Constantin Melnik

conseiller du Premier ministre français pour les services secrets de 1959 à 1962
Constantin Melnik
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Officier de renseignement, éditeur, écrivainVoir et modifier les données sur Wikidata
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Constantin Melnik, né le [1] à La Tronche (Isère)[2] et mort le (à 86 ans)[3], est un coordinateur des services de renseignement auprès du Premier ministre français, Michel Debré, de 1959 à 1962 au plus fort de la guerre d'Algérie. Souvent perçu uniquement comme une personnalité du monde du renseignement français, il est aussi un stratège en géopolitique et un homme de lettres.

OrigineModifier

Constantin Melnik est le fils de Constantin Melnik, officier de l'Armée impériale russe et de Tatiana Botkina. Son grand-père maternel, le docteur Botkine, médecin général de la Garde impériale, était le médecin personnel du tsar de Russie Nicolas II. Il fut assassiné avec la famille impériale le 17 juillet 1918.

Haut fonctionnaire de la Quatrième RépubliqueModifier

Après la Seconde Guerre mondiale durant laquelle, malgré son jeune âge, il servit d'agent de liaison d'un maquis FTP niçois, Constantin Melnik sort major de l'Institut d'études politiques de Paris. Secrétaire parlementaire du groupe de la Gauche républicaine au Sénat, il se lie d'amitié avec Michel Debré, qui l'introduit auprès de Raymond Aron. Entre le philosophe et l'homme d'action se noue une relation d'estime qui perdurera malgré la méfiance d'Aron face à l'action étatique et ses préférences pour l'état de spectateur, fût-il engagé. Il devint membre du 2e bureau du général Juin où il sut déterminer que Khrouchtchev avait toutes ses chances pour succéder à Staline. Puis, durant la Quatrième République, il fut conseiller technique de Charles Brune au ministère des Postes et Télécommunications, puis au ministère de l'Intérieur. Préoccupé par la défense des États occidentaux face à la menace soviétique, Constantin Melnik se forme aux méthodes américaines en travaillant pour la Rand Corporation. Il élabore ainsi ce qui fut toute sa vie sa doctrine de conduite, le devoir de servir du mieux de ses capacités les États démocratiques contre les attaques totalitaires, de maintenir la puissance de ces États et leur légalité afin de conserver intact le droit de tout être humain à la liberté.

La guerre d'AlgérieModifier

Après le 13 mai 1958 et le retour du général de Gaulle au pouvoir, il devient conseiller technique du Premier ministre français Michel Debré pour les questions de sécurité et de renseignement de 1959 à 1962. Ses fonctions l'amènent à coordonner les différents services (PJ, RG, SDECE, DST, PP, etc.) qui sont impliqués dans le maintien de l'ordre, la lutte contre le KGB, le FLN, l'OAS ou toute organisation terroriste. Ainsi il a déclare avoir commandité plusieurs centaines d'assassinats ou attentats durant cette période[4].

La presse satirique le surnommait alors « le SDECE tartare »[5] (jeu de mots avec steak tartare et référence au SDECE, et à ses origines russo-tartares), « l'empereur Constantin » (référence à Constantin, l'empereur romain) ou encore « le serbo-croate de service »[6].

Édition et géopolitiqueModifier

Limogé après la fin de la guerre d'Algérie, Constantin Melnik se partage entre ses activités d'éditeur et l'élaboration d'une réflexion sur les dangers de la pénétration soviétique et les moyens d'y remédier. Dans le domaine éditorial, il est à l'origine en France du phénomène du document historique, et marque le paysage de l'édition française avec des best-sellers comme Treblinka (1966) de Jean-François Steiner, des livres mythiques sur la guerre (Par le sang versé de Paul Bonnecarrère) et le renseignement (L'Orchestre rouge de Gilles Perrault), mais aussi sur les « S.S. français », ainsi qu'attesté par une interview de Jean Mabire à La Presse de la Manche du 3 septembre 1989, p. 9, qui affirme : « Constantin Melnik, qui était alors [à la fin des années soixante] directeur de collection chez Fayard, m'a demandé un jour de faire un livre sur les S.S. français. Mais, comme je ne sais pas faire court, je lui en ai livré trois. Il se trouve qu'ils rencontrèrent un succès assez important. ». Sur le plan de la réflexion théorique et de la doctrine d'action, son livre sur la nature du régime soviétique, La Troisième Rome, constitue un tournant dans la compréhension occidentale – anglo-saxonne en particulier – des enjeux des derniers affrontements de la guerre froide.

Après la chute de l'Union soviétique, Constantin Melnik s'est consacré à la réflexion sur le phénomène de la violence d'État en régime démocratique, en utilisant l'artifice de la fiction pour, à travers de vrais-faux romans, dénoncer les dangers du totalitarisme, la nécessité d'un renseignement discipliné et efficace au service d'un État démocratique respectueux de sa légalité et le danger des dérives autoritaires au sein des démocraties.

Il portera un regard critique sur ses années passées auprès du pouvoir gaulliste, expliquant qu'« il y avait, chez le Général, quand même, une acceptation de la violence d’État que je trouve, avec le recul, assez effrayante[7]. »

OuvragesModifier

Romans

RéférencesModifier

  1. a et b Melnik, Constantin, notice d'autorité personne no 12058000, catalogue général, BnF. Créée le 16 novembre 1987, mise à jour le 21 juillet 1994. Consultée le 16 février 2008.
  2. Michel Lefebvre, « Constantin Melnik (1927-2014), figure des services secrets », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  3. Jean Guisnel, « Constantin Melnik, figure des services secrets, est mort », Le Point, 15 septembre 2014.
  4. « Un document signé Jacques Foccart établit la pratique des assassinats ciblés de l’Etat français », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. Sylvaine Pasquier, « La face cachée de la République », L'Express,‎ (lire en ligne).
  6. Patrick Samuel (préf. Alain Peyrefitte), Michel Debré : L'architecte du général, Suresnes, A. Franel, , 415 p. (ISBN 2-921843-41-2), p. 200.
  7. Maurin Picard, L'Empire qui ne veut pas mourir: Une histoire de la Françafrique, Seuil, , p. 279

Liens externesModifier