Culture de Cucuteni-Trypillia

Culture de Cucuteni-Trypillia

Définition
Autres noms culture de Tripol'e
Lieu éponyme Cucuteni, 60 km à l'ouest de Iași (Moldavie)
Auteur Nicolae Beldiceanu (1885)
Caractéristiques
Répartition géographique Roumanie, Moldavie, Ukraine
Période Néolithique - chalcolithique ancien
Chronologie Ve millénaire av. J.-C. et IVe millénaire av. J.-C.
Type humain associé Homo sapiens
Tendance climatique Réchauffement sub-boréal
Signe particulier agglomérations proto-urbaines fortifiées
Description de cette image, également commentée ci-après
Domaine de la culture de Cucuteni-Trypillia

Objets typiques

céramique rubannée, statuettes anthropomorphes, débuts du travail du cuivre et de l'or

Autre cartographie des cultures de cette époque dans cette zone

La culture de Cucuteni-Trypillia (du nom de deux villages), en roumain culture de Cucuteni-Tripolia, en russe culture de Tripol'e (Триполье) et en ukrainien culture de Trypillia (Трипілля), était une culture néolithique des 5e et 4e millénaires avant notre ère (environ 5100-2800 avant notre ère), localisée autour du Dniestr, entre les Carpates et le Dniepr, où elle donna naissance aux agglomérations proto-urbaines les plus importantes à l'époque[1].

ChronologieModifier

La culture de Cucuteni – Trypillia est généralement divisée en une période précoce, moyenne et tardive, avec des sous-divisions plus petites variées marquées par des changements de peuplement et de culture matérielle. Un point de discorde clé réside dans la façon dont ces phases correspondent aux données de radiocarbone. Le découpage suivant représente l'interprétation la plus courante :

  • Précoce (pré-Cucuteni I – III à Cucuteni A – B, Trypillia A à Trypillia BI – II): 5 800 à 5 000 av. J.-C. ;
  • moyenne (Cucuteni B, Trypillia BII à CI – II): 5 000 à 3 500 av. J.-C. ;
  • tardive (Horodiştea – Folteşti, Trypillia CII): 3 500 à 3 000 av. J.-C.

Période précoce (5 800 – 5 000 av. J.-C.)Modifier

Les racines de la culture de Cucuteni-Trypillia se trouvent dans les cultures de Starčevo-Körös-Criș et de Vinča du VIe au Ve millénaire, avec une influence supplémentaire de la culture Bug-Dniestr (6 500 – 5 000 av. J.-C.). Pendant la première période de son existence (au Ve millénaire av. J.-C.), la culture de Cucuteni-Trypillia a également été influencée par la culture à céramique linéaire au nord et par la culture de Boian–Giulesti (en) au sud.

Par la colonisation et l'acculturation à partir de ces autres cultures, la culture formatrice Pre-Cucuteni-Trypillia A a été établie. Au cours du cinquième millénaire, la culture Cucuteni-Trypillia s'étend de sa base située dans la région du ProutSiret le long des contreforts orientaux des Carpates vers les bassins et les plaines du Dniepr et du Bug au sud de l'Ukraine. Des colonies se sont également développées dans les parties sud-est des Carpates, avec des matériaux connus localement sous le nom de culture Ariuşd.

La plupart des colonies étaient situées près des rivières, avec moins d'établissements situées sur les plateaux. La plupart des premières habitations ont pris la forme de maisons à fosse, bien qu'elles soient accompagnées de manière croissante de maisons en terre battue. Les planchers et les foyers de ces structures étaient en argile et les murs en bois ou en roseaux enduits d'argile. La toiture était faite de paille de chaume ou de roseaux.

CivilisationModifier

Les grandes agglomérations proto-urbaines étaient fortifiées par de longues rangées de maisons mitoyennes élevés sur deux à trois niveaux formant des enceintes plus ou moins elliptiques. Les maisons étaient construites avec une charpente en bois taillée à l'aide de haches en pierre ou en cuivre, les murs étant construits en recouvrant des branchages avec un torchis d'argile mélangée à du son, selon une technique qu'on rencontre encore de nos jours dans les steppes ukrainiennes. Les maisons comportaient souvent deux niveaux : le rez-de-chaussée pour les tâches ménagères, et l'étage pour le repos. De nombreux bâtiments collectifs de très grande dimension occupaient également ces villes.

Les établissements plus petits étaient temporaires, bâtis pour une durée d'environ trois quarts de siècle: la population était encore partiellement nomade, et changeait de site une fois les ressources locales épuisées.

Quelques cités fouillées :

  • Talianky (en), en Ukraine (oblast de Tcherkassy, district de Talne) au sud de Kiev, est le site le plus vaste actuellement connu, il pouvait abriter 10 000 à 15 000 personnes sur 450 ha dans 2 700 maisons, dont certaines avaient des dimensions impressionnantes. L'ensemble s'inscrivait dans une ellipse de 3,5 km sur 1,3 km, et toute l'organisation de la cité semblait fondée sur une maille ovoïde, jusqu'au dessin des rues et au contour des blocs de maisons. Le site était entouré d'une enceinte ovale dotée de portes, le tissu urbain lui-même présentant, au moins par endroits, une organisation radiale dénotant d'une planification à grande échelle.
 
Reconstitution de Talianky
 
Reconstitution d'un temple de Nebelivka, Ukraine, vers 4000 av. J.-C., dimensions: 60 × 20 mètres.
  • Nebelivka (en), en Ukraine (oblast de Kirovohrad), a été entièrement cartographié avec précision par des méthodes géophysiques. Cette cité couvrait une surface de 260 ha, elle est constituée de deux enceintes ovoïdes concentriques espacées de 70 à 130 m qui sont faites de longues rangées de maisons mitoyennes alignées, et à l'intérieur, de cinquante rues radiales. Un fossé large de 4 mètres et profond de 2,50 m entoure la cité. De nombreuses méga-structures, vraisemblablement collectives, ont été détectées. La cité tout entière semble avoir été conçue dès le départ selon un plan déterminé, mais les irrégularités et lacunes vis-à-vis de ce plan laissent penser que la construction de la cité a été plutôt progressive ou approximative[2].
    • Un temple de grande dimension a été mis au jour et fouillé à Nebelivka[3]. Ce temple est un bâtiment rectangulaire de bois et d'argile à deux étages mesurant 60 m par 20, entouré d'une galerie extérieure en bois, le plancher supérieur était divisé en cinq salles et contenait huit autels ; sur l'un des autels, de nombreux os d'agneaux brûlés ont été retrouvés, attestant l’existence de pratiques sacrificielles, de petites statuettes votives et quelques ornements fins en or (interprétés comme des ornements pour cheveux) y ont également été trouvés. Des restes de peinture rouge sur les murs et le plancher de l'étage supérieur ont également été trouvés, attestant que le temple était peint au moins à l’intérieur.
  • Maidanetske (en) ou Maydanets, en Ukraine (région de Tcherkassy, district de Talne), qui pouvait abriter jusqu'à 10 000 personnes sur 200 ha. Les vues aériennes révèlent des fortifications et des rues bien tracées, selon un plan ovale de 1,5 km sur 1,1 km.
  • Dobrovody, en Ukraine (région de Tcherkassy, district d'Ouman), de dimensions comparables à celles de Maydanets, de 250 ha. Les vues aériennes révèlent également des fortifications et des rues bien tracées.
  • Sushkiva, en Ukraine (région de Tcherkassy, district d'Ouman), d'une superficie d'un kilomètre carré[4].

La céramique très particulière de Cucuteni-Trypillia est un trait caractéristique de cette culture. Elle présente un lien de parenté important avec celle de la culture rubanée, notamment pour l'ornementation en rubans et spirales, mais la céramique de la culture de Cucuteni-Trypillia est peinte, et se distingue par la richesse de sa polychromie ainsi que par la diversité et l'harmonie des compositions.

On note dès le début du 4e millénaire la présence de céramique de tradition steppique sur des sites de la culture de Cucuteni-Trypillia, de facture bien plus grossière et incorporant des coquilles broyées. On a aussi des traces de l'infiltration de groupes de Seredniï Stih (en russe Sredni Stog), culture d'Ukraine orientale qui résulterait de l'absorption vers 4500 avant notre ère de la culture du Dniepr-Donets par des groupes à kourganes. En sens inverse, des objets en cuivre de Trypillia ont été retrouvés sur des sites de Seredniï Stih au-delà du Dniepr et même de Khvalynsk sur la Volga.

GénétiqueModifier

Les études génétiques ont montré que les populations de la culture de Cucuteni-Trypillia descendent notamment des premiers agriculteurs du Néolithique qui migrèrent d'Anatolie vers l'Europe, ainsi que des populations locales[5],[6].

En 2019, une étude basée sur des restes de squelettes de quatre femmes extraites de deux sites tardifs de Cucuteni-Trypillia en Moldavie (3 500-3 100 avant notre ère) montre une importante composante d'ascendance néolithique. Elle révèle que celles-ci étaient génétiquement plus étroitement liées à la culture rubanée qu'aux agriculteurs anatoliens. Trois des spécimens ont également montré des quantités considérables d'ascendance liée à la steppe, suggérant un afflux dans le pool de gènes de Cucuteni-Trypillia de personnes affiliées, par exemple, au mésolithique d'Ukraine. Ce dernier scénario est en conformité avec les preuves archéologiques[7].

Ces résultats confirment que la composante steppe était déjà arrivée dans les communautés agricoles d'Europe de l'Est dès 3 500 ans avant notre ère. Ils sont également en accord avec l'hypothèse de contacts continus et de mélanges progressifs entre les éléments venant de la steppe et les populations occidentales locales[7].

GalerieModifier

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • Vasile Dumitrescu, Arta culturii Cucuteni (Art de la culture Cucuteni) éd. Meridiane, Bucarest, 1979.
  • Iaroslav Lebedynsky, Les Indo-européens - Faits, débats, solutions, Errance, Paris 2006

Notes et référencesModifier

  1. Maciamo, « Eupedia », sur Eupedia (consulté le 9 mars 2019)
  2. Cf. John Chapman et al., « The planning of the earliest European proto-towns: a new geophysical plan of the Trypillia mega-site of Nebelivka, Kirovograd Domain, Ukraine », Antiquity, A Review of World Archæology, Durham University, vol. 88, no 339,‎ (lire en ligne)/
  3. D'après Owen Jarus, « 6,000-Year-Old Temple with Possible Sacrificial Altars Discovered », sur Live Science, .
  4. c'est-à-dire comparable (mais avec quinze siècles d'avance) à ce qu'était la cité d'Ur, à Sumer, à l'époque de Šulgi pendant la 3e dynastie d'Ur.
  5. (en) Mathieson, I. et al. The genomic history of southeastern Europe, Nature, 555, p. 197–203, 2018
  6. (en) Chuan-Chao Wang et al., Ancient human genome-wide data from a 3000-year interval in the Caucasus corresponds with eco-geographic regions, Nature Communications, volume 10, Article numéro: 590, février 2019
  7. a et b (en) Alexander Immel et al., Gene-flow from steppe individuals into Cucuteni-Trypillia associated populations indicates long-standing contacts and gradual admixture, biorxiv.org, 21 novembre 2019