Claude Garamont

éditeur français
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Claude Garamont
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Claude Garamont
Biographie
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Claude Garamont, souvent orthographié Garamond, né en 1499 à Paris où il est mort en 1561, était un tailleur et fondeur de caractères.

Il est sans doute le plus fameux créateur de caractères français du XVIe siècle et sa célébrité dépasse celle d'artisans au talent comparable, comme Robert Granjon, Pierre Haultin ou Guillaume I Le Bé.

Il doit notamment sa célébrité à la gravure des Grecs du roi, une série de polices grecques cursives imitées de modèles manuscrits, réalisées à la demande de François Ier. Il est particulièrement renommé pour ses caractères romains, qui ont inspiré de nombreuses polices qui portent son nom (sous l'orthographe Garamond).

BiographieModifier

Claude Garamont est né d'un père imprimeur breton, probablement originaire de Morlaix (Yvon Garamour), installé à Paris[1].

Il apprit son métier en étant l’élève d’Antoine Augereau, un tailleur de caractères parisien qui était devenu libraire et imprimeur.

Il débuta sans doute sa carrière vers 1534[1] comme fondeur de l'atelier du Soleil d'Or, dirigé par Claude Chevallon et Charlotte Guillard[2],[3]. C'est sans doute là qu'il fut repéré et distingué par l'aumônier du roi, Jean de Gagny.

Dès 1539, Garamont semble avoir été associé à la création de l'imprimerie grecque de Conrad Néobar, financée par le trésor royal, et dédiée à la publication de textes grecs[1].

Grâce à cette expérience, en 1540, Pierre Duchâtel, conseiller et aumônier de François Ier commanda à Garamont les poinçons de trois sortes de caractères d’un alphabet grec aux frais de Robert Estienne (qui en fit usage pour ses éditions grecques, à partir de 1543)[4]. Pour dessiner ces caractères, dits plus tard Grecs du roi, Garamont eu l'obligation de reproduire l’écriture du maître écrivain crétois Ange Vergèce. Cette typographie se caractérise par un nombre très important d'esprits, d'accents et de ligatures, qui les rendent très agréables à l'œil mais difficiles à composer.

Les poinçons et les matrices des Grecs du Roi partirent à Genève avec l'imprimerie des Estienne, mais furent rachetés par Louis XIII et furent intégrés au matériel de la nouvelle Imprimerie royale. Ils sont aujourd'hui classés monuments historiques, et sont conservés au Cabinet des poinçons de l’Imprimerie nationale.

D'après l'hypothèse de R. Jimenes, en 1541-1543, Claude Garamont fut chargé avec son beau-frère Pierre Gaultier de créer une imprimerie réservée au futur Collège royal, installée dans l'hôtel de Nesle, en face du Louvre, mais l'expérience tourna court[5]. Il s’essaya alors au métier de libraire, en association avec Jean Barbé et Pierre Gaultier. Jean de Gaigny l’encouragea dans cette voie nouvelle, mais Garamont renonça à cette carrière au bout de deux ans pour se consacrer pleinement à la gravure de poinçons[1].

Garamont doit sa célébrité à ses caractères romains, dont la qualité était reconnue dans l’Europe entière, et qui supplantèrent rapidement les caractères gothiques en usage à l’époque. Avec les caractères italiques d’Alde Manuce, ils devinrent le support privilégié de la vague de rééditions d’auteurs latins pendant la Renaissance.

À partir de 1550, Claude Garamont retailla ses poinçons de lettres romaines et surtout italiques, ces dernières d’après les caractères de Simon de Colines.

Après sa mort en 1561, ses exécuteurs testamentaires, Guillaume I Le Bé et André Wechel, achetèrent une partie de son matériel[6]. Mais la plupart des matrices et des poinçons furent par la suite acquis par Christophe Plantin d’Anvers, et Jacques Sabon, un fondeur de Francfort-sur-le-Main.

Garamont semble avoir adhéré à la Réforme. En effet, contrairement aux habitudes de son temps, son testament n’invoque ni la Vierge, ni aucun saint. Garamont a demandé des obsèques modestes, en présence d'un simple vicaire et ne commande ni prières ni messes ultérieures[7]. Il s'est par ailleurs associé vers 1550 avec un imprimeur strasbourgeois ouvertement protestant : Rémy Guédon[8]. Son exécuteur testamentaire André Wechel déclarera quant à lui ouvertement sa foi protestante peu après.

 
Édition d'Estienne du Nouveau Testament, imprimée en 1550, avec les caractères Grecs du roi.

Le caractère « Garamond »Modifier

 
Exemple de Garamond Adobe romain et italique

PostéritéModifier

La vie de Claude Garamond, tout comme celle d'Antoine Augereau, sert de toile de fond au roman d'Anne Cuneo, Le Maître de Garamond. Antoine Augereau, graveur, imprimeur, éditeur, libraire, publié en 2003 aux éditions Stock (ISBN 2-253-10995-9).

BibliographieModifier

  • Rémi Jimenes, Garamont, typographe de l'humanisme, édition des Cendres, 2022. Biographie, 288 pages. (ISBN 9782867423116)

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Rémi Jimenes, Claude Garamont. Typographe de l'humanisme., Editions des Cendres, (ISBN 978-2-86742-311-6 et 2-86742-311-2, OCLC 1344296166, lire en ligne)
  2. Le Bé, Guillaume, ca. 1565-1645?, Sixteenth-century French typefounders : the Le Bé memorandum, Privately printed for A. Jammes, (OCLC 906048616, lire en ligne)
  3. Jimenes, Rémi., Charlotte Guillard, Presses universitaires François-Rabelais, (ISBN 978-2-86906-523-9, 2-86906-523-X et 2-86906-675-9, OCLC 1122593833, lire en ligne)
  4. Annie Parent-Charon, « Humanisme et typographie : les "Grecs du Roi" et l'étude du monde antique », L'art du livre à l'imprimerie nationale,‎ , p. 55-67
  5. Rémi Jimenes, « François Ier et l'imprimerie royale : une occasion manquée ? », Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, vol. 2,‎ , p. 259 (lire en ligne, consulté le )
  6. Stanley Morison, Lʹ inventaire de la Fonderie Le Bé selon la transcription de Jean-Pierre Fournier, Paris, librairie Paul Jammes, (OCLC 174429898, lire en ligne)
  7. Geneviève Guilleminot-Chrétien, "Le testament de Claude Garamont" dans Le Livre et l'historien : études offertes en l'honneur du Professeur Henri-Jean Martin, Droz, (ISBN 2-600-00198-0 et 978-2-600-00198-4, OCLC 37028250, lire en ligne)
  8. Guillaume Berthon, Dick Wursten et William Kemp, « De Strasbourg à Cambridge, l’itinéraire d’un imprimeur : Rémy Guédon (1546-1553). Première partie. De Claude Garamont à Martin Bucer, autour de deux lettres de 1549 et 1550 », Bulletin du bibliophile, no 1,‎ , p. 21 (lire en ligne, consulté le )

Liens externesModifier