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Cité-jardin de Suresnes

établissement humain en France

Jardins familiaux au milieu d'immeubles collectifs.

La cité-jardin de Suresnes est une des plus grandes cités-jardins d'Île-de-France. Construite à Suresnes (Hauts-de-Seine), cette cité-jardin a été réalisée par les architectes Alexandre Maistrasse, Julien Quoniam puis Félix Dumail, à l'initiative du maire Henri Sellier, principalement de 1921 et 1939[1] et après-guerre jusque 1956. Elle compte environ 3300 logements, dont 170 pavillons, ainsi que de nombreux équipements (théâtre, établissements scolaires, bains-douches, résidence pour personnes âgées, logements pour célibataires, lieux de cultes et commerces)[2].

HistoriqueModifier

Projet et acteursModifier

 
Pavillons de la cité-jardin dans les années 1930.

En 1915, l'Office public d'Habitation à bon marché (HBM) du département de la Seine, dirigé par le maire de Suresnes Henri Sellier, décide de construire dans cette ville industrielle qui compte de nombreuses usines et donc une forte population ouvrière, un ensemble architectural pour accueillir entre 8 et 10 000 habitants. Le site choisi, un plateau anciennement agricole situé en bordure de Rueil-Malmaison, se prête aux projets d'extension urbaine, de modernisation et de lutte contre l'insalubrité voulus par le maire. Le projet prévoit la cohabitation d'immeubles collectifs de quatre étages et des pavillons individuels. Alexandre Maistrasse est chargé des travaux, secondé par Julien Quoniam à partir de 1927. À partir de 1938, Félix Dumail dirige le chantier[2]. Parmi les collaborateurs d'Henri Sellier qui participèrent à la création de la cité-jardin, on peut aussi citer deux femmes : l'urbaniste Berthe Leymarie, qui soutint une thèse sur le sujet, fut directrice des HBM, infirmière visiteuse et travailla particulièrement au volet social de ces ensembles, ainsi que Georgette Le Campion, dite Géo, diplômée des Beaux-Arts de Paris, professeure de dessin dans les écoles de la cité-jardin de Suresnes et qui réalisa pour elle plusieurs fresques éducatives mettant l'accent sur l'hygiène et l'éducation civique[3].

La première pierre est posée en 1921. 4/5e des habitants sont en immeubles collectifs[Note 1], les pavillons[Note 2] disposant pour leur part d'un jardin à l'arrière. Il existe plusieurs catégories de logements (par rapport au nombre de pièces et aux commodités), dont le loyer varie[4]. Tous les logements comportent « un débarras, un WC tout-à-l'égout, pierre à évier avec paillasse pour fourneau à gaz, et une petite armoire ventilée pour boîte à ordures, eau amenée à l'évier, éclairage électrique dans toutes les pièces », ce qui excède largement le confort habituel des logements ouvriers de l'époque.

Le choix des noms de rue de la cité-jardin se fait selon la perspective suivante, telle qu'exprimée par le maire au conseil municipal du  : « La municipalité a voulu rendre hommage aux penseurs et aux hommes d'État de toutes les religions et de toutes nationalités qui, au cours des siècles jusqu’à notre époque tragique, ont tendu à l'humanité le flambeau qui doit la guider vers la paix définitive et la fraternité des peuples ». Sont ainsi promus Sully, Grotius, William Penn, l'abbé de Saint-Pierre, Romain Rolland, Jean Jaurès, Léon Bourgeois, d'Estournelle de Constant, Woodrow Wilson, Frank Billings Kellogg, Louis Loucheur (beaucoup de Suresnois bénéficiant de sa loi pour construire des pavillons[5]) ou encore Gustav Stresemann. Henri Sellier rajoute dans son discours qu’il s'agit d'hommages modestes, « dépourvu[s] des pompes officielles. Aucun ministre ne viendra prononcer une harangue laborieusement confectionnée avec des lieux communs traditionnels ». En effet, pour la plupart de ces réalisations, Henri Sellier n'a jamais organisé d'inauguration solennelle, en présence de nombreuses personnalités. Il décide également de donner des noms de plantes et de fleurs pour certaines rues, de conserver le nom historique de la Fouilleuse tout comme celui du carrefour de la Croix-du-Roy, terme sous lequel « il est connu depuis des siècles », respectant ainsi le patrimoine de Suresnes[6].

Premiers aménagementsModifier

Des places plantées d'arbres et tapissées de pelouses sont situées au centre des principaux îlots de la cité-jardin. Au centre, le square Léon-Bourgeois s'étend sur 10 200 m2[7]. Outre les jardins ouvriers prévus pour les locataires des immeubles, des jardins individuels sont prévus devant et derrière les maisons.

La cité comprend, en plus des logements collectifs et individuels (au nombre de 2 500 avant-guerre, dont 2 327 collectifs), un dispensaire, une crèche, des groupes scolaires, des équipements sportifs, des lieux de culte catholique et protestant, un théâtre (centre Albert-Thomas, renommé théâtre Jean-Vilar), un magasin coopératif, un foyer de jeunes travailleurs, une maison pour personnes âgées, des établissements scolaires, une maison pour tous et des commerces.

En 1921, alors que les logements ne sont pas tous équipés de salle d'eau, sont construits des bains-douches collectifs dans le premier îlot d'habitation. Il s'agit d'un édifice de briques et de ciment armé comportant 22 douches, 6 bains, 24 places de laveuses, des essoreuses et des séchoirs à vapeur. Avant sa réhabilitation entre 1985 et 1996, il compte encore 300 entrées par semaine. Le bâtiment est désormais reconverti en Centre d'aide par le travail, un établissement médico-social pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées. À la fin des années 1930, un centre d'hygiène infantile et de puériculture avait également été construit 5 allée des Platanes[8].

En 1932 débute la construction de l'église Notre-Dame-de-la-Paix, supervisée par dom Paul Bellot. Un appartement situé avenue Gustave-Stresemann abrite le lieu de culte israélite. En 1954, un temple en pierre est érigé par la communauté protestante avenue d'Estournelles de Constant, remplaçant une baraque en bois édifiée en 1947[9].

La résidence Locarno est construite en 1932. Portant le nom des accords de Locarno (synonymes de paix), elle est destinée aux personnes âgées. Tous les logements comprennent une chambre, une petite cuisine et des WC et permettent aux couples de pouvoir finir leur vie ensemble (on en compte 77 au début du XXIe siècle). Le bâtiment de briques rouges est en forme de fer à cheval (autour d'un jardin privatif) et est couvert d'un toit-terrasse. En 1989, un deuxième étage est construit pour relier les deux ailes du bâtiment. Au 18 avenue Abbé Saint-Pierre est construit en 1934 un hôtel de 95 studios destinés aux célibataires et aux jeunes ménages, qui fonctionne encore de nos jours[10].

EnseignementModifier

En 1921 est construit le groupe scolaire Vaillant-Jaurès (écoles maternelle et primaire), disposant de bâtiments communs (réfectoire, cuisine, bains douches, salle médicale et solarium), répondant aux idées hygiénistes de l'époque. Des décorations spécifiques (mosaïques polychromes, carreaux de céramique sur les murs, dépôt d'objets de la manufacture de Sèvres dans les cours intérieures) sont par ailleurs réalisées. En 1933, une statue de Jean Jaurès est installée devant l'école[11] (initialement au centre du carrefour des avenues Jean-Jaurès et Édouard-Vaillant, puis adossée à l'école).

À la fin des années 1920, le groupe scolaire Vaillant-Jaurès fait face à une forte augmentation d'élèves, ce qui conduit à la construction d'une nouvelle école maternelle, qui porte depuis le nom du président américain Woodrow Wilson. Le collège Henri-Sellier (d'abord nommé groupe scolaire Aristide-Briand) est réalisé entre 1930 et 1933 par les architectes Alexandre Maistrasse et Julien Quoniam. Il s'agit à l'époque d'une école primaire de garçons et de filles disposant d'ateliers, d'un réfectoire, d'une salle de dessin ou encore d'un cinéma. La façade en brique est décorée de bas-reliefs en marbre réalisés par le sculpteur René Letourneur. Un bâtiment central inspiré du lycée Paul-Langevin (situé dans un autre quartier de la commune) regroupe un gymnase et une piscine (cette dernière, dont les murs sont couverts de céramiques et de mosaïques polychromes Art déco n'est plus utilisée depuis). Le groupe scolaire devient ensuite un collège. En 1996, la maîtrise des Hauts-de-Seine s'installe au collège, et l'année suivante à l'école Vaillant-Jaurès[12]

Après la guerreModifier

Félix Dumail puis Léon Bazin reconstruisent des logements et agrandissent la cité (de plus de 500 logements) après la Seconde Guerre mondiale. Douche et baignoire sont ainsi généralisées après 1948[4]. La cité est définitivement achevée en 1956, terminant les 8e et 9e tranches d'immeubles collectifs prévus par le projet initial. La cité-jardin compte alors 3 297 logements dont 170 pavillons[13].

Réhabilitation et protectionModifier

 
Une cour d'immeubles.

En 1985, la cité est inscrite à l'inventaire des sites pittoresques du département des Hauts-de-Seine. Sa réhabilitation complète est entreprise de 1986 à 1996[4],[2]. En 1990, le théâtre Jean-Vilar est réaménagé.

En , 40 parcelles de 40 m2 ont été installées en jardins familiaux dits « potagers », entre les avenues de Sully et de l’Abbé de Saint-Pierre. Cela est à mettre en lien avec les 40 enclos familiaux et le verger gagnés sur les friches SNCF, le long de la station Belvédère du Tram T2 (non située dans la cité-jardin mais toujours à Suresnes)[14],[2].

En 1996, elle est protégée par une ZPPAUP (Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager), devenue AVAP (Aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine) en 2010, puis site patrimonial remarquable en 2016. En , la cité-jardin de Suresnes est labellisée « Patrimoine d’intérêt régional » par la commission permanente du conseil régional d’Île-de-France[15],[2].

MémoireModifier

En 2010, la ville de Suresnes installe une dizaine de mâts ornés de panneaux historiques (textes et photos) retraçant l'histoire de la ville. Plusieurs sont situés dans la cité-jardin (groupe scolaire Vaillant-Jaurès, résidence Locarno, collège Henri-Sellier, théâtre Jean-Vilar, église Notre-Dame-de-la-Paix, square Léon Bourgeois, etc.).

Le musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes, situé dans un autre quartier de la ville, consacre une partie de son exposition permanente à la cité-jardin et à l'action d'Henri Sellier. Cette institution a aussi créé une visite guidée de la cité-jardin, comprenant le passage dans un appartement témoin réhabilité en 2016, reconstituant une loge de gardien de 1932 ; elle est située à l'arrière du théâtre. Il est enfin possible de louer au musée des audioguides afin d'effectuer une promenade intitulée « Parcours cité-jardin »[2].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. D'abord avec des façades en brique puis en enduit de crépi, moins coûteux, les toits évoluant également, aux tuiles succédant des surfaces métalliques.
  2. Avec des toits à deux pentes ou en terrasse.

RéférencesModifier

  1. Notice no IA92000237, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a b c d e et f « Cité-jardins de Suresnes », .citesjardins-idf.fr, consulté le 30 octobre 2019.
  3. « Suresnes, une histoire au féminin », suresnes-mag.fr, mars 2019.
  4. a b et c Panneau historique explicatif situé allée des Gros Buissons.
  5. Suresnes, ses lieux dits et ses rues vous parlent, Société historique de Suresnes, 1968, p. 32.
  6. René Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 536-537.
  7. Panneau historique explicatif situé devant le square Léon-Bourgeois.
  8. Panneau historique explicatif situé devant les bains-douches.
  9. Panneau historique explicatif situé devant l'église Notre-Dame-de-la-Paix de Suresnes.
  10. Panneau historique explicatif situé devant la résidence Locarno.
  11. Panneau historique explicatif situé avenue Édouard-Vaillant.
  12. Panneau historique explicatif situé devant le collège Henri-Sellier.
  13. Brochure du musée de Suresnes sur la cité-jardin
  14. Brochure de l'association Les jardiniers de Suresnes déclarée le 22 décembre 2008.
  15. « Nos cités-jardins à Suresnes et à Vanves parmi les 1ers patrimoines labellisés "Patrimoine d’intérêt régional" », hautsdeseinehabitat.fr, 24 juillet 2018.

BibliographieModifier

Suresnes
  • René Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes,
  • Suresnes, ses lieux dits et ses rues vous parlent, Société historique de Suresnes,
  • Francis Prévost, Histoires de Suresnes, Suresnes Information, (ISBN 2-9503475-0-9)
  • Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes. Mémoire en images, t. 1, Éditions Alan Sutton,
  • Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes. Mémoire en images, t. 2, Éditions Alan Sutton,
Cité-jardin
  • Les cités-jardins d'Île-de-France, une certaine idée du bonheur, Lieux Dits, 2018.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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