Colette Chiland

psychiatre et professeure d'université française
Colette Chiland
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Distinction

Colette Chiland, née à Paris le et morte le dans la même ville, est une psychiatre, professeure des universités en psychologie clinique et psychanalyste française. Elle a été présidente d'honneur de la Société française d'étude et de prise en charge du transsexualisme (SoFECT).

BiographieModifier

Colette Chiland suit sa scolarité au lycée Hélène Boucher à Paris, puis elle entre en hypokhâgne au lycée Fénelon[1]. Elle obtient son doctorat de médecine en 1954, et poursuit des études de psychologie et de philosophie. Elle est reçue à l'agrégation de philosophie en 1955[2].

Elle enseigne deux ans dans un lycée et dans des écoles normales, avant d'être nommée à la Sorbonne où elle fait une carrière universitaire d'assistante, maître-assistante et de professeure de psychologie clinique à l'université René Descartes à Paris[3]. Elle soutient sa thèse d'État en psychopathologie en 1970 à l'université Paris-VII[4] et publiée en 1971 sous l'intitulé : L'enfant de six ans et son avenir[2].

Elle exerce comme psychiatre au centre Alfred Binet jusqu'en 1995[5]. Elle est membre de la Société psychanalytique de Paris[6] et présidente d'honneur de l'Association internationale de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent et des professions associées (IACAPAP)[7] et de la Société française d'études et de prise en charge du transsexualisme.

Au cours de sa carrière, elle est en relation avec plusieurs des créateurs de la psychanalyse d’enfants comme Anna Freud, Melanie Klein et Donald Winnicott[8] et se forme avec Serge Lebovici et René Diatkine.

RecherchesModifier

Théoricienne de la psychanalyseModifier

Elle se montre assez critique à l'égard des conceptions de Freud sur la femme. Elle évoque dans un entretien en 2005 sa « déception » à l'égard du manque d'ouverture de la psychanalyse à l'égard des « apports des autres disciplines ». Elle s'intéresse aux questions méthodologiques, notamment à l'entretien clinique de recherche[9].

Dans le cadre de ses activités d'enseignante, elle réfléchit à la formation des psychologues, en lien avec les fonctions spécifiques qu'ils auront à assumer. Elle est particulièrement convaincue de « l’importance de former des professionnels praticiens, engagés sur le terrain et aptes à travailler en équipe, plutôt que des savants théoriciens »[10]. Dans son chapitre sur l'entretien clinique[11], elle s'emploie à définir la démarche qui préside à l'entretien clinique, au dispositif qui permet l'entretien et à la posture du clinicien, notamment sa disponibilité d'écoute, qu'elle rapproche de l'attention flottante, durant le temps de l'entretien.

Travaux sur le « transsexualisme »Modifier

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Elle a mené des recherches, en lien avec sa pratique médicale à l’hôpital Fernand-Widal auprès de personnes désirant changer de sexe, sur l'identité sexuelle[5]. Colette Chiland préférait le terme « identité sexuée » à « identité sexuelle » qui prédominait en France ; les anglophones parlant davantage d'« identité de genre ». Elle proposait de ne pas inclure l'orientation sexuelle dans l'identité sexuée, alors que John Money considérait que « l’identité est la face privée des rôles sociaux, et que les rôles sont la face publique de l'identité[12] ». Au contraire de la psychologue clinicienne Françoise Sironi, qui pense que la conception naturaliste et binaire de l’identité de genre constitue « un angle mort de la théorie psychanalytique[13] », Chiland affirme son attachement à « la boussole du sexe » : « la division en sexes n’est pas une création de la société[14] ». Elle considère que la proposition de Judith Butler de supprimer les distinctions de sexe relève d'une propagande « ethnocentriste » qu'elle compare à l'idéologie nazie[15].

Ses écrits se caractérisent par une absence d'humanité, comme en témoigne par exemple cet extrait de son ouvrage Le transexualisme (1997), cité à ce sujet par Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas[16]:

« J'ai compris que me m'étais laissée piéger par son aspect déconcertant, effrayant, non pas parce qu'il aurait été une caricature de femme, un travelo sans talent: il n'était rien, ni homme ni femme. »

Ses travaux et ses prises de positions font l'objet de vives critiques de la part de certains collègues[17] (Françoise Sironi la qualifie de « transphobe »[18]) et d'associations de défense de la cause trans[19],[20]. Elle estime qu'il s'agit d'« attaques personnelles » et que ses propos[21] sont dénaturés par les militants « en changeant les termes, en sortant les phrases de leur contexte[22] ».

Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas estiment qu'en défendant l'idée qu'« une minorité ne peut avoir raison sur la majorité et la Raison et la Réalité », Colette Chiland a « montr[é] le chemin d'une fabrique de l'ignorance dans laquelle quantité de défenseurs de la légalité, réalité et naturalité "des sexes" [ont placé] leurs pas ». Elles citent pour exemple la permanente dénonciation d'une « tyrannie des minorités » par Polony, et regrettent l'absence de remise en cause de ce qu'elles appellent le « tyrannie des pathologisations » qui attise pourtant les haines et discriminations[16].

Affaire Chiland contre MartinModifier

Dans la préface de la réédition de « Changer de sexe »[22], Chiland raconte comment, le , des militants d'Act up-Paris sont venus la réveiller bruyamment et distribuer des tracts sur lesquels figuraient sa photo, la mention « un visage de la haine » et des « propos très agressifs accompagnés de citations dénaturées de ses livres ». À la suite de sa plainte[5], Jérôme Martin, ex-président d'Act up-Paris, est condamné en 2007 pour diffamation publique[23]. Elle expose son analyse :

« J’ai beaucoup réfléchi sur ce qui pouvait choquer dans mon écriture : trop directe et trop concise, trop imagée et concrète, elle a pu être mal interprétée et ressentie comme agressive. Je n’avais pourtant pas la “haine” à l’égard des transsexuels qu’on a voulu m’attribuer, bien au contraire. (…) Je ne conçois pas l’exercice de mon métier sans bienveillance à l’égard des patients, mais les patients ne nous facilitent pas toujours la tâche. (…) Dans leur colère contre leur condition, leur maladie éventuellement (VIH) pour lequel ils sont à risque plus élevé s’ils se droguent ou se prostituent ou ont des rapports sexuels non protégés, les activistes trans’ ont besoin d’une cible sur laquelle tirer. (…) Ils se sont trompés en me choisissant pour cible. Ils (…) l’ont fait avec une violence rare, en dénaturant mes propos, (…) en passant sous silence ce que j’avais fait pour les transsexuels. Ils veulent faire feu de tout bois ; certains commentaires sont d’une ignorance et d’une sottise déconcertantes, alors que leurs auteurs ne sont ni sots, ni ignorants[22]. »

OuvragesModifier

RéférencesModifier

  1. « Colette Chiland : biographie », sur Calmann-Lévy (consulté le ).
  2. a et b « Colette Chiland », sur Babelio (consulté le ).
  3. « Colette Chiland », sur PUF (consulté le ).
  4. Colette Chiland, L'Enfant de six ans et son avenir : étude psychopathologique, université Paris-VII, (SUDOC 113373848)
  5. a b et c Constant 2016.
  6. « Colette Chiland : biographie », sur librairie Dialogues (consulté le ).
  7. « Colette Chiland », sur Appea (consulté le ).
  8. Marie-Michèle Bourrat et Jean-Philippe Raynaud, « Colette Chiland, une pionnière de la psychiatrie et de la psychanalyse de l’enfant et de l’adolescent », Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence, vol. 65, no 1,‎ , p. 1-4 (DOI 10.1016/j.neurenf.2016.11.001).
  9. Braconnier 2005.
  10. Catherine Matha, « Colette Chiland “Qu’est-ce qu’un entretien clinique ?”, in Chiland C. et al., L’entretien clinique, PUF, 1983, 9-27 », dans Jean-Yves Chagnon (dir.), 40 commentaires de textes en psychologie clinique, Paris, Dunod, coll. « Psycho Sup », (ISBN 978-2-10-070664-8, DOI 10.3917/dunod.chagn.2014.02.0253), p. 253-260.
  11. Chiland 2013.
  12. Serge Lebovici, « Changer de sexe », Le Carnet Psy, no 30,‎ , p. 11-13 (lire en ligne).
  13. Françoise Sironi, Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres, Paris, Odile Jacob, , 269 p. (ISBN 978-2-7381-2583-5)
  14. Colette Chiland, « Note à propos du livre de Françoise Sironi, Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres, Paris, Odile Jacob, 2011 », date inconnue (consulté le )
  15. Colette Chiland, « Les Mots et les Réalités », L'Information psychiatrique, vol. 87, no 4,‎ , p. 261-267 (DOI 10.3917/inpsy.8704.0261)
  16. a et b Maud-Yeuse Thomas, Transidentités et transitudes : se défaire des idées reçues, (ISBN 979-10-318-0492-7, OCLC 1300915427, lire en ligne)
  17. Tom Reucher, « Quand les trans deviennent experts : Le devenir trans de l'expertise », Multitudes, vol. 20, no 1,‎ , p. 159-164 (DOI 10.3917/mult.020.0159)
  18. Françoise Sironi, Psychologie(s) des transsexuels et des transgenres, O. Jacob, (ISBN 978-2-7381-2583-5 et 2-7381-2583-2, OCLC 758642397, lire en ligne) :

    « Les propos de Colette Chiland illustrent ce que Sándor Ferenczi (1873-1933) écrivait en 1932 à propos de l'hypocrisie des professionnels du soin: « Une grande part de la critique refoulée concerne ce que l'on pourrait appeler l'hypocrisie professionnelle. Nous accueillons poliment le patient quand il entre, (...) nous lui promettons (...) de consacrer tout notre intérêt à son bien-être et au travail de l'élucidation. En réalité, il se peut que certains traits externes et internes du patient nous soient difficilement supportables. » Cette hypocrisie professionnelle n'est pas réductible au seul contre-transfert. Il ne se rejoue pas un modèle relationnel préalable de la vie du thérapeute projeté sur le patient en situation thérapeutique. Il s'agit d'une véritable hostilité à l'égard des patients, liée à un rejet moral de la même nature que le racisme, et qui porte aujourd'hui un nom: la transphobie. Les manquements éthiques de ces thérapeutes qui continuent de recevoir des sujets transsexuels en parfaite connaissance de cause eu égard à leur hostilité sont gravissimes. »

  19. Maëlle Le Corre, « Décès de la très controversée Colette Chiland, la “psychiatre la plus transphobe de France” », sur Yagg, .
  20. Hélène Hazera, « Une trans à “Libé”, c’était hier », Libération,‎ (lire en ligne)
  21. « Colette Chiland », sur fr.wikiquote.org
  22. a b et c Chiland 2011.
  23. Jugement de la 17e chambre du Tribunal de grande instance de Paris le . La condamnation est aggravée dans un arrêt de la Cour d’appel de Paris, 11e chambre B, le .

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier