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Culte à mystères

culte du monde gréco-romain
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L'évolution des religions du IIIe au VIIe siècle : tandis que l'Empire passe du polythéisme au christianisme, les cultes à mystères se diffusent.

Les religions ou cultes « à mystères », « initiatiques » ou « orientaux », sont des cultes ou religions apparus dans le monde gréco-romain à des dates variables, mais dont l'expansion la plus grande se situe aux premiers siècles de notre ère, coïncidant avec le développement du christianisme (qui à plus d'un titre est assimilable à un culte à mystères).

Sommaire

Une notion historique à préciserModifier

On réunit sous ces termes plutôt vagues de "religions (ou cultes) à mystères", "initiatiques" ou "orientaux" des cultes ayant certaines caractéristiques communes (présence dans l'antiquité gréco-romaine, origine orientale, culte pratiqué hors du cadre traditionnel de la cité, culte comportant une/des initiations, culte contenant l'idée d'un salut individuel, culte comportant l'idée d'une mort et d'une résurrection...), sans qu'aucun de ces cultes ne possède à lui seul toutes ces caractéristiques. En ce sens, le christianisme rentre dans cette catégorie-fleuve.

Un phénomène diffus longtemps schématiséModifier

L'importance traditionnellement accordée à ces cultes est reflétée par l'avis d'Ernest Renan, qui affirme que « si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste »[1], mais c'est surtout Franz Cumont qui a développé le concept de « religions orientales », en particulier comme concurrentes et nourricières du christianisme[2]. A la fin du XIXème siècle, époque de Renan, ou au début du XXème siècle, à l'époque de Cumont, on aborde, sous l'influence ancienne de Montesquieu et surtout de Gibbon (Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain) la question de l'histoire des religions antiques à travers un prisme évolutionniste qui suppose pour la civilisation antique gréco-latine un apogée ("âge d'or") et une décadence : les religions dites "orientales" étant vues comme des signes ou comme des causes de la "décadence" de l'empire romain.

Néanmoins, les idées de Cumont sont depuis au moins les années 1990, en "plein réexamen"[3] et la notion même de "culte à mystères" ou de "religion orientale" pose aux chercheurs de sérieux problèmes de méthodologie et de classement, tant les réalités sont diverses dans le temps et dans l'espace. En outre, ces réalités sont mouvantes : ainsi au Vème siècle avant J.C., Dionysos (qui n'est pas un dieu olympien) possède un caractère oriental ou barbare prononcé dans l'esprit d'un athénien assistant au spectacle des Bacchantes d'Euripide, mais pour un romain du début de l'empire, par le jeu de l'assimilation à Bacchus ou à Liber, il st une divinité complètement autochtone, surtout face à un Mithra ou à une Isis. Enfin, l'interpretatio romana, qui consistait à réinterpréter les dieux étrangers comme des retranscriptions des dieux "autochtones" a certainement facilité la cohabitation entre cultes autochtones et cultes plus ou moins étrangers : il est probable que la barrière entre dieux nationaux et dieux étrangers est plus une fiction d'historiens modernes qu'une réalité de l'antiquité.

L'approche du XXIème siècle est évidemment bien plus complexe et bien plus nuancée que les théories des siècles précédents. Par exemple, l'œuvre de R. Turcan Les cultes orientaux dans le monde romain est significative de l'évolution de la réflexion, qui se donne un objet plus concret (on va parler de cultes plutôt que de "religions") et plus précisément délimité dans le temps.

ÉtymologieModifier

Le terme « mystères » dérive du latin mysterium, lui-même dérivant du grec μυστήριον, mustếrion (généralement au pluriel μυστήρια, mustếria ), qui signifie « secret », « choses secrètes ». Les mystères désignent en particulier dans l'Athènes classique l'antique culte semi-officiel des mystères d'Eleusis. Un individu adepte de ces mystères est un myste, du grec μύστης (mustês), littéralement un « silencieux », c'est-à-dire un homme ou une femme qui a été initié à ce culte ; myste vient du verbe μύω (muô), « rester silencieux » (les philologues considèrent comme probable l'origine onomatopéique du verbe : "mmm" représentant la "non-parole" [4]), ce qui souligne le caractère non-public de ce culte, un caractère initiatique au sens antique : le myste ne devait pas parler pendant l'initiation aux mystères.

Néanmoins, le grec utilise aussi au moins trois autres familles de mots pour désigner les pratiques religieuses mystériques: ἑορτή,(héortè) "fête", qui s'applique aux cérémonies publiques (par exemple les Grandes Dionysies à Athènes, ou les processions isiaques); τελετή, (télétè), "cérémonie d'initiation", mais aussi simple "cérémonie"; ou encore ὄργια (org-ia) qui n'indique pas une débauche sexuelle mais une possession par le dieu (c'est l'en-thou-siasme, le "dieu-dans-soi"), Ces mots ou leurs dérivés (par ex. ὀργιασμός (orgiasmos) dérivé de ὄργια peuvent aussi bien désigner des cultes à initiation que des cultes sans initiation. La richesse du vocabulaire grec sur ce terme marque bien la complexité et la diversité des objets à étudier.

CaractéristiquesModifier

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Selon certains, les " mystères" proviendraient de l'Inde mais, selon Diodore[5], c'est Orphée, prêtre légendaire d'Apollon, et introduisit en Grèce les mystères rapportés d'Égypte. Mais l'origine égyptienne des inventions (cf. le mythe platonicien de Thot inventant l'écriture) et le retour d'Asie du dieu ou du héros sont de véritables topoi culturels dans l'empire gréco-latin : ils sont généralement à lire comme des mythes, plutôt que comme des réalités factuelles. Ces cultes se sont quoi qu'il en soit répandus dans tout l'Empire, tant en ouve dequ'en rient et aussi d'Occident. En Gaule, les traces les plus connues de cultes à mystères se situent à Alésia et Bibracte (Autun).

 
Détail de la « mégalographie » de la « villa des mystères » (Pompéi, Italie).

Les cultes à mystères se différencient des cultes traditionnels (cultes autochtones du ou des dieux de la cité) sur différents points : ils sont enseignés par des « initiés », ils ne concernent pas une ethnie ou une cité particulière. Ils ont un côté secret : pour se mettre à l’abri de tout dévoiement et profanation, ces cultes sont souvent accomplis à l'abri des regards (mais certains aspects sont publics, ainsi les processions d'Isis, très bien décrites par Apulée[6]). A l'instar des philosophies en vogue dans les premiers siècles de notre ère (en particulier le stoïcisme et le platonisme) , ces religions s'articulent souvent sur des idées d'universalisme, de conversion des mœurs, de purification, de salvation, ainsi sur un discours concernant l'au-delà. L'initié doit montrer sa force morale, son courage, sa droiture et pratiquer les vertus. Certains thaumaturges célèbres des premiers siècles de notre ère (Apollonius de Tyane, Jamblique) semblent devoir être mis en relation avec les cultes à mystères. Mais la divulgation des mystères peut aussi se produire et être la source d'un scandale public ( on connaît bien le cas d'Alcibiade à Athènes, accusé d'avoir parodié les mystères d'Eleusis, ou celui de Clodius qui se déguise en femme pour assister au culte de Bona Dea à Rome).

Les participants de certains cultes subissent des initiations successives, apprenant graduellement ce qui est présenté comme des secrets de la nature, ou de la divinité ; ils progressent éventuellement dans des grades (l'exemple le plus connu est le culte de Mithra qui comporte sept grades). Dans son parcours, l'initié doit souvent jurer. Ce serment est une preuve de son statut d'homme libre (l'esclave ne peut le faire). Néanmoins, les cultes à mystères tendront de plus en plus à admettre les non-citoyens, c'est-à-dire les femmes et les esclaves (par exemple le christianisme, tandis que son principal, concurrent, le mithriacisme, ne s'adressait qu'aux hommes). Ces cultes apportent, contrairement aux cultes traditionnels, une vision nouvelle de l'après-vie, plus encourageante que la simple éternité dans les Champs Élysées des Enfers réservés aux plus méritants, les héros. En général, ces cultes proviennent de l'Orient, (à l'instar du Dionysos de la tradition) mais aussi de pays barbares au nord de la Grèce (Orphée est thrace).

CultesModifier

Les religions à mystères les plus connues sont :

mais on peut aussi mentionner les cultes suivants, qui peuvent comporter un aspect de culte à mystères :

RéférencesModifier

  1. Ernest Renan, Histoire des origines du christianisme - Livre VII : Marc Aurèle et la fin du monde antique, Paris, ligaran, 652 p. (lire en ligne)
  2. Franz Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain discours au Collège de France (1905).
  3. « Ces dieux d'Orient concurrents de Jésus », Le Monde de la Bible n°181,‎ , pages 3 à 39
  4. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, article μύω
  5. on attribue parfois cette idée à Hérodote, mais elle ne figure pas dans les Histoires du "premier historien"
  6. (la) Apulée, les Métamorphoses, les Belles Lettres

Sources anciennesModifier

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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