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Débarquement d'armes de Plestin
Type opération extérieure des services secrets allemands
Pays Drapeau de la France France
Localisation Locquirec
Coordonnées 48° 41′ 11″ nord, 3° 38′ 32″ ouest
Organisateur Abwehr
Date nuit du 8 au
Répression
Arrestations 6

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Débarquement d'armes de Plestin

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Débarquement d'armes de Plestin

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Débarquement d'armes de Plestin

Le débarquement d'armes de Plestin, ou encore débarquement de Locquirec, est une tentative de débarquement d'armes clandestin pendant la nuit du 8 au à Locquirec, dans le nord-ouest de la Bretagne, et durant lequel des nationalistes bretons tentent de récupérer un stock d'armes et de matériels fournis par les services secrets allemands.

Sommaire

OrigineModifier

En 1939, Célestin Lainé, militant nationaliste breton, fait un séjour en Allemagne où il obtient la livraison d'un cargo d'armes et d’affiches fournies par l'Abwehr, le service de renseignement de l'armée allemande. C'est l'organisation du premier débarquement d'armes clandestin des séparatistes bretons. André Geffroy, alors éleveur de moutons à Locquirec, est l'un des organisateurs de ce que l'on appellera l'Abadenn Casement de Locquirec. Geffroy continue cette activité pro-allemande, intervenue dans les préparatifs de guerre de la Wehrmacht, dans le Bretonische Regierung, gouvernement « en exil » des nationalistes bretons ayant fui la France à la déclaration de guerre en septembre 1939, ou récupérés dans les camps de prisonniers.

OrganisationModifier

L'opération avait été montée avec minutie par le "Kuzul Meur" (Grand Conseil), un organisme qui coordonnait dans le plus grand secret l'action des principaux groupements d'activistes bretons. Deux douzaines de jeunes gens, répartis en deux groupes, avaient été mobilisées pour la circonstance. Un certain nombre de militants des brigades de jeunesse du Parti national breton, dont André Geffroy[1], Jacques de Quelen, Alan Le Louarn, Célestin Lainé, Ange Péresse, Jakez Bruchet[2], Patrick Guérin[3], Guy Vissault de Coëtlogon (alors élève de l'École des Hautes études en Sciences Sociales, fusillé à la Libération)[4] et d'autres, ont pris part avec lui à cet épisode mal connu du combat autonomiste breton, au compte de la Wehrmacht[5].

Au premier groupe était affecté, sous couvert de la formation d'un camp de jeunesse sur la "Lieue de Grève", la mission de recevoir les armes. Le second était sur le thonier Gwalarn, dont le skipper est Hervé Le Helloco, dit "Bob", qui transportait des armes en provenance de Pologne et vraisemblablement chargées dans un petit port de la côte anglaise. C'est le service de renseignement, le « Service Spécial » du Kadervenn qui récupère les armes du Gwalarn en 1939[6].

DéroulementModifier

Durant la traversée qui s'était effectuée de nuit, une caisse tomba à l'eau alors qu'avait lieu le transbordement des munitions dans le dundee, au large des Sept-Îles. En dépit des fiévreuses mais vaines recherches de l'équipage, la caisse avait flotté entre deux eaux pour échouer dans la baie de Saint-Aubin à Jersey. La police britannique découvre alors un stock d'une cinquantaine de kilos d'affiches appelant les Bretons à se désolidariser d'une éventuelle guerre entreprise par la France, pour la défense des Polonais, qui proclament : « Pourquoi les Bretons se feraient-ils tuer pour la Pologne ? Aider la Pologne, c'est la mort de 500 000 bretons. La Bretagne sera envahie par une armée de réfugiés, de nègres, et d'Arabes tandis que vos frères et vos maris seront au front[7]. »

Ce dundee s'échoue à marée basse sur la "Plage des Sables Blancs", à Locquirec dans la nuit du 8 au , les armes, tracts, affiches et munitions sont récupérés, transportés par voiture et entreposés dans une villa de Perros-Guirec louée par Jacques de Quélen, un avocat secrétaire du Parti national breton pour les Côtes-du-Nord, et à l'abbaye de Boquen, dirigé par Dom Alexis Presse.

SuitesModifier

À la suite de la découverte du dundee échoué, tous les membres de l'expédition reçurent l'ordre de s'évanouir dans la nature. De nombreux militants bretons qui redoutaient aussi d'être soupçonnés en dépit d'alibis prirent le même chemin, comme d'ailleurs Célestin Lainé. Six personnes furent appréhendées par la police (dont Alan Louarn, André Geffroy, Hervé Le Helloco, Jakez Bruchet et Guy Vissault de Coëtlogon). Leur culpabilité n'ayant pu être établie, ils demeurèrent cependant 6 mois en prison à Nantes[8].

Fin 1941, par la voix de Werner Best, l'occupant allemand, inquiet de voir les miliciens incontrôlables de Célestin Lainé[n 1] rôder armés dans les environs de Brest, ordonne à Raymond Delaporte, chef du PNB, de rendre les armes en possession du parti. Les armes du débarquement de 1939 sont ainsi restituées à leur fournisseur[9].

Sébastien Carney résume ainsi l'issue de cette opération du Gwalarn : « Les tracts et les armes n'auront servi à rien. (...) Cette livraison d'armes et de tracts a été un fiasco sur toute la ligne »[6].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Plusieurs altercations ont déjà eu lieu en 1941 entre le petit groupe de Lainé et les autorités de Vichy, suite aux débordements commis par la troupe que Lainé s'évertue à entraîner au manoir de Kerriou, en Gouézec, sous le nom de « Service Spécial », obligeant les autorités allemandes à le rappeler à l'ordre.

RéférencesModifier

  1. André Geffroy (dit Ferrand), né le à Pommerit-Jaudy, forgeron, membre du Bezen Perrot, fut fusillé à la Libération le à Rennes. Il ne doit pas être confondu avec un autre André Geffroy, dit "Le Grand Gef", né en 1911 à Lannion, membre du Service spécial de Célestin Lainé et du Kommando de Landerneau, qui participa par la suite aux rafles de Callac et Saint-Nicolas-du-Pélem, voir Françoise Morvan, "Miliciens contre maquisards : enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne", éditions Ouest-France, 2013, [ (ISBN 978-2-7373-5063-4)]; il fut condamné aux travaux forcés à la Libération, puis condamné à mort, mais sa peine fut commuée et il fut libéré après une campagne en sa faveur en Irlande et au Pays de Galles.
  2. Jacques Bruchet, alors élève architecte à Paris, membre du groupe clandestin Kadervern (sillon de combat) de Célestin Lainé ; à ce titre il participa aux manœuvres effectués dans les Landes de Lanvaux en 1938
  3. Patrick Guérin venait de détruire la statue de Bécassine au Musée Grévin
  4. Membre d'un groupe d'informateurs recruté directement par le SD pendant la Seconde Guerre mondiale, Guy Vissault de Coëtlogon fut condamné à mort et exécuté lors de la Libération le à Rennes, voir http://www.wiki-rennes.fr/Epuration ; il refusa de demander sa grâce, déclarant : « Un soldat breton ne demande pas grâce à un chef d’État français ! »
  5. http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2016/01/vie-et-destins-de-l-emsav-troisieme-partie-1931-1939-un-parti-national-breton-evoluant-vers-le-fascisme-par-ismael-dupont.html
  6. a et b Sébastien Carney, Le Gwalarn à Locquirec, in "Jean-Christophe Cassard, Historien de la Bretagne", Skol Vreizh, 2014[ (ISBN 978-2-36758-023-4)]
  7. Le Monde comme si de Françoise Morvan.
  8. Georges Cadiou, "L'Hermine et la Croix gammée", Mango Document, 2001, [ (ISBN 2-914353-065)]
  9. Carney 2015, p. 473.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • La Prison Maritime, de Michel Mohrt. Roman inspiré de cet épisode.
  • La Complainte oublié, nouvelle de Didier Daeninckx, publiée dans La Mort en dédicace (Verdier, 2001) est également une variation sur ce thème.
  • Sébastien Carney, Breiz Atao ! : Mordrel, Delaporte, Lainé, Fouéré : une mystique nationale (1901-1948), Rennes, PUR, coll. « histoire », , 608 p. (ISBN 978-2-7535-4289-1, ISSN 1255-2364)