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Mise à plat-ventre lors d'une opération de police.

Un décubitus ventral, ou mise à plat-ventre, ou encore plaquage ventral, est l'action d'allonger une personne sur le ventre. Il est utilisé en tant que geste technique en médecine et peut être utilisé comme manœuvre d'immobilisation par la police, bien que son usage soit controversé pour les risques de décès chez la personne immobilisée.

En médecineModifier

Le décubitus ventral est la position de base pour le traitement des plaies et des brûlures du dos.

Le retournement en décubitus ventral est une manœuvre de réanimation indiquée dans les cas d'hypoxémie sévère des patients atteints de syndrome de détresse respiratoire aiguë. Cette manœuvre est ancienne et peu coûteuse, mais relativement peu utilisée dans les services de réanimation moderne, des réticences dues à une méconnaissance de la procédure, la crainte de complications, l’augmentation de la charge de travail et la difficulté de la technique[1].

Dans la policeModifier

Le décubitus ventral, avec maintien sur le ventre, peut être utilisé comme technique d'immobilisation. Souvent associé d'une compression du thorax ou de l'abdomen, l'usage du décubitus ventral peut mener au décès de la personne immobilisée par asphyxie si la position est prolongée ou si d'autres facteurs de risques sont conjugués, comme le délire actif, pouvant être lié à la prise de cocaïne[2]. L'asphyxie liée aux méthodes d'immobilisation et à la consommation de drogue est pointée du doigt par plusieurs études médicales comme étant la cause de l'augmentation significative du nombre de cas de morts subites en détention policière dans le monde depuis le début des années 1980 jusqu'au début des années 2000[2],[3].

Dans le mondeModifier

La Belgique a interdit l'usage du décubitus ventral par ses forces de police.

La Suisse en a également interdit l'usage, après le scandale causé par le décès en mai 2001[4] de Samson Chuckwu, un Nigérian qui s'était vu refuser le droit d'asile, sur le chemin de l'aéroport[5].

En FranceModifier

La mise en décubitus ventral est autorisée en France, à l'exception des forces de la police aux frontières, depuis un décès en .

Un rapport d'Amnesty International datant de 2011 condamne la pratique du décubitus ventral par la France[6]. Pour la Commission nationale de déontologie de la sécurité française, « cette forme d’immobilisation a été identifiée par la pratique internationale comme hautement dangereuse pour la vie ». En 2016, une autre association de défense des droits de l'homme, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, demande dans un rapport sur les violences policières que le décubitus ventral soit explicitement interdit[7].

Décès liés au décubitus ventral en FranceModifier

En , Lamine Dieng meurt d’« asphyxie mécanique » dans un car de police secours parisien, alors qu'il était sous l'effet de cocaïne et de cannabis[8].

Le , la France est condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme après la mort en novembre 1998 de Mohamed Saoud, un Franco-Tunisien de 26 ans souffrant de troubles mentaux. Pris d'une crise de violence aigüe et ayant séquestré sa famille, il est maîtrisé par les policiers qui le maintiennent compressé sur le ventre pendant plus de trente minutes. Dans son jugement, la CEDH estime que « le décès de Mohamed Saoud est intervenu du fait de son immobilisation au sol par les policiers durant plus de trente minutes, alors qu’il était menotté aux chevilles et aux poignets. Le fait qu’il se soit débattu pendant ces longues minutes était certainement dû à une tentative pour se dégager de cette emprise insupportable, qui accroissait ses difficultés respiratoires. » Ajoutant : « Pendant le temps de l’agonie de Mohamed Saoud, les policiers étaient soignés par les pompiers.» La justice française ayant débouté la famille de la victime, estimant qu'aucune faute pénale ne pouvait être imputée aux policiers, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a également condamné la France pour manquement au droit à un procès équitable[9].

Le , Hakim Ajimi, 22 ans, meurt à Grasse d'« asphyxie lente avec privation prolongée en oxygène » après avoir été plaqué au sol pendant de longues minutes par trois policiers en étant menotté aux mains et aux pieds.

En , dans le Doubs, Mohamed Boukrourou, suivi pour des troubles psychiatriques, meurt d'un arrêt cardio-respiratoire après avoir été placé en décubitus ventral et maintenu par trois policiers assis et debout sur son torse, ses jambes et son bassin[10]. En 2017, soit huit ans après les faits, la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), pour mauvais traitement, dans cette affaire[11].

En , Serge Patouche, atteint d'autisme, est étouffé par des policiers venus l'interpeller parce qu'ils le pensaient dangereux[12].

En , Abdelhak Goradia, Algérien de 51 ans, meurt par asphyxie dans le fourgon de police qui l’amène depuis le centre de rétention administrative de Vincennes jusqu'à Roissy pour être expulsé[13].

Le , Amadou Koumé, 33 ans, après avoir consommé de la cocaïne et avoir été interpellé par la police qui l'a maintenu en décubitus ventral, meurt d'un « œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie et de traumatisme facial et cervical. »

Le , le décès d'Adama Traoré, 24 ans, est d'abord allégué comme dû à cette technique de maîtrise par la gendarmerie[14],[5], avant qu'une expertise, contestée par la famille d'Adama Traoré, écarte cette hypothèse en septembre 2018[15].

BibliographieModifier

  •   Louise Fessard, « Mort au commissariat, Amadou Koumé «émettait des cris d’agonie et d’étouffement» », Mediapart,‎ (lire en ligne, consulté le 11 septembre 2015)

Notes et référencesModifier

  1. « Le décubitus ventral: procédure et rôle infirmier », Réanimation, C. Eude et C. Turcot, 19 (2010), pp.29-34, DOI:10.1016/j.reaurg.2009.11.011.
  2. a et b Asphyxie positionnelle : une cause de décès insuffisamment connue, Revue Médicale Suisse, Bettina Schrag, Sébastien de Froidmont et Maria-del-Mar Lesta, 303 (2011), pp.1511-1514
  3. Death in Custody: A historical analysis, Journal of Forensic Sciences, J.R. Grant, P.E. Southall, D.R. Fowler, J. Mealey, E.J. Thomas, T.W. Kinlock, 52(5), septembre 2007, pp. 1177-1181.
  4. Renvois forcés: les méthodes de la police sur la sellette, swiwwinfo.ch, 26 juillet 2001 (consulté le 27 septembre 2016)
  5. a et b Jérémy Maccaud, « Interpellations : le “plaquage ventral” remis en cause », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne, consulté le 7 août 2016).
  6. France. « Notre vie est en suspens », Amnesty International, 2011
  7. Un rapport dénonce l'impunité des violences policières, Médiapart, Michel Déléan, 14 mars 2016
  8. Geoffrey Le Guilcher, « Il y a cinq ans, Lamine Dieng mourait dans un fourgon de police », Les Inrocks,‎ (" lire en ligne).
  9. Louise Fessard,, « Violences policières : le déni de l'État », Médiapart,‎ (lire en ligne).
  10. « Des policiers épinglés pour la mort d'un interpellé dans le Doubs », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. Julia Pascual, « La France condamnée pour mauvais traitements lors d’une interpellation », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  12. Olivier Bertrand, « Autiste mort étouffé : les policiers jugés », Libération,‎ (lire en ligne).
  13. Louise Fessard, « Mort d'un Algérien expulsé: la police est gravement mise en cause », Mediapart,‎ (lire en ligne).
  14. « Le plaquage ventral, une technique policière controversée », Libération,‎ (lire en ligne).
  15. Nicolas Chapuis, « Mort d’Adama Traoré : ce que révèle la dernière expertise médicale », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 2 octobre 2018)

Articles connexesModifier