Décroissance démographique

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La population mondiale en juin 2014 est d'environ 7,2 milliards d'individus[1].

Une décroissance démographique ou un déclin démographique, est pour une zone ou un pays donné, une situation dans laquelle le nombre d’habitants diminue, que ce soit parce que le taux de mortalité est supérieur au taux de natalité, ou parce que les flux d’émigration nets sont supérieurs à l’accroissement naturel. Ces flux migratoires peuvent être générés par des guerres, des évènements socio-politiques, des crises économiques ou des évènements environnementaux (séismes, éruptions volaniques, inondations)[2]. Une forme importante du déclin démographique est le crash démographique.

La décroissance démographique est également une conception politique et sociale qui prône une diminution de la taille de l'humanité, en particulier pour faire face aux enjeux actuels de réchauffement climatique et de ressources non renouvelables.

Sommaire

Théories favorables à une décroissanceModifier

Le malthusianismeModifier

Article détaillé : Malthusianisme.

Le malthusianisme est une théorie politique prônant la restriction démographique, inspirée par les travaux de l'économiste britannique Thomas Malthus (1766–1834). Le terme a été utilisé pour la première fois par Pierre Joseph Proudhon en 1849. À l'origine, cette doctrine était hostile à l'accroissement de la population d'un territoire ou d'un État, et préconisait la restriction volontaire de la natalité. Selon Malthus, l'augmentation démographique est beaucoup plus rapide que la croissance de la production alimentaire, ce qui nécessite une limitation de la natalité pour éviter les famines dues à la surpopulation. Le mot malthusianisme désigne aussi par extension et dans un sens péjoratif de la part de ses adversaires idéologiques, toute attitude craintive devant la vie et le développement[réf. nécessaire].

Le néomalthusianismeModifier

Article détaillé : Néomalthusianisme.

Le néomalthusianisme est une actualisation de la doctrine de Thomas Malthus et de sa prise de conscience des ressources limitées de la planète. L'explosion démographique humaine des XXe et XXIe siècle a remis sur le devant de la scène cette théorie.

Ses partisans prônent la stabilisation de la démographie mondiale en équilibrant au mieux le taux de natalité et le taux de mortalité, arguant du fait qu'une croissance illimitée de la population sur une planète limitée est tout simplement impossible. Cet équilibre démographique permettrait de ne pas trop consommer les ressources naturelles de la planète (sols cultivables, eau douce etc.), de préserver la biodiversité et le climat via une diminution de la pollution et de la pression de l'agriculture, l'élevage et la surpêche sur les écosystèmes, et par ce biais réduire les tensions géopolitiques liées à l'accès aux ressources, la pauvreté, et enfin de maintenir un certain niveau de vie pour tous. Elle doit permettre l'accession à une démographie stabilisée dont le seuil est déterminé.

Différents philosophes, scientifiques ou organisations ont pointé du doigt une catastrophe démographique potentielle désormais jugée imminente : l'écrivain britannique Aldous Huxley, le professeur d'université de Stanford Paul R.Ehrlich, l'anthropologue américain J.Kenneth Smail, l'association Démographie Responsable, ou encore le Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA) dans son rapport de 2011[3].

Mesures politiques à travers le mondeModifier

Les seules mesures politiques de décroissance démographique prises sont de nature coercitive. Aucune mesure incitative ne semble avoir été envisagée à ce jour.

En ChineModifier

 
La population mondiale est en constante augmentation
Article détaillé : Démographie de la Chine.

Jusqu'au début des années 1970, la Chine connaissait une très forte croissance démographique. Afin de limiter la croissance de sa population, elle a adopté une réglementation limitant la taille des familles urbaines (à l'exception des minorités ethniques) à un enfant, à deux enfants pour les familles rurales ayant eu une fille comme premier enfant. Le taux de natalité est ainsi tombé de 21 pour mille en 1990 à 12,4 pour mille en 2003. L'accroissement démographique est quant à lui de 0,6 % en 2003 contre 1,44 % en 1990.

Le 28 mars 2006, Zhang Weiqing – responsable de la « Commission d'État pour la population et le planning familial » – a indiqué, dans une interview accordée au site internet du gouvernement chinois, que la politique du planning familial avait aidé la Chine à éviter la naissance de 400 millions de bébés au cours des trois dernières décennies. Il a fait remarquer que la Chine avait mis environ trente ans pour réaliser l'objectif du contrôle de la population, alors que cela en avait pris cent dans les pays développés. « L'objectif d'assurer au peuple chinois une vie relativement confortable n'aurait pas pu être réalisé si nous avions 400 millions de personnes supplémentaires » a souligné M. Zhang. La Chine faisant actuellement face à un nouveau pic de ses naissances, la politique de l'enfant unique ne sera pas changée dans un futur proche.

Cette politique n'est pourtant pas toujours appliquée rigoureusement, en particulier dans les campagnes reculées où le contrôle administratif est moins présent. Certaines familles privilégiées préfèrent aussi payer des amendes dont le montant n'a pas été réactualisé récemment.

CritiquesModifier

Comme le malthusianisme et la décroissance, la décroissance démographique a été très critiquée. Ainsi, certains comme le démographe Yves Montenay reprochent à ceux qui prônent une baisse de la population de ne pas tenir compte du fait qu'il sera impossible, en Europe et dans les conditions actuelles de règlementation, d'assurer le financement des retraites, celui-ci dépendant du nombre d'actifs et de l'activité économique[4]. Cependant l'assiette sur laquelle repose le financement des retraites pourrait être étendue par une meilleure répartition des richesses produites

Le président de la République tchèque et économiste Václav Klaus considère pour sa part que les tenants de la décroissance démographique sont « emprisonnés dans leurs préjugés malthusiens et leurs ambitions mégalomaniaques ». On peut noter que ces propos relèvent de l'anathème et non pas de l'argumentation. Pour Klaus, en voulant remettre en cause le droit des individus à avoir des enfants, les tenants de la décroissance nous entrainent sur « la Route de la servitude », vers le totalitarisme. Il pense que c'est la liberté qui doit prévaloir et non la coercition, quelles que soient ses intentions [5].

Notons aussi que la plupart des partisans de la décroissance soutenable (c'est-à-dire uniquement au niveau économique et de l'empreinte écologique), sont fortement opposés au malthusianisme et la décroissance au niveau démographique. Le journal La Décroissance du mois de juillet 2009 incluait un dossier intitulé "La décroissance contre Malthus". La question a été étudiée plus rigoureusement dans l'ouvrage du généticien et partisan de la décroissance soutenable Albert Jacquard, L'explosion démographique (1994) qui conclut que la Terre n'est pas en surpeuplement, ni aujourd'hui ni avec les prévisions des démographes concernant le XXIe siècle. Paul Ariès, théoricien français de la décroissance écrit souvent dans ses articles ou ouvrages qu'"Il n'y a pas trop d'humains sur terre mais trop d'automobilistes", et défend la thèse que l'"on peut vivre à 9 milliards d'hommes sur terre mais pas avec le mode de vie occidental"[6]. Les écoles de pensée de la décroissance économique incriminent préférentiellement le mode de vie occidental en minorant l'aspect quantitatif du fait que les habitants des pays du Sud aspirent à un mode de vie meilleur qui sera lui aussi plus consommateur de ressources, et concernera 6 milliards d'hommes. Par ailleurs la dimension de la crise écologique due à la pression démographique ne serait-ce que pour l'alimentation (sols mis en culture alors qu'ils sont fragiles, destruction des écosystèmes et perte de biodiversité afférante) et l'eau douce n'est pas prise en compte par les tenants de la décroissance purement économique de sorte que leur critique du malthusianisme présente des faiblesses.

Liste d'États touchés par un déclin démographiqueModifier

Pays Année Population (M) Baisse naturelle (%)[7]
  Biélorussie 2012 9,5 0,3
  Bosnie-Herzégovine 2012 3,8 0,1
  Bulgarie 2012 7,2 0,5
  Croatie 2012 4,3 0,2
  République tchèque 2012 10,5 0,0
  Estonie 2012 1,3 0,0
  Allemagne 2012 81,8 0,2
  Hongrie 2012 9,9 0,4
  Japon 2012 127,6 0,2
  Lettonie 2012 2,0 0,5
  Lituanie 2012 3,2 0,2
  Moldavie 2012 4,1 0,0
  Portugal 2012 10,6 0,1
  Roumanie 2012 21,4 0,4
  Serbie 2012 7,1 0,5
  Italie 2012 60,9 0,1
  Ukraine 2012 45,6 0,4

NB : il s'agit d'une liste non exhaustive.

  • La population de plusieurs de ces pays augmente grâce à l'immigration : c'est le cas de l'Allemagne ou de l'Italie.
  • En 2013, la Russie connaît un accroissement naturel positif pour la première fois depuis 1992[8]. Le déficit démographique naturel de la Russie, qui était de 958 500 en 2000, a décru progressivement jusqu'à 2 500 en 2012[9] ; la population russe a reculé de 5,9 millions en 16 ans, de 148,6 millions en 1993 à 142,7 en 2009, puis a entamé une très lente remontée : 143,3 millions en 2013[10].

En France, le déclin démographique touche notamment les anciennes communes minières[11].

Personnalités en faveur de la décroissanceModifier

 
Thomas Malthus

Liste non exhaustive de personnalités en faveur d'une décroissance démographique, ou tout au moins d'un contrôle de la démographie, par ordre chronologique :

  • Thomas Malthus, penseur fondateur
  • Paul Robin, qui a introduit en France les concepts du néomalthusianisme
  • Octave Mirbeau, qui a popularisé dans la presse les idées néomalthusiennes
  • Aldous Huxley, qui évoque la question dans un essai intitulé dans sa version française : "Retour au Meilleur des Mondes".
  • Paul Leyhausen, qui a étudié les effets de la densité de population sur les communautés animales pour ensuite raisonner sur l'espèce humaine ; auteur de La communauté saine – Un problème de densité ? (1965)
  • Paul R. Ehrlich, auteur du livre à succès The Population Bomb (1968)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. http://populationmondiale.com/ Consulté le 22 juin 2014
  2. Julien Gargani, Crises environnementales et crises socio-économiques, L'Harmattan, 2016
  3. rapport 2011
  4. Yves Montenay, Retraites, familles et immigration en France et en Europe, L'Harmattan, 2006
  5. Discours prononcé le 4 mars 2008 à la Conférence internationale sur le changement climatique à New York
  6. journal La Décroissance numéro 61, juillet-août 2009
  7. 2012 World Population Data Sheet, site du Population Reference Bureau.
  8. (en)Release dates - Vital statistics, site Federal State Statistics Service consulté le 9 juin 2014.
  9. (en)Vital statistics, site Federal State Statistics Service consulté le 9 juin 2014.
  10. (en)Population, site Federal State Statistics Service consulté le 9 juin 2014.
  11. « Des villes françaises en net déclin démographique. Le cas de communes anciennement industrielles », Laurent Chalard, Population et Avenir, n° 683, mai-juin 2007

Voir aussiModifier