Confédération de Bar

Prière des confédérés de Bar avant la bataille de Lanckorona. Peinture par Artur Grottger
Aires d'influence de la Confédération de Bar 1768-1772
Caricature de Catherine II de Russie, un dessin du journal de Silva Rerum pour les années 1768-1772 concernant la confédération de Bar[1]

La Confédération de Bar est une alliance nouée par des gentilshommes réformateurs polonais le pour s'opposer à l’ingérence de la Russie en Pologne et au roi Stanislas II, qu'ils considèrent comme une créature russe, dirigeant faible et sans volonté d'indépendance. Les Confédérés s'emparent de plusieurs forteresses et villes remettant en cause l'autorité du monarque. Les autres grands aristocrates polonais, s'opposant à la Confédération, demandent le soutien financier et militaire de la Russie et de la Prusse, tandis que les Confédérés demandent l'aide de l'Autriche, ce qui donne à tous ces pays un prétexte « légitime » pour une intervention militaire. La guerre dure jusqu'à 1772 et prélude le premier partage de la Pologne.

HistoriqueModifier

À la mort du roi de Pologne Auguste III, en octobre 1763, la République des Deux Nations (Pologne-Lituanie) est en proie à l'anarchie. La Diète, institution fondamentale du pays, n'a pas abouti une seule fois en trente ans. Au lieu de voter les réformes indispensables à la survie du pays, elle est devenue la scène des luttes entre les deux principales factions polonaises.

La République des Deux Nations étant une monarchie élective, la Diète de convocation de 1764, chargée de préparer la Diète d'élection qui choisira le prochain roi, est donc vue comme l'occasion privilégiée de prendre les rênes de la République et de permettre l'élection de son candidat au trône de Pologne. Le nouveau roi, Stanisław Poniatowski, ancien amant de la tsarine Catherine II, est élu avec les votes du part prorusse.

Le nouveau roi est cependant lié à la « Famille », parti de grands aristocrats réformateurs constitué autour des Czartoryski, Zamoyski, Potocki, favorables à des évolutions substantielles dans les domaines militaires et fiscaux.

Redoutant un possible renforcement de l’État polonais au détriment de sa propre influence, Catherine II utilise la question des prétendues discriminations politiques frappant des nobles orthodoxes et protestants. En 1767, l’ambassadeur russe Nicolas Repnine pousse, avec l’aide de la Prusse, à la formation de deux confédérations de nobles dissidents : confédération de Słuck pour les orthodoxes, sous protection russe et confédération de Toruń pour les protestants, sous protection prussienne, qui réclamaient la fin des discriminations. Repnine suscite aussi la formation de la confédération de Radom qui regroupe des nobles catholiques conservateurs, hostiles aux réformateurs et au roi, dont ils réclament l’abdication.

La Diète "Repnine"Modifier

Lors de la Diète de Repnine (1767-1768), appelé ainsi puisque l'ambassadeur russe obtient le vote des droits politiques pour les orthodoxes et les protestants, faisant de Catherine II la garante des lois et libertés polonaises, le roi Stanisław Poniatowski est maintenu, alors que les leaders catholiques conservateurs sont victimes d’arrestations et de déportations de la part des Russes. Cette situation et la brutalité des troupes russes, de moins en moins supportées, ont conduit en 1768 à la formation d’une nouvelle confédération de nobles (celle de Bar) au nom de la foi et de la patrie.

Confédération de BarModifier

La confédération est alors formée par un groupe anti-russe dont les chefs sont Józef Pułaski, Michał Krasiński et Kajetan Sołtyk auxquels se joignent Karol Radziwiłł et Joachim Potocki. Une armée est réunie à Bar en Podolie, à 70 km de la frontière ottomane, pour défendre « la foi et les libertés ». Le porte-parole des confédérés est le prédicateur carme Marek Jandołowicz. Les confédérés n’ont ni but précis, ni unité idéologique, ni réalisme militaire et politique. Composée majoritairement de petits nobles, mais aussi de paysans et de bourgeois, elle bénéficie du soutien bienveillant de plusieurs magnats, qui se sont bien gardés cependant de trop s’engager nettement. Bar est très hostile aux réformateurs et aux Russes, et en conséquence à celui qui semble avoir été l’allié des premiers avant de rejoindre les seconds, le roi, qui continue de prôner des réformes faites en collaboration avec Catherine II.

Frédéric II de Prusse invoque des raisons de sécurité et fait entrer ses garnisons en Prusse polonaise. Les Russes agissent de même dans le sud-ouest du pays. Le général russe Alexandre Souvorov prend Cracovie d'assaut. Le roi Stanislas Poniatowski combat les confédérés de Bar ou s’allie avec eux, suivant les circonstances. Une guerre civile s’ensuit, accompagnée d'une révolte paysanne en Ukraine où les paysans orthodoxes massacrent les nobles polonais et les Juifs. Les confédérés tentent même de l’enlever, en 1771, avant que Poniatowski n’appuie la répression russe contre Bar et contre les révoltes rurales, passant définitivement pour un « vendu ». La répression exercée par les Russes est terrible.[2]

La France soutient financièrement les confédérés et leur envoie Charles François Dumouriez, alors colonel. Jean-Jacques Rousseau est conquis par la version patriotique idyllique développée par l’envoyé des confédérés à Paris (Considérations sur le gouvernement de Pologne, 1771), mais la plupart des philosophes, notamment Voltaire, apportent leur soutien à Catherine II, la despote éclairée, représentant à leurs yeux le progrès face à l'obscurantisme polonais.

ConséquencesModifier

Les conférés déposent les armes en août 1772 et la Pologne subit alors son premier partage.

Un certain nombre de Polonais capturés par les Russes sont envoyés en Sibérie avec leur familles, constituant le premier contingent de déportés polonais dans la région[3]. D'autres insurgés partent en exil, notamment en France.

Les historiens polonais sont partagés sur l'évaluation du mouvement. Jacek Jędruch (1927-1995) critique une orientation réactionnaire sur les questions de droits civils et de tolérance religieuse. Bohdan Urbankowski (1943) considère la rébellion comme le premier effort militaire sérieux pour rétablir l'indépendance polonaise.

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. (en) Marcin Latka, « Caricature of Catherine II of Russia », artinpl (consulté le 3 août 2019)
  2. Philippe Bourdin, « Révoltes, réformes, révolution française à l’Est de l’Europe (Etats Habsbourg et Pologne) », Siècles, 27,‎ , pp 11-36. (lire en ligne)
  3. Norman Davies, Europe:A History, Oxford University Press, 1996, p.664