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Le crime de Langon est un fait divers sordide : l'assassinat crapuleux de Jean-Théodore Monget, un agent d'assurances, dans le Café de la gare à Langon (Gironde), le 6 février 1907.

Sommaire

Le contexteModifier

Tout commence par une disparition inquiétante. Rapidement les autorités se dirigent vers la probabilité d'un assassinat, mais le corps est introuvable. À l'époque, Langon et les environs étaient des lieux ou sévissait une bande de malfaiteurs, connue sous le nom de « bandits de Langon » qui avaient commis des assassinats, des cambriolages, des agressions, des contre-bandes, etc. tous restés impunis.

Un journal national, Le Matin, le 26 février, publie les faits connus à la Une. C’est grâce à cette Une que ce fait-divers a débordé du cadre local pour prendre une dimension nationale. De nombreux journalistes et photographes ont fait le déplacement jusqu’en Sud-Gironde pour suivre l'affaire et mener leurs propres investigations. Sans doute l'inspiration pour l'intérêt était la mémoire de l'Auberge rouge de Peyrebeille du début du 19e siècle (qui a aussi inspiré le film L'Auberge rouge en 1951 avec Fernandel comme vedette.)

Cette affaire d'assassinat crapuleux est assez banale ; elle sort de l'ordinaire par sa couverture dans la presse nationale :

Presque 400 articles sont répertoriés, avec liens vers une lecture en-ligne, dans §6.1.
  • Elle a suscité l'édition de dizaines de cartes postales différentes illustrant les lieux associés au crime, les recherches du parquet, les protagonistes, le procès des assassins et leur déportation au bagne de Cayenne.
  • Les chansonniers produisent des Complaintes sur le Crime de Langon.
  • Deux spectacles éphémères sur les scènes parisienne (Le crime de Langon) entre janvier et mars 1908 au Théâtre de Grenelle et bordelaise (L'auberge sanglante) en mars 1908. Cette dernière, une pantomime, avait comme vedette Henriette Courrèges, un témoin clé de l'affaire.

La peine de mort des assassins fut commuée aux travaux forcés en 1908 et cet acte de clémence présidentielle produisait un grand mouvement populaire en faveur de la peine capitale. En 1909, les Bandits du nord, tout à fait semblables aux Bandits de Langon, furent décapités.

Langon au début du XXe siècleModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Langon à travers les siècles d'André Sapaly[1].

Dès son origine, Langon, petite ville d'une population d'environ 5 000 au début du 20e siècle, a été un port et une ville où des marchands s'arrêtent et de nombreux commerçants arrivent par la Garonne.

À la fin du 19e siècle le Vieux Langon, quartier près des bords de Garonne, a vu naître de nombreuses maisons closes et la prostitution y crée une véritable économie. Si les ports appellent ce genre d’établissements, il ne faut pas croire qu’il n’y avait que les marins qui les fréquentaient.

  • L’actuel n°51 de la rue Maubec était une de ces maisons de tolérance. Aujourd’hui, si on s’arrête devant, c’est pour admirer sa somptueuse façade.
  • La maison « Chez Mérotte » se situait en bout de la rue Papon : elle a disparu quand il a été décidé d’aligner la rue.
  • Place des Carmes, face au poids public, il y avait « La Bascule ».
  • Le « Bar de la Marine » était réputé pour y faire des rencontres.
  • Mais celui qui semble avoir le plus marqué Langon est le bar situé dans la rue Saint-Gervais qui, au départ, portait le nom de « Bacchus » avec à sa tête Madame Savin. Il devint par la suite « La Barrique ». Si les clients entraient par la rue Saint-Gervais, la sortie se faisait par la rue Ronde, plus discrète pour ceux qui fréquentaient l’endroit.

La ville n’a donc pas échappé à la tentation pécuniaire de créer des lieux de plaisir pour les marins et autres « consommateurs » (Une expression désobligeante qui fait écho à la pancarte d’un de ces établissement qui indiquait « Les consommations au fond du couloir »).

Cette situation ne convenait pas à tout le monde. Ainsi, en 1896, un conseiller municipal de Langon, M. Bannel, met les pieds dans le plat. Il déclare : « Il est vraiment déplorable de tolérer à Langon certaines maisons malfamées dont tout le monde se plaint. »

Le souhait de l’élu de Langon : « faire respecter la loi, l’appliquer dans toute sa rigueur et chercher les moyens pour combattre ce mal. ».

Quelques années plus tard, un agent municipal entre en fonction. Le retraité de la gendarmerie est notamment « chargé de la police des mœurs ». Mais, d’après Langon Revue[2], un hebdomadaire d’opposition, assure que « Langon est une ville perdue » à cause des « nombreux antres de prostitution qui se sont établis sur tous les points de la ville ».

Le Café de la GareModifier

Parmi les lieux malfamés de Langon se trouve le Café de la Gare, un lieu de prostitution (une lanterne à l'entré indiquait « Café et meublé ») ou la personnelle féminine « montaient » avec les clients. Il est tenu par les époux Branchery, Eugène[Notes 1] et Lucia[Notes 2]. On décrit l'établissement comme « le lieu de rendez-vous de toute la fripouille du pays », d’après Le Matin.

Le chef incontesté était Eugène Branchery, tenancier de l'auberge. Il tenait là une sorte d'école professionnelle pour cambrioleurs et assassins ; il enseignait à ses disciples l'art de crocheter une serrure, d'enfoncer une porte et de faire aux patients les coups de la cravate et le coup du père François. Il se tenait au courant des progrès de la science spéciale qu'il enseignait, et donnait même des leçons de Ju-jitsu.

Sa femme, Lucia, l'aidait dans ses entreprises ; et, parmi ses fidèles acolytes, il comptait Henri Parrot[Notes 3], son garçon de salle, un gaillard violent et déterminé, habitué à obéir aveuglément au patron, et les frères Joseph[Notes 4] et Gaston Gasol, contrebandiers de leur état.

La disparition de Jean-Théodore MongetModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Le Matin du 26 février 1907[3] et L'Humanité du 26 février 1908[4].

Le 6 février 1907, Jean-Théodore Monget[Notes 5], marié, père de famille et sous-directeur de la compagnie d'assurances « La Générale », est arrivé à Langon par train venant de La Réole. Il est venu à Langon pour encaisser à l'entrepôt des tabacs une somme de 1 500 frs pour le compte de Mme Bouis. De Langon, il devait se rendre à Verdelais, à bicyclette, pour régler un sinistre.

À sa descente de train, vers 14h, M. Monget était entré au Café de la Gare prendre une consommation, puis, ayant laissé sa bicyclette, il était parti faire le recouvrement en ville, disant qu'il reviendrait vers 15h. Monsieur Monget ne donne plus signe de vie auprès de ses proches.

La police examine toutes les hypothèses susceptibles d'expliquer sa disparition : suicide, disparition volontaire ou fugue, accident ou victime d'une agression. Les deux premières sont abandonnées rapidement, car M. Monget avait une vie paisible et était d'un probité sans reproche. Aucun trace d'un accident n'est retrouvé, qui laisse la dernière possibilité.

Sa famille engage les services d'un agent de la Compagnie des chemins de fer du Midi qui enquête à Langon, Verdelais et les environs. Mais la seule enquête sérieuse a été faite par deux agents de la Sûreté de Bordeaux, agissant aussi sur la demande de la famille. Ils ont trouvé des témoins qui ont vu M. Monget entrer dans le Café de la Gare vers 14 h et d'autres qui l'ont vu pour la dernière fois, à 15h 20, dans la rue qui longe le cimetière, près de la gare.

Cependant, l’homme demeure introuvable et la police ouvre une enquête pour « disparition inquiétante ».

L'enquêteModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Le Matin du 26 février 1907[3], Le Matin du 28 mars 1907[5], Le Petit Journal du 14 avril 1907[6] et L'Humanité du 26 février 1908[4].
 
MM Kaufmann - Castels - Pradines

Au début du 20e siècle il y a un sens d'insécurité dans beaucoup de villes françaises : les Apaches de Paris, la bande du nord et bien d'autres sévissaient dans un climat d'impunité. Depuis plus de deux années, la « bande de Langon » semait la terreur dans les environs. Un grand nombre de vols, cambriolages, incendies volontaires et même assassinats leur sont imputés, mais les méfaits restaient impunis.

La disparition inquiétante, à Langon, de monsieur Monget, un notable de la région ; la couverture par la presse nationale et l'afflux de journalistes obligent la justice d’enquêter sérieusement. Le Procureur de Bazas est M. Castels ; le juge d'instruction M. Pradines et l'ingénieur chargé des recherches du cadavre est M. Kaufmann.

La rumeur publique indiquait que le Café de la Gare était un lieu plutôt louche et, parce que M. Monget a été vu pour la dernière fois dans son voisinage, la police s'intéresse aux activités des tenanciers Eugène et Lucia Branchery. Les premières investigations ne donnent rien, mais vers la fin du mois de février, une amie bordelaise de Lucia Branchery, Mme Laurentine, alerté par les récits de la disparition de M. Monget dans la presse, contacte la police. Lucia est venu chez-elle le soir du 6 février ; elle avait beaucoup d'argent à dépenser et auparavant, elle n'avait que des dettes. D'après des enquêtes à Langon, Eugène Branchery, à partir du 7 février, épongeait ses dettes et se livrait à des festivités inhabituelles.

M. Monget est toujours introuvable et les perquisitions du Café de la Gare ne donnent rien. Cependant, un tissu de présomptions et une série de témoignages lie Eugène Branchery et Joseph Gasol avec la bande de Langon. Le le juge d'instruction de Bazas fait arrêter Brachery et Gasol pour une affaire de cambriolage. Dans la foulée, un troisième homme, Fernand Parrot, employé du café-hôtel, se retrouve aussi derrière les barreaux. Les hommes nient toute implication dans la disparition de M. Monget et la justice n'a aucun preuve.

Le témoignage d’une femme, une ancienne employée de Branchery, va faire basculer l’affaire.

Le témoignage d'Henriette CourrègesModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Le Petit Journal du 17 mars 1907[7]..

Il s’agit d’Henriette Courrèges[Notes 6], ancienne laveuse de vaisselle et prostituée du Café de la Gare. Elle était la maîtresse de Joseph Gasol. Ce dernier lui aurait raconté comment Eugène Branchery et Fernand Parrot ont assommé le M. Monget avant de jeter son corps dans la Garonne, avec son aide.

Henriette était « la vedette » de ce fait-divers. Elle était interviewée et photographiée par des journalistes à chaque comparution devant le juge d'instruction et pour chaque sortie en ville elle était suivie par une foule de curieux. Henriette ne manqua pas de monnayer ses confidences et ses charmes. En 1908, après le procès, elle a même participé à un spectacle à Bordeaux[8] et à Arcachon[9], ou elle jouait son propre rôle !

Henriette Courrèges

Henriette Courrèges, domestique au Café de la Gare quitte son emploi vers le mi-janvier 1907 pour résider à Bordeaux, chez un certaine Mme Larrieu, qui tient un bureau de placement, rue Sainte-Catherine à Bordeau. Elle continue de recevoir les visites de son amant Joseph Gasol et lors d'une de ces visites, vers le mi-février, il lui raconte sa participation dans l'affaire Monget. A son tour, Henriette fait des confidences à Mme Larrieu, qui, quand l'affaire prends de l'importance dans la presse, alerte la Sûreté de Bordeaux. Henriette venait de quitter Bordeaux, mais la police la retrouve à Angoulême dans une maison hospitalière. Le 6 mars elle est ramenée à Langon et mise en état d'arrestation. Tout d'abord elle refuse de parler, puis elle déclare qu'elle dira tout si on arrête Lucia Branchery. Lucia est arrêtée immédiatement et alors, Henriette donne un récit long et détaillé du crime :

M. Monget est de retour au Café de la Gare vers 15h 30 pour reprendre son vélo afin de se rendre à Verdelais. Il prenne un café, mais il est attiré par Lucia Branchery vers un guet-apens à l'arrière du Café. Car Lucia avait appris, lors de sa première passage au Café, qu'au retour il porterait une somme importante d'argent. Monget fut d'abord frappé d'un coup de marteau par Parrot, puis par Branchery. Leur coup fait, les deux hommes descendirent Monget dans la cave, et là, ils l'achevèrent en l'étranglant à l'aide d'une serpillière roulé en cordon, dont ils tenaient les deux extrémités. Un fois Monget mort, ils requirent l'aide de Joseph Gazol et la nuit tombée les trois hommes se débarrassèrent du cadavre en le jetant dans la Garonne.

Le témoignage de Jean LacampagneModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : « Les bandits de Langon : un témoin muet », Le Matin,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).

Jean Lacampagne, un sourd-muet et souffre-douleur des Branchery, travaillait au Café de la Gare comme commissionnaire. Il témoigne le 22 avril devant le juge d'instruction avec l'aide d'un interprète.

  • Le 6 février il se rendit au Café de la Gare vers 16 heures et trouvant la porte d'entrée fermée il passe derrière pour entrer par la cave. Il aperçoit Branchery et Parrot, les vêtement tâchés de sang. Il voit Lucia portant une cuvette d'eau et essayant de laver le veston de son mari et les tâches de sang sur le parquet. Branchery frappe Jean Lacampagne et le menace de garder le silence, sinon...
  • Plus tard dans la soirée il descend dans la cave et découvre, derrière un rideau, le cadavre de M. Monget. Terrifié, il fuit l'auberge.
  • Vers 1 heure du matin le 7 février, une nuit de pleine lune, Jean Lacampagne, qui dormait dans un hangar en face de la cave du café, entendit des bruits et voit Gasol, Parrot et Branchery sortant de la cave avec un lourd paquet qu'ils transportaient vers la Garonne par le chemin des amoureux.

Les aveuxModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : « Crime de Langon : les assassins avouent », Le Matin,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).

La confrontation entre Henriette et Gasol amenait Gasol vers les aveux. Il reconnait qu'il avait aidé à transporter le cadavre et qu'il avait touché 250 fr.

Confronté avec les aveux de Gasol, Parrot décide d'avouer sa participation dans l'assassinat. Le meurtre de M. Monget fut planifié par les époux Branchery dès son retour au Café de la Gare et que Lucia soit assuré qu'il avait beaucoup d'argent sur lui. Parrot avoue d'avoir frappé en premier et que Branchery avait terminé l'assassinat. Le cadavre, jeté dans la Garonne n'avait pas été lesté et qu'il fut emporté par le courant.

Parrot, ayant tout avoué, fut confronté avec Branchery qui refusait encore de parler. Mais, devant ses deux complices, il était obligé d'avouer qu'il avait frappé Monget.

Lucia Branchery a continué à nier toute participation dans l'assassinat.

La recherche du corps et des preuves matériellesModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Le Petit Parisien du 4 avril 1907[10].

Des recherches dans la Garonne commencent le 9 mars. Le scaphandrier Dubagnette, mandaté par la justice, travaille[Notes 7] pendant près de six mois dans des conditions de courant et visibilité très difficiles. Les bords de la Garonne sont aussi examinés pour traces d'un enterrement, également, sans succès. Lors de ces tentatives les rives de la la Garronne sont noire de monde: le premier jour 200, le deuxième jour 4000 !

  • Le 30 mars un cadavre est repêché dans la Garonne près de Baurech. On pense d'abord que c'est le cadavre de M. Monget, mais après l’examen de la dentition, des vêtements, etc., il s'avère ne pas être le cas.
  • Après leurs aveux, M. Pradines a entendu Parrot et Gasol et leur a demandé d'indiquer précisément l'endroit où ils ont jeté le marteau utilisé pour assommer Monget, sa bicyclette et son cadavre.
Le 3 avril, les membres du parquet se rendent à Langon, à l'endroit indiqué par Gasol et Parrot, près du pont neuf. Le scaphandrier plonge, et vers 10h 45, il retrouve les roues et le porte bagages de la bicyclette de Monget.
  • Le 19 août, le scaphandrier retrouve le marteau utilisé pour assommer la victime.
  • Le corps de Monsieur Monget ne sera retrouvé que le 27 octobre par Clovis Combes, un gabarier de Lavardac, devant la cale du Médoc, quai de Bacalan à Bordeaux.
Le cadavre était bien décomposé, mais le fils, Jean-Arthur, et l'épouse de Monsieur Monget pouvait identifier les vêtements et a reconnu que le corps était bien celui de son père. Les constatations de l’expert légiste mirent en évidence l’extrême gravité des blessures : le crâne avait été fracassé et le malheureux avait été, en outre, victime d’une strangulation. Le corps de M. Monget était exposé pour des besoins d'identification, par le gardien, Auguste Roy, de la morgue de Bordeaux, quai de la Grave[11]
  • Les obsèques de Jean-Théodore Monget ont eu lieu le 3 novembre 1907 à Blaignac, dans le caveau familial.

Le dossier d'instruction était complet et le 25 novembre M. Pradines a rendu sept ordonnances de renvoi devant la chambre des mises en accusation au sujet du meurtre de M. Monget. Les époux Branchery, Parrot et Gasol, sous les verrous à Bazas, sont transférés au fort du Hâ à Bordeaux le 29 novembre.

Le procèsModifier

Les informations suivantes proviennent principalement de : Le Figaro du 27 février 1908[12] et Le Petit Parisien du 1 mars 1908[13].

.

Le procès est fixé pour le 27, 28 et 29 février 1908 aux assises de la Gironde à Bordeaux. Les époux Branchery, Parrot et Gasol sont accusés de l'assassinat de Monget et une accusation supplémentaire est ajoutée : l'entôlage (vol d'un client par une prostituée ou son souteneur) d'un certain M. Boy, marchand de moutons à Bazas le 2 décembre 1906. Il était client d'Henriette au Café de la Gare et affirme qu'on lui a volé 200 fr. Donc, Henriette Courrèges figure parmi les accusés pour le délit d'entôlage.

Plus de 125 témoins sont appelés. Évidemment, les témoignages accablantes d'Henriette Courrèges et Jean Lacampagne ; les aveux de Branchery, Parrot et Gasol et la découverte du corps de monsieur Monget laissent peu de doute sur le verdict, même si Lucia Branchery continue de nier en bloc toutes les accusations.

Eugène Branchery, peut-être en quête de notoriété supplémentaire, transforme son procès en pièce du théâtre du Grand-Guignol par les propos et interjections envers les juges, sa femme et les témoins qui relatent ses méfaits. Certains membres du juré demandent des détails croustillantes du déroulement des entôlages... La salle d'audience est hilare et le Président du Tribunal menace, à plusieurs reprises, de suspendre le procès.

Les quatre assassins et leur dénonciatrice

Cependant, l'arrêt est prévisible :

  • Le 29 février 1908, Eugène Brachery et Henri Parrot furent condamnés à la peine de mort ; Lucia Branchery aux travaux forcés à perpétuité et Joseph Gasol, à la même chose, mais pour une durée de 15 ans. Henriette Courrèges fut acquittée.
  • Le 27 mars leur pourvoi en cassation est rejeté et le 7 avril, Branchery et Parrot signent la demande d'un recours de grâce présidentiel contre leur condamnation à mort.
  • La Cour d'assises de Perigueux condamne Joseph Gasol à 20 ans d'interdiction de séjour, suite à la peine de 15 années de travaux forcés[14].
La Rochelle - départ pour le bagne de Cayenne
  • Le 20 juillet, président Fallières graciait Branchery et Parrot et commuait la peine des assassins en celle de travaux forcés à perpétuité. Suite à ce dernier acte de clémence il se produisit un grand mouvement en faveur de la peine capitale, qui fut rétablie pour les bandits du nord, tout à fait semblables aux bandits de Langon, en 1909.
  • Le 4 août Lucia Branchery est transférée à la maison centrale de Montpellier, au pavillon des tuberculeuses, pour y subir sa peine.
  • Le 6 août, Branchery et Parrot sont transférés du fort du Hâ à la prison de Saint-Martin-de-Ré pour leur embarquement vers le bagne de Cayenne. Joseph Gasol est transféré à Périgueux, pour être jugé sur une autre affaire, puis à La Rochelle pour le bagne de Cayenne.
  • Joseph Gasol est mort le 2 octobre 1909[15]
  • Le 13 juin 1910, Henri Parrot s'évadait du bagne. Il a été rapidement repris et a été condamné à deux ans de réclusion cellulaire[16].
  • Au bagne, Eugène Branchery exerçait la profession de boulanger. Il est mort le 31 août 1913[17].
  • En août 1926 le Président de la République, Gaston Doumergue, commua la peine de Lucia à 15 ans de travaux forcés.

La vie de Branchery, Parrot et Gasol au bagne est décrite dans le livre Visions du Bagne de Jacques Dhur[18]

La complainte du crime de LangonModifier

Les chansonniers font du crime de Langon un sujet de plusieurs chansons. Par exemple, en 1907, La Lanterne publiait[19] en juin une complainte d’Émile Regebert et les Annales du Crime[20] une résumé des faits, suivi d'une complainte en 16 couplets décrivant le crime de Langon :

LE CRIME DE LANGON
Complainte à ce sujet
Texte de Ernest Voillequin, air de Fualdès[Notes 8]..
1

Écoutez bien l'horrible histoire
De sinistres et vils bandits,
De cent forfaits qu'ils ont commis
On gardera longtemps mémoire :
Ces malandrins depuis cinq ans,
Assassinaient les pauvres gens.

2

Ils tenaient, pour cacher leurs crimes,
Un fort bel établissement,
Où leurs complices sûrement
Savaient attirer les victimes ;
C'est là qu'ils mirent en projet
Pour son argent, d'occir Monget.

3

Or, un beau soir, à bicyclette,
N'en vint le pauvre voyageur,
Et Lucia, pour tenter son cœur,
Avec lui fut douce et coquette ;
Ce jour-là, dit-on, l'imprudent
Avait sur lui beaucoup d'argent.

4

Pour se laisser conter fleurette
Elle emmena son amoureux
Au fond d'un corridor ombreux,
Ne voulant pas être inquiétée
Or, la traîtresse, elle savait
Qu'en ce coin la mort l'attendait.

5

Branchery, Parrot son complice
Le guettaient derrière un rideau
pour le frapper d'un lourd marteau
Au moment de son court délice ;
Mais le coup fatal le manqua
Alors Branchery l'étrangla.

6

Après ce crime horrible et grave,
Les assassins, tremblant de peur,
Mirent le pauvre voyageur
Dans la glacière de la cave ;
Ils attendaient l'obscure nuit
Pour l'emporter bien loin sans bruit.

7

De Gasol, Espagnol cynique,
Vrai bandit, au cœur inhumain
Ils quettèrent un coup de main
Pour cacher leur forfait inique ;
Et l'autre se fut complaisant
Pour avoir sa part de l'argent.

8

Alors la patronne joyeuse,
Leur versa des vins généreux,
Fallait les rendre valeureux
Pour la besogne dangereuse ;
Pour accomplir un dur labeur,
Le bon vin vous donne du cœur.

9

Quand vint la nuit, l'âme inquiète,
Ces bandits, clandestinement
Trainèrent Monget, commodément
Sur une sinistre brouette ;
Et dans la Garonne, en secret,
Ils le jetèrent sans un regret.

10

Ils croyaient bien, ces froids apaches,
Assurant leur impunité,
Continuer en liberté
Ce commerce atroce de lâches ;
Mais une femme, avec raison
D'un mot les fit mettre en prison.

11

Henriette, ancienne servante,
Et maîtresse du beau Gasol,
Un jour, questionnant l'Espagnol,
Apprit les secrets de la bande ;
À la justice elle dit tout,
Depuis ils sont sous les verrous.

12

Avec hauteur, ces misérables,
Effrontément niaient les faits
Crimes, vols, odieux forfaits
Ah ! quel cynisme épouvantable !
Mais très froid, le juge leur dit :
J'ai des preuves, cela suffit !

13

Gasol, devant cette assurance,
Perdant son superbe toupet,
Avoua l'assassinat Monget,
Reconnaissant sa complaisance,
Puis, il dénonça ses amis
Et tous les méfaits impunis.

14

Alors, ces gens aux cœurs terribles,
Branchery, Parrot, Lucia
Sanglant trio de scélérats
Ont reconnu leurs crimes horribles ;
La justice, avec équité,
Saura venger la société.

15

Pour finir leurs vie de rapine
Deibler, peut-être, un beau matin,
Coup'ra la tête à ces gredins
Sous la fatale guillotine :
C'est juste punition du Ciel
Qu'ainsi finisse un criminel

16
Moralité

O vous, braves gens des campagnes
Pour combattre ces vils fripons
Soyez unis dans vos cantons
Défendant ainsi vos épargnes
Soyez armés dans vos maisons
Bien fort, on a toujours raison.

BibliographieModifier

  • André Sapaly, « Le crime de Langon », Cahiers du Bazadais, vol. 101, no 2,‎ , p. 25-49.
  • Sylvain Larue, Les grandes affaires criminelles de Gascogne, De Borée, coll. « Histoire et documents », (ISBN 978-2844944436), pp. 87-102.
  • Jean-Charles Gonthier, Les grandes affaires criminelles de Gironde, De Borée, coll. « Les Grandes Affaires Criminelles », , 316 p. (ISBN 978-2844944306).

Articles de presseModifier

Pour chaque article de presse qui se trouve dans une des boîtes déroulantes ci-dessous, un lien est donnée pour une lecture en-ligne.

La presse régionaleModifier

La presse locale girondine publiaient beaucoup d'articles, dès le 10 février 1907 ; pendant l'instruction et lors du procès en 1908.

Les principaux journaux sont : La Petite Gironde[21] ; Le Glaneur (Bazas)[22] ; La Nouvelliste de Bordeaux[23] ; La France de Bordeaux et du Sud-Ouest[24] ; L'Union (La Réole)[25]

Malheureusement, sauf pour La Petite Gironde et Le Glaneur ces journaux ne sont pas encore numérisée.

La presse nationaleModifier

Les articles de la presse nationale sont groupés par journal et par année.

NotesModifier

  1. Jean-Eugène Branchery, né le 6 octobre 1870 à Perpignan, rue de l'ange. Son père Jules Branchery, employé des chemins de fer, était originaire de Bordeaux. Il épousa Antoinette Bosc. Les époux Branchery quittent Perpignan en 1872 pour s'installer à Bordeaux.
    D'abord Eugène Brachery fut garçon boulanger, puis il se lassa du travail d'ouvrier. D'une constitution robuste et doué d'une force peu commune, il rejoint une troupe d'athlètes réputés et fonda sa réputation d'homme fort. À cause de son caractère violent, pendant son service militaire, il fut classé comme « joyeau » (soldats punis pour indiscipline).
    Vers 1897 il fit à Bazas la connaissance d'une veuve avec laquelle il vint s'établir à Langon, exploitant ensemble un débit de vins, puis une charcuterie, et enfin, le Café de la Gare. Sa compagne meurt en 1905 et ce fut la servante Marguerite Bois qui lui succéda. Elle devient la femme légitime de Branchery, et par la suite complice de ses crimes.
  2. Né le 7 avril 1884 à La Réole, Marguerite Bois, dite Lucia, fut servante (et prostituée) au Café de la Gare. Elle a épousé Eugène Branchery en 1905 et devint sa complice dans ses activités criminelles.
  3. Henri Fernand Parrot, né le 10 août 1887 à Bordeaux, fils de Pierre et Marie Renaud.
  4. Joseph Gasol, né le 25 août à Nérac (Lot et Garonne) et mort le 2 octobre 1909 au bagne de Cayenne.
  5. Né le 10 octobre 1852 à Fossès-et-Baleyssac, commune de la Gironde. Profession : instituteur, puis à partir de 1905, Agent d'assurances.
    Il épouse Jeanne Emma Françoise Beaupieds (1854-1938) le 18 septembre 1872. De cette union naissaient trois enfants : Pierre (1873- ?) ; Marie Jeanne (1876- ?) et Jean-Arthur (1881-1947).
  6. Henriette Courrèges, née le 22 mars 1884 à Saint-Sever (Landes), fille de X et de Marie Courrèges. Célibataire, habitant Langon et domestique au Café de la Gare. Lors de son procès elle affirme d'être prostituée depuis l'âge de 17 ans. Henriette Courrèges est décédée en 1979, à Saint-Maixant (Gironde) à l'âge de 95 ans.
  7. Dubagnette utilisait un scaphandre Charles Petit à crochet avec une pompe à volant moyenne profondeur : « Présentation du crime de Langon », sur Historic diving (consulté le 10 mai 2018).
    En juin 1907 Dubagnette fut mélé à une affaire de rapt d'enfant : « Les péripéties d'un rapt d'enfant », Le Journal,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018)
  8. L'Affaire Fualdès, un crime et erreur judiciaire qui a passionné toute la France entre 1817 et 1818, a donné lieu a une complainte chanté sur la marche du maréchal de Saxe. La complainte avait un tel succès que la musique était rebaptisé par la suite air de Fualdès et, sous cette dénomination, servira tout au long du XIXe siècle de timbre à des compositions du même genre. Un exemple de chanson sur cet air est Filibèrt par Les Mourres de Porc. – Vidéo en ligne sur YouTube.

RéférencesModifier

  1. André Sapaly, Langon à travers les siècles, Langon, Office de Tourisme de Langon, , 239 p..
  2. Langon Revue : journal hebdomadaire de défense républicaine, 1898-1907 (présentation en ligne).
  3. a et b « C'est une crime et non une fugue », Le Matin,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  4. a et b « Le drame de l'auberge rouge », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  5. « L'auberge sanglante : les bandits de Langon », Le Matin,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018)
  6. « Le Crime de Langon », Le Petit Journal (Supplément illustré),‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  7. « Le Crime de Langon », Le Petit Journal,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018)
  8. « Bordeaux - Alcazar : L'auberge rouge », La Rampe,‎ (lire en ligne, consulté le 7 juin 2018).
  9. « Arcachon - Athenée : Une taverne de brigands », L'Avenir d'Arcachon,‎ (lire en ligne, consulté le 7 juin 2018).
  10. « Le drame de Langon : Les recherches dans la Garonne donnent un premier résultat », Le Petit Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  11. « Les « Roy » s'en vont », La Petite Gironde,‎ (lire en ligne, consulté le 9 juin 2018)
  12. « Cours d'Assises de la Gironde : le crime de Langon », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  13. « Le Crime de Langon », Le Petit Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  14. « Dernier acte de l'affaire de Langon », L’œil de la police, vol. 32,‎ , p. 8 (lire en ligne, consulté le 4 juin 2018).
  15. « Le forçat Joseph Gasol est mort », La Petite Gironde,‎ (lire en ligne, consulté le 4 juin 2018).
  16. « Partie dans la brousse », L’œil de la police, vol. 127,‎ , p. 11 (lire en ligne, consulté le 4 juin 2018).
  17. « Un assassin mort au bagne », L’œil de la police, vol. 246,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le 4 juin 2018) et * « Le crime de Langon : Branchery vient de mourir au bagne », La Petite Gironde,‎ (lire en ligne, consulté le 6 juin 2018).
  18. Jacques Dhur, Visions du Bagne, Paris, J. Ferenczi & Fils, , 296 p. (lire en ligne), p. 244-246.
  19. « La complainte de Langon », La Lanterne,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018)
  20. « Le crime de Langon », Les Annales du Crime,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mai 2018).
  21. BNF: Presse locale ancienne : La Petite Gironde
  22. BNF: Presse locale ancienne : Le Glaneur
  23. BNF: Presse locale ancienne : La Nouvelliste de Bordeaux
  24. BNF: Presse locale ancienne : La France de Bordeaux et du Sud-Ouest
  25. BNF: Presse locale ancienne : L'Union (La Réole)

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Articles connexesModifier

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