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Corto Maltese (personnage)

personnage de bande dessinée
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Corto Maltese (homonymie).

Corto Maltese
Naissance 10 juillet 1887
Origine Malte
Sexe Masculin
Cheveux Noir
Activité Marin
Caractéristique Casquette de marin
Entourage raspoutine
Ennemi de le moine

Créé par Hugo Pratt
Séries Corto Maltese
Albums 14
Première apparition 1967
Dernière apparition 2017
Éditeurs Casterman

Corto Maltese est un personnage de bande dessinée créé par Hugo Pratt. C'est un marin et aventurier qui a donné son nom à la série de bande dessinée Corto Maltese. Vingt ans après la disparition d'Hugo Pratt, il a été repris par deux auteurs de bande dessinée espagnols.

Sommaire

Création du personnageModifier

Dans Ann de la Jungle (Ann y Dan) d'Hugo Pratt, publié dans le magazine argentin Supertotem (1959-1960), Tipperary O’Hara, le marin du navire Golden Vanity, préfigure déjà Corto Maltese[1].

Un des compagnons du sergent Kirk portait déjà le nom de « El Corto », dans des aventures publiées entre 1953 et 1959 en Argentine, bien avant donc la création du marin maltais[2], sauf que son véritable nom est Jimmy Lea[3].

Quant au nom de famille, c’est peu après avoir vu le film de John Huston, Le Faucon maltais, adapté du roman The Maltese Falcon, de Dashiell Hammett, que vint à Pratt l’idée du patronyme.

Si le premier album de la série qui lui est consacré est La Ballade de la mer salée, paraît en 1975, la première planche représentant Corto Maltese est parue elle en juillet 1967 dans le magazine italien Sgt. Kirk.

Quant à la jeunesse du personnage, des révélations essentielles sont apportées par Hugo Pratt à partir de 1981 dans ce qui deviendra l'album La Jeunesse de Corto Maltese, avec l'aide de son ami, l'écrivain espagnol Juan Antonio de Blas qui s'amuse à donner à Corto et à certains personnages de la série une assise historique et bibliographique ayant l'apparence du vrai[4].

Biographie du personnageModifier

Corto Maltese est né à La Valette le [5] d’un père originaire de Tintagel, Cornouailles, marin dans la Royal Navy, et d’une gitane, originaire de Séville, la célèbre « Niña de Gibraltar »[6].

Enfant illégitime, il grandit dans un milieu baigné de magie auprès de sa mère, qui sait lire le passé et l'avenir dans les cartes comme dans les lignes de la main. Corto se plaît à faire croire que le peintre Ingres a pris sa mère comme modèle. Il aurait de sa mère le haut du visage, le nez, les pommettes saillantes et les yeux perçants, et de son père le bas, la bouche et la mâchoire carrée.

Il doit son éducation à Ezra Toledano, un amour de jeunesse de sa mère[7], un rabbin qui le fait entrer à 12 ans dans un collège hébraïque de La Valette (Malte) où il étudie la Torah, le Talmud et le Sefer Ha Zohar. Un jour, une amie de sa mère tente de lire son avenir dans les lignes de sa main et se trouve étonnée de ne pas voir de ligne de chance. « La chance, c’est moi qui la fait ! », rétorque-t-il. Il court fouiller dans les affaires de son père, se saisit d’un rasoir et s’entaille profondément la paume de la main.

Son père, souvent absent, lui donne néanmoins un goût pour la liberté et les fables qu’il gardera toute sa vie. Adolescent, Corto prend le large pour la première fois pour débarquer en près de Pékin, pendant la révolte des Boxers. Au début de l’année 1904, il s’embarque à La Valette en tant que marin sur le Golden Vanity. Il fait escale en Égypte, puis à Aden, Mascate, Karachi, Bombay, Colombo, Madras, Rangoon, Singapour, Kowloon, Shanghai et finalement Tien’Tsin[6]. Fin 1904, il arrive en Mandchourie en pleine guerre guerre russo-japonaise. À Moukden (nom mandchou de Shenyang), il fréquente la famille Song, devient ami de l’écrivain américain correspondant de guerre Jack London. Non loin de Port-Arthur et de la frontière russo-chinoise, il fait la rencontre de Raspoutine, jeune déserteur de l’armée du Tsar (La Jeunesse). Ils s’embarquent tous deux pour l’Afrique, se fixant comme objectif de rechercher les mines d’or du roi Salomon[8]. À la suite d'une mutinerie en mer de Célèbes, leur voyage tourne court. Ils sont recueillis par un cargo en route pour l’Amérique, et débarqués à Valparaíso. Ils gagnent Santiago en Argentine en train, après avoir traversé le Chili[7]. En Patagonie en 1906, Corto rencontre, dans la ville de Cholila les hors-la-loi américains Butch Cassidy, Sundance Kid et sa femme Etta Place, et côtoie de riches propriétaires étrangers.

Corto Maltese mène sa vie comme il l'entend et, s’il reconnaît la part de la chance, il semble pourtant la maîtriser. Pendant sept années, il court de port en port : en 1908 il est à Marseille ; en 1907, à Ancône, où il rencontre Djougachvili, qui sera connu plus tard sous le nom de Staline ; en 1909, à Trieste, où il fait la connaissance de l’écrivain James Joyce. On sait qu’il est venu pour la première fois à Buenos Aires en 1910[9]. En 1911, il arrive en Tunisie d'où il repart en bateau pour l’Argentine, mais s’arrête à Salvador de Bahia puis s’établit quelque temps à Itapoá. On a des traces de son passage aux Antilles, à La Nouvelle-Orléans, en Inde et en Chine[6].

On retrouve sa trace en 1913. Comme son « ami » Raspoutine, il s’est engagé, en tant que capitaine dans la flotte pirate du « Moine » (La Ballade de la mer salée). Tous deux écument l’océan Pacifique au profit des forces navales allemandes qui préparent la guerre. Pour une sombre histoire de femme, son équipage se mutine le 31 octobre, et l’abandonne au large des îles Salomon[6]. Corto se retrouve à la dérive, entravé sur un radeau de fortune. Repéré et sauvé par Raspoutine, il fait la connaissance de Pandora Groovesnore et son cousin Caïn également recueillis après le naufrage de leur bateau. L’île Escondida est le théâtre de multiples rebondissements qui créent des liens indéfectibles entre eux. Cependant leurs chemins se sépareront un temps. Toujours en compagnie de Raspoutine, Corto quitte l’île d’Escondida le , en direction de l’île Pitcairn. Ils feront ensuite plusieurs escales : l’île de Pâques, l’île Sala y Gomez, Iquique (au Chili), Callao (au Pérou), Guayaquil (en Équateur), avant d'atteindre Panama en août où ils se quitteront.

En 1916, Corto est à Paramaribo en Guyane hollandaise (Sous le signe du Capricorne), où il rencontre le professeur Jeremiah Steiner et le jeune Tristan Bantam, point de départ de son intérêt pour le royaume disparu de Mu. Ainsi il se retrouve auprès des cangaceiros qui luttent pour leur liberté et aux côtés de Bouche Dorée pour contrecarrer les plans de la flotte allemande et aider les Britanniques. Poursuivant son voyage vers le nord, il s’offre une course au trésor dans laquelle il retrouve Raspoutine. Par un mauvais coup du sort, elle se soldera par un échec et Raspoutine partira pour Cuba. Par un malencontreux concours de circonstances, il devient amnésique. À Maracaibo, la médecine est impuissante. Il se tourne alors vers la magie des Jivaros qui se révélera efficace (Corto toujours un peu plus loin). Après avoir démonté la supercherie mise en place par le pouvoir en place à la Barbade, il revient en Amazonie du côté du delta de l’Orénoque.

Poursuivant toujours ses recherches sur l’Eldorado, Corto Maltese n’hésite pas à se rendre à Venise en 1917, malgré les bombardements qui menacent. En effet, les moines franciscains sont susceptibles de lui indiquer l’emplacement des villes minières du Haut-Marañon. Il découvrira qu’il n’est pas le seul sur cette piste. Pris dans le tourbillon de la guerre, il assiste en octobre à la victoire des Austro-Allemands sur les Italiens à Caporetto en Carniole. Attiré par les légendes celtes, il se rend en Irlande (Les Celtiques). Là-bas, séduit par le courage de Moïra Banshee, il ne peut rester indifférent à la lutte que livrent les indépendantistes. Il n’hésite pas à se livrer au trafic d’armes pour les aider. Bravant tous les conflits, il se rend sur le site de Stonehenge. Le peuple des légendes lui en sera reconnaissant.

Sachant Caïn Groovesnore engagé volontaire dans la Royal Air Force, il se rend en France, en pour le revoir. Après avoir assisté les 20 et 21 avril en baie de Somme à la dernière évolution de l’as de l’aviation allemande, Manfred von Richthofen, dit « le Baron rouge », ce sont les retrouvailles avec Caïn. Le jeune aviateur lui apprend que sa cousine Pandora va se marier. Corto accuse le coup. Un mois après, il quitte les côtes françaises pour celles de la mer Rouge. (Les Éthiopiques). À peine débarqué au Yémen, il est sollicité et payé pour libérer un jeune prince retenu en otage. Le guerrier Cush le seconde dans cette entreprise. Il deviendra son alter ego au cours de diverses aventures en ces terres rimbaldiennes, dans la corne de l’Afrique : en Somalie britannique le 13 septembre (Le coup de grâce), puis en Éthiopie (Et d’autres Roméos et d’autres Juliettes) et enfin en Afrique orientale allemande en octobre (l'actuelle Tanzanie).

Le , la guerre est terminée en Europe. Il sait Bouche Dorée à Venise et l’envie de la revoir lui donne l’opportunité d’entreprendre le voyage et de prendre un peu de repos chez elle. Mais Venise le rendant paresseux, il décide de retrouver sa maison de Hong Kong (Corto Maltese en Sibérie). Les combats continuent entre les révolutionnaires communistes et les Alliés soutenant les Armées blanches. Son arrivée à peine connue, les membres de la société secrète des Lanternes Rouges lui demandent son concours pour récupérer l’or impérial que l'amiral Alexandre Koltchak transporte en train blindé. Le Transsibérien devient son nouvel océan, et les trains blindés soutiennent la comparaison avec les navires pirates. Dans la confusion des nombreuses forces qui convoitent cet or tsariste, Corto rencontre des personnalités singulières et dangereuses : le baron fou, Roman von Ungern-Sternberg, la fascinante duchesse Marina Seminova, l'irrésistible Shanghaï Li, sans oublier « Elle », cet ancien amour qui hante souvent ses pensées.

Une lettre que l’écrivain Frederick Rolfe, dit le baron Corvo, lui a envoyée avant sa mort, l’incite à revenir à Venise en 1921 (Fable de Venise). Il voudrait bien relever le défi qu’elle contient : résoudre une devinette pour retrouver une émeraude légendaire. Ce jeu de piste à travers la ville lui fait côtoyer le monde secret des francs-maçons et celui d’une fraternité fasciste. Néanmoins, il se fera une amie en la personne de la troublante Louise Brookzowyc.

Corto Maltese vient à savoir son ami Raspoutine enfermé dans une prison près de Samarkande et décide d’entreprendre le voyage pour le délivrer (La Maison dorée de Samarkand). En route, il fait escale à Rhodes, en , pour vérifier le contenu d’un autre message du baron Corvo. Edward John Trelawny aurait dissimulé les mémoires de son ami Lord Byron dans une mosquée de cette ville. Après avoir trouvé et étudié le document, il se rend compte que le trésor d’Alexandre le Grand est au bout de la quête : à la frontière des Indes et de l’Afghanistan. C’est avec un regain d’intérêt qu’il poursuit son voyage jusqu’au Turkestan (actuel Tadjikistan). Ce périple s’avère semé d’embûches pour retrouver enfin Raspoutine. La rivalité entre le général Enver Pacha et Mustafa Kemal Atatürk, ainsi que l’existence d'un sosie, ne faciliteront pas la découverte du trésor.

En rentrant de ce périple, en 1923, Corto trouve une lettre de Louise Brookzowyc, lui demandant du secours. Début juin, il se rend à Buenos Aires. Là-bas, il apprend sa mort, laissant une petite orpheline (Tango). Pour la venger, il est amené à enquêter sur le réseau de prostitution dans lequel elle travaillait. L’enfant est confiée à Esmeralda pour qu'elle l'emmène chez des amis à Venise.

En 1924, en compagnie de son vieil ami, le professeur Steiner, Corto visite les Cantons suisses (Les Helvétiques)[6]. Ils séjournent dans un petit village, Savuit-sur-Lutry (canton de Vaud), puis, en automne, se rendent à Montagnola (Tessin) chez l’écrivain Hermann Hesse. Propice aux songes, le lieu confronte notre héros à la mythologie helvétique. Il rencontre aussi la Mort, le chevalier Klingsor, Belzébuth, même King Kong, sans oublier Raspoutine. Corto va ensuite à Zürich avec la peintre Tamara de Lempicka.

L’année suivante, alors qu'il se trouve à Tarifa (pointe sud de l’Espagne) en compagnie de Raspoutine, il reçoit un télégramme en provenance du Venezuela. Leur ami Levi Colombia les invite à faire une croisière dans les Caraïbes à la recherche de l’Atlantide[6]. Atteindra-t-il enfin le continent englouti de  ?

Depuis, peu de nouvelles. En et en Corto est à Harar, en Éthiopie, la ville où a vécu Rimbaud, en compagnie d'Henry de Monfreid et de Pierre Teilhard de Chardin. Puis Corto rejoint le front des Brigades internationales pour combattre avec John Cornford (fils de la poétesse anglaise Frances Cornford (en) et neveu de Darwin)[6]. Ensuite, nous perdons toute trace de Corto. Sa disparition pendant la guerre d'Espagne est évoquée par Cush dans Les Scorpions du désert (chapitre V : l’Ange de la mort). C’est là que l’on perd sa trace en effet.

Toutefois, nous savons qu’il reviendra auprès de Pandora. Une lettre datée du en est la preuve - cette lettre se trouve en exergue de l'édition en couleurs de La Ballade de la mer salée. Elle contient quelques remarques qui dépeignent la vision d’un Corto vieillissant :

« L’oncle Tarao est mort. […] Mais c’est surtout pour l’oncle Corto que je me fais du souci. Ils se comprenaient parfaitement et étaient inséparables. Maintenant que je vois l’oncle Corto aller s’asseoir seul dans le jardin, le regard éteint, face à la mer, mon cœur se serre. »

Reprise du personnageModifier

Vingt ans après la mort d'Hugo Pratt, le personnage de Corto Maltese a été repris par deux auteurs espagnols, Juan Diaz Canales et Rubén Pellejero[10],[11] qui publient successivement les albums Sous le soleil de minuit (2015) et Équatoria (2017).

Notes et référencesModifier

  1. Publié en album en français sous le titre Ann de la Jungle, Paris, Casterman, 1978.
  2. Héctor Germán Oesterheld (scénario) et Hugo Pratt (dessin), Sergent Kirk, tome 4 : Tuskar le cruel, collection « Aventures », Paris,  éd. Les Humanoïdes Associés, 1987.
  3. Idem, cf. Tome 5 : Une étrange démence - Une aventure de jeunesse de Corto.
  4. Ce travail a été salué, entre autres, par Jean-Claude Guilbert, dans son essai Hugo Pratt, la traversée du labyrinthe, Paris, Edi8, 2015 (ISBN 9782259248501).
  5. « Les vraies vies de Corto Maltese », sur L’Express.fr.
  6. a b c d e f et g « Biographie », sur cortomaltese.com (consulté le 19 juillet 2013).
  7. a et b Corto Maltese – Mémoires, Michel Pierre, Casterman, 1988.
  8. Les même mines évoquées dans le roman de Henry Rider Haggard
  9. Tango, préface de Marco Castellani.
  10. « Corto Maltese sans Hugo Pratt », sur Telerama.fr.
  11. « Corto Maltese va revivre vingt ans après Hugo Pratt », sur Europe1.fr.

DocumentairesModifier

  • Hugo Pratt trait pour trait, documentaire diffusé sur Arte en août 2016

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier