Dernier voyage des condamnés sous la Révolution française

Sous la Révolution française, entre juin et juillet 1794, les condamnés à mort à la guillotine effectuaient une longue traversée de Paris en charrette, qui les amenait de la Cour du Mai (dans l'enceinte du palais de justice de Paris) à la place du Trône-Renversé (actuelle place de la Nation).

Le départModifier

Les charrettes sont alignées dans la Cour de Mai, au pied du Palais de Justice. Les condamnés sortent à l'appel de leur nom, les bras liés dans le dos, et montent ou sont hissés dans les voitures, sous le regard haineux et les injures de la foule massée derrière les grilles.

La traversée de Paris par les condamnésModifier

C'est le début d'une longue traversée de Paris, le pont au Change, le quai de Gesvres, la place de Grève (aujourd'hui place de l'Hôtel-de-Ville) et la rue Saint-Antoine. Il faut environ une heure et demie au cortège pour parvenir jusqu'à la barrière du Trône, précédé d'un détachement de gendarmes, et suivi d'une escorte, au milieu des huées, des chaos, et sous la chaleur de l'été ou les orages. Parfois des planches permettent de s'asseoir ; d'autres fois, il faut s'efforcer de rester debout et s'accrocher tant bien que mal aux ridelles de la charrette pour conserver son équilibre.

On passe devant l'église Saint-Paul. Perdus dans la foule qui s'accumule sur les marches, pour ne rien manquer du spectacle, des prêtres habillés de telle sorte que rien ne les distingue de l'assistance, donnent secrètement l'absolution aux condamnés qui défilent devant eux : ce sont les aumôniers de la guillotine.

Certains, au péril de leur vie, tentent de se mêler aux curieux qui entourent le convoi, pour transmettre, sans se faire démasquer, un signe de reconnaissance, un regard, une parole faussement anodine. Les charrettes parviennent à la porte Saint-Antoine et débouchent sur la place du Trône. À la droite de ce qui était l'octroi, s'élève la guillotine. Les condamnés descendent des charrettes, on les aligne dos à la guillotine. Les gendarmes font écran devant la foule qui, non contente de crier des injures, réclame des vêtements, des accessoires, aux futures victimes, leur disant qu'elles n'en ont désormais plus besoin.

L'exécutionModifier

Charles-Henri Sanson, le bourreau, effectue son travail, assisté par deux aides, dont son propre fils, avec efficacité et correction. À l'appel de son nom, chaque victime est hissée sur la plate-forme, puis étendue sur une planche. Quand la planche bascule, la lunette tombe. Bruit sourd du couperet qui tombe, 20, 30, 40 fois par jour, parfois plus, le scénario se répète. Les corps et les têtes d'où ruisselle le sang sont jetés dans un tombereau, immense voiture assez basse doublée de plomb et peinte en rouge pour éviter qu'on ne distingue trop clairement les taches sanglantes.

Le dernier voyageModifier

 
La porte charretière par laquelle les tombereaux entraient dans le cimetière de Picpus

La nuit est tombée, c'est l'heure du dernier voyage. On longe l'avenue Saint-Mandé, puis c'est le passage à travers les champs labourés pour rejoindre la porte charretière du cimetière de Picpus. Ceci ne se fait pas sans difficultés : orages successifs en ce mois de juin 1794, terres détrempées où s'enlisent les charrettes. Il faut aller chercher des attelages de renfort. Certains soirs, le lugubre transfert dure plus d'une heure. La porte est soigneusement verrouillée derrière le passage du tombereau.

Dépouillage des victimesModifier

Commence alors la récupération des vêtements des victimes. On déshabille les cadavres maculés de sang. On jette les corps dans les fosses les uns par-dessus les autres. Les scribes de la République se sont installés dans une chapelle en forme de grotte qui servait de lieu de prière solitaire aux Chanoinesses et dénommée par elles le « Jardin de la Désolation ». Là, ils s'appliquent à collationner l'inventaire scrupuleux des habits récupérés au profit de la Nation. En effet, dans un premier temps, ceux-ci servaient de pourboire aux exécuteurs mais, le nombre des condamnés augmentant de jour en jour, il est décidé que les hospices seront désormais les destinataires des effets des victimes. Seuls les accessoires : souliers, bas, fichus, sont maintenus pour les exécuteurs. Mais le nombre augmentant toujours, ceux-ci leur seront bientôt également supprimés.

 
Les restes de la porte de la chapelle qui tenait lieu de bureau

Les scribes se plaignent d'ailleurs de ne pouvoir remplir leur office dans des conditions satisfaisantes. Ils adressent des réclamations pour que soient remis des carreaux à la chapelle qui leur sert de bureau, car le vent éteint les chandelles et quand il pleut, on pourrait oublier de transcrire le nombre exact de redingotes, « ce qui serait une perte pour la Nation de plus de 100 livres par habit...»

SourcesModifier

  • Les victimes de Picpus 1794-1994, livre provenant du Cimetière de Picpus et édité à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française.

Liens internesModifier