Cinq articles des remontrants

Les Cinq articles des remontrants furent des propositions théologiques avancées en 1610 par des disciples de Jacobus Arminius décédé en 1609, en désaccord avec les interprétations de l'enseignement de Jean Calvin, alors en vigueur dans l'Église réformée néerlandaise. Ceux qui les soutinrent furent appelés les « remontrants ».

ContexteModifier

Quarante-six prédicateurs et les deux dirigeants du collège d'État de Leyde pour l'enseignement des prédicateurs se sont réunis à La Haye le pour exposer par écrit leurs points de vue sur toutes les doctrines contestées. Le document sous la forme d'une remontrance a été établi par Jan Uytenbogaert et après quelques changements a été approuvé et signé par tous en juillet.

Les remontrants n'ont pas rejeté la confession et le catéchisme, mais ne les ont pas reconnus comme des canons de foi permanents et immuables[1]. Ils n'attribuaient l'autorité qu'à la parole de Dieu dans la Sainte Écriture et étaient opposés à tout formalisme[1]. Ils affirmèrent également que les autorités laïques ont le droit de s'immiscer dans les conflits théologiques afin de préserver la paix et de prévenir les schismes au sein de l'Église[2].

Les Cinq articles des remontrants ont fait l'objet d'une réponse écrite principalement par Festus Hommius, intitulée The Counter-Remonstrance of 1611[3]. Celle-ci défendit la Confessio Belgica contre les critiques théologiques des disciples de feu Jacobus Arminius, bien qu'Arminius lui-même ait confessé jusqu'à sa mort l'adhésion à la Confessio Belgica et au Catéchisme de Heidelberg[2].

Enfin, les Cinq articles des remontrants ont été soumis à l'examen du synode national néerlandais tenu à Dordrecht en 1618-1619 (voir synode de Dort). Les jugements du Synode, connus sous le nom de Canons de Dordrecht, s'opposaient à la remontrance en cinq points de doctrine. Ces jugements répondaient ponctuellement à chaucun des articles de la remontrance[2]. C’est cette réponse qui a donné naissance à ce que l’on appelle depuis les cinq points du calvinisme. Modifiés pour former l'acrostiche TULIP, ils couvraient les sujets sotériologiques du calvinisme, résumant l'essentiel de ce qu'ils croyaient constituer une vision orthodoxe sur les points suivants[4] :

Les cinq articlesModifier

Article 1 - Élection conditionnelleModifier

Cet article rejette le fait que l'élection dans le Christ soit inconditionnelle. Cet article affirme plutôt que l'élection est conditionnelle à la foi en Christ et que Dieu choisit de sauver ceux qui, selon sa prescience auront foi en lui[5],[6],[7].

Article 2 - Expiation illimitéeModifier

Cet article rejette le principe de l'expiation limitée, qui soutient que Christ n'est mort que pour ceux qu'il a choisi de sauver, et affirme que le salut est destiné à tous mais se limite effectivement à ceux qui croient en Jésus-Christ[8],[6],[7].

Article 3 - Dépravation totaleModifier

Cet article affirme que l'homme est sujet à la dépravation totale, et incapable de faire la volonté de Dieu et de se sauver par ses propres efforts sans la grâce divine[9],[6],[7].

Article 4 - Grâce prévenanteModifier

Cet article rejette l'idée que la grâce soit systématiquement irrésistible, mais affirme que l'homme a le libre arbitre pour résister à la grâce prévenante de Dieu.[10],[6],[7].

Article 5 - Préservation conditionnelle des saintsModifier

Cet article, plutôt que de rejeter catégoriquement la notion de persévérance des saints, affirme qu'elle est conditionnelle au fait que le croyant reste en Christ. Les auteurs ont explicitement déclaré qu'ils n'étaient pas sûrs de ce point et qu'une étude plus approfondie était nécessaire[11],[6],[7].

Entre 1610 et la procédure officielle du Synode de Dort (1618), les remontrants furent pleinement convaincus dans leur esprit que les Écritures enseignent que le vrai croyant est capable de se détacher de la foi et de périr éternellement en tant qu'incroyant. Ils ont formalisé leurs points de vue dans l'Opinion des remontrants (1618)[12],[13], et plus tard dans la Confession de foi des remontrants (1621)[14].

Notes et référencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Five_Articles_of_Remonstrance » (voir la liste des auteurs).

CitationsModifier

  1. a et b Bergier 1852, p. 187-188.
  2. a b et c Baudérot 2015.
  3. DeJong 1968, p. 209–213.
  4. Wynkoop 1999, p. 55-56.
  5. Nerée 1624, Article 1, p. 385. Adapté de l'ancien français : Que Dieu, avant la fondation du monde, dans un but éternel et immuable en Jésus le Christ son Fils, a déterminé de sauver des hommes dans la race déchue et pécheresse. Ce sont ceux qui, en Christ et par le Christ, par la grâce du Saint-Esprit, croiront son Fils Jésus, et persévéreront dans cette foi et dans l’obéissance à la foi, par cette même grâce, même en situation extrême. Dieu a déterminé aussi d’autre part de laisser les incroyants incorrigibles dans le péché et sous sa colère, et de les condamner comme éloignés du Christ, selon la parole de Jean 3:36 : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui », et selon d’autres passages d’Écriture également.
  6. a b c d et e Schaff 2007, p. 545-549.
  7. a b c d et e Wynkoop 1999, p. 55.
  8. Nerée 1624, Article 2, p. 400-401. Adapté de l'ancien français : C’est par sa volonté, que Jésus le Christ le Sauveur du monde est mort pour tous les hommes et pour chaque homme, en sorte que par sa mort sur la croix, il ait obtenu pour eux tous le rachat et la rémission des péchés. Nous trouvons cela dans la première Épître de 1 Jean 2:2 : « Il est lui-même la victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. » Pourtant, cette rémission des péchés ne devient effective que pour les croyants, selon la parole de l’évangile de Jean 3:16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »
  9. Nerée 1624, Article 3, p. 415. Adapté de l'ancien français : Que l’homme n’a pas la grâce ou l’énergie de son libre arbitre qui suffiraient pour se sauver lui-même. Dans son état d’apostasie et de péché, il ne peut produire tout seul ni une pensée, ni une volonté, ni quoi que ce soit de vraiment bon, comme la foi salvatrice, qui l’est éminemment. Pour une telle foi, il est nécessaire que l’être humain soit soutenu de Dieu en Christ, par son Esprit Saint, et renouvelé dans sa compréhension, son inclination, ou sa volonté, et tous ses pouvoirs. Ainsi seulement, il pourra comprendre correctement, penser, faire ce qui est vraiment bon, selon la parole du Christ, Jean 15:5 : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. »
  10. Nerée 1624, Article 4, p. 415. Adapté de l'ancien français : Que cette grâce de Dieu est le commencement, la continuation et l’accomplissement de tout le bien, même jusqu’à ce degré, en l’homme régénéré lui-même. Sans la providence de Dieu, son aide, son réveil, le suivi de cette grâce coopérative, l’homme ne peut rien penser de bon, ni résister à toutes les tentations du mal. Donc, toutes les bonnes actions, tous les bons mouvements parmi ceux qui puissent être conçus, doivent être attribués à la grâce de Dieu en Christ. Mais, du fait du mode d’opération de cette grâce, celle-ci n’est pas irrésistible comme beaucoup l’écrivent ; certains résistent au Saint Esprit comme le montre Actes 7, et beaucoup d’autres textes.
  11. Nerée 1624, Article 5, p. 428-429. Adapté de l'ancien français : Que ceux qui sont incorporés au Christ par une vraie foi, et qui deviennent ainsi participants de son Esprit qui donne la vie, ont ainsi tout pouvoir pour lutter contre Satan, le péché, le monde et leur propre chair, et pour remporter la victoire. Comprenons bien que tout cela se fait toujours avec la grâce d’assistance du Saint-Esprit ; Jésus-Christ les assiste par son Esprit dans toutes les tentations, leur tend la main. Si seulement ils sont prêts au conflit, et désirent son aide, sans être inactifs, Jésus les empêche de tomber, de sorte qu’ils ne peuvent être induits en erreur par la ruse ou le pouvoir de Satan. Ils ne peuvent pas non plus être retirés des mains du Christ, selon la parole du Christ, Jean 10:28 : « Personne ne les ravira de ma main. » Mais s’ils sont capables, par négligence, d’abandonner à nouveau les premiers débuts de leur vie en Christ, ou de revenir à ce monde diabolique actuel, ou de se détourner de la sainte doctrine qui leur a été délivrée, ou de perdre une bonne conscience, ou redevenir dépourvus de grâce, tout cela doit être plus particulièrement déterminé à partir des Saintes Écritures avant de pouvoir l’enseigner avec la pleine persuasion de notre esprit.
  12. Nerée 1624, Sentence des remonstrants, Article 5, points 3-4, p. 227. Adapté de l'ancien français : Il est possible pour les vrais croyants de se détourner de la vraie foi et de tomber dans des péchés démontrant explicitement que la personne n’est plus dans une foi véritable et justifiante ; il ne leur est pas uniquement possible de tomber ainsi, car de telles situations se produisent souvent. Les vrais croyants sont capables, par leur propre responsabilité, de tomber dans des péchés flagrants et d’une cruauté terrible, de persévérer et de mourir dans ces péchés, et donc finalement de périr en étant perdus.
  13. DeJong 1968, p. 220 et suiv..
  14. Witzki 2010.

SourcesModifier

  • Jean Baudérot, Dictionnaire de la Théologie chrétienne: Les Dictionnaires d’Universalis, Namur, Encyclopaedia Universalis, (lire en ligne), « Arminianisme », p. 216-220
  • Nicolas-Sylvestre Bergier, Dictionnaire de théologie, vol. 1, Paris, Leroux et Gaume, (lire en ligne), « Arminianisme », p. 185-189
  • (en) Peter Y. DeJong, Crisis In The Reformed Churches : Essays in Commemoration of the Synod of Dort (1618-1619), Grand Rapids, Michigan, Reformed Fellowship, Inc.,
  • Richard Jean de Nérée, Actes du Synode national, tenu à Dordrecht, l'an 1618 et 1619, vol. 1, Leyden, Elsevir, (lire en ligne)
  • (en) Phillip Schaff, The Creeds of Christendom, vol. 3, Grand Rapids, MI, Baker Books, (ISBN 0-8010-8232-3, lire en ligne), « The Five Arminian Articles. A.D. 1610 », p. 545-549.
  • (en) Steve Witzki, « The Arminian Confession of 1621 and Apostasy », sur Society of Evangelical Arminians, (consulté le 25 mai 2019)
  • Mildred Bangs Wynkoop, Les Fondements de la théologie wesleyo-arminienne, Chennevière-sur-Marne, Maison des publications nazaréennes, (ISBN 978-1-56344-480-7, lire en ligne), p. 132.

Voir aussiModifier

Lectures complémentairesModifier

  • « Les cinq articles des remontrants », sur Arminianisme Évangélique, (consulté le 5 septembre 2020)
  • « L’opinion des remontrants », sur Arminianisme Évangélique, (consulté le 5 septembre 2020)
  • Denis Diderot et Jean le Rond Dalembert, Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 1, 1751b (lire en ligne), « Arminiens », p. 697.
  • Denis Diderot et Jean le Rond Dalembert, Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 1, 1751a (lire en ligne), « Arminianisme », p. 696-697.