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Corto Maltese (personnage)

personnage de bande dessinée
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Corto Maltese (homonymie).

Corto Maltese
Mur Corto Maltese à Bruxelles.
Mur Corto Maltese à Bruxelles.

Naissance 10 juillet 1887
Origine Malte
Sexe Masculin
Cheveux Noir
Activité Marin
Caractéristique Casquette de marin
Boucle d'oreille
Adresse Domicile principal à Antigua, Antilles
Résidence secondaire à Hong Kong
Famille La niña de Gibraltar (mère)
Un marin des Cornouailles (père)
Entourage Raspoutine
Jeremiah Steiner
Bouche dorée
Ennemi de Venexiana Stevenson

Créé par Hugo Pratt
Séries Corto Maltese
Albums 15
Première apparition 1967
Dernière apparition 2019
Éditeurs Casterman

Corto Maltese est un personnage de bande dessinée créé par Hugo Pratt. C'est un marin et aventurier qui a donné son nom à la série de bande dessinée Corto Maltese. Vingt ans après la disparition d'Hugo Pratt, il a été repris par deux auteurs de bande dessinée espagnols.

Création du personnageModifier

Dans Ann de la jungle (Ann y Dan) d'Hugo Pratt, publié dans le magazine argentin Supertotem (1959-1960), Tipperary O’Hara, le marin du navire Golden Vanity, préfigure déjà Corto Maltese[a].

Un des compagnons du sergent Kirk portait déjà le nom de « El Corto », dans des aventures publiées entre 1953 et 1959 en Argentine, bien avant donc la création du marin maltais[1], sauf que son véritable nom est Jimmy Lea[2].

Quant au nom de famille, c’est peu après avoir vu le film de John Huston, Le Faucon maltais, adapté du roman The Maltese Falcon, de Dashiell Hammett, que vint à Pratt l’idée du patronyme.

Si le premier album de la série qui lui est consacré est La Ballade de la mer salée, paraît en 1975, la première planche représentant Corto Maltese est parue elle en juillet 1967 dans le magazine italien Sgt. Kirk.

Quant à la jeunesse du personnage, des révélations essentielles sont apportées par Hugo Pratt à partir de 1981 dans ce qui deviendra l'album La Jeunesse de Corto Maltese, avec l'aide de son ami, l'écrivain espagnol Juan Antonio de Blas qui s'amuse à donner à Corto et à certains personnages de la série une assise historique et bibliographique ayant l'apparence du vrai[b].

Biographie du personnageModifier

L'enfanceModifier

Corto Maltese est né à La Valette (Malte) le [3]. Son père originaire de Tintagel, Cornouailles, était marin dans la Royal Navy (dont il gardera la nationalité britannique). Sa mère était une gitane, originaire de Séville, la célèbre « Niña de Gibraltar »[4]. C'est d'ailleurs à Gibraltar que se rencontrèrent ses parents et où le jeune Corto passa une partie de son enfance, avant de vivre à Cordoue, habitant la juderia[5].

Enfant illégitime, il grandit dans un milieu baigné de magie auprès de sa mère, qui sait lire le passé et l'avenir dans les cartes comme dans les lignes de la main. Corto se plaît à faire croire que le peintre Ingres a pris sa mère comme modèle. Il aurait de sa mère le haut du visage, le nez, les pommettes saillantes et les yeux perçants, et de son père le bas, la bouche et la mâchoire carrée.

Il doit son éducation à Ezra Toledano, un amour de jeunesse de sa mère[6], un rabbin qui le fait entrer à 12 ans dans un collège hébraïque de La Valette, où il étudie la Torah, le Talmud et le Sefer Ha Zohar. Un jour, une amie de sa mère tente de lire son avenir dans les lignes de sa main et se trouve étonnée de ne pas voir de ligne de chance. « La chance, c’est moi qui la fait ! », rétorque-t-il. Il court fouiller dans les affaires de son père, se saisit d’un rasoir et s’entaille profondément la paume de la main. Son père, souvent absent, lui donne néanmoins un goût pour la liberté et les fables qu’il gardera toute sa vie. Il l'accompagna d'ailleurs en 1893 et rencontra le futur écrivain Joseph Conrad, alors officier de la marine marchande britannique[5].

L'adolescenceModifier

Adolescent, Corto prend le large pour la première fois pour débarquer en près de Pékin, pendant la révolte des Boxers, où il détruit un canon[c]. Au début de l’année 1903, il s’embarque à La Valette en tant que marin sur le Vanita Dorata, débutant ainsi sa vie d'érrance. Il fait escale en Égypte, où il visite les pyramides de Gizeh ; sur place, un rabbin lui remet une carte sur l'emplacement des mines d’or du roi Salomon[d]. En février, rejoignant son bateau à Ismaïlia (au bord du canal de Suez), il poursuit son périple par Aden (Yémen), Mascate (Oman), Karachi (Pakistan), Bombay (Inde), Colombo (Sri Lanka), Madras (Inde), Rangoon (Birmanie), Singapour, Kowloon, Shanghai et finalement Tien’Tsin[4] (ces trois dernières villes sont situées en Chine).

Fin 1904, il arrive en Mandchourie en pleine guerre guerre russo-japonaise. À Moukden (nom mandchou de Shenyang), il fréquente la famille Song et a une relation amoureuse avec Wee-Lee Song, qui le marquera durablement. Il devient également l'ami de l’écrivain américain correspondant de guerre Jack London. Non loin de Port-Arthur et de la frontière russo-chinoise, il fait la rencontre de Raspoutine, jeune déserteur de l’armée du Tsar (La Jeunesse). Puis, Corto et Raspoutine embarquent à T'ien-Tsin, en 1905[5].

De là, ils partent pour l’Afrique, se fixant comme objectif de rechercher les fameuses mines, situées en Dankalie (en actuelle Éthiopie). À la suite d'une mutinerie en mer de Célèbes (au large de l'île Sangihe), leur voyage tourne court. Ils sont recueillis par un cargo en route pour l’Amérique, et débarqués à Valparaíso (Chili). Ils gagnent Santiago en train, puis atteignent l'Argentine[6]. En Patagonie en 1906, Corto rencontre, dans la ville de Cholila (es) les hors-la-loi américains Butch Cassidy, Sundance Kid et sa femme Etta Place, et côtoie de riches latifundistes étrangers, tels que le señor Habban (événements évoqués dans Tango).

Libres voyages autour du mondeModifier

Corto Maltese mène sa vie comme il l'entend et, s’il reconnaît la part de la chance, il semble pourtant la maîtriser. Pendant sept années, il court de port en port : en 1907, il se trouve à Ancône (Italie), où il rencontre Djougachvili, alors portier d'hôtel, qui sera connu plus tard sous le nom de Staline (événement évoqué dans La Maison dorée de Samarkand). On sait qu’il est venu pour la première fois à Buenos Aires en 1908. Il y fréquenta Jack London et y fit la connaissance du futur dramaturge américain Eugene O'Neill, à l'hôtel le Drowning Maud[e],[7].

En 1908, il poursuit ses voyages incessants. On le retrouve à Trieste (Italie) en 1909, où il fait la connaissance de l’écrivain James Joyce, grâce à leur ami commun, le socialiste irlandais James Conolly. Il visite également Marseille cette même année. En 1910, il se retrouve officier en second à bord du Bostonian, qui transporte des bestiaux de Boston à Liverpool. C'est alors que le capitaine accuse un étudiant engagé comme mousse, John Reed, d'avoir provoqué volontairement la mort d'un autre mousse, Pierce, qui a disparu. Corto retrouve ce dernier et l'amène au tribunal de Manchester, où se tient le procès du prétendu meurtrier. Suite à cette affaire, il devient l'ami de Reed mais figure désormais sur la « liste noire » des capitaines. Corto est ainsi condamné à devenir pirate, organisant de la contrebande entre les Antilles et le Brésil. Il retrouvera cet ami quelques années plus tard au Mexique, où il fera la connaissance du révolutionnaire Pancho Villa.

Entre temps, en 1911, Corto arrive à Tunis (Tunisie) d'où il repart en bateau pour l’Argentine, mais s’arrête à Salvador de Bahia puis s’établit quelque temps à Itapoá, passant de nombreuses journées sur sa plage (événement évoqué dans Sous le signe du Capricorne). On a des traces de son passage aux Antilles, à La Nouvelle-Orléans (où il rencontre un grand maître du culte vaudou), en Inde et en Chine, où il arrive en 1913[4],[5].

Cette même année, il parcourt l'Indonésie et le Pacifique sud : Surabaya (Java), îles Samoa, îles Tonga... Tout comme son « ami » Raspoutine, il s’est engagé, en tant que capitaine dans la flotte du mystérieux « Moine » (La Ballade de la mer salée) et se livre à la piraterie. Tous deux écument l’océan Pacifique au profit des forces navales allemandes qui préparent la guerre. Pour une sombre histoire de femme, son équipage se mutine le 31 octobre, et l’abandonne au large des îles Salomon[4]. Corto se retrouve à la dérive, entravé sur un radeau de fortune. Repéré et sauvé par Raspoutine, il fait la connaissance de Pandora Groovesnore (dont il tombera amoureux) et son cousin Caïn également recueillis après le naufrage de leur bateau. L’île Escondida est le théâtre de multiples rebondissements qui créent des liens indéfectibles entre eux. Cependant leurs chemins se sépareront un temps. Toujours en compagnie de Raspoutine, Corto quitte l’île d’Escondida le , en direction de l’île Pitcairn.

Corto parcourt les AmériquesModifier

Ils feront ensuite plusieurs escales : l’île de Pâques, l’île Sala y Gomez, Iquique (Chili), Callao (Pérou), Guayaquil (Équateur), avant d'atteindre Panama en août où ils se quitteront (Sous le soleil de minuit). Corto comptait retrouver à San Francisco son ami Jack London, mais il ne trouva de lui qu'une lettre l'invitant à une aventure entre l'Alaska, l'Arctique et le Yukon (Canada). Puis, il fait un séjour à Seattle, aux Étas-Unis.

En 1916, Corto est à Paramaribo en Guyane hollandaise (Sous le signe du Capricorne), où il rencontre le professeur Jeremiah Steiner de l'université de Prague et le jeune londonien Tristan Bantam, point de départ de son intérêt pour le royaume disparu de Mu. Ainsi, après avoir fait escale près du Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane), il se retrouve au Brésil. Là, il œuvre auprès des cangaceiros du sertão qui luttent pour leur liberté ; il aide également Bouche Dorée, sorcière de Salvador de Bahia, pour contrecarrer les plans de la flotte allemande et aider les Britanniques. Vient ensuite 1917, année très chargées en aventures, où il sera régulièrement accompagné par son ami Jeremiah Steiner. Poursuivant son voyage vers le nord, il s’offre une course au trésor dans les Îles Vierges (Caraïbes), au cours de laquelle il retrouve Raspoutine. Par un mauvais coup du sort, elle se soldera par un échec et Raspoutine partira pour Cuba. Un malencontreux concours de circonstances le rendra amnésique, sur une île au large du Honduras britannique (l'actuel Belize), au cours de laquelle il rencontra la missionnaire Soledad Lokäarth.

À Maracaibo (Venezuela), la médecine est impuissante (Corto toujours un peu plus loin). Aidé par l'antiquaire Lévi Colombia, il se tourne alors vers la magie des Jivaros qui se révélera efficace. Après, il assista à une révolution au Honduras, où il rencontrera Esmeralda (qu'il a connue enfant à Buenos Aires et dont la mère, la "Parda Flora" était amoureuse de lui) et Venexiana Stevenson (une nouvelle ennemie). Il démontera ensuite la supercherie mise en place par le pouvoir en place à la Barbade, contre Soledad Lokäarth. Il revient ensuite en Amazonie du côté du delta de l’Orénoque, puis cherchera au Pérou des indices sur l’Eldorado et les Cités d'or de Cibola[5].

En pleine Première Guerre mondialeModifier

Poursuivant toujours ses recherches grâce à des indices trouvés dans une mission péruvienne, Corto Maltese n’hésite pas à se rendre à Venise en 1917, malgré les bombardements qui menacent (Les Celtiques). En effet, les moines franciscains sont susceptibles de lui indiquer l’emplacement des villes minières du Haut-Marañon. Il découvrira qu’il n’est pas le seul sur cette piste, ayant retrouvé sa rivale Venexiana Stevenson. Pris dans le tourbillon de la guerre, il assiste en octobre à la victoire des Austro-Allemands sur les Italiens à Caporetto en Carniole. À cette occasion, il gagne une forte somme d'argent, avant de se rendre à Ulcinj (Monténégro). Attiré par les légendes celtes, il se rend en Irlande. Là-bas, séduit par le courage de Moïra Banshee, il ne peut rester indifférent à la lutte que livrent les indépendantistes. Il n’hésite pas à dépenser une partie de sa fortune récemment gagnée et se livrer au trafic d’armes pour les aider. Bravant tous les conflits, il se rend sur le site de Stonehenge le 21 désembre (jour du solstice d'hiver). Le peuple des légendes lui en sera reconnaissant. Sachant Caïn Groovesnore engagé volontaire dans la Royal Air Force, il se rend en France, en pour le revoir. Sur place, il assiste les 20 et 21 avril en baie de Somme à la dernière évolution de l’as de l’aviation allemande, Manfred von Richthofen, dit « le Baron rouge », revoyant au passage un militaire australien qu'il a connu à Perth (Australie). Puis, ce sont les retrouvailles avec Caïn, qui se retrouve victime d'une étrange affaire. Le jeune aviateur lui apprend que sa cousine Pandora va se marier. Corto accuse le coup, ses sentiments à son égard l'ayant durablement marqué[5].

Un mois après, il quitte les côtes de la mer du Nord pour celles de la mer Rouge (Les Éthiopiques). À peine débarqué au Yémen, il est sollicité et payé pour libérer un jeune prince retenu en otage. Le guerrier Cush le seconde dans cette entreprise. Il deviendra son alter ego au cours de diverses aventures en ces terres rimbaldiennes, dans la corne de l’Afrique : en Somalie britannique le 13 septembre (Le coup de grâce), puis en Éthiopie (Et d’autres Roméos et d’autres Juliettes). Voyageant en Afrique orientale allemande en octobre (l'actuelle Tanzanie), il subit un procès pour homicide, dont il finit acquitté le 28 de ce mois.

Entre Europe et AsieModifier

Fin 1918, la guerre est terminée en Europe. Il sait Bouche Dorée à Venise et l’envie de la revoir lui donne l’opportunité d’entreprendre le voyage et de prendre un peu de repos chez elle. Mais Venise le rendant paresseux, il décide de retrouver sa maison de Hong Kong, où il arrive le , jour de l'Armistice (Corto Maltese en Sibérie). Bien qu'il soit domicilié légalement à Antigua, aux Antilles, il possède une autre maison en Chine, dans le quartier hongkongais de Kowloon. Les combats continuent entre les révolutionnaires communistes et les Alliés soutenant les Armées blanches. Son arrivée à peine connue, les membres de la société secrète des Lanternes Rouges (en) lui demandent son concours pour récupérer l’or impérial que l'amiral Alexandre Koltchak transporte en train blindé. Le Transsibérien devient son nouvel océan, et les trains blindés soutiennent la comparaison avec les navires pirates. Dans la confusion des nombreuses forces qui convoitent cet or tsariste, Corto voyage entre la Chine, la Sibérie et la Mongolie. Il rencontre également des personnalités singulières et dangereuses : le baron fou, Roman von Ungern-Sternberg, la fascinante duchesse Marina Seminova, l'irrésistible Changhaï Li, sans oublier « Elle » (Wee-Lee Song, qu'il rencontra durant sa jeunesse), cet ancien amour qui hante souvent ses pensées. Sa longue odyssée s'achève en avril 1920.

Une lettre que l’écrivain Frederick Rolfe, dit le baron Corvo, lui a envoyée avant sa mort, l’incite à revenir à Venise en avril 1921 (Fable de Venise). Il voudrait bien relever le défi qu’elle contient : résoudre une devinette pour retrouver une émeraude légendaire. Ce jeu de piste à travers la ville lui fait côtoyer le monde secret des francs-maçons et celui d’une fraternité fasciste. Néanmoins, il se fera une amie en la personne de la troublante Louise Brookzowyc.

Corto Maltese vient à savoir son ami Raspoutine enfermé dans une prison près de Samarkande (étant accusé par l'Émirat de Boukhara d'agitation révolutionnaire) et décide d’entreprendre le voyage pour le délivrer (La Maison dorée de Samarkand). En route, il fait escale à Rhodes (Grèce), en , pour vérifier le contenu d’un autre message du baron Corvo. Edward John Trelawny aurait dissimulé les mémoires de son ami Lord Byron dans une mosquée de cette ville. Après avoir trouvé et étudié le document, il se rend compte que le trésor d’Alexandre le Grand est au bout de la quête : à la frontière de l’Afghanistan et des Indes britanniques (actuel Pakistan), dans le mythique Kafiristan. C’est avec un regain d’intérêt qu’il poursuit son voyage jusqu’au Turkestan (actuel Tadjikistan), via la Turquie, l'Iran et l'Asie centrale. Ce périple s’avère semé d’embûches pour retrouver enfin Raspoutine, retrouvant au passage Venexiana Stevenson. La rivalité entre le général Enver Pacha et Mustafa Kemal Atatürk, ainsi que l’existence d'un sosie, le général Timur Chevket, ne faciliteront pas la découverte du trésor. Son long périple s'achève le 6 septembre 1922 ; alors que Raspoutine est l'hôte d'un maharadjah, Corto embarque depuis Bombay (Inde). Il atteint Venise en novembre, accompagné par une Arménienne qu'il a reccueilli en Asie et qu'il confie à la communauté arménienne de la ville.

Les années 1920Modifier

En 1923, Corto trouve une lettre de Louise Brookzowyc, lui demandant du secours. Début juin, il se rend à Buenos Aires, ayant embarqué à Hambourg sur le paquebot de la Compagnie des chargeurs réunis. Arrivé sur place, il apprend sa mort, laissant une petite orpheline (Tango). Pour la venger, il est amené à enquêter sur le réseau de prostitution dans lequel elle travaillait, la Warsavia, aidé par cela par ses amis Fosforito et Esmeralda. Mais son retour fait ressurgir différents événements liés à ses précédents séjours dans la région. L’enfant, retrouvée, est confiée à Esmeralda pour qu'elle l'emmène chez des amis à Venise. Tandis que le 20 juin, Corto s'embarque pour le Sud.

En 1924, il se rend en Suisse pour une retraite solitaire, dans un petit village, Savuit-sur-Lutry (canton de Vaud) (Les Helvétiques). Il en profite pour visiter tous les cantons suisses. Ce qui ne l'empêche pas de passer du temps en compagnie de son vieil ami, le professeur Steiner[4]. Ils séjournent ensemble à Montagnola (Tessin) chez l’écrivain Hermann Hesse. Propice aux songes, le lieu confronte notre héros à la mythologie helvétique. Il rencontre aussi la Mort (Thanatos), le chevalier Klingsor, Belzébuth, même King Kong, sans oublier Raspoutine. Il y boit même un élixir de longue vie. Corto va ensuite à Zürich avec la peintre Tamara de Lempicka.

En 1925, alors qu'il se trouve à Tarifa (pointe sud de l’Espagne) en compagnie de Raspoutine, Steiner et Tristan Bantam, il reçoit un télégramme en provenance du Venezuela. Leur ami Levi Colombia les invite à faire une croisière dans les Caraïbes à la recherche de l’Atlantide, en compagnie notamment de Raspoutine, Bouche Dorée et Soledad Lokäarth[4]. Atteindra-t-il enfin le continent englouti de Mû () ?

Faits incertains de sa vieModifier

Depuis, peu de nouvelles. En et en Corto est à Harar, en Éthiopie, la ville où a vécu Rimbaud, en compagnie du romancier Henry de Monfreid et du paléontologue théologien Pierre Teilhard de Chardin. Puis le marin rejoint le front des Brigades internationales pour combattre avec John Cornford (fils de la poétesse anglaise Frances Cornford (en) et neveu de Darwin)[4]. Ensuite, nous perdons toute trace de Corto. Sa disparition pendant la guerre d'Espagne (1936 - 1939) est évoquée par Cush dans Les Scorpions du désert (chapitre V : l’Ange de la mort) ; cette même histoire nous apprend que le marin lui envoya en cadeau un faucon, Al-Andaluz, depuis l'Espagne. C’est là que l’on perd sa trace en effet.

Pourtant, cette "disparition" n'est pas une mort. Elle signifie en fait que Corto ne se sent pas à sa place dans les époques qui suivront[f]. Cette guerre civile espagnole est pour Pratt la dernière aventure romantique et donc forcément la dernière aventure possible pour son héros[5].

Toutefois, nous savons qu’il reviendra auprès de Pandora. Une lettre datée du en est la preuve - cette lettre se trouve en exergue de l'édition en couleurs de La Ballade de la mer salée. Elle contient quelques remarques qui dépeignent la vision d’un Corto vieillissant :

« L’oncle Tarao est mort. […] Mais c’est surtout pour l’oncle Corto que je me fais du souci. Ils se comprenaient parfaitement et étaient inséparables. Maintenant que je vois l’oncle Corto aller s’asseoir seul dans le jardin, le regard éteint, face à la mer, mon cœur se serre. »

Hypothèses de Michel PierreModifier

Michel Pierre, historien spécialiste de la bande dessinée, auteur de plusieurs ouvrages sur le personnage de Pratt, suppose la suite la plus crédible aux événements consécutifs à l'épisode . Pour ce faire, il se base sur les légendes d'aquarelles de la main du bédéiste, d'éléments de préfaces et d'anciennes conversation avec lui. Voici ce que suppose l'historien (reprenant certaines informations mentionnées plus haut) :

Le Maltais retrouve en 1927 son domicile d'Antigua, où il acquiert une magnifique goélette, qu'il baptise la « Vanité dorée II », en souvenir du premier voilier sur lequel il a embarqué. Ensuite, il en fait changer l'accastillage à Boston (USA). Il en profite pour reprendre contact, au cap Cod, avec son ancien amour Pandora, dont le mari, John Cassie, est un des plus importants armateurs de la Nouvelle-Angleterre. Pendant ce temps, le marin rembourse les traites de son navire en livrant discrètement, en pleine prohibition, des cargaisons d'alcools provenant de Saint-Pierre-et-Miquelon jusqu'aux côtes du Massachusetts. Ironie du sort pour un fils de sorcière, il manque d'être arrêté dans le port de Salem en mars 1928 ; heureusement, il avait débarqué la veille à Gloucester le gin et le whisky qu'il convoyait.

Quelques mois après, il navigue jusqu'à Djibouti en compagnie du professeur Steiner et aurait croisé Cush près d'Obock. À Harar, il est possible qu'il ait assisté en curieux à la messe de minuit, dans le monastère capucin, dont l'autel était recouvert d'une peau de zèbre.

Séjournant ensuite dans sa résidence secondaire de Hong-Kong, il contacte Ling, le mari de Changhaï-Li. Cet ancien ingénieur agricole est devenu cadre dans l'une des bases de l'armée de libération et de révolution, créées par les communistes.

Au début des années trente, il se lance de nouveau dans un long voyage autour du monde. Partant d'Antigua, il rallie Buenos Aires après plusieurs escales, dont une à Cuba. C'est sur cette île qu'il sauve de nouveau Raspoutine, compromis dans une affaire douteuse d'ateliers de fausse monnaie à destination de l'Amérique Latine. Doublant ensuite le Cap Horn, Corto fait escale au Chili, puis sur l'Île de Pâques, avant de sillonner l'océan Pacifique deux ans durant. Peut-être était-il à la recherche du Moine... Il revient d'ailleurs sur Escondida en 1934, encore hanté par les souvenirs de Pandora.

De retour à Hong-Kong en 1935, il découvre que Ling et Changhaï-Li ont survécu à la Longue Marche et aident Mao Zedong à lutter à la fois contre l'Armée nationale révolutionnaire de Tchang Kaï-chek et l'occupation par l'empire du Japon dans le cadre de son expansionnisme. Le marin redoute alors l'occupation de Hong-Kong et abandonne sa maison. Il embarque sur son bateau sa collection d’œuvres d'art : un dessin de Paul Gauguin, une huile sur toile de Pablo Picasso (artiste qu'il a rencontré à Barcelone en 1910), un ensemble inestimable de statuettes Tang et de superbes masques de Nouvelle-Guinée. Une partie de ces œuvres sont actuellement propriété d'une grande fondation américaine de Pittsburgh (Pennsylvanie, USA).

Il revient ensuite à son principal domicile en passant par l'Indonésie, Ceylan (actuel Sri Lanka), la mer Rouge, le canal de Suez, la Méditerranée et l'Atlantique. En route, il s'arrête à Venise, fréquentant les opposants au fascisme, et retrouve des lieux de son enfance, Malte et Gibraltar. De retour chez lui au printemps 1936, des envoyés de Bouche Dorée l'attendent. La société qu'elle dirige, la Financière atlantique, soutient les républicains espagnols contre les nationalistes, en récoltant des fonds afin de leur livrer clandestinement des armes. Le problème est que beaucoup de ses amis espagnols ont été exécutés par les franquistes et charge Corto de cette mission.

C'est ainsi qu'il prend part à la guerre d'Espagne. Sauf qu'en 1936, une de ses initiatives se solde par un grave échec : il suggère à la société d'affréter le cargo "Mar Cantabrica", embarquant depuis New-York des moteurs d'avion, valant environ trois millions de dollars. Sauf que la marine nationaliste s'en empare dans le golfe de Biscaye et les Espagnols qui ont été capturés à bord son fusillés, sans jugement. Le Maltais s'engage alors personnellement et arrive sur place au printemps 1937, en même temps qu'Ernest Hemingway et le torero américain Sidney Franklin. Il aurait convoyé des navires anglais ravitaillant Bilbao assiégée et se trouve à Guernica, lors des bombardements du 26 avril. Échappant aux nationalistes occupant totalement le Pays basque espagnol, il rejoint Madrid via la France. C'est ainsi qu'il s'engage auprès des Brigades internationales, au bataillon britannique de Jock Cunningham (en). Il se lie aussi avec Hans Anlie, ingénieur du Wisconsin (USA), ex membre de l'IRA, commandant un bataillon de volontaires américains. Intégré à l'aviation républicaine, il aurait rencontré André Malraux, fondateur de l'escadrille internationale España. Enfin, on perd toute trace de Corto durant plusieurs années. Aurait-il aidé les volontaires du Russe Etington, alias Korov, qui mène des actions de sabotage et de guérilla dans les territoires franquistes. Il est par contre avéré qu'il s'est engagé pour le Servicio de emigracion para republicanos españoles (es), organisant l'évacuation d'environ de cent cinquante mille républicains, civils et militaires, vers le Mexique et l'Argentine.

La période concernant sa participation à la Seconde Guerre Mondiale est plus incertaine. Il a 53 ans en 1940 quand il mène une vie aisée chez lui, à Antigua, entretenant un réseau de relations à travers le monde. Il est l'ami intime de dirigeants politiques comme Staline, a de précieux contacts en Italie, en Turquie, en Chine, en Égypte et en Allemagne. Cela explique sans doute les rumeurs à propos de sa présence à Istanbul en 1941, au Caire et dans le Pacifique en 1942, à Londres en 1943 et dans la mer Baltique à la fin de la guerre.

Une lettre non datée (mentionnée au sous-chapitre précédent), mais qui pourrait avoir été écrite au début des années cinquante, évoque son chagrin consécutif au décès de son ami Tarao. Il se change les idées par d'incessants travaux sur son bateau et des recherches dans les bibliothèques et archives de Boston. De cette manière, il apprend l'histoire du naufrage de la frégate anglaise l'« Essex » au large des iles de la Madeleine, dans le golfe du Saint-Laurent, en 1741. Armée de vingt-quatre canons, elle transportait dans ses cales des pièces d'or, paie des soldats britanniques en Amérique du nord, alors que les États-Unis d'Amérique n'étaient pas indépendants. Le navire s'est alors échoué sur les hauts fonds de l'île du Corps-Mort et son épave conserverait un des plus fabuleux trésors de l'histoire maritime.

Cette nouvelle énigme suffit à rendre à Corto son énergie de gentilhomme de fortune et à lui faire quitter Boston en 1955. À la barre de la « Vanité dorée II », il rejoint l'île du Prince-Edouard, avant de mettre le cap au nord-est. Il ne reviendra jamais à son port d'attache. Le capitaine du « Loredore » a bien aperçu une goélette ne perdition, au cours d'un violent orage dans le golfe du Saint-Laurent. Mais personne ne peut certifier qu'il s'agissait bien du navire de Corto, ni qu'ail ait survécu à un tel naufrage. Toutefois, d'autres témoins affirment l'avoir vu à Apia (archipel des Samoa), près de la maison et de la tombe de Robert-Louis Stevenson. Mais si Corto Maltese était mort en 1955, il serait parti à 68 ans, au même âge que son créateur Hugo Pratt[8].

Reprise du personnageModifier

Vingt ans après la mort d'Hugo Pratt, le personnage de Corto Maltese a été repris par deux auteurs espagnols, Juan Diaz Canales et Rubén Pellejero[9],[10] qui publient successivement les albums Sous le soleil de minuit (2015), Équatoria (2017) et Le Jour de Tarowean (2019).

Notes et référencesModifier

RéférencesModifier

  1. Héctor Germán Oesterheld (scénario) et Hugo Pratt (dessin), Sergent Kirk, tome 4 : Tuskar le cruel, collection « Aventures », Paris,  éd. Les Humanoïdes Associés, 1987.
  2. Idem, cf. Tome 5 : Une étrange démence - Une aventure de jeunesse de Corto.
  3. « Les vraies vies de Corto Maltese », sur L’Express.fr.
  4. a b c d e f et g « Biographie », sur cortomaltese.com (consulté le 19 juillet 2013).
  5. a b c d e f et g Dominique Petitfaux (Scénario) Hugo Pratt (Dessin), De l'autre côté de Corto, Casterman, , « Chronologie de la vie de Corto Maltese »
  6. a et b Corto Maltese – Mémoires, Michel Pierre, Casterman, 1988.
  7. Tango, préface de Marco Castellani.
  8. Michel Pierre, GEO - Le monde extraordinaire de Corto Maltese, Casterman, , « Inédit : la seconde vie d'un héros immortel », p. 176 à 179
  9. « Corto Maltese sans Hugo Pratt », sur Telerama.fr.
  10. « Corto Maltese va revivre vingt ans après Hugo Pratt », sur Europe1.fr.

NotesModifier

  1. Publié en album en français sous le titre Ann de la Jungle, Paris, Casterman, 1978.
  2. Ce travail a été salué, entre autres, par Jean-Claude Guilbert, dans son essai Hugo Pratt, la traversée du labyrinthe, Paris, Edi8, 2015 (ISBN 9782259248501).
  3. Sur cet épisode de sa vie, voir l'interprétation de raffaele Vianello, assistant de Pratt, Le Fanfaron, revue française Corto, n] 16, avril 1988 et album Casterman, 1993).
  4. Les même mines évoquées dans le roman de Henry Rider Haggard
  5. Cet hôtel a bel et bien existé, situé près du Río Matanza-Riachuelo (es), au croisement de la Avenida Don Pedro de Mendoza (es) et de la Avenida Almirante Brown (es).
  6. Pratt déclare dans l'ouvrage de Vincenzo Mollica (it) et Mauro Paganelli, Hugo Pratt, paru en 1980 : « Corto Maltese s'en ira parce que, dans un monde où tout est électronique, où tout est calculé et industrialisé, il n'y a pas de place pour un type comme Corto Maltese. Corto Maltese n'accepte pas ce monde, cette vie. Corto aime bien s'en aller ; il aura envie de s'en aller et il sera bien, à ce moment-là, de se laisser partir, parce que c'est un ami et, s'il n'a pas envie de rester avec nous, c'est qu'il aura ses raisons de s'en aller. »

DocumentairesModifier

  • Hugo Pratt trait pour trait, documentaire diffusé sur Arte en août 2016

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier