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Couronne de la Vierge de l'Immaculée Conception, également connue comme « couronne des Andes ».

Le culte marial, ou dévotion mariale, est la vénération que les catholiques et les orthodoxes portent à Marie, mère de Jésus. Dans les traditions catholique et orthodoxe, ce culte est appelé « hyperdulie » selon la définition qu'en a donnée le concile de Trente. Le protestantisme, pour sa part, respecte Marie pour son exemplarité et pour son rôle dans l'économie du salut, mais ne lui voue pas de culte particulier.

Sommaire

Les premiers sièclesModifier

Pour de nombreux spécialistes de l'Antiquité[1], Marie « mère de Dieu » aurait hérité purement et simplement des symboles et des fonctions de Cybèle, Mater magna, « Mère des dieux » : « Marie viendrait remplir une case laissée vide par la défaite et l'exil des divinités féminines, Isis et Cybèle surtout[2]. » À la différence de ces historiens, Philippe Borgeaud met l'accent sur le contexte religieux commun dans lequel baignent les deux figures de Cybèle et de Marie, et qui explique leurs ressemblances. Ainsi, « le discours sur la chasteté [qui occupe une place centrale dans le culte marial comme dans le culte de Cybèle] relève de préoccupations qui sont partagées, au IIe siècle de notre ère, par des milieux cultivés dans l'ensemble des communautés méditerranéennes, chrétiennes ou non chrétiennes[3]. »

De fait, « le christianisme victorieux finit par asseoir Marie, la Mère de Dieu, sur un trône qui ressemble étonnamment à celui de la Mère des dieux , tout en recherchant, derrière l'image hiératique de la souveraine céleste, les émotions d'une mère aimante et souffrante[4]. » Le danger d'une divinisation de Marie, et d'une confusion entre Marie « mère de Dieu » et Cybèle mère des dieux sous-tend la polémique au concile d'Ephèse entre Nestorius, patriarche de Constantinople, qui aurait voulu que l'on appelât Marie « Christotokos », « mère du Christ », plutôt que Theotokos, « mère de Dieu », et Cyrille d'Alexandrie, partisan de cette dernière appellation. Ce danger de fusion n'était nulle part plus manifeste qu'à Byzance, comme le montrent les travaux de Vasiliki Limberis[5].

Le concile d'Éphèse (en 431)Modifier

Article détaillé : Concile d'Éphèse.

Le concile œcuménique d'Éphèse a défini le rôle de Marie de Nazareth, mère de Jésus, comme « Mère de Dieu » (Theotokos), ce qui n'en fait pas l'égale de Dieu.

Moyen ÂgeModifier

 
Dormition de la Vierge, église abbatiale de Fécamp, XVe siècle.

L'iconographie médiévale montre que, dans la religion catholique, la Vierge est indissociable du Christ : chaque église possède ou possédait sa statue de la Vierge à l'Enfant, et les autres thèmes les plus fréquents sont ceux de la Nativité et de la Fuite en Égypte. Mais en même temps la Vierge acquiert un statut de reine, présent dans de nombreux écrits, et saint Bernard transforme en litanies de la Vierge les versets amoureux du Cantique des Cantiques, appliquant à Marie toutes les métaphores contenues dans le texte biblique et transposant sur le plan religieux la dame inspiratrice de l'amour courtois[6]. De très nombreuses églises et cathédrales lui sont consacrées, sous le vocable de Notre-Dame. La cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay, sanctuaire marial, fut l'un des lieux de pèlerinage les plus importants du Moyen Âge et de la Renaissance.

RenaissanceModifier

De plus, les cisterciens développent la dévotion du Rosaire, reprise ensuite par les dominicains, transformée en fête religieuse au XVIe siècle, après la victoire de Lépante (1571). Car la Vierge est maintenant perçue dans le catholicisme comme « Secours des Chrétiens » en difficulté. La Réforme met en question les excès du culte des saints et de la Vierge-Marie en particulier. C'est donc la Vierge qui mènera le combat spirituel contre les réformés. Les retables du Rosaire se multiplient, tout comme les représentations de l'Immaculée Conception et celles de l'Assomption, sans compter les innombrables miracles peints notamment sur les ex-voto.

Dans l'Occident latin, le mois de mai est dédié à Marie, semble-t-il, depuis le XIIIe siècle. On raconte que saint Philippe Néri (1536-1595) avait l'habitude de rassembler les enfants, le 1er mai, autour d'un petit autel de Marie. Mais c'est au XVIIIe siècle, que se répandit la coutume d'une célébration familiale du mois de Marie, à l'instigation des Jésuites. Le pape Pie VII, en 1815, approuve officiellement la pratique de cette dévotion.

Les Églises issues de la Réforme protestante ont quant à elles abandonné le culte marial dès le XVIe siècle, en même temps que le culte des saints[7].

Miracles et apparitionsModifier

Article détaillé : Apparitions mariales.

L'Église catholique ne reconnaît qu'une quinzaine d'apparitions mariales.

Pendant son pontificat, Libère (352-366), à la suite de l'offre d'un mécène de construire une chapelle dédiée à Marie de Nazareth, aurait vu cette dernière en un songe lui indiquer le lieu où il devrait construire l'édifice[8]. La basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome fut construite par la suite sur le lieu de cette chapelle Sainte-Marie-des-neiges.

Au Moyen Âge, les miracles attribués à la Vierge se multiplient et sont publiés dans de nombreux recueils, l'un des plus célèbres étant les Miracles de Notre Dame de Gautier de Coincy, au début du XIIIe siècle. Souvent, ces miracles aboutissent à la construction d'églises ou d'ermitages, où d'autres miracles auraient lieu par la suite.

Notre-Dame de Guadalupe aurait ordonné la construction d'une église en 1531 à un pauvre Indien de Tepeyac au Mexique. Lors d'une apparition de 1664 à Saint-Étienne-le-Laus, Marie se serait présentée à Benoîte Rencurel, une bergère de 17 ans.

Dans la plupart des apparitions précédentes, la Vierge apparaissait généralement en rêve.

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, elle apparaîtrait « en personne » en divers endroits : à Paris, rue du Bac à Catherine Labouré (1830) (on y construisit par la suite la chapelle Notre-Dame-de-la-Médaille-miraculeuse), à La Salette en 1846, à Lourdes à Bernadette Soubirous (1858), puis en 1917 à Fátima, ensuite à l'église Saint-Gilles de l'Île-Bouchard en 1947, puis à partir de 1981 à Međugorje, petit village de Bosnie-Herzégovine.

Prières marialesModifier

 
Statue de la Vierge, Alsace.

Beaucoup de prières catholiques s'adressent à la Vierge Marie. Le rosaire, composé de quatre chapelets (trois seulement si l'on ne récite pas les mystères lumineux), a un caractère essentiellement marial, ce qui ne lui enlève en rien son caractère christocentrique, selon Jean-Paul II dans Rosarium Virginis Mariae.

Reliques marialesModifier

« En Orient comme en Occident, à partir de la seconde moitié du Ve siècle, c'est-à-dire à l'époque où s'est probablement posée la question du sort final de Marie, le culte des reliques mariales a commencé à se développer ». Étant donné son Assomption, la vénération se porte non pas sur les traditionnelles reliques corporelles (à l'exception des reliques du saint lait) mais sur des reliques de contact (vêtements funèbres, ceinture …)[9]. De nombreuses églises et sanctuaires mariaux revendiquent posséder ce types de reliques basées sur des récits légendaires issues de traditions probablement originaires de Jérusalem[10] : fuseau de la Vierge au monastère des Hodèges, sainte Robe à l'église des Blachernes, chambre à coucher dans la Maison de la Vierge Marie. Avec le commerce médiéval des reliques, ces dernières se sont retrouvées dans plusieurs églises d'Occident.

Qualification du culteModifier

Articles détaillés : Mariologie et Mariolâtrie.

Depuis le concile de Trente au XVIe siècle, l'Église catholique a introduit une distinction entre cultes de latrie, de dulie, et d'hyperdulie[11]. Le culte d'hyperdulie (du grec ancien υπέρ / hyper, au-dessus, et δουλεία / douleia, servitude), est le culte rendu à la Vierge Marie, supérieur au simple culte rendu aux saints et aux anges (dulie). Ce terme est distingué de celui d'adoration (ou latrie) qui ne convient que pour Dieu.

En mariologie l'excès a porté plusieurs théologiens à parler de Marie comme « corédemptrice »[12]. Le concile Vatican II a délibérément évité d'employer ce terme et rappelé que, pour le christianisme, le rédempteur unique est Jésus-Christ, fils de Dieu et de Marie.

Notes et référencesModifier

  1. Voir le résumé des positions des historiens à ce sujet Philippe Borgeaud, La Mère des dieux, de Cybèle à la Vierge Marie, Seuil, 1996, p. 9-10.
  2. Philippe Borgeaud, La Mère des dieux, de Cybèle à la Vierge Marie, Seuil, 1996, p. 9-10.
  3. Philippe Borgeaud, La Mère des dieux, de Cybèle à la Vierge Marie, Seuil, 1996, p. 177. Rappelons que les prêtres de Cybèle étaient châtrés
  4. Philippe Borgeaud, La Mère des dieux, de Cybèle à la Vierge Marie, Seuil, 1996, p. 173.
  5. Vasiliki Limberis, Divine Heiress [La Divine héritière]. The Virgin Mary and the Creation of the Christian Constantinople, Londres, New Yok, 1994.
  6. Jacqueline Kelen, Les Femmes de la Bible, éd. Albin Michel, 1984.
  7. Hans Küng, Ist die Kirche noch zu retten ?, éd. Piper, 2011.
  8. « Pope Liberius (352-366) had a very unusual dream which eventually determined the site on which this basilica was to be built. On the 5th August, during the worst days of a Roman summer, early in the morning, the Esquiline hill was found covered with snow. Pope Liberius' dream had informed him beforehand about this episode, where this snow was to appear, that was to be the site reserved for Mary's church in Rome. These are the origins of this title ‘Sancta Maria ad Nives » F.G. Holweck, Fasti Mariani, 341-344; Jos. Lupi, Our Lady in the Early Church in Melita Theoloaica VI, No 2 (Malta 1953), 79-97; G. Medica, I Santuari Mariani d'Italia, Rome 1965, p. 164-165.
  9. Simon Claude Mimouni, Dormition et assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, Éditions Beauchesne, , p. 599
  10. Simon Claude Mimouni, Dormition et assomption de Marie : histoire des traditions anciennes, Éditions Beauchesne, , p. 615-616
  11. Dulie et hyperdulie dans l'Encyclopædia Universalis
  12. Bernard Sesboüé SJ, « Peut-on encore parler de Marie ?», dans Christus, nº 183, janvier 1999, p. 264-273.

BibliographieModifier

Articles connexesModifier