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Le curateur des eaux (en latin curator aquarum ) était, durant l'Empire romain, le curateur chargé de la protection des aqueducs et des autres conduits amenant l'eau des sources jusqu'aux cités romaines. À Rome, cette fonction est assurée par un Sénateur choisi par l'empereur. Les curateurs n'agissaient pas seuls mais étaient secondés par un personnel d'esclaves chargés de veiller sur les aqueducs, les châteaux d'eau et les fontaines. Plus précisément, le senatus-consulte de 11 av. J.-C. prévoit que les curateurs des eaux soient secondés de deux licteurs pour leur défense personnelle ainsi que de 3 esclaves à savoir un architecte, un secrétaire et un greffier. Cependant, à l'intérieur de la ville de Rome, les curateurs ne disposent plus de licteurs, le risque d'agressions ou d'attaques étant plus faible. Pour éviter les prélèvements abusifs en eau, il est décidé à travers différentes lois de laisser un espace libre et inoccupé autour des aqueducs et tous autres conduits transportant de l'eau afin d'interdire toute installation qui pourrait nuire à l'état et au bon fonctionnement des canaux.

Sommaire

La création de la chargeModifier

En l'an 11 av. J.-C., pour ce qui est de la ville de Rome, le service des eaux est confié à trois consulaires, à savoir le curateur des bâtiments, le curateur des rives du Tibre et des égouts et le préfet de la ville. Cette fonction était une charge consulaire et c'était donc en tant que consul que l'on pouvait exercer la charge de curateur des eaux. Cette charge donne à ses titulaires le devoir de contrôler et de veiller sur la distribution de l'eau, la construction et l'entretien des canalisations, le raccordement des maisons privées au réseau public et enfin la surveillance des fontaines. Plus précisément, les charges sont divisées en deux fonctions: d'une part la protection des aqueducs de Rome de l'autre celle des bâtiments publics. Après l'an 11 av. J.-C., on peut distinguer 2 types de curateurs; les curateurs de rang prétorien, c'est-à-dire occupant la fonction de préteur et ceux de rang consulaire. Ils sont chargés de veiller sur les édifices sacrés, les constructions et les lieux publics. L'attribution à Auguste de la création du service permanent de la curatelle n'est pas entièrement assurée. Quoi qu'il en soit, sous l'Empire, les curatelles sont parfaitement intégrées dans le cursus honorum. Auguste en crée 5, dont la plus prestigieuse reste la curatelle des eaux, l'eau ayant une place centrale à Rome. En outre, la charge consulaire de curateur des eaux se limite à 5 années.

Fonction et rôleModifier

Les curateurs sont chargés de plusieurs taches essentielles à savoir lutter contre les gaspillages, rechercher les fuites, entretenir les réserves, prévoir les accidents de toute sorte, gérer les ressources en eau et assurer la coordination administrative des services. Leur fonction est essentielle au bon maintien de la cohésion sociale car le but est d'éviter une crise sociale que pourrait produire le manque d'eau pour une partie de la population romaine, en l'occurrence la plèbe qui est directement menacée. Par ailleurs, on sait que les curateurs étaient secondés par des metitores. Ces derniers étaient des officiers attachés au service des aqueducs et avaient pour fonction de veiller à ce que l'eau soit conduite régulièrement du réservoir (castellum) aux tuyaux qui la répandaient dans toute la ville, et d'en répartir à chaque quartier de Rome la quantité précise que la loi lui accordait. Pour y parvenir, ils réglaient le diamètre des principaux tuyaux en adaptant à chacun d'eux une mesure nommée calix.

Les activités et le rôle du curateur des eaux nous sont bien connus car Frontin ayant lui-même exercé cette fonction sous le règne de Trajan nous les décrit très bien dans son ouvrage De Aquaeductu Urbis Romae ("Sur les aqueducs de la ville de Rome"). Dans cet ouvrage, il nous est présenté l'organisation de ce travail d'entretien des ouvrages. Ainsi, il nous apprend qu'un personnel nombreux était employé pour veiller à l'entretien régulier et efficace du système d'alimentation en eau. Effectivement, le personnel permanent comprend jusqu'à 700 personnes, du moins à son époque, réparties entre personnel de l'État et personnel impérial. Lors des grands travaux, un personnel auxiliaire composé d'architectes et d'ouvriers leur est adjoint. Les services font respecter une législation impériale dont Frontin nous donne également un aperçu pour la ville de Rome bien que celle-ci existe en réalité dans chaque cité pour parer toute tentative de fraude qui n'est pas rare à l'époque.

Le système des concessionsModifier

Dans les premiers temps, toute l'eau était utilisée pour les besoins publics et les citoyens avaient seulement l'usage privé de l'eau qui fuyait des canalisations. Plus tard, les citoyens purent louer un approvisionnement en eau en insérant une dérivation dans les conduites principales avec l'accord des curateurs des eaux. Sous l'Empire romain, les réservoirs privés furent également autorisés : ils alimentaient des citernes dans les maisons louant un approvisionnement. De fait, une administration complexe se développa pour empêcher les propriétaires de commettre des fraudes envers l'État en prélevant illégalement de l'eau sur les conduits.

Les concessions d'eau aux particuliers étaient un privilège accordé à Rome par l'empereur et par les pouvoirs municipaux dans les provinces. Le bénéficiaire recevait alors l'eau gratuitement directement chez lui. Seuls les artisans payaient l'eau qu'ils utilisaient pour leur métier. En résumé, l'eau était distribuée gratuitement à tous sauf aux artisans qui, pour les besoins de leur travail, en particulier les tanneurs et les teinturiers, devaient acheter leur eau. Par ailleurs, les riches patriciens qui désiraient recevoir un accès direct à l'eau dans leurs propriétés privées devaient toutefois payer une redevance pour obtenir ce privilège.

Néanmoins, les concessions accordées aux particuliers n'étaient pas attribuées aussi facilement que cela. En effet, on procédait préalablement à un examen soigneux des disponibilités et les concessions étaient pour une grande part possible grâce aux récupérations des conduits et à la réorganisation de l'ensemble du système d'alimentation en eau. Les conduits redistribuaient légalement l'eau qui était auparavant détournée sans autorisation. Sous l'Empire d'Auguste, les particuliers et l'État lui-même ont consacré des sommes considérables à la construction d'aqueducs, de bains, de thermes ou de fontaines monumentales. Mais cette abondance a des limites et le goût du luxe ou le besoin de confort se sont finalement accrus plus vite que les moyens qu'on avait pour y répondre. Ce qui était facteur d'unité sociale est progressivement devenu source de tensions et de conflits avec tous ces abus. En effet, les plus riches abusent de leur pouvoir tandis que les plus démunis revendiquent leurs droits.

Notes et référencesModifier

BibliographieModifier

Voir aussiModifier