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Cléobis et Biton

frères légendaires dans la mythologie grecque
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Cléobis et Biton (vers -580). Musée archéologique de Delphes. Statues par Polymédès d'Argos, découvertes entre 1893 et 1894.

Dans la mythologie grecque, Cléobis et Biton, fils de Cydippe, sont deux frères jumeaux d'Argos[1]. Deux statues de style archaïque, datées vers 600 av. J.C. et retrouvées à Delphes, sont communément appelées Cléobis et Biton.

Le mytheModifier

La première citation que l'on trouve d'eux est donnée par Hérodote, ce qui est une innovation en matière d'archéologie : il existe un lien entre la découverte archéologique et le fait légendaire historique. Comme chaque année, les Argiens organisaient une fête en l’honneur de la déesse Héra. La mère de Cléobis et de Biton (ou plus vraisemblablement la lourde statue d'Héra[1]) devait arriver, tirée sur un chariot par des bœufs. Les bœufs étant dans la campagne et n’arrivant pas à temps pour la cérémonie, les deux athlètes s’attelèrent sous le joug et commencèrent à tirer leur mère sur une distance de 45 stades jusqu’à l'Héraion, sur la route de Mycènes. Ils arrivèrent au temple en tirant le chariot. La mère de Cléobis et de Biton, ravie de leur piété religieuse, se tint debout devant la déesse et lui demanda de donner à ses fils le meilleur pour un mortel. Après cette prière, les Argiens fêtèrent Héra dans le temple. Ils firent un banquet et un sacrifice. Après la fête, les jeunes gens s’endormirent dans le temple, et ne se réveillèrent jamais. Héra venait de leur donner le meilleur pour un mortel, elle montra par cela qu’il valait mieux mourir que vivre. Les Argiens firent dresser en guise d’offrande les statues de Cléobis et de Biton à Delphes. Ils surent qu’ils étaient les meilleurs des hommes.

Les statuesModifier

Les deux statues, hautes de 2,16 m, ont été retrouvées en 1893 et 1894 en morceaux sur la terrasse de Marmaria à Delphes lors de fouilles menées par l'École française d'Athènes derrière le Trésor des Athéniens (reconstruit en 1905), puis la base de l’une d’elles en 1907, dans un mur de l’agora romaine. Le sculpteur, Polymédès d'Argos, est connu par la dédicace inscrite sur le socle de celle de gauche et qui se poursuit sur celle de droite. Leur stature trapue et lourde montre que ce sont des athlètes lutteurs. Polymédès d'Argos recherche un réalisme anatomique - l'accentuation des traits physiques, notamment ceux des genoux ou de l'aine. Les cuisses sont larges, même par rapport aux épaules, et la taille, étonnamment fine. Leur pose est identique à celle des Kouroï de cette époque. La tête est massive, bien que les yeux soient à la bonne place - contrairement à ceux observés sur la tête du Dipylon - et sont plus réalistes. La chevelure est divisée en mèches, elles-mêmes divisées verticalement et horizontalement, ce qui fait penser à une coiffure beaucoup plus féminine. Les détails des muscles sont représentés par des traits ; la présence d'un volume réel, pourtant encore incertaine à l'époque archaïque, se traduit dans ces deux statues par le corps qui s'avance avec ses muscles, prêts pour l’action. Le sculpteur a présenté les jumeaux comme deux athlètes qui vont prendre le départ d’une course. Sous le front étroit, il n'y a point de pensée : « La lumière est dans les yeux grands ouverts qui visent le but », écrit Jean Charbonneaux[2]. Leur corps trapu à l’anatomie solide est la caractéristique des artistes argiens de l'extrême fin de l'archaïsme, comme on le voit notamment chez Hagélaïdas, le maître de Polyclète, gloire de l'école d’Argos[1].
Cependant, l'attribution comme dédicace à Cléobis et Biton de l'inscription ne fait plus l’unanimité de nos jours. Des chercheurs ont émis des réserves, notamment Claude Vatin qui fait une relecture l'amenant à opter pour la représentation de Castor et Pollux[3]. Il apparaît aussi que le nom d'un second sculpteur pourrait être lu sur la statue de droite : Aristogeiton[4].

InscriptionsModifier

Les inscriptions sur les deux socles identifient les statues à Cléobis et Biton et donnent aussi le nom du sculpteur, Polymédès d'Argos.

L'inscription qui suit le principe d’écriture boustrophédon commence à gauche en haut du socle B et finit à droite en haut du socle A[5].

Socle B

[κλεοβις και βι]τον | ταν ματαρα - - - - - ς hι | - - - - - - - -

Socle A

Εαγαγον τοι δ΄ υιοι [ ]μεδες εποιεε hαργειος

([Cléobis et Bi]ton ... les fils traînèrent leur mère ... œuvre de [Poly]médès d'Argos)

BibliographieModifier

  • Jean Charbonneaux, Roland Martin et François Villard, Grèce archaïque : 620-480 avant J.-C., Éditions Gallimard, coll. « L'Univers des Formes », , 448 p., « Sculpture », p. 24.

RéférencesModifier

  1. a b et c Pierre Lévêque, L’aventure grecque, Armand Colin, 1969, p. 165.
  2. Charbonneaux, Martin, Villard 1968, p. 24.
  3. Monuments votifs de Delphes, Claude Vatin, in Bulletin de Correspondance Hellénique, année 1982, 106-1 - pp. 509-525.
  4. Les Dioscures à Delphes, Paul Faure, in L'Antiquité Classique, année 1985, n°54, pp. 56-65.
  5. Gisela Richter, Kouroi. Archaic Greek Youths. A study of the development of the Kouros type in Greek Sculpture. Londres, Phaidon Press, 1960, page 128.

SourcesModifier

NoteModifier

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