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En syntaxe traditionnelle, le complément d’agent est un constituant de la phrase qui exprime l’auteur réel d’une action sans être le sujet grammatical ni, du point de vue pragmatique, le thème de la phrase. Il est traditionnellement appelé « sujet logique », par opposition à « sujet grammatical »[1],[2],[3],[4],[5].

Le complément d’agent est traité en tant que constituant de la phrase à fonction syntaxique dans les grammaires traditionnelles de langues où il est relativement bien représenté, comme le français ou le roumain. En anglais il n’est pas moins fréquent, mais dans les grammaires de cette langue il n’est pas délimité en tant que tel, mais ensemble avec le sujet, sous la dénomination commune d’agent ou agentive[1],[2]. Dans d’autres langues il est moins présent que dans les précédentes. Dans les grammaires de certaines de celles-ci, comme celles du diasystème slave du centre-sud (bosnien, croate, monténégrin, serbe, abréviés BCMS), il n’est pas pris en compte en tant que constituant à part. En hongrois non plus il n’est pas fréquent, cependant, dans certaines de ses grammaires il est mentionné en tant que complément à part.

Le régissant du complément d’agentModifier

Le plus souvent, le complément d’agent est subordonné à un verbe à la diathèse passive et à un mode personnel, dans plusieurs langues. Un tel verbe est transitif direct. La construction passive dans laquelle il est prédicat est équivalente à une construction où il devient verbe actif, et le complément d’agent devient sujet :

  • (fr) La charrue était tirée par les bœufs[6] ;
  • (en) The electron was discovered by Thomson « L’électron a été découvert par Thomson »[1] ;
  • (ro) Condițiile sunt stabilite de participanți « Les conditions sont établies par les participants »[7] ;
  • (hu) A vers a költő által olvastatik fel « Le poème est lu par le poète »[8] ;
  • (cnr) Svi će oni biti odlikovani od predśednika države « Ils seront tous décorés par le président de l’État »[9].

En roumain on rencontre relativement souvent le verbe pronominal à sens passif : Condițiile se stabilesc de participanți littéralement « Les conditions s’établissent par les participants »[7].

En français, le verbe faire utilisé en tant que semi-auxiliaire participe à deux périphrases pouvant subordonner un complément d’agent. L’une est pronominale, étant équivalente au verbe passif : Mon père va se faire opérer par le Professeur Legrand[10]. L’autre est active, ayant un sens factitif : Je ferai bâtir ma maison par cet architecte[6].

En hongrois, le verbe factitif est marqué par un suffixe spécifique, sa construction avec un complément d’agent étant plus fréquente qu’avec un verbe passif : Kimosatja a ruhát a feleségével « Il fait laver le linge par sa femme »[11].

Le régissant peut aussi être à une forme non personnelle du verbe. Celle-ci peut être l’infinitif à la diathèse active [(fr) Ne te laisse pas entortiller par ta maman (Gustave Flaubert)[12]] ou passive : (ro) lege spre a fi adoptată de parlament « loi à être adoptée par le parlement »[5]. Le participe aussi peut avoir un complément d’agent : (ro) casa construită de bunicul « la maison construite par mon grand-père »[7], (hu) a diákok által elvégzett feladatok « les exercices faits par les élèves »[11]. En grammaire roumaine on prend aussi en compte une autre forme non personnelle, appelée supin : calități ușor de constatat de către oricine « des qualités faciles à constater par quiconque »[7].

Des mots d’une autre nature dérivés de verbes peuvent aussi être déterminés par un complément d’agent. Tels sont les noms d’action (ex. (ro) numirea lui de către președinte « sa nomination par le président ») et les adjectifs avec le suffixe -ble: (ro) acțiuni condamnabile de noi toți « des actions condamnables par nous tous »[3].

Nature des mots exprimant un complément d’agentModifier

Le complément d’agent est exprimé par des noms, des mots substantivés (adjectifs, numéraux) et des pronoms. Si c’est un nom d’animé ou assimilable à un animé, il s’agit d’un agent qui veut, qui initie et qui contrôle l’action. Exemples :

  • (fr) Les cambrioleurs ont été surpris par un voisin[10] ;
  • (ro) A fost felicitat de cei doi « Il a été félicité par les deux »[7] ;
  • (en) The apple was eaten by him litt. « La pomme a été mangée par lui »[2] ;
  • (hu) a csoport által megtekintett kiállítás « l’exposition visitée par le groupe »[13] ;
  • (sr) Presuda je potvrđena od Vrhovnog suda « La sentence a été confirmée par le Tribunal suprême »[14].

Ce complément peut également être exprimé par un inanimé, qui effectue l’action involontairement, sans la contrôler :

  • (fr) Le parc était entouré d’un très haut mur[10] ;
  • (en) A golfer was struck by lightning « Un joueur de golf a été frappé par la foudre »[1] ;
  • (ro) Ușa a fost deschisă de vânt « La porte a été ouverte par le vent »[7] ;
  • (cnr) Djelovi Primorja opet su zahvaćeni požarom « Des parties du Littoral ont encore été envahies par l’incendie »[9].

En hongrois il n’y a pratiquement pas de complément d’agent inanimé.

Le complément d’agent peut parfois être confondu avec un complément d’objet indirect ou avec un complément circonstanciel d’instrument. Pour tester de quel complément il s’agit, on peut faire la transformation de la construction passive en construction active[5].

Généralement, le complément d’agent n’est pas essentiel, c’est-à-dire il peut être supprimé sans que la phrase devienne erronée. L’absence de ce complément est l’un des moyens pour exprimer un sujet non identifiable ou non précisé. Il y a tout de même des verbes pour lesquels le complément d’agent est indispensable, ex. Ces villas sont possédées par des étrangers[6].

Constructions à complément d’agentModifier

Dans les langues sans déclinaison, le rapport grammatical entre régissant et complément d’agent se réalise à l’aide d’une préposition. En anglais, c’est by : The report was typed by the secretary « Le rapport a été tapé par le/la secrétaire »[1]. En français il y a deux prépositions remplissant ce rôle. Leur distribution dépend du sens du régissant. La plus fréquente est par, employée plutôt avec des verbes à sens concret, ex. Cet arbre a été touché par la foudre. L’autre est de, utilisée, par exemple, avec des verbes qui expriment des sentiments : Je suis très déçu de ce mauvais résultat. Le même verbe est parfois utilisé, en fonction de sa nuace de sens, avec l’une ou l’autre : Il a été surpris de ma réaction (sens figuré) vs Les cambrioleurs ont été surpris par un voisin (sens propre)[10].

Le roumain, langue ayant une déclinaison relativement réduite, se rapproche de celles sans déclinaison pour ce qui est des constructions à complément d’agent. Celui-ci est au cas accusatif, dont la forme ne diffère que pour peu de mots de celle du nominatif (cas du sujet), et se construit avec préposition. Celle-ci est couramment de : performanțe inatacabile de alte concurente « des performances inattaquables par d’autres concourrentes »[7], Scrisoarea trimisă de mine încă n-o primiseră « La lettre envoyée par moi, ils/elles ne l’avaient pas encore reçue »[5]. On utilise aussi la locution prépositionnelle de către, dans le registre soutenu, seulement avec des animés ou assimilables aux animés : Se fixează prețuri acceptabile de către populație « On établit des prix acceptables par la population »[5].

En BCMS, langues à déclinaison relativement développée, les constructions à complément d’agent sont très différentes en fonction du caractère animé ou inanimé de l’agent. Un animé est au cas génitif avec la préposition od [(bs) Bio sam kažnjen od oca « J’ai été puni par mon père »[15]], et un inanimé – au cas instrumental sans préposition : (sr) Grad je pogođen zemljotresom « La ville a été frappée par un tremblement de terre »[14].

En hongrois, dans la construction factitive, le complément d’agent est à l’instrumental sans postposition (correspondante de la préposition dans d’autres langues) : Jolánnal fésültette a haját « Elle faisait peigner ses cheveux par Jolán »[8]. Une autre comporte la postposition által et un mot à désinence zéro, considéré comme étant au nominatif : a tanító által gyűjtött népdal « la chanson folklorique recueillie par l’institueur »[13]. Cette construction est équivalente à une autre avec le verbe à une forme non personnelle appelée „participe verbal”, avec le complément d’agent au nominatif sans postposition : az anyám sütötte kenyér « le pain cuit par ma mère »[16]. En hongrois, les pronoms personnels ont des formes supplétives pour les fonctions de compléments autres que celui d’objet direct, certaines formées à partir de postpositions auxquelles on ajoute des suffixes personnels possessifs correspondant aux adjectifs possessifs d’autres langues. On les appelle « postpositions possessivées »[17]. En tant que compléments d’agent on utilise de tels pronoms formés à partir de la postposition által : a tanító által gyűjtött népdal « la chanson folklorique recueillie par l’institueur » → az általa gyűjtött népdal « la chanson folklorique recueillie par lui ». Aux autres personnes, les pronoms sont általam « par moi », általad « par toi », etc.

RéférencesModifier

  1. a b c d et e Eastwood 1994, p. 131-132.
  2. a b et c Bussmann 1998, p. 29.
  3. a et b Bidu-Vrănceanu 1997, p. 33.
  4. Constantinescu-Dobridor 1998, article complement.
  5. a b c d et e Bărbuță 2000, p. 260-261.
  6. a b et c Grevisse et Goosse 2007, p. 400-402.
  7. a b c d e f et g Avram 1997, p. 379-380.
  8. a et b Bokor 2007, p. 216-218.
  9. a et b Čirgić 2010, p. 179.
  10. a b c et d Delatour 2004, p. 106-107.
  11. a et b P. Lakatos 2006, p. 157.
  12. Grevisse et Goosse 2007, p. 1117.
  13. a et b Szende et Kassai 2007, p. 322.
  14. a et b Klajn 2005, p. 137.
  15. Jahić 2000, p. 404.
  16. Bokor 2007, p. 206.
  17. Szende et Kassai 2007, p. 170.

Sources bibliographiquesModifier

  • (ro) Avram, Mioara, Gramatica pentru toți [« Grammaire pour tous »], Bucarest, Humanitas, 1997 (ISBN 973-28-0769-5)
  • (hu) Bokor, József, « Szófajtan » [« Les parties du discours »], A. Jászó, Anna (dir.), A magyar nyelv könyve [« Le livre de la langue hongroise »], 8e édition, Budapest, Trezor, 2007 (ISBN 978-963-8144-19-5), p. 197-253 (consulté le 31 mars 2019)
  • (cnr) Čirgić, Adnan ; Pranjković, Ivo ; Silić, Josip, Gramatika crnogorskoga jezika [« Grammaire du monténégrin »], Podgorica, Ministère de l’Enseignement et des Sciences du Monténégro, 2010 (ISBN 978-9940-9052-6-2) (consulté le 31 mars 2019)
  • (ro) Constantinescu-Dobridor, Gheorghe, Dicționar de termeni lingvistici [« Dictionnaire de termes linguistiques »], Bucarest, Teora, 1998 ; en ligne : Dexonline (DTL) (consulté le 31 mars 2019)
  • Grevisse, Maurice et Goosse, André, Le bon usage. Grammaire française, 14e édition, Bruxelles, De Boeck Université, 2007 (ISBN 978-2-8011-1404-9)
  • (bs) Jahić, Dževad ; Halilović, Senahid ; Palić, Ismail, Gramatika bosanskoga jezika [« Grammaire de la langue bosniaque »], Zenica, Dom štampe, 2000 (consulté le 31 mars 2019)

Articles connexesModifier