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Concile d'Héry
Informations générales
Convoqué par Leotheric archevêque de Sens, à la demande de Hugues de Chalon évêque d'Auxerre
Sujets Guerre de succession du duché de Bourgogne
Début 1015
Fin 1015
Lieu Héry (Yonne)
Organisation et participation
Présidé par Leotheric archevêque de Sens
Liste des conciles

Le concile d'Héry s'est déroulé probablement en 1015 à Héry, à une douzaine de kilomètres d'Auxerre dans l'actuel département de l'Yonne en Bourgogne, France.

Le but premier est de faire cesser la guerre de succession du duc Henri Ier concernant le duché de Bourgogne, en trouvant un accord entre le roi et le comte de Bourgogne Otto-Guillaume. Ce concile attribue la Bourgogne au roi Robert II et, soumettant l’Auxerrois à la double souveraineté du comte-évêque Hugues de Chalon et du comte Otte-Guillaume, divise le comté en trois baronnies[1].

Clarius de Sens appelle ce concile magnus conventus[2].

Date, lieuModifier

Il se déroule sous Benoît VIII[3], pape du 18 mai 1012 au 9 avril 1024.
Lebeuf le place en 1015[4], Mansi en 1022 ou 1023, et la date de 1020 est citée par Richard (1777)[5] et par Migne (1847) pour ce qu'il appelle « les collections ordinaires » (mais Migne cite toutes les dates)[6].

Héry (appelé Airy au XVIIIe siècle)[5]) est au nord-nord-ouest d'Auxerre, à 12,5 km à vol d'oiseau de la cathédrale d'Auxerre[7]. Plusieurs voies antiques passent près du village, dont la Via Agrippa de l'Océan qui traversait Héry et passait le Serein aux Baudières[8].

Le concile se tient dans le prieuré des bénédictins d'Héry[n 1] derrière l'église paroissiale. Le prieuré appartient à l'abbaye de Saint-Germain[10].

Contexte : la guerre de succession de BourgogneModifier

Le duc de Bourgogne Henri Ier de Bourgogne meurt sans enfant en 1002, désignant pour son héritier du duché son fils adoptif Otto-Guillaume. Le roi Robert II le Pieux conteste cette nomination pour deux raisons : en tant que neveu de Henri de Bourgogne[11], et en tant que roi à qui les terres sans héritiers sont supposées revenir.

En 1004 le duché de Bourgogne est annexé par Robert II au royaume de France - du moins le roi le veut-il ainsi. Mais la Bourgogne lui préfère Othon-Guillaume[12], et Othon-Guillaume persiste[13].
Robert II attaque avec l'aide du duc de Normandie Richard II qui amène ses 30 000 hommes[14]. Dans la région, son soutien le plus important est Hugues de Chalon, 47e évêque d'Auxerre (999-1039) ; ce dernier est un fidèle du roi ; il est aussi le puissant comte de Chalon, et à terme le principal instrument de compromis entre les deux antagonistes. Pourtant Hugues de Chalon est le demi-frère de Gerberge, la mère d'Otto-Guillaume[4],[15].
Auxerre suit son comte Landri, gendre et fidèle d'Otto-Guillaume[16]. Pendant toute la durée de cette guerre, Hugues de Chalon se retire d'Auxerre pour rester dans son comté[4]. Guerrier réputé, il résiste aux attaques des alliés d'Otto-Guillaume. Mais au cours de ces années, toute la Bourgogne subit grands dommages et destructions.

Après deux sièges infructueux[4],[13], l'un devant Auxerre (10 novembre 1003) et l’autre devant Saint-Germain (fin novembre 1003 ; l’abbaye est toujours hors des murs de la ville à cette date)[4],[17], le roi et ses alliés prennent Sens par composition[13] et font des campagnes militaires dans la région - Hugues de Chalon en accompagne quelques-unes ; de leur côté, Otto-Guillaume et les siens attaquent les alliés du roi, dont le comté de Chalon[4].

Cette guerre de la succession d'Henri de Bourgogne dure douze[4] à quatorze ans et ne cesse qu'avec le concile d'Héry en 1015[13]. Les années passant, les protagonistes se lassent de la guerre[4] et le roi accepte d'envisager des négociations de paix. Ces négociations se déroulent en plusieurs étapes, d'abord à Verdun (comté de Chalon) (1014), puis à Héry (1015), à Dijon, à Beaune et à Anse (Lyonnais)[2]. Le concile d’Héry, présidé par l'archevêque de Sens Léotheric en présence du roi, de Gosselin archevêque de Bourges et de Landry comte d'Auxerre, est le plus important par ses conclusions :

Les châssesModifier

Les religieux de Montier-en-Der apportent les reliques de leur patron saint Bercaire, ceux de Saint-Pierre-le-Vif de Sens les reliques de saint Sanctien martyr, et de Châtillon-sur-Seine sont apportées les reliques du prêtre saint Vorle. Certains demandent que soit apportée la châsse de saint Germain mais l'évêque d'Auxerre Hugues de Chalon s'y oppose, arguant qu'aucune occasion ne justifie de déplacer un homme si incomparable[2].

D'après Migne, Lebeuf penserait que c'est à ce concile que s'établit l'habitude d'amener des reliques de saints[6] ; mais ceci n'apparaît pas dans les écrits de Lebeuf consultés pour cet article[n 2].

ParticipantsModifier

Le concile est convoqué par Leotheric archevêque de Sens, à la demande de l'évêque d'Auxerre Hugues de Chalon et de Robert II le Pieux[13]. Leotheric de Sens le préside. Y sont présents le roi[2], la reine Constance et une grande suite de seigneurs, plusieurs évêques et abbés dont Gosselin archevêque de Bourges[13],[4]. Le duc de Bourgogne Otto-Guillaume y envoie comme député son gendre Landry comte d'Auxerre et de Nevers[13],[18]. De nombreux spectateurs y sont également présents, dont des malades dans l'espoir d'une guérison par les reliques célèbres ainsi assemblées en un même lieu[11].

Les conséquencesModifier

De tous les conciles réunis pour traiter de cette guerre, celui d'Héry est le plus important par ses conclusions : on y attribue le duché de Bourgogne au roi Robert II et le comté de Dijon à Otto-Guillaume[11].

Après cette guerre, seul seigneur de Bourgogne qui, selon Rodolphus Glaber, avait soutenu dès le commencement des troubles le parti du roi[19], Hugues de Chalon bénéficie de diverses récompenses du monarque. Voulant favoriser l'abbaye de Cluny, le roi lui donne vers l'an 1019 la moitié de la terre de Givry, située dans le comté de Dijon, pour fonder des messes pour le repos de son père et de sa mère. La même année, après avoir assisté à la dédicace de l'église Saint-Philibert de Tournus, Hugues de Chalon donne à ce monastère un village appelé alors Islez ou les Isles, et un droit de pêche dans la rivière de Saône : en reconnaissance de quoi les religieux lui accordent l'étendard ou la bannière de saint Philibert, et le déclarent protecteur de tous leurs biens[20]. Enfin, « la vingt-sixième année du roi Robert » (1022), il souscrit à l'exemption des dîmes que Geoffroy, évêque de Chalon, avait accordée à la même abbaye à la demande de saint Odilon.

Une curieuse anecdoteModifier

Une curieuse anecdote concerne le comte d'Auxerre Landri, époux de Mathilde fille d'Otton-Guillaume de Bourgogne[21], qui ôte quelques terres à l'abbaye de Montier-en-Der. Sommé de s'expliquer au concile d'Héry réuni par Hugues de Chalon (47e évêque d'Auxerre 999-1039), Landri essaie alors de s'approprier les reliques de saint Berchaire patron de l’abbaye, par quoi il espère ne plus être inquiété pour cette affaire car il aurait alors « en sa possession l'héritier autant que l'héritage »[18].

BibliographieModifier

  • [Alletz 1758] Pons Augustin Alletz, Dictionnaire portatif des conciles, Paris, , 762 p., sur books.google.fr (lire en ligne).
  • [Henry 1833] Vaast-Barthélemy Henry, Mémoires historiques sur la ville de Seignelay… depuis sa fondation au VIIIe siècle, jusqu'en 1830…, vol. 1 (2 vol.), Avallon, Éd. Comynet, , 369 p. (lire en ligne).  
  • [Lebeuf 1743 (1)] Jean Lebeuf (abbé), Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre..., vol. 1, Auxerre, Perriquet, , 886 p. (lire en ligne).  
  • [Lebeuf 1743 (2)] Jean Lebeuf (abbé), Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre..., vol. 2, Auxerre, Perriquet, , 923 p. (lire en ligne).  
  • [Lebeuf et al. 1848] Jean Lebeuf (abbé), Ambroise Challe et Maximilien Quantin, Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre : continués jusqu'à nos jours avec addition de nouvelles preuves et annotations, vol. 1, Auxerre, Perriquet, , 544 p., sur books.google.fr (lire en ligne).
  • [Migne 1847] Abbé Migne, Dictionnaire universel et complet des conciles, t. 1, , 1424 p., sur archive.org (lire en ligne).
Les deux tomes font partie de l'Encyclopédie théologique en 50 volumes.
  • [Pontal 1995] Odette Pontal, Les conciles de la France capétienne jusqu'en 1215, Paris, éd. du Cerf, coll. « Histoire », .
  • [Richard 1777] Charles-Louis Richard, Supplément à l'Analyse des conciles généraux et particuliers, vol. 5, Paris, Benoît Morin, , 725 p. (lire en ligne). Pages 726-732 : index des conciles par date.  

Lien externeModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Coordonnées de l'ancien couvent de bénédictins d'Héry, actuel presbytère : 47° 54′ 16″ N, 3° 37′ 38″ E. Dans sa cour ont été trouvés huit tombeaux contenant des squelettes inhabituels, avec une ossature 1/3 plus grande que de coutume et des mâchoires plus puissantes que les nôtres, ces dernières portant 34 et jusqu'à 36 dents. La pierre des tombeaux provenait probablement de Chablis[9]. Voir l'article « Héry (Yonne) », section « Antiquité ».
  2. Voir les référence Lebeuf en Bibliographie et en références.

RéférencesModifier

  1. Voir Histoire générale, Liv. VIII.
  2. a b c et d Lebeuf 1743, vol. 1, p. 236.
  3. Dictionnaire Universel François Et Latin, Vulgairement Appelé Dictionnaire de Trévoux, t. 1, Paris, éd. la Compagnie des Libraires associés, , 5e éd. (lire en ligne), p. 199.
  4. a b c d e f g h et i Lebeuf 1743, vol. 1, p. 234.
  5. a et b Richard 1777, p. 144.
  6. a et b Migne 1847, p. 38 (p. 22 du compteur du site).
  7. « Héry (Yonne), carte interactive » sur Géoportail. Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées.
  8. Henry 1833, vol. 1, p. 9-13.
  9. Henry 1833, vol. 1, p. 69-70.
  10. Henry 1833, vol. 1, p. 75.
  11. a b et c Henry 1833, vol. 1, p. 144.
  12. Lebeuf 1743, vol. 2, p. 54.
  13. a b c d e f et g Henry 1833, vol. 1, p. 143.
  14. Henry 1833, vol. 1, p. 142-143.
  15. (en) Charles Cawley, « Lambert (-979), son of Robert », dans «  Burgundy duchy - Beaune & Chalon », ch. 2 : « Chalon-sur-Saône », section A : « Comtes de Chalon 863-876, [950/60]-1039 », sur MedLands - Foundation for Medieval Genealogy (consulté le 20 juin 2019). Parents et fratrie de Hugues de Chalon, dont références des sources primaires.
  16. Lebeuf 1743, vol. 1, p. 233.
  17. Lebeuf 1743, vol. 2, p. 56.
  18. a et b Lebeuf 1743, vol. 2, p. 57.
  19. Lebeuf 1743, vol. 2, p. 55.
  20. Histoire de Saint Philibert de Tournus.
  21. Lebeuf 1743, vol. 2, p. 53.