qui sont datées de 225 av. J.-C.[réf. nécessaire] et qui pourraient correspondre à la révolte d’Euthydème. Des traces d’incendie, ainsi que du travail de sape ont été identifiés sur les remparts de la ville.

Ainsi se termina la dynastie des Diodotes, héritière d’Alexandre le Grand qui avait organisé un royaume indépendant hellénistique aux confins de l’Orient.

Les monnaies de DiodoteModifier

Il est très difficile de faire la différence entre les monnaies de Diodote Ier et Diodote II.[Contradiction]

Les monnaies d'or et d'argentModifier

Les monnaies de bronzeModifier

Les monnaies commémorativesModifier

 
Monnaie commémorative d'Agathoclès pour Diodotus I "le Sauveur".

Grâce aux monnaies commémoratives d’Agathoclès, on sait qu’il y eut deux Diodote qui régnèrent sur la Bactriane, Diodote Soter et Diodote Théos, père et fils comme l’indique le nom. On peut supposer que le premier Diodote prit l’épithète prestigieux de Soter, « le Sauveur », sûrement pour illustrer son action dans la défense des Grecs et de l’hellénisme en Bactriane, exposés aux attaques des barbares nomades et menacés de destruction.

Ce titre fut utilisé plusieurs fois, par Ptolémée Ier qui aida Rhodes à se défendre contre l’attaque de Démétrios Poliorcète et Antiochos Ier car il avait sauvé l’Asie mineure des hordes des Galates. De même, plus tard, les rois gréco-indiens Apollodotus et Ménandre prirent eux aussi l’épithète Soter.

L’épithète de Theos fut utilisée par Antiochos II.

On remarque donc que Diodote Ier / Diodote II prirent les mêmes épithètes qu’Antiochos Ier / Antiochos II, sûrement pour renforcer leur légitimité.

On connaît une seule monnaie commémorative de Diodote II frappée par Agathoclès (185-170), représentant le buste de Diodotus II Theos et au revers, Zeus foudroyant.

Agathoclès honora aussi Alexandre le Grand, le roi séleucide Antiochos II, le fondateur du royaume gréco-bactrien Diodote Ier et Diodote II, Euthydémède, Démétrios et Pantaléon.

Notes et référencesModifier

  1. Justin, LV
  2. Justin, XLI,4
  3. On ne sait pas s'il s'agit de Magnésie du Méandre ou de Magnésie du Sipyle.
  4. Polybe, Histoire, Livre XI, chapitre VI, § 34.
Prédécesseur:
Diodote Ier
Roi gréco-bactrien Successeur:
Euthydème Ier


Rois Gréco-Bactriens et Indo-Grecs, et leurs territoires
d'après Osmund Bopearachchi (1991)
Territoires/
dates
Bactriane
Occidentale
Bactriane
Orientale
Paropamisades
Arachosie Gandhara Punjab occidental Punjab oriental Mathura Inde centrale
326-325 AEC Campagnes d'Alexandre le Grand Empire Nanda
305-281 AEC Empire séleucide
Séleucos Ier Nicator
Empire Maurya
Chandragupta Maurya
281-261 AEC Antiochos Ier Sôter
Fondation d'Aï Khanoum (280)
261-246 AEC Antiochos II Théos Ashoka (268-232)
255-239 AEC Royaume gréco-bactrien
Diodote Ier  
239-223 AEC Diodote II  
240-225 AEC Antiochos  
230-200 AEC Euthydème Ier  
200–190 AEC Royaumes indo-grecs Empire Shunga
Démétrios Ier  
190–180 AEC Euthydème II   Agathoclès   Pantaléon  
185–170 AEC Antimaque Ier  
180–160 AEC Apollodote Ier  
175–170 AEC Démétrios II  
160–155 AEC Antimaque II  
170–145 AEC Eucratide Ier   Plaque d'Aï Khanoum
155–130 AEC Ménandre Ier   Attaque de la vallée du Gange[1] Attaque de Pataliputra[2],[3],[4],[1]
145–140 AEC Invasions Yuezhi
Chute d'Aï Khanoum
(145)
Eucratides II  
Platon  
145–130 AEC Helioclès Ier  
130–120 AEC Zoilos Ier   Agathocléia    
Inscription
Yavanarajya (en):
"Règne des
Indo-Grecs
à Mathura"
Yavanas (en) à:
Udayagiri (en)  
120–110 AEC Lysias Anicétus   Straton Ier   Yavanas à:
Bharhut  
110–100 AEC Antialkidès   Hélioclès II   Pilier d'Héliodoros
100 AEC Polyxénos   Démétrios III  Satavahanas


Yavanas à:
Sanchi  
100–95 AEC Philoxénus  
95–90 AEC Diomédès   Amyntas   Épandre  
90 AEC Theophilos (roi) (en)   Peukolaos (en)   Thrason (en)  
90–85 AEC Nicias (en)   Ménandre II (en)   Artémidore  
90–70 AEC Hermaeus (en)   Archebius (en)  
Invasions Yuezhi Mauès (en) (Indo-Scythe)
75–70 AEC Telephos (en)   Apollodote II (en)   Dynastie Mitra (en)
Dynastie Datta (en)
65–55 AEC Hippostrate (en)   Dionysios (en)  
55–35 AEC Azes Ier (en) (Indo-Scythe) Zoilos II (en)  
55–35 AEC Apollophane  
25 AEC – 10 EC Straton II (en)
Straton III (en)  
Gondopharès Ier (Indo-Parthe) Rajuvula (en) (Indo-Scythe)
Kujula Kadphisès (Empire kouchan) Bhadayasa (en) (Indo-Scythe) Sodasa (en) (Indo-Scythe) Inscriptions de Yavanas à:
Karla (en)
Manmodi (en)
Nasik (en)
Shivneri
  1. a et b Bopearachchi, Monnaies Gréco-Bactriennes et Indo-Grecques, p 82-83
  2. The Geography of India: Sacred and Historic Places Educational Britannica Educational p.156
  3. Shane Wallace Greek Culture in Afghanistan and India: Old Evidence and New Discoveries 2016, p.210
  4. Rocher, Ludo (1986), The Puranas, p.254: "The Yuga Purana (en) is important primarily as a historical document. It is a matter-of-fact chronicle [...] of the Magadha empire, down to the breakdown of the Sungas and the arrival of the Sakas. It is unique in its description of the invasion and retirement of the Yavanas in Magadha."