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L'expression de « colbertisme high-tech » a été créée par l'économiste Élie Cohen, qui en a fait le titre, en 1992, de son troisième livre, affinant une réflexion déjà développée dans son ouvrage précédent L'État brancardier.

Élie Cohen y analyse la très forte croissance des grands kereitsu japonais entre 1950 et 1990, dans le domaine de l'électronique grand public, ainsi que les succès français sur la même période, dans les secteurs exportateurs des biens d'équipement, avec un accent plus particulier sur les équipements télécoms, où le groupe Alcatel est devenu en 1992 le leader mondial, avant de perdre sa couronne dans la deuxième partie des années 1990, au moment du boom de l'Internet et du téléphone mobile, qui va favoriser le finlandais Nokia et l'Américain Cisco. Alcatel, s'est séparé en 2001 de sa filiale Alstom (leader mondial du TGV et des turbines pour centrales nucléaires) puis a fusionné en 2006 avec l'équipementier américain Lucent, ex-filiale de l'opérateur américain de télécoms ATT, confronté aux mêmes problèmes. Le groupe avait bénéficié dans les années 1970 de la forte croissance du réseau de son grand client France Télécom, au point même de se voir accusé à la fin des années 1980 de surfacturations.

« Non contente de quintupler le nombre de lignes téléphoniques installées entre 1970 et 1982 et de disposer de l’équipement le plus numérisé au monde, la DGT (direction générale des télécoms) a réussi à rebondir et à multiplier les grands projets, au point qu’en 1982 il fut envisagé de lui confier la maîtrise de l’ensemble de la filière électronique », écrit l'auteur.

Ariane, Airbus, le TGV, le temporel, le Minitel, les Mirage ou le Rafale, les moteurs d’avion CFM 56, la filière nucléaire (Framatome devenu Areva) et les technologies pétrolières (Coflexip, Technip) sont autant de réussites marquantes de grands projets technologiques, dues à l’initiative étatique, mais qui ont aussi trouvé des débouchés et des relais sur le marché international, et plus particulièrement européen, au point qu’ils sont souvent mis à l’actif de la construction communautaire (Ariane et Airbus notamment).

Parmi les échecs du Colbertisme hi-tech, Elie Cohen cite l'informatique française, avec le groupe Bull, le Concorde, les réseaux câblés de fibre optique et le satellite TDF 1, mais pas le paquebot France. L'histoire de la Compagnie internationale pour l'informatique (CII) rebaptisée Bull, après plusieurs fusions dont l'une avec le groupe américain Honeywell, puis doté d'un noyau d'actionnaires « stables » regroupant France Télécom, le japonais NEC et l'Américain Motorola est détaillée dans French ordinateurs, le livre des journalistes Jacques Jublin et Jean-Michel Quatrepoint, deux des quatre fondateurs en 1985 du quotidien La Tribune.

Sources et référencesModifier

  • Le colbertisme high-tech. Économie du grand projet, Paris, Hachette Pluriel, 1992.
  • French ordinateurs. Jacques Jublin et Jean-Michel Quatrepoint, 1976.