Clovis Hugues

poète, romancier et homme politique français

Clovis Hubert Hugues, né à Ménerbes (Vaucluse) le , et mort à Paris le , est un poète, romancier et homme politique français.

Clovis Hugues
Clovis Hugues Nadar.jpg
Clovis Hugues, photographie atelier Nadar, vers 1882
Fonctions
Majoral du Félibrige
-
Député
Biographie
Naissance
Décès
(à 55 ans)
Paris
Sépulture
Cimetière d'Embrun (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Poète et romancier
Conjoint
Autres informations
Parti politique
Membre de
Distinctions
Tombe Clovis Hugues.jpg
Vue de la sépulture.

Il est l'époux de la sculptrice Jeanne Royannez (1855-1932).

BiographieModifier

Du séminaire au journalismeModifier

Ce fils de meunier fait ses humanités à Saint-Didier au séminaire de Sainte-Garde sans pour autant entrer dans les ordres. À sa sortie, il tâte du journalisme à Marseille et se décrit comme un Ruy Blas littéraire.

La Commune de MarseilleModifier

Il a dix-neuf ans quand éclate la Commune insurrectionnelle de Marseille. Il est à Marseille quand l'avocat-poète Gaston Crémieux, proclame la « république sociale » le . Elle dure jusqu'au 4 avril quand la troupe régulière écrase le bastion communaliste de la préfecture, à l'aide des canons de Notre-Dame-de-la-Garde.

Hugues, défendant en août les hommes de la Commune dans un article du Vrai Marseillais, est condamné pour délit de presse par le conseil de guerre du général Espivent de La Villesboisnet à trois ans de prison et à une amende de 6 000 francs[1].

Son mariage avec Jeanne RoyannezModifier

 
Buste de Clovis Hugues, au jardin des Félibres de Sceaux, sculpté par son épouse Jeanne Royannez.

Libéré, Hugues reprend la plume dans les colonnes de La Jeune République pour demander l'amnistie des prisonniers politiques et des communards. Parce que son journal le charge d'une enquête sur les milieux socialistes, il rencontre des vieux quarante-huitards dont Royannez et tombe amoureux de sa fille, Jeanne Royannez, qu'il épouse à la mairie de Toulon le [2].

Le duelModifier

De retour à Marseille, le couple est dénoncé le dans L'Aiglon des Bouches-du-Rhône comme ne s'étant pas marié à l'église. L'affaire va jusqu'à une rencontre sur le pré entre le dénonciateur et le calomnié. Hugues sort vainqueur de ce duel après avoir occis son fielleux confrère d'un coup d'épée. Il est acquitté par la cour d'assises d'Aix-en-Provence, le 22 février 1878.

Le militant socialisteModifier

En 1879, il participe à Marseille au Congrès constitutif du Parti ouvrier français (P.O.F.) et se présente sous cette bannière aux élections de 1881. Il est élu et entre à la Chambre des députés, devenant ainsi le premier adhérent à un parti ouvrier élu à la Chambre. Le nouveau député déclare que grâce à son élection « il fera des petits ». Le jeune élu socialiste des Bouches-du-Rhône et son épouse s'installent à Paris.

Député et poèteModifier

Hugues commence alors à publier ses poèmes dans Le Tambourin et dans La Lune Rousse, hebdomadaire qu'il édite avec André Gill[3]. Tout en écrivant ses poèmes, il attaque à la Chambre Jules Ferry, morigéne le ministre de la guerre de Gambetta, exige la libération des communards et fait l'éloge des mineurs de Decazeville en grève. Puis rentré chez lui, auprès de Jeanne, il reprend la plume pour composer en alexandrins Les Soirs de bataille ou Les Jours de combat. Maurice Blum écrit d'ailleurs à son propos : « Ce poète si soucieux du classicisme de ses alexandrins s'emploie sans relâche à briser le cadre de la société de l'époque. »

Il gagne, en 1884, le concours poétique sur le vin de Champagne, organisé par Armand Bourgeois et doté par le Champagne Moët & Chandon[4],[5].

L'affaire MorinModifier

Une ancienne voisine de Jeanne, la comtesse d'Osmont[6], qui jouit de quelques protections, s'emploie à briser le ménage en ruinant la réputation de Jeanne Royannez et à tenter de mettre un terme à la carrière politique de Clovis Hugues. Elle en charge son homme de paille, Jean Morin, qui réussit dans un premier temps à jeter un tel trouble que le tribun socialiste se voit interdire par son parti d'assister aux funérailles de Louis Blanc en 1882.

Les plaintes déposées par le couple menèrent le corbeau devant un tribunal, qui le condamne le . Les relations de la comtesse jouent et Morin se retrouve rapidement hors de sa prison et recommençe ouvertement son petit jeu de calomnie contre son épouse.

La vengeance de Jeanne RoyannezModifier

 
Félix Devaux, Monument à Clovis Hugues à Ménerbes (Vaucluse).

Repris, Morin allait être rejugé le quand une argutie juridique repousse son procès.

Excédée par quinze mois de tortures morales et par le persiflage du calomniateur qui se vante de son impunité, Jeanne Royannez sort alors un revolver et tire par trois fois sur Morin qui s'écroule mortellement blessé. L'affaire fait grand bruit, à tel point que le procès est accéléré et que Royannez est acquittée par ses juges le .

Le révolutionnaire devient boulangisteModifier

Clovis Hugues est réélu à la Chambre en 1885 et se joint bientôt au mouvement boulangiste. En 1893, il devient député de Paris, conservant son siège jusqu'en 1906. Il continue à publier ses poèmes, romans et comédies, œuvres pleines d'esprit et de vitalité. Fait membre d'honneur du Flourege Prouvençau par Frédéric Mistral[7], il rédige de nombreux écrits en provençal et est élu, en 1898, Majoral du Félibrige(Cigalo de Durènço).

Clovis Hugues, qui apprécie beaucoup la ville d'Embrun (Hautes-Alpes), souhaite y être enterré. L'une des rues principales de la cité porte son nom et une statue à sa mémoire se trouve dans un parc de la ville.

À la fin du XIXe siècle, il fulmine en vers contre les « financiers » dans La Libre Parole[8].

HommageModifier

En 1899, Alphonse Allais pastiche — affectueusement, semble-t-il, comme pour un alter ego qui aurait fait de la politique — Clovis Hugues, en imaginant qu'il est l'auteur d'Une importante innovation financière (Ne nous frappons pas, p. 983-984, in Œuvres Anthumes, réd. Robert Laffont, coll. Bouquins) : un impôt-loterie ! Il rédige un compte rendu parodique de séance parlementaire, où l'on peut « entendre », peut-être, la manière du tribun, avec toutes les réserves que comportent et l'exercice de style et la tentation de la caricature, à laquelle ne manque pas de céder Allais.

La ville de Cavaillon a donné son nom à l'un de ses collèges et celle d'Aix à l'une de ses rues (un lycée privé donnant sur cette rue a également pris le nom de Clovis Hugues). Émerainville a donné son nom à l'une de ses rues en 1982. Pierre Andrieu, maire de la commune de 1977 à 1993, est un arrière-petit-fils de Clovis Hugues. Il a, aussi, une rue à son nom à Marseille, à Clermont-Ferrand, à Saint-Étienne, à Lille (quartier de Fives) également à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), Saint-Denis et Paris (dont il est l'élu en 1893, battant Aristide Briand). Il a, aussi, un buste aux Buttes-Chaumont, un autre dans le Parc de Sceaux, un autre à Ménerbes et un dernier à Embrun, où il est enterré.

Principales œuvresModifier

 
Caricature de Clovis Hugues par Henri Demare (vers 1881), Les Hommes d'aujourd'hui, n°166.
Divers
Poésie
  • Poèmes de prison (1875), écrits durant sa détention
  • La Charrue (1876)
  • Les Soirs de bataille, Alphonse Lemerre, (1883)
  • Jours de combat, Dentu, (1883)
  • Les Evocations, G.Charpentier, (1885)
  • Le Travail (1889)
  • La Chanson de Jehanne d'Arc, Bibliothèque Charpentier, 1900
  • Les Roses du Laurier, Bibliothèque Charpentier, 1903
  • Ode au vagin (10 août 1906)[9]
Romans
  • La Vierge rouge, (1881)
  • Madame Phaëton (1885)
  • Monsieur le gendarme, roman villageois (1891)
Théâtre
  • Une Étoile (1888)
  • Le sommeil de Danton, drame en 5 actes (1888)
  • Les Joujoux du théâtre, comédies enfantines : Cendrillon, La Boîte à musique, La Maison des dimanches, Tyl l'Espiègle, illustrations de Louis Bailly, Delagrave, (1905).

RécompensesModifier

IconographieModifier

Clovis Hugues dans la culture populaireModifier

Notes et référencesModifier

  1. Antoine Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille et ses origines, Marseille, Jeanne Laffitte, , 158 p. (ISBN 2-86276-364-0), p. 155
  2. archives.var.fr, p. 504-537.
  3. Le caricaturiste montmartrois, André Gill, était aussi le fondateur du « Lapin Agile », le rendez-vous de toute l'intelligentsia parisienne.
  4. Le Figaro du 20 mars 1884 sur Gallica
  5. Voyage de M. Carnot dans l'Est : souvenir de la visite de M. Carnot, président de la République, à Reims, programme des fêtes données en son honneur à Reims, le 18 septembre 1891, H. Matot (Reims), 1891 sur Gallica
  6. Dans le film de Gérard Oury, le comtesse porte le nom de Madame Lenormand.
  7. Flourege Prouvençau - 1907
  8. Raphaël Viau, Vingt ans d'antisémitisme 1889-1909, Paris, Fasquelle, 1910, p. 355.
  9. Poème érotique resté inédit, édité par Maurice Duflou en 1933.
  10. http://www.academie-francaise.fr/prix-archon-desperouses.

AnnexesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

BibliographieModifier

  • Gustave Kahn, Clovis Hugues, Paris, H. Fabre, 1910.
  • Jean-Claude Izzo, Clovis Hugues, un rouge du Midi, Éditions Jeanne Laffitte, 1978. Réédition en 2001.
  • Patricia Dupuy, « Clovis Hugues (1851-1907). Fils de Ménerbes. Enfant terrible de Marseille », Comité du Vieux Marseille, n° 66, 2 trimestre 1995.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier