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Claude Montal

accordeur, puis facteur de pianos
Claude Montal
Portrait of Claude Montal (cropped).jpg
Biographie
Naissance
Décès
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ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Activité

Répétiteur à L'Institution Royale des Jeunes Aveugles

Acousticien - Professeur d'Accord . Spécialiste du Diapason

Accordeur & Facteur de Pianos
Autres informations
Instrument
Orgue / Piano
Distinctions

Accordeur de Pianos agréé du Conservatoire de Musique. (1834 )

Facteur de Pianos de l'Institution Royale des Aveugles ( 1844 )

Médaille d'Or ( Grand Prix de l'Académie de l'Industrie - Paris 1847 )

Prize Médal - Ière Exposition Universelle.( Londres 1851 )

Chevalier de la Légion d'Honneur ( Paris 1851 )

Fournisseur Breveté de la Maison Impériale ( 1853 )

Facteur de Pianos de l'Empereur du Brésil ( 1854 )

Médaille de Première Classe. Ière Exposition Universelle française. Paris 1855.

Chevalier de l'Ordre Impérial de la Rose du Brésil ( 1856 )

Médaille d'Or du Mérite du Roi de Hanovre ( 1856 )

Diplôme d'Honneur à l'Exposition de Bordeaux ( 1859 )

Double Médailles de Prix Unique à la Seconde Exposition Universelle de Londres. ( 1862 )
L'Art d'accorder soi-même son piano (1865)
Fils d'un sellier-bourrelier, Claude Montal naquit à La Palisse le 28 juillet 1800 . Il devint totalement aveugle à l'âge de six ans et demi.

Claude Montal, né à Lapalisse (Allier) le 28 juillet 1800, mort à Paris le 7 mars 1865, était un accordeur et facteur de pianos, aveugle.

Sommaire

BiographieModifier

L'émancipation et les débuts incertains d'un aveugle surdouéModifier

 
Arrivée de Madame la duchesse d'Angoulême (Madame Royale) aux bains de Vichy, le 16 juillet 1816. Gravure de Jazet. (XIXe).

Claude Montal naquit dans une famille modeste de Lapalisse où son père était bourrelier[1]. À l'âge de quatre ans, victime d'une amaurose il perd progressivement la vue, des suites d'une fièvre typhoïde.

 
Ami de Madame Royale, le vicomte Félix de Conny, sous-préfet de La Palisse en 1816 . Gravure de Maurin.

Malgré ce lourd handicap, l'enfant montre d'indéniables capacités intellectuelles, manuelles et musicales qui impressionnent le Maître de poste de Droiturier, bourgade située à quelques kilomètres de Lapalisse où les parents s'étaient transportés pour ouvrir une auberge sur la grande route entre Paris et Lyon. Ne voulant pas être une charge financière pour ses modestes parents, l'adolescent Montal avait ouvert dans l'auberge familiale une petite échoppe d'articles de cuir, objets qu'il vendait à son profit auprès des voyageurs, afin de satisfaire à son entretien. Esprit créatif et inventif , en possession de quelques planches de bois et de crin de cheval , il se mit dans l'idée de confectionner un violon muni d'un archet, objet certes très rudimentaire mais d'où il parvint cependant à tirer quelques sons. Client de l'auberge Montal et admiratif des prouesses manuelles et musicales insoupçonnées du jeune aveugle, M. Noailly notable de la région, riche marchand de blé et Maître de Poste à Droiturier, le récompensa en lui offrant un jour... un véritable violon. L'histoire phénoménale et les avatars politiques nés sous La Terreur de ce bon M. Noailly qui fut accusé d'être un " Affameur du Peuple " , passèrent à la postérité dans un ouvrage au succès international : " Histoire d'une Famille noble sous la Terreur " d'Alexandrine des Echerolles, descendante de la Famille Giraud des Écherolles .

 
L'Institution royale des aveugles, installée en 1815, dans l'ancien séminaire Saint-Firmin de la rue Victor à Paris. La flèche indique le logement qu'occupa l'abbé Vincent-de-Paul.

À la fin du printemps de 1816, la requête de la famille Montal fut exposée par le sous-préfet de La Palisse Félix de Conny lors d'une audition auprès de Marie-Thérèse Charlotte de France, venue en séjour prendre les eaux à Vichy. Bien qu'ayant dépassé l'âge autorisé pour être pensionnaire, l'année suivante, Claude fut admis à l'Institution Royale des Aveugles de Paris, institution charitable installée depuis 1815 dans l'ancien et austère séminaire Saint-Firmin, dont la figure emblématique fut Vincent de Paul qui y jeta les premiers fondements de sa congrégation. Cette institution nouvellement dirigée par le docteur Sébastien Guillié, médecin en chef de l'établissement fut par ailleurs ophtalmologiste de la bienveillante Madame Royale.

Montal poursuivit dans l'Institution d'excellentes études aux côtés de son camarade de classe Louis Braille. Quatre ans après son admission, le directeur le fit en 1820, répétiteur d'une classe de grammaire, et bientôt après il professa ensuite dans plusieurs autres disciplines : la géographie, l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, etc. Au début du XIXe , malgré les mérites du système d'enseignement mis au point par Valentin Haüy, les méthodes pédagogiques en usage pour l'instruction des aveugles étaient encore embryonnaires et fort imparfaites , car il restait à trouver une forme d'écriture adaptée à la cécité des non-voyants. Au sein de l'institution, un scientifique du nom de Charles Barbier de La Serre, expérimenta en 1823 aux côtés du répétiteur Montal, un nouveau procédé d'écriture appelé sonographie.

C'est pendant ces années passées à l'institut que Claude Montal prend conscience de la médiocrité des accordeurs intervenant sur les pianos de l'école. Rapidement il constate l'empirisme, les approximations des professionnels responsables des instruments de l'Institution. Il décide de se consacrer à l'étude de cette science avec son ami Tourasse. Imprégné de théories puisées dans le traité de Dom Bédos de Celles, en 1829, secondé de son ami Tourasse-Maupas, Montal excellent mécanicien, fut chargé par le directeur (le Dr. Pignier) d'examiner le vieil orgue de la chapelle de l'Institution, alors dans un état de délabrement très avancé. Après quelques inouïs travaux de remise en jeu du grand orgue, afin de le récompenser de ce travail accompli avec brio, le conseil de classe délibéra de lui octroyer une somme de 50 francs, placée sur un livret d'épargne mis à sa disposition à échéance. Bénéficiant de la protection qu'offrait alors l'Institution Royale des Aveugles où il pu mener en toute sérénité ses recherches, l'habileté et la sagacité du jeune acousticien ne manqua pas d'attirer fin 1829, l'attention d'un physicien Charles Cagniard de Latour , qui fit appel aux étonnantes capacités de Montal, pourtant encore un parfait inconnu dans le Tout-Paris musical. Le scientifique Latour sollicita les connaissances de Montal, afin d'établir le calcul d'un tempérament juste du diapason[2] de l'Opéra. Dans un ouvrage particulièrement éclairant, Adrien de La Fage fit allusion de cette première expertise apportée par l'acousticien Montal.

En septembre 1830, suite au décès de son fidele Tourasse, Montal pris la décision audacieuse mais hasardeuse de quitter l'Institution. En effet, quelques mois après la Révolution de Juillet 1830, Claude Montal en quête d'émancipation quitta l'Institution Royale des Aveugles de la rue Victor, trouvant refuge dans les combles d'une modeste mansarde située au 11 rue Poupée. Peu avant son départ, Montal qui avait souhaité être chargé de l'accord et de l'entretien des pianos de l'Institution reçu une catégorique fin de non-recevoir; l'Institution préférant alors s'en remettre aux services d'accordeurs voyants externes à l'établissement. Dépourvu d'appuis et pensant vivre de son expérience passée de professeur et d'accordeur de pianos, Montal affronta le sibérien hiver de 1830 dans le plus grand dénuement, affamé et mis au ban de la société qui n'avait cure des « prétentions ubuesques » de cet aveugle imprudent.

Totalement désœuvré, ne possédant que quelques maigres économies en poche, Claude Montal fut inscrit le 23 juillet 1831 comme grand indigent sur le Livre des Pauvres du Bureau de Charité du 11e arrondissement de l'Hôpital des Quinze-Vingts, où il fut assuré d'une salutaire pitance (N° d'admission : 9127)

 
Compositeur et professeur de piano au Conservatoire de Paris, Pierre Joseph Guillaume Zimmermann, fut en 1832 l'inconditionnel protecteur de l'accordeur Claude Montal.

Malgré sa situation précaire, en 1832 Montal réussit à entrer en relation avec M. Laurent[3], professeur au Conservatoire de musique. Celui-ci avait chez lui deux pianos anciens de différentes factures, qu'aucun accordeur n'avait pu jusqu'ici accorder... L'intuitif M. Laurent, voulant sans doute tester les capacités supposées de l'aveugle Montal, lui fit l'offre de répondre à cette mission mécanicienne jugée des plus périlleuse. Montal se proposa d'essayer et après quelques laborieux travaux d'examination, parvint à dompter le mécanisme de ces deux instruments dissemblables et à en ajuster à la perfection, le réglage des cordes à l'unisson.

Complètement médusé, Laurent présenta Montal comme « le meilleur accordeur de Paris » à MM. Jean-Louis Adam et à Pierre-Joseph-Guillaume Zimmerman alors deux des pédagogues les plus éminents du Conservatoire de musique. Admiratifs de ce travail accompli avec maestria, conforté de leurs unanimes suffrages, l'ancien répétiteur Claude Montal devint Accordeur de pianos agréé auprès du Conservatoire de Paris.

1833 : Fondateur du premier cours d'accord de pianos en France.Modifier

Rompu aux inlassables travaux de recherches en ingénierie mécanique et en acoustique passés sur les instruments à cordes de l'Institution, Montal devint un technicien hors pairs dans sa spécialité. Bravant les puissants préjugés ressentis dans la société à l'encontre des aveugles, Montal, fortement encouragé par certains professeurs du Conservatoire, ouvrit le 11 mars 1833 un cours public d'accord de pianos, donné à l'usage des instrumentistes. Placé sous l'égide du Conservatoire de musique, l'ouverture de ce cours inédit fut donné dans les salons du facteur Wetzels, audition qui suscita dans l'opinion publique la plus grande des curiosités. Si comme tout un chacun M. Montal ne put jouir de l'usage de la vue, il posséda en revanche un toucher et une ouïe étonnement remarquable.

Basé sur les principes rigoureux de l'acoustique et de l'harmonie, la programmation de ce cours d'organologie en 25 leçons appliqué à l'accordage des pianos fut annoncé par l'édition chez l'imprimeur Fain & Thunot d'un prospectus[4] distribué chez les divers marchands de musique. La réservation des places[5], d'un coût de 50 Frs par personne, se fit chez l'auteur, chez Wetzels ou auprès du Conservatoire de musique. Sous la Monarchie de Juillet, la propagation de cours publics donnés par divers spécialistes en tout genre, devint vite un de ces évènements à la mode, très prisés des salons parisiens. Aussi celui que se proposa de donner l'aveugle Montal devait-il susciter un intérêt non négligeable ? Hormis quelques rares et brèves annonces journalistiques lacunaires, la presse se fit plutôt discrète sur la tenue de cette manifestation. De tous les grands quotidiens nationaux ou de la presse de spectacles, seules La Gazette de France ou La Gazette des Théâtres[6] en date du 31 janvier 1833 daignèrent porter une bienveillante attention au projet de M. Montal, en publiant à son égard un article des plus accueillant qui se terminait ainsi

« Nous indiquerons plus tard l'époque de l'ouverture de ce cours et les conditions, nous ajouterons seulement qu'il sera fait par un professeur de musique M. Montal, ancien répétiteur à l'Institution des jeunes aveugles, accordeur de pianos de plusieurs établissements et de MM. Adam, Zimmermann, Laurent et Goblin, professeurs au Conservatoire de musique et de MM. Ch. Schunke, Ferdinand Hiller. Ce qui augmentera l'intérêt, sans diminuer la confiance après les noms que nous avons cités, c'est que ce professeur est aveugle dès sa plus tendre enfance. »

 
Première renommée en Allemagne pour Claude Montal dans le Berliner Musikalische Zeitung, ( Journal Musical de Berlin ) - 1e année - No 3 daté du 20 avril 1833.

Dans toute la presse spécialisée, seul le musicologue François-Joseph Fétis fondateur et rédacteur en chef de La Revue Musicale (qui deviendra la Revue et gazette musicale de Paris) osa signer un grand article enthousiaste porté à l'intérêt de la prestation professorale de Montal. L'engouement de ce Cours assura à son initiateur une grande popularité dont les retombées passèrent pourtant inaperçues dans la presse française. Peut-être l'émergence d'un front revendicatif né dans la corporation des accordeurs de pianos parisiens décida-t-il de se liguer contre l'importuniste conférencier ? Malgré cette indifférence éditoriale, l'attribution des premiers lauriers du succès fut-elle annoncée par l'influence de quelques bonnes fées protectrices venues d'Outre-Rhin ou Montal fut l'objet d'une gratifiante considération à la une des pages du Berliner Muzikalische Zeitung, prestigieuse revue de musicologie en Allemagne. Dans son édition[7] datée du 20 avril 1833, qui fit référence à cette vulgarisation pédagogique sur l'accordage des claviers, on pouvait lire notamment :

" (....) Il semble que M. Montal garde ce procédé comme un secret pour lui-même. Mais il faut espérer que son amour pour les Arts le décide à le faire connaître."

Désormais la route de la Providence vers des lendemains meilleurs sembla-t-elle toute tracée pour l'avenir encore incertain de M. Montal, qui eu à affronter bien des adversités ou de redoutables épreuves, sur un chemin parsemé d'embuches, mais où cependant il lui fut toujours permis d'espérer.

1834 : A l'Exposition de l'Industrie, les enseignements magistraux d'un Abrégé très convoité.Modifier

Suite aux insistantes sollicitations émanant du Conservatoire de musique, l'accordeur Montal se résolu à écrire un traité d'acoustique. Sa situation d'handicapé visuel l'exposait immanquablement dans une très inconfortable subordination vis a vis du monde des voyants, monde où il risquait à tout moment d'être trahi, marginalisé et qui de plus est de se faire ravir le fruit de ses travaux par quelques envieux sans scrupules. C'est ce qui arriva précisément à MontaL.

 
Pavillons de l'Exposition nationale de l'Industrie en 1834 , installés sur la place de la Concorde à Paris.

Au moment où l'aveugle Montal s'apprêta à publier en avril 1834 chez l'éditeur et marchand de musique Joseph Meissonnier un premier opuscule intitulé Abrégé de l'Art d'Accorder soi-même son Piano[8], déduit des principes rigoureux de l' Acoustique et de l'Harmonie, un de ses élèves voyant Giorgio di Roma (de son vrai nom Giorgio Armellino) s'apprêta à publier en même temps chez l'éditeur Roret, un document similaire intitulé Manuel simplifié de l'accordeur ou L'Art d'Accorder le Piano, mis à la portée de tout le monde[8]. Cette affaire de plagiat affecta grandement le moral de M. Montal qui menaça son plagiaire d'un procès en règle pour usurpation de propriété littéraire. Afin de déjouer cette navrante forfaiture éditoriale, une course de vitesse s'engagea entre MM. Montal et Armellino, avant que ce dernier n'imprima sa mauvaise copie et la fit enregistrée par le bureau du dépôt légal. Grâce à l'énergique intervention de François-Paulin Terzuolo imprimeur de Montal, celui-ci parvint en un temps record à faire imprimer l'Abrégé de Montal et à le faire valider, obligeant au passage son contrefacteur à dénaturer son ouvrage, sous peine de poursuites judiciaires. Extirpé in extremis de cette mauvaise situation, Montal eut toujours une infinie reconnaissance envers l'exemplaire intégrité morale que montra M. Terzuolo. Dans les pages de la Gazette Musicale de Paris, qui venait d'être fondée en cette année 1834 par Maurice Schlesinger, le vingtième numéro de cette nouvelle revue, ne manqua pas de conseiller (Annonce du 18 mai 1834) auprès de ses lecteurs, de l'incontournable intérêt qu'ils pourraient retirer des enseignements de cet opuscule inédit, mais hélas suivi aussi de celui de son plagiaire Georges Armellino. Dans l'épilogue de cette fâcheuse forfaiture éditoriale, Montal s'en remis aux suffrages du public connaisseur, qui à son total bonheur, su très vite faire la différence...

Pendant qu'une campagne de presse fit la promotion de l’Abrégé de l'accordeur Montal, celui-ci visita les instruments de musique présentés à l'Exposition nationale des Produits de l'Industrie. Celle-ci occupa en front de Seine, quatre grands pavillons de bois, qui furent installés sur l'immense terre-plein de la Place de La Concorde. Inaugurée le 1er mai 1834, le journal du Constitutionnel du dimanche 4 mai rendit compte de la visite officielle du souverain : « Le Roi dans sa visite à l'Exposition des Produits de l'Industrie, a demandé à M. Franz Liszt, qui se trouvait présent, de lui faire entendre les pianos ». Pas moins de 150 pianos furent exposés dans le pavillon No 4 : PLEYEL, ERARD, PAPE, PETZOLD, MERCIER, etc. Si M. Montal put se prévaloir de n'être pour l'instant que l'accordeur des plus célèbres professeurs du Conservatoire, son invincible témérité lui dicta de déposer quelques exemplaires de son précieux opuscule sur les pianos du facteur Rogez, et d'après Maurice de La Sizeranne, voici comment il se fit superbement remarquer par son entrée modeste mais triomphale chez les fabricants d'instruments : « L'Exposition des Produits de l'Industrie en 1834 acheva de mettre Montal hors de pair parmi les accordeurs. La plupart des facteurs voulurent que leurs pianos fussent accordés par lui. Il profita de cette circonstance pour faire imprimer une brochure intitulée Abrégé de l'Art d'Accorder soi-même son Piano. Cette brochure qui se vendait à l'Exposition même, sur les pianos des facteurs, fit sensation; on en parla dans le monde artistique et une moitié de l'édition fut enlevée en moins de huit jours ».

Le simple abrégé d'acoustique de l'accordeur Montal suscita le plus grand intérêt dans la presse nationale, au point que celui-ci fit aussitôt la UNE de la chronique musicale [9]du journal Le Constitutionnel . La critique journalistique quelque peu septique quand à la réelle utilité de cet opuscule , les éclairages organologiques apportés par son auteur ne manquèrent pas d'être cependant âprement soutenus par Pierre-Armand Dufau, alors premier instituteur à l'Institution Royale des Aveugles, mais aussi directeur et rédacteur en chef en 1834 du grand quotidien Le Constitutionnel.

Cependant le vif intérêt que suscita l'Abrégé de l'accordeur Montal fut l'objet en 1835 d'une réédition augmentée, parue dans le Ier volume de l'Encyclopédie Pittoresque de la Musique, ouvrage publié sous la direction d'Alphonse Ledhuy et Henri Bertini. Très loin d'avoir reçu un simple succès d'estime, le petit traité de Montal aiguisa aussitôt la curiosité de la presse allemande spécialisée et eut les faveurs de l'éditeur Bernhard Schott de Mayence, qui fit traduire en 1835 (Schott Music) ce savant petit ouvrage, dont la science musicale fut jugée digne de figurer au catalogue de sa prestigieuse maison d'édition.

1836 : Une Méthode d'Acoustique dédiée à Camille Pleyel & création pour les non-voyants de la Première Classe d'Accord-Facture.Modifier

 
Café des Aveugles, aux galeries du Palais-Royal à Paris. Gravure XIXe.

Bien qu'investi de la confiance des plus célèbres professeurs du Conservatoire, Montal ne fut pas en peine de combattre certains ostracismes ou préjugés, observés à l'encontre des aveugles. La piteuse image misérabiliste que renvoyait la société du XIXe siècle sur le statut social des aveugles, pour la plupart promis à la mendicité, s'identifiait dans la société parisienne au pittoresque attrait culturel, quelque peu grotesque, cultivé par le célèbre Café des Aveugles, étrange cabaret tripot où ces infortunés se produisaient musicalement pour quelques oboles, nourrissant sans doute l'illusion d'avoir peut-être décroché là un semblant de reconnaissance ? Une gazette populaire parue sous la Monarchie de Juillet fit paraître en juillet 1834, une rubrique consacrée aux cafés parisiens et dans un article[10] intitulé : " Une soirée au Café des Aveugles " on pouvait lire dans un éclairant témoignage non dénué d'intérêts :

" ...(....) à l'extrémité de la salle, sur une espèce d'amphithéâtre, il se trouvait douze ou quinze pauvres diables qui étaient bien aveugles, ma foi, mais aveugles tout de bon, pas pour rire malheureusement. (....) Les concertants , c'étaient ces pauvres diables. Ils firent de la musique comme on en fait à... je ne sais pas où l'on en fait de pareille ; car je n'en ai jamais entendu nulle part. (...) "

Un superbe tableau représentant les artistes musiciens du Café des Aveugles peint par Charles Joseph Traviès vers 1840 et restituant l'ambiance de ce café-vaudeville, se trouve actuellement conservé au musée Carnavalet. Décrivant l'atmosphère et l'engouement pour cet étrange café-théâtre des Galeries du Palais-Royal, véritable institution des soirées parisiennes du temps de la Révolution, Gérard de Nerval écrivit entre autres ceci :

" Pourquoi des aveugles, direz-vous, dans ce seul café, qui est un caveau ? C'est que, vers la fondation, qui remonte à l'époque révolutionnaire, il se passait là des choses qui eussent révolté la pudeur d'un orchestre. Aujourd'hui tout est calme et décent. Et même la galerie sombre du caveau est placée sous l'œil vigilant d'un sergent de ville.[11]"

 
Ier Traité complet sur l'accord du piano, dédié à Camille Pleyel. 1836.
 
Accordeuse de pianos. Couverture de l'ouvrage de C. Montal. Paris 1836.
 
Portrait de Chopin en 1835.
 
Portrait sculpté d'Edouard Monnais par François Jouffroy. Cimetière du Père-Lachaise - 55e division.

Confronté au monde misérable des aveugles, depuis l'épreuve subie pendant la terrible année de 1831 où Montal fut exposé à l'ingratitude du monde des voyants, essuyant nombre d'humiliations; celui-ci finit par se convaincre qu'il était impératif de trouver en direction des aveugles-musiciens, un débouché professionnel qui put leur être utile afin de les libérer de leur torpeur quotidienne et leur rendre un peu de cette dignité matérielle considérée comme chimérique. Nourri de ses patientes recherches et de son expérience passée à l'institution, en autodidacte et grâce à ses connaissances musicales et mathématiques, Montal portera la précision et la qualité de l'accord du piano à un degré encore jamais atteint. Pour cela, il mit au point une méthode rationnelle et sophistiquée pour la réalisation de la partition, réelle pierre angulaire du métier d'accordeur. Ayant enfin grandement finalisé la rédaction de son Ier Abrégé , l'accordeur Montal fit publier le 7 mai 1836, le premier traité complet sur l'accord du piano qu'il intitula : " L'art d'accorder soi-même son piano, d'après une méthode sûre, simple et facile, déduite des principes exacts de l'acoustique et de l'harmonie, contenant en outre la manière d'enseigner l'accord aux aveugles et un traité d'acoustique". L'objet de cet étonnant ouvrage d'organologie particulièrement utile pour les fabricants d'instruments afin de résoudre la difficulté de l'accord, fut dédié à Camille Pleyel, alors le plus célèbre des facteurs de pianos parisien. Le succès de cette méthode inédite fut immédiat et nombre de journaux saluèrent l'intelligente pertinence pédagogique de cet ouvrage. Désormais parvenu à une relative aisance matérielle, l'accordeur Montal qui fut dorénavant en mesure de fonder un foyer eut le rare bonheur de trouver une épouse aimante et dévouée, dont l'altruiste générosité ne put être rebutée par le soutien d'un aveugle. Avec l'élue de son cœur, il se maria le 19 mai 1836 avec Anastasie-Françoise Denis[12] dite Flaissières, institutrice de profession, domiciliée au 38 passage Sandrié. La bénédiction de cette union inespérée fut donnée en l'église Saint-Séverin par l'abbé Constant Gallard Vicaire, ancien chapelain de l'hospice royal des Quinze-Vingts, lequel deviendra plus tard chanoine titulaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris et confesseur de l'Impératrice Eugénie. À ce mariage religieux assistèrent pour principal témoin, l'éditeur-imprimeur François-Paulin Terzuolo ( son sauveur de 1834 ) sollicité par Montal, ainsi que plusieurs commerçants de la Cour Batave, témoins des mariés. Dans le cycle romanesque de La Comédie humaine, le célèbre écrivain Honoré de Balzac fit dans son roman sur César Birotteau ( paru en 1837 ) une description peu rassurante de l'ancienne Cour Batave, vaste temple commerçant de la rue Saint-Denis, antre boutiquière de divers marchands. Les formalités de son mariage accomplies, l'accordeur Montal qui fut fortement encouragé par la presse allemande ( dès 1833 ) à divulguer son savoir, s'évertua à le répandre d'abord progressivement vers les facteurs d'instruments, puis privilégia surtout l'enseignement de l'accord plus spécifiquement orienté à l'usage de ses frères d'infortune. Devenu un ardent défenseur du tempérament égal, il militera également pour l'établissement d'une fréquence fixe pour le diapason. Fort de son expérience personnelle, comme premier accordeur de pianos non-voyant au monde, Montal eut pour ambition d'apporter ses connaissances d'accordeur mécanicien, à l'usage des non-voyants, solution qu'il jugea susceptible, à son exemple, de pouvoir mettre à profit une possible insertion professionnelle plus valorisante pour ses semblables. Dans cette perspective, ce fut donc à l'initiative et sous l'impulsion de Claude Montal que fut créée dans le courant du second semestre de 1836, la première classe d'apprentissage d'accord-facture, enseignement jusqu'alors inédit à l'Institution royale des Aveugles. L'inauguration de la nouvelle classe d'accord-facture à l'Institution Royale des Aveugles, se fit vraisemblablement au cours du second semestre de 1836. Plusieurs élèves avides de connaître cette nouvelle discipline commencèrent à se former sous la direction de Montal et à constituer un noyau restreint de potentiels formateurs. Mais ce fut surtout l'aveugle Augustin Moulin qui fut pressenti - dès 1836 - pour diriger cette nouvelle classe, propageant l'irremplaçable enseignement légué par Montal. Dans une rare notice biographique[13], le docteur Alexandre René Pignier directeur de l'Institution Royale des Aveugles écrivit à cet effet : " (...) Mais comme cet art de l'accordeur , qui, jusque là, n'avait été exercé que par quelques aveugles, devait être lucratif pour les élèves qui auraient des dispositions, et qu'il était important de le perpétuer parmi ces élèves, une classe régulière d'accord de pianos fut établie à l'Institution et Moulin en fut chargé." . S'il resta toutefois nombre de difficultés à vaincre pour la formation des aveugles accordeurs, la route vers le succès fut néanmoins assurée. Cette année 1836 constitua une étape des plus décisive dans la carrière de l'accordeur Montal, qui eut l'immense satisfaction d'avoir concrétisé ses deux projets majeurs : celle de l'édition d'un premier traité sur l'art de l'accord du piano et l'inauguration pour ses condisciples d'une classe de mécanique acoustique. Lors de l'installation de Frédéric Chopin à Paris en 1831, la plupart des facteurs d'instruments de musique ne savaient qu'imparfaitement construire des pianos et peu d'entre eux parvenaient à leur trouver une juste tonalité. Ce défi jugé jusqu'alors comme presque insurmontable, seul l'accordeur Montal le maîtrisa à la perfection. L'immense popularité que rencontra l'édition du premier traité complet sur l'accord du piano ( L'Art d'Accorder soi-même son Piano) valut à Montal de nombreux éloges dans la presse française ou étrangère. Cependant l'apothéose de cette année mémorable viendra le jour de Noël 1836, où un article de presse[14] sorti de la plume experte du distingué critique musical Édouard Monnais, fut particulièrement flatteur à l'égard de M. Montal ; article dans lequel on pu lire :

" (...) Ce sont de beaux musiciens que vos pianistes; ils disent : mon piano est faux, et ils vont toujours. Le mot n'est que trop exact, pour la douleur des oreilles sensibles. M. Montal célèbre accordeur , a senti le mal ( nous ne dirons pas qu'il l'ait vu ) et il a tâché d'y remédier. (...) Nous exposons la méthode de l'auteur et nous ne la jugeons pas : à cet égard nous proclamons notre incompétence ; mais l'expérience est là qui dépose en faveur des principes de M. Montal. Sa nombreuse et brillante clientèle d'artistes et d'amateurs doit aussi justifier la confiance en ses procédés.

(...) Chemin faisant ,l'auteur a donné quelques notions d'acoustique ; il a émis, sur la nécessité d'un diapason unique pour tous les orchestres de France, des idées dont on reconnaîtra le mérite et là-propos. L'ouvrage de M. Montal appartient au petit nombre de ceux qui honorent la science, en rendant des services positifs et auxquels une certaine popularité ne saurait manquer."

1837-1847 : Jusqu'au triomphe à l'Hôtel de Ville, la persévérante ascension d'un artisan atypique.Modifier

 
À partir de 1838, Claude Montal devint membre de la Société Académique des Enfants d'Apollon. ( Jeton- XIXe ).

Le plébiscite unanime rencontré en 1834 dans les milieux musicaux depuis l'édition de son Abrégé sur l'Accord du Piano, avait soudainement propulsé l'accordeur Montal dans une position d'incontestable supériorité au sein de la corporation des accordeurs parisiens. Depuis son accréditation officielle auprès du conservatoire de Paris, Montal, qui avait enfin réussi à surmonter certains préjugés à son encontre, avait trouvé à se placer professionnellement comme accordeur chez les meilleurs facteurs de pianos de la capitale, en particulier dans les ateliers de Sébastien Mercier dont il fut un proche collaborateur, d'Érard ou de Pleyel. Désormais libéré des obligations liées à l'édition de son Ier traité complet sur l''acoustique du piano paru en 1836, l'accordeur MONTAL commença en 1837 d'après L'Agenda Musical [15]de l'accordeur Planque , à se créer un bien modeste atelier . Dans une première monographie [16]parue en 1845 , sous la plume de son ancien directeur à l'Institution royale des Jeunes Aveugles, Joseph Guadet écrivit à ce propos :

" ... aidé d'un seul ouvrier (...) son établissement était encore bien modeste , il avait pour siège une mansarde de la rue Poupée, au quatrième étage. M. Montal faisait là des petits pianos droits dans le genre de ceux que M. Pleyel avait importé d'Angleterre et qui avaient alors beaucoup de vogue . Ces pianos confectionnés avec soin et intelligence se plaçaient aisément à l'aide des accords que le facteur était loin de négliger. (...) " .

Cette année 1838 fut en France une année particulièrement cruciale pour le sort des aveugles. Le vieil établissement des aveugles de la rue Victor où avait professé Montal, véritable cloaque des plus insalubre, rendait son remplacement inévitable. Le nouvel aménagement de cette institution charitable vers des locaux plus spacieux situés Boulevard des Invalides, présentait un coût ecxorbitant de quelques 1 million 600 000 Francs. Lors de la séance du 14 Mai 1838 tenue à la Chambre des Députés ,seuls se trouvèrent pour défendre les applications de ce louable projet , deux députés Alphonse de Lamartine et le député de l'Allier Pierre Antoine Meilheurat , qui défendirent chacun âprement ce projet aux visées humanistes. Rapportant les débats tenus à la Chambre , un grand quotidien[17] national affirma que " M. de Lamartine dit que le local des jeunes aveugles est infect, obscur, ténébreux ; les chambres sont de véritables cachots; des améliorations sont indispensables " . Confronté à la réaction de rejet de ce projet au coût jugé faramineux, l'objection et la virulence pugnace du député Lamartine finit par remporter à l'unanimité les suffrages des parlementaires de l'Assemblée nationale.

Précédant la naissance [18]de sa fille Pauline, née en Octobre 1838 ; Montal ayant troqué sa modeste mansarde pour une habitation plus spacieuse, envisagea réellement de construire les premiers instruments de sa marque. De célèbres maisons[19] qui avaient pignon sur rue, étaient déjà fortement implantées dans la corporation des facteurs de pianos parisien : Petzold , Henri Herz, Pleyel, Henri Pape, Mercier , Roller & Blanchet, Pierre Érard ,etc... et sans doute voyaient-elles comme anachronique l'arrivée de cet aveugle opportuniste, qui dû essuyer à son endroit bon nombre de perfides ironies... Sous le directorat du docteur Alexandre René Pignier, Mme Louisa Vander Burch chargée de l'enseignement du piano à l'Institiution Royale des Aveugles , conseilla en 1838 à l'accordeur Montal, d'adhérer à la Société Académique des Enfants d'Apollon[20], laquelle fut fondée en 1741 et dont son père Jean Bisch, professeur de musique fut le doyen des sociétaires. Cette association philanthropique à but culturel , regroupa plusieurs personnalités venues du monde musical (André Grétry, Fromental Halévy, etc.) des Arts ou des Lettres et compta dans ses membres honoraires en 1824,le jeune et déjà célèbre Franz Liszt alors âgé de treize ans seulement... En 1824 , ce jeune musicien en herbe avait déjà conquis le public, lors d'un concert[21] annuel donné au profit de la Société Académique, où sa prestation pianistique fit grande sensation par son incroyable virtuosité :

" Un enfant réellement extraordinaire , le jeune Listz à peine âgé de onze ans, s'est fait entendre dimanche dernier à la Société Académique des Enfants d'Apollon. ce pianiste imberbe a étonné les artistes les plus habiles, par son exécution vigoureuse et par l'originalité et la grâce de son improvisation."

En ce début d'année 1839, le total succès que rencontra la méthode d'acoustique de Claude Montal permit aussitôt de faire paraître une seconde réédition . L'insatiable intérêt suscité par cet ouvrage ne manqua pas d'être examinée , lors de la séance du 27 Mars 1839 devant les membres de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, dont le rapporteur [22]chargé de la commission des arts mécaniques, fut Louis-Benjamin Francœur, ancien de École polytechnique et célèbre professeur de mathématiques au Collège de France. Depuis plusieurs années, l'aveugle Montal qui s'employait à restaurer et à accorder la facture de divers facteurs , investi d'une incommensurable patience de bénédictin , eu tous le loisir d'en étudier les plus notoires imperfections de leurs mécanismes. Conforté de cet indéniable savoir-faire , en 1839 l'opportunité de l'ouverture sur l'Avenue des Champs-Élysées de la 9è édition de l'Exposition des produits de l'industrie, permit à Claude Montal , de pouvoir concourir pour la Ière fois comme facteur de pianos. L'admission à l'Exposition nationale de ce fabricant atypique suscita le plus grand étonnement dans la corporation des industriels. A la tête d'une manufacture encore bien modeste d'à peine dix ouvriers, l'accordeur Montal présenta cette année-là à l'Exposition industrielle , trois instruments de sa fabrique :

" Trois pianos : un piano à queue à bascule et à table renversée, un piano droit à cordes obliques et un pianino à cordes verticales ont été préparés pour l'Exposition, mais ils n'ont pu y figurer que l'un après l'autre, vu l'exiguité de l'emplacement accordé à M. Montal." [23]

Dans une assemblée de quelques 3281 exposants , comment trouver une place légitime parmi la concurrence de 67 facteurs de pianos présentant au total pas moins de 141 instruments de musique ? Ne se décourageant pas, témérairement Montal se chargea de faire lui-même à l'Exposition , la promotion de ses propres instruments. Afin de pourfendre les tenaces préjugés liés à son handicap visuel, Montal du affronter avec détermination l'insidieuse adversité. Plusieurs quotidiens nationaux se firent l'écho d'une scène étrange survenue pendant l'Exposition, où Montal faisant montre d'une incroyable audace, alla aux devants de la duchesse [24]et du duc d'Orléans ( Ferdinand-Philippe d'Orléans ) expliquant dans les moindres détails les nouvelles améliorations et la qualité de ses instruments. Pareille scène avait attirée un grand attroupement autours des visiteurs royaux , au point de se demander si son protagoniste appartenait bien au monde des aveugles ? Le grand piano à queue à la table d'harmonie renversée ecxita au plus haut point l'intérêt du public. L'Exposition de 1839 , véritable baptême du feu pour l'accordeur Montal , fut en réalité une rude épreuve occasionnée par l'hyper-concurrence et l'arbitrage rendu par le Jury présidé par l'inflexible Félix Savart fut d'une sévérité absolue.. M. Montal n'u aucun prix , pas même la moindre Mention Honorable. A l'exception de la presse musicale ou industrielle bienveillante à son égard, la plupart des grands quotidiens déformèrent ou ignorèrent son nom . Victime de ce flagrant ostracisme et après tant d'efforts déployés , une lueur d'espoir exista t-elle encore pour le sieur Montal ? Qu'importa l'expression de cette ingratitude francaise injustifiée, Montal sans le savoir est déjà célèbre cette année là, car outre atlantique une [25]publication de Baltimore relèva que : " M. Montal qui est aveugle a présenté d'excellents instruments de sa fabrication " . Restant toutefois confiant dans son avenir, Montal donna le 23 Février 1840 dans ses salons du 36 Rue Dauphine et du Passage Dauphine un grand concert classique où était réunie une nombreuse et très brillante société , venue entendre ses nouveaux pianos. A ce concert se distinguèrent plusieurs artistes, dont un petit prodige de 4 ans qui captiva au clavier tout l'auditoire , puis sur une oeuvre de sa composition , la remarquable prestation du violoncelliste Marius Gueit ancien répétiteur de l'Institution Royale des Aveugles; enfin celle de Mlle Heilmann qui fit vibrer à merveille la puissance de son des pianos Montal, en interprétant en autre la Straniera de Thalberg. Rendant compte de cet évènement musical, voici en ces quelques lignes prémonitoires, ce que l'on pu lire dans le journal Le Siècle , pourtant peu dispensateur d'éloges :

" M. Montal est un facteur qui sera de plus en plus connu, car il s'occupe constamment d'améliorations, et il est arrivé à fabriquer des pianos de tous les genres qui peuvent soutenir la comparaison avec ceux des plus anciennes et des meilleures maisons." [26]

En effet, dès 1840 bien qu'il n'eut encore aucune médaille à son actif, la popularité de Claude Montal fut sans cesse croissante. En 1841 la parution de l'ouvrage du très républicain Edouard Foucaud sur Les Artisans Illustres [27] publié sous la direction de Charles Dupin permit de confirmer Montal dans son inexorable ascension sociale. Cette savantes anthologie biographique sur les travaux des industriels de ce début du XIXe, leva enfin pour la première fois l'anonymat sur son nom. Modestement cette Ière esquisse biographique lui donna enfin le gain tant espéré d'une totale reconnaissance. Toujours en cette année 1841, Émile Bienaimé professeur [28]au Conservatoire, se fit le rapporteur [29]devant l'assemblée de la Société libre des beaux-arts de la pertinence des enseignements inédits contenus dans l'ouvrage de M. Montal et intitulé : " L'art d'Accorder soi-même son piano " . Malgré le demi échec essuyé lors de l'Exposition de 1839, Montal redoubla d'ardeur en étudiant et en améliorant sans cesse la facture de ses instruments , ce qui lui permit de déposer dès le 7 Mai 1842 une Ière demande [30]de Brevet , pour un nouveau système de levier dit Receveur, propre à faire répéter la note à toutes les hauteurs de la touche.

1848-1854 : Claude Montal ou l'Excellence française récompensée.Modifier

Suite aux troubles nés de la Révolution de 1848 qui vit la proclamation de la Deuxième République, celle-ci laissa la corporation des facteurs d'instruments, dans une situation de quasi faillite. Afin de renflouer la trésorerie mise à mal par la crise économique de 1848, la plupart des grands fabricants d'instruments de musique décidèrent de former une coalition patronale, prête à solliciter auprès du ministère de tutelle, l'obtention d'un prêt du gouvernement.

En 1851, l'insigne de chevalier de la Légion d'honneur lui est personnellement remise par le Prince-Président suite au brillant succès rencontré lors de la première Exposition Universelle de Londres. En 1853, année du mariage de Napoléon III, il reçut le titre officiel de Fournisseur breveté de LL. MM. l'Empereur et de l'Impératrice des Français, suivi l'année d'après de celle de Fournisseur officiel de la Maison Impériale du Brésil.

Il sera plus tard honoré par le roi George V du Royaume de Hanovre.

Claude Montal meurt à Paris le 7 mars 1865 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (10e division).

Commémoration Nationale - Claude Montal . V.I.P 2015Modifier

En 2015, un collectif d'institutions et d’associations commémore le 150e anniversaire de la disparition de Claude Montal.

HommageModifier

Le Conseil municipal de Paris a voté lors de sa séance de novembre 2017 l'attribution du nom de Claude Montal a une allée du 7e arrondissement de Paris[31].

BibliographieModifier

  • Abrégé de l'art d'accorder soi-même son piano par Claude Montal. Meissonnier, 1834 (notice BnF no FRBNF30967488)
  • Manuel simplifié de l'accordeur ou l'art d'accorder son piano mis à la portée de tout le monde. par Georges Armellino. Librairie Roret - Paris 1834
  • L'Art d'accorder soi-même son piano; par Claude Montal. Édition Meissonnier - Paris 1836.
  • Biographie Universelle des Musiciens. par François-Joseph Fétis. Tome VIe - Méline & Cie- Bruxelles.1840 (Montal. p. 445)
  • Les Artisans Illustres par Edouard Foucaud. Béthune & Plon Éditeurs. Paris 1841 (Montal pages 560-563)
  • Notice biographique sur Claude Montal par Joseph Guadet. Paris imprimerie De Fain & Thunot, 1845 [lire en ligne]
  • Des aveugles, considérations sur leur état physique, moral et intellectuel. par Pierre-Armand Dufau. Ed. Renouard 1850 (Prix Monthyon)
  • Tableau de Paris, par Edmond Texier. Volume II (l'Institution des Jeunes Aveugles - p. 191–94) - Édition Paulin et Le Chevalier. Paris 1851
  • Annuaire Musical. Paris 1857. Notice biographique sur Claude Montal, pages 190-196. (Lre en ligne sur Gallica)
  • Claude Montal, facteur de pianos (aveugle) sa vie et ses travaux. par MM. Dufau, Bienaimé, Tahan préface de Michel Môring. Édition Firmin-Didot. 1857
  • Dictionnaire Universel des Contemporains. par Gustave Vapereau. Éditions Hachette - Paris 1858. (Montal, page 1238)
  • Heroes of the Laboratory and the Workshop. par Cécilia Lucy Brightwell. Routlege Édition - London.1859 (Sébastien Erard & Claude Montal)
  • Les Conteurs en Famille par Michel Möring. Éditions Vermot. Paris 1860 (Gallica lire el ligne)
  • Galerie Historique et Critique du XIXe siècle. par Henri Lauzac (Montal pages 609-616) - Paris 1862. (A lire en ligne sur Gallica)
  • Nouvelle Biographie Générale. dirigée par Hoefer. Notice Biographique sur Montal signée par Dieudonné Denne-Baron -Tome 36; Ed. Firmin-Didot 1865
  • Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Tome 11eme par Pierre Larousse. Paris. 1871
  • Biographie Universelle des Musiciens. Suppléments et Compléments par Arthur Pougin - 1881 (Montal page 233)
  • Les Aveugles Utiles par Maurice de La Sizeranne. Ed. Auteuil Orphelins. 1881
  • La Grande Encyclopédie : inventaire raisonné des Sciences, des Lettres et des Arts. Ier Vol. (Montal p;306 = Accordeur) Ed. Lamirault. Paris 1886
  • Les facteurs d'instruments de musique. par Pierre Constant. Paris. Édition Sagot. 1893
  • Master School of Modern Piano playing & Virtuosity par Alberto Jonàs. Editor Carl Fischer New York-Boston 1922 - (Montal page : 215)
  • The Piano-Forte. Its History traced To The Geat Exibition of 1851 par Rosamond E.M Harding. Cambridge University Press-1933 (Montal 213-214)
  • L'Art d'Accorder soi-même son Piano. par Claude Montal. Édition Minkoff. Genève 1976
  • The Encyclopaedia Britannica. par Hugh Chisholm. Volume 4. London 1910. (Montal, page 67)
  • Les facteurs d'instruments de musique à Paris au 19e siècle, des artisans face à l'industrialisation. par Malou Haine. Éditions de l'Université de Bruxelles.1985
  • Le Tempérament Musical : philosophie, histoire, théorie et pratique. par Dominique Devie - Sté de Musicologie du Languedoc. 1990
  • La Musique en France à l'époque romantique : 1830-1870 par Jean-Marc Bailbé. Édition Flammarion 1991. (Montal pages.115 et 129)
  • Makers of The Pianos - Volume II. 1820-1860 par Martha Novak Clinkscale. Ed. Oxford University Press. 1993 (Montal pages 256-257)
  • Le Piano de Style en Europe, des origines à 1850. par Pascale Vandervellen. Édition Mardaga. 1994
  • Musique et Musiciens au faubourg Saint-Germain. par Jean Gallois, Françoise d'Aboville et Béatrice de Andia. Édition Délégation Artistique à la ville de Paris. 1996
  • Handicaps, pauvreté et exclusion dans la France du XIXe. par André Gueslin et Henri-Jacques Stiker. Édition de l'Atelier.2003
  • The piano. An Encyclopédia. par Robert Palmieri. Second édition. Routlège. New York and London.2003. (Montal. p. 74–75, 234-235,239-240,292,362,405)
  • Joël-Marie Fauquet, Dictionnaire de la Musique en France au XIXe siècle, Paris, Fayard,
  • Interpréter Chopin. Actes du colloque des 25 & 26 mai 2005. Les cahiers de la musique. Edition Cité de la Musique. Paris 2006
  • Chopin vu par ses élèves. par Jean-Jacques Eigeldinger. Édition Fayard. Paris 2006
  • A Romance on Three Legs. Glenn Gould's obsessive Quest for the Perfect Piano - par Katie Hafner. Bloomsbury. USA. 2008 (Montal pages 38–39)
  • Chopin et Pleyel. par Jean-Jacques Eigeldinger. Édition Fayard 2010
  • Vivre sans voir : Les aveugles dans la société française, du Moyen Âge au siècle de Louis Braille. par Zina Weygand. Édition Créaphis. Paris 2013
  • The Art of Tuning by Claude Montal. traduit en English par Fred Sturm. Édition Piano Technicians Guild Foundation. Kansas City - USA. 2015
  • Les Cahiers Bourbonnais, été 2015, no 232, page 34
  • Recueil de morceaux d'orgue (1863) à l'usage spécial des élèves de l'Institution Impériale des Jeunes Aveugles de Paris. Édité par Hervey H. Miller. A-R Éditions . Middleton Wisconsin (U.S.A) 2017
  • Claude Montal : Un prodige non-voyant à l'âge d'or de la Facture Instrumentale. (Chronologie Biographique) par Pierre Desmarais. (à paraître en 2019 )
  • Édition commémorative Claude montal, VIP-2015

RéférencesModifier

  1. Biographie sur commemoration-claude-montal.fr
  2. De l'Unité Tonique et de la Fixation d'un Diapason Universel par Adrien de La Fage . Edition E. Dentu - Paris 1859 - ( Montal page 61 - Table des Diapasons )
  3. Adolphe François Laurent ( 1796-1867 ) fut professeur de piano au Conservatoire de Paris et suppléant de Pierre Joseph Guillaume Zimmermann . Ce professeur de piano initia de nombreux élèves, dont le plus célèbre fut le compositeur Jules Massenet.
  4. Bibliographie de la France ou Journal de l'Imprimerie, No 6, samedi 9 février 1833
  5. Journal de Débats, politique & littéraire. 5 mars 1833
  6. Gazette des Théâtres - Journal des Comédiens, No 473, 4e année, jeudi 31 janvier 1833 (Voir sur Gallica)
  7. Berliner Muzikalische Zeitung (Journal Musical de Berlin) No 3, 20 avril 1833
  8. a et b Bibliographie de la France No 17, 23e année, samedi 26 avril 1834
  9. Journal : Le Constitutionnel . Lundi 21 Juillet 1834 - N° 103 - Chronique Musicale .
  10. Journal : Le Flaneur. - Journal des étrangers - 24-25-26 juillet 1834
  11. Gérard de Nerval : La Bohême Galante " p.136
  12. « Arbre généalogique - Claude Montal, VIP-2015 »
  13. Notices Biographiques sur 3 professeurs, anciens élèves de l'Institution royale des aveugles. par Alexandre René Pignier. Paris 1859
  14. Journal : L'Indépendant-Furet de Paris - Littérature, Beaux-Arts, Théâtre, Librairie, Industrie et Annonces. Dimanche 25 décembre 1836 - 10e Année. ( Cet article d'Edouard Monnais, fut en fait la réplique de celui déjà donné dans Le Courrier français , en date du 9 Août 1836 ) .
  15. Agenda Musical - 2e Année - 1837 - par l'accordeur Planque. Edition Librairie E. Duverger - Paris 1837
  16. Notice biographique sur Claude Montal, facteur de pianos à Paris. par Joseph Guadet. Extrait des Annales de l'Éducation des Sourds Muets et des Aveugles. - Imprimerie Fain & Thunot - Paris 1845.
  17. Journal : Le Siècle. 15 Mai 1838 - Idem: Le Constitutionnel . 15 Mai 1838
  18. Archives de Paris : V3E/N1647 - Acte de Naissance de Pauline Montal , le 8 Octobre 1838.
  19. Les facteurs d'instruments de musique à Paris au 19e siècle. Des artisans face à l'industrialisation . par Malou Haine - Edition de l'Université de Bruxelles. 1985
  20. La Société Académique des Enfants d'Apollon ( 1741 - 1880 ) par Maurice Decoucelle. Edition Durand Schoenewerk.Paris 1881. --- La Société Académique des Enfants d'Apollon : musiciens et intellectuels dans la société française 1741- 1891 , ( Thèse en anglais ) par Gabrielle Erise Clark - Edition Havard Unisersity- 2002
  21. Le Corsaire - Journal des Spectacles , de la Littérature , des Arts, des Mœurs et des Modes - 15 janvier 1824 - No 189 - IIe Année .
  22. Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale. Volume 38 - Imprimerie de Mme Huzard - Paris 1839. ( Montal .pages 147-148 )
  23. Panorama de l'Industrie Française - Tome II - publié par une société d'artistes et d'industriels, sous la direction d'Alphonse Lucas. Chez Caillet - Paris 1839 ( Montal pages : 111/112 )
  24. La France Industrielle- Journal des Expositions de l'Industrie Française. - Jeudi 11 Juillet 1839. - 6e Année- N°15
  25. NILES'S REGISTER- Baltimore, October 5 . 1839- Vol LVII - Whole N° 1462 - page 89 . The Arts in France : Musical Instruments.
  26. Journal : Le Siècle . Edition de Paris.- Samedi 29 Février 1840 - 5ème Année - N° 59
  27. Edouard Foucaud , Les Artisans Illustres. Publié sous la direction de Charles Dupin et Blanqui Ainé. Préface de Jacques Laffitte. - Béthune & Plon Editeurs - Paris 1841. ( Claude Montal . pages : 559-560-561-562-563 )
  28. Paul Emile Bienaimé ( 1802-1869 ) participa en 1857, comme co-auteur à la rédaction d'une grande biographie sur Montal ; laquelle fut intitulée : Claude Montal Facteur de Pianos ( Aveugle ). Sa Vie et ses Travaux. Edition Firmin-Didot. Paris 1857
  29. Annales de la Société Libre des Beaux-Arts. Tome Xe - Années 1840-1841. pages 290-296.
  30. Bulletin des Lois du Royaume de France - IXe Série - . N° 945 à 970 - Deuxième Semestre 1842 - page 256 . Brevet d'Invention N° 251 ( Montal Claude ). Ordonnances du Roi - 1er Août 1842.
  31. Délibération 2017 DU 218.

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