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Craignant-Dieu (christianisme)

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Craignant-Dieu.
Saint Pierre et le centurion Corneille, par Bernardo Cavallino, Galerie nationale d'art ancien (Rome).

Les Craignant-Dieu (grec ancien : φοβούμενος τὸν Θεόν, Phoboumenos ton Theon) sont, pendant la période du Second Temple, un groupe de « gentils », ou non juifs, proches du judaïsme hellénistique sans être cependant convertis au judaïsme. Évoqués dans le Nouveau Testament (Épîtres de Paul, Évangiles, Actes des Apôtres), ils forment une communauté à part, majoritairement gréco-romaine, qui adhère en partie à la Torah mais refuse certaines pratiques du judaïsme, dont la cacherout et surtout la circoncision.

C’est principalement dans le milieu des Craignant-Dieu que se développe le christianisme primitif.

Le centurion Corneille décrit en Actes 10 est l'un de ces Craignant-Dieu, comme l'est probablement l'évangéliste Luc, auteur de l'Évangile selon Luc et des Actes.

HistoireModifier

Le monothéisme juif, ses rites et ses fêtes religieuses exercent à l'époque du Second Temple un attrait indéniable sur le monde gréco-romain[1]. Or, pour un « gentil » du Ier siècle, la conversion au judaïsme signifie l'adoption de coutumes qui en font un véritable « choix de vie » et impliquent entre autres la circoncision ; seuls les prosélytes proprement dits s'y conforment[1],[2]. Les païens qui se limitent à un engagement partiel, les « sympathisants », se contentent d'observer Shabbat, de respecter certaines pratiques telles que les fêtes ou les prescriptions alimentaires, d'aller à la synagogue et de lire la Torah : on les appelle les « sabbatisants » ou « Craignant-Dieu »[1],[2].

Dans le Nouveau TestamentModifier

Il semble difficile de déterminer si l'eunuque éthiopien qui lit le Livre d'Isaïe et demande le baptême au diacre Philippe en Ac 8,27-39 est un prosélyte ou un Craignant-Dieu[3]. Dans ce second cas, il s'agirait du tout premier baptême d'un païen[4]. Dans le cas contraire, le premier baptême d'un Craignant-Dieu est celui du centurion Corneille (Ac 10)[3], qui est probablement un sympathisant grec du judaïsme[5]. Cet événement fait figure de « révolution » car, pour la première fois, « un païen est admis à part entière dans la communauté exclusivement juive des premiers chrétiens »[6].

Lorsque l'apôtre Pierre baptise Corneille à Césarée, il déplace le centre de gravité de l'Église de Jérusalem[7]. Dorénavant, la communauté va s'organiser autour de deux pôles : Jérusalem, sous l'autorité de Jacques le Juste, « frère du Seigneur », et Antioche, où ces nouveaux adeptes de Jésus portent le nom de « chrétiens »[7].

Luc l'évangélisteModifier

Pour la recherche contemporaine, l'évangéliste Luc, auteur de l'Évangile selon Luc et des Actes des Apôtres, est selon toute probabilité un Grec cultivé, en sympathie avec la tradition juive, qui s'est rapproché de la Synagogue jusqu'à devenir un Craignant-Dieu, avant de suivre l'enseignement de Jésus[8],[9].

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Marie-Françoise Baslez, Bible et Histoire : Judaïsme, hellénisme, christianisme, Folio/Histoire, 1998, p. 273 sq.
  2. a et b Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 532.
  3. a et b François Brossier, « Corneille, le premier païen converti », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000, p. 264 sq.
  4. Michel Quesnel, Baptisés dans l'Esprit, Cerf, 1985, p. 33.
  5. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, PUF/Nouvelle Clio, 2006 (ISBN 978-2-13-052877-7), p. 178.
  6. Paul-Irénée Fransen, « Pierre qui passait partout », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, Folio/Histoire, 2000, p. 252.
  7. a et b Daniel Marguerat, « Les Actes des Apôtres », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 132.
  8. Daniel Marguerat, « L'Évangile selon Luc », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 118.
  9. François Bovon, L'Évangile selon saint Luc, Labor et Fides, 1991, p. 27.

Articles connexesModifier