L’histoire du cinéma polonais est aussi longue que celle de la cinématographie car inaugurée par l'invention du pléographe (caméra-projecteur) par Kazimierz Prószyński en 1894. Le cinéma polonais a acquis une renommée universelle, même si les productions polonaises sont considérées comme étant moins commerciales que les films en provenance d'autres nations européennes.

Les films réalisés au sein de l’école polonaise de cinéma ont eu une forte influence sur des mouvements tels que la Nouvelle Vague, le Néoréalisme et même le cinéma classique hollywoodien. Des réalisateurs polonais comme Paweł Pawlikowski, Andrzej Żuławski, Roman Polanski, Krzysztof Kieślowski, Agnieszka Holland, Andrzej Wajda, Krzysztof Zanussi ont eu un impact fort sur le développement de la cinématographie.

Depuis 1989, la fin de l'ère soviétique, le cinéma polonais n'est plus soumis à la censure.

HistoireModifier

1894-1918Modifier

Le début de la cinématographie polonaise est étroitement lié à celui d’une nation politiquement inexistante jusqu’en 1918, dont les terres sont partagées entre les occupants russes, allemand et autrichien et dont la situation économique est particulièrement défavorable.

En 1894, Kazimierz Prószyński mit au point un appareil permettant d’« animer la photographie » : le pléographe[1].

En 1895, le photograph Bolesław Matuszewski avec son frère Zygmunt fondirent à Varsovie l'atelier photographique : Paryska fotografia (Photographie parisienne) LUX-Sigismond & Cie (filiale de leur atelier parisien) qui, dans les années 1896-1898, réalisa une dizaine de films documentant la vie quotidienne à Varsovie et des scènes des cours impériales russe, allemande et autrichienne[2].

Mais, indépendamment des recherches locales, ce sont les inventions étrangères qui s'imposèrent en Pologne. La première présentation des images animées eu lieu le à Varsovie. Il s'agissait du film tourné à l'aide du kinétographe de Thomas Edison. Une équipe d'opérateurs des frères Lumière réalisera leur première projection polonaise le au Théâtre Municipal de Cracovie. C'est bien l'invention française qui s'imposa sur la plupart des marchés européens et c'est elle qui mit fin à la commercialisation du pléographe de Prószyński dès 1903.

La première salle de cinéma fixe en Pologne, Gabinet Iluzji, fut inaugurée à Łódź en septembre 1899 par les frères Antoni et Władysław Krzemiński[3]. Ensuite, ces pionniers du cinéma polonais entendirent leur réseau et parcoururent une grande partie de la Pologne et plusieurs régions de la Russie pour présenter des images animées.

Sans nul doute, Kazimierz Prószyński fut aussi le premier cinéaste polonais. En 1901, il fonda le deuxième studio de films en Pologne (après celui des frères Matuszewski) : Towarzystwo Udziałowe Pleograf (Société par actions pléographe) du nom de son invention brevetée en 1894. Prószyński utilisa son appareil pour tourner quelques documentaires sur la ville de Varsovie. Ils furent présentés au grand public entre le 31 mars et au Théâtre d'été du Jardin de Saxe. En 1902, Prószyński réalisa également deux premiers courts métrages comiques: Powrót birbanta (Retour d'un ivrogne) et Przygoda dorożkarza (Aventure du cocher) interprétés par les acteurs de théâtre Kazimierz Junosza-Stępowski et Władysław Neubelt.

Le film Les Martyrs de Pologne (Pruska kultura) de Mordechaj Towbin sorti en et retrouvé en 2000 dans les archives françaises du film à Bois-d'Arcy, est à ce jour le plus ancien film polonais conservé[4],[5]. Pour des raisons de censure ce film qui dénonçait la germanisation forcée et la persecution des enfants polonais ne pouvait pas être distribué sur le territoire polonais et fut vendu à l'étranger. Le premier long-métrage polonais projeté en salles est la comédie Antoś pierwszy raz w Warszawie (Antoś pour la première fois à Varsovie), réalisée par George Meyer (de vrai nom Joseph-Louis Mundwiller) avec Antoni Fertner en rôle principal.

Des artistes polonais expérimentèrent aussi avec d'autres genres : en 1910, Władysław Starewicz créa l'un des premiers films d'animation au monde et il fut le premier à utiliser l'animation en volume.

Cependant, la production nationale se développa lentement car les producteurs manquèrent de capitaux.

C'est Aleksander Hertz qui donna l'impulsion nécessaire à l'industrie du cinéma polonais. Directeur du Sfinks fondé en 1909, le premier véritable studio de production cinématographique et l'une des rares sociétés à survivre jusqu'à la deuxième guerre mondiale, il sera réalisateur à succès et « découvreur » de nombreuses stars parmi lesquelles la plus connue sera Pola Negri. Aleksander Hertz et Edward Puchalski, l'autre grand réalisateur de l'époque, révélèrent des talents comme Mia-Mara, Halina Bruczówna, Józef Węgrzyn, Wojciech Brydziński ou Kazimierz Kamiński. Les deux premières production du studio seront : Meir Ezofowicz (1911) d'après le roman éponyme d'Eliza Orzeszkowa et Esclaves des sens (Niewolnica zmysłów, 1914) avec Pola Negri.

1918 -1944Modifier

Malgré le sursaut qui suit l'indépendance de la Pologne en 1918, le cinéma national est handicapé tant sur le plan technique qu'économique, et résiste difficilement à la concurrence étrangère. Un déséquilibre s'installe : d'un côté existe un courant avant-gardiste nourrit par une réflexion critique lucide : Karol Irzykowski, Mieczysław Szczuka, Jalu Kurek, Kazimierz Podsadecki, Janusz Maria Brzeski, Franciszka et Stefan Themerson), de l'autre, une industrie très dépendante de capitaux incertains donc liée au profit immédiat[1].

Des productions remarquables furent réalisées par des cinéastes yiddish, tels que Józef Green et Michał Waszyński, qui dépeignirent le bonheur de l’entre-deux-guerres dans leurs films Les Musiciens vagabonds (1936) et Le Dibbuk (1937).

1945-1989Modifier

C'est de cette époque que datent les deux plus grands courants de l'histoire du cinéma polonais: "l'école polonaise de cinéma" des années 1956-1961 et "le cinéma de l'inquiétude morale" des années 1975-1981.

La Pologne sort de la guerre sévèrement ravagée et tous les studios et les archives cinématographiques sont complètement détruits. C'est l'équipe de cinéastes formée en Union soviétique autour d’Aleksander Ford qui joue un rôle essentiel dans la renaissance du cinéma dans la Pologne soumis au régime communiste.

Déjà en 1945, le nouveau pouvoir fonde l’Institut cinématographique à Cracovie d’où sortiront les metteurs en scène de la nouvelle génération comme Jerzy Kawalerowicz ou Wojciech Has. En 1948, l’Ecole supérieure du cinéma s’installe à Łódź, où s’organisent aussi de nouveaux studios. Cette école deviendra en 1959l’Ecole supérieure d’art dramatique et de cinéma et verra parmi ses illustres élèves des icônes telles que Roman Polanski, Andrzej Wajda, Krzysztof Kieślowski ou Krzysztof Zanussi.

De 1947 à 1949, le renouveau de la production cinématographique est représenté par trois films : Zakazane piosenki (Chansons Interdites) de Leonard Buczkowski (1947), Ostatni etap (La Dernière Etape) de Wanda Jakubowska (1948) et Ulica Graniczna (La vérité n’a pas de frontières) d’Aleksander Ford (1949). Tous les trois sont des témoignages poignants de l'occupation allemande et de l’atrocité des camps d’extermination nazis.

Cependant l’évolution d’un cinéma polonais est sérieusement freiné à partir de 1950 par exigence de la propagande du régime communiste et ses directives idéologiques défini par l'esthétique du réalisme socialiste. Cependant Piątka z ulicy Barskiej (Les Cinq de la rue Barska) d’Aleksander Ford (1954), et Celuloza (Une nuit de souvenir) et Pod gwiazdą frygijską (Sous l’étoile phrygienne) de Jerzy Kawalerowicz (1954) réussissent tout de même à se démarquer artistiquement.

Suite à l’octobre polonais de 1956 et un nouveau climat de relative liberté politique apparaissent plusieurs réalisateurs qui deviendront les chefs de file de l’école polonaise du cinéma, notamment Andrzej Munk et Andrzej Wajda, pour qui l’histoire récente de la Pologne avec la deuxième guerre mondiale au centre et le rapport du héros avec l’histoire deviennent les thèmes privilégiés comme les prouvent : Kanał (Ils aimaient la vie) (1957), Popiół i diament (Cendre et Diamant) (1958) et Lotna (La Dernière Charge) (1959) de Wajda ou Eroïca (1958), Zezowate szczęście (De la veine à revendre) (1960) et Pasażerka (La Passagère) (1963) de Munk.

A la même époque, Jerzy Kawalerowicz se distingue avec un cinéma d’analyse psychologique : Train de nuit (1959) et Mère Jeanne des Anges (1961), alors que Wojciech Has, le seul réalisateur polonais de l'époque à ne pas avoir sa carte au Parti communiste, travaille des sujets nettement plus individualistes : Pętla (Le Nœud coulant) (1957), Pożegnania (Les Adieux) (1958), Jak być kochaną (L'Art d'être aimée) (1962) .

Cette même époque voit aussi des films historiques à grand spectacle illustrant des chefs d'œuvre de la littérature polonaise : Krzyżacy (Les Chevaliers teutoniques) d'Aleksander Ford d'après le roman de Henryk Sienkiewicz (1961), Le Pharaon de Jerzy Kawalerowicz (1966) d’après le roman éponyme de Bolesław Prus, Popioły (Cendres) d'Andrzej Wajda d'après le roman de Stefan Żeromski (1965) et Le Manuscrit trouvé à Saragosse mis en scène par Wojciech Has d’après Jan Potocki (1965).

Les années 60 voient débuter des jeunes cinéastes de l’Ecole de Łódź : Roman Polanski avec Nóż w wodzie (le Couteau dans l’eau) sorti en 1962 et Jerzy Skolimowski avec Rysopis (Signe particulier : néant) (1964) Walkower (1965); Bariera (La Barrière) (1966) qui se tournent vers des sujets plus contemporains. En 1973, Krzysztof Zanussi signe son chef-d’œuvre Illumination.[6]

Confrontés à la censure du régime communiste, les réalisateurs polonais continuent la tradition de résistance culturelle des élites polonaises du XIXe siècle en dénonçant l'actualité politique de façon voilée. Les années 1976-1981 voient éclore un cinéma de l'inquiétude morale abordant de face les problèmes existentiels et philosophiques les plus importants.

Les films d'Andrzej Wajda, notamment L'Homme de marbre (1977) et L'Homme de fer (1981)[7], offrent des analyses perspicaces des éléments universels de l'histoire de la Pologne. Ses films ont inspiré plusieurs générations polonaises. Un Oscar d'honneur lui fut attribué pour l'ensemble de sa carrière.

Depuis 1989Modifier

Dans les années 1990, Krzysztof Kieślowski fut mondialement acclamé pour sa suite de dix films Le Décalogue.

Un grand nombre de réalisateurs polonais, comme Agnieszka Holland, Janusz Kamiński, ont travaillé pour des studios américains.

Les films animés polonais - par exemple ceux de Jan Lenica et de Zbigniew Rybczyński ont une longue tradition et tirent leur inspiration des arts graphiques de la Pologne.

ProfessionnelsModifier

 
Agnieszka Holland
 
Roman Polański

RéalisateursModifier

Acteurs et actrices notablesModifier

Films notablesModifier

AnimationModifier

  • Animation polonaise : Platige Image, Se-ma-for, Studio Filmów Rysunkowych
    • Tomasz Bagiński, Walerian Borowczyk, Piotr Dumała, Witold Giersz, Dorota Kobiela, Lechosław Marszałek
    • Jan Lenica, Władysław Nehrebecki, Andrzej Pawłowski, Richard Slapczynski, Tomasz Bagińsk

InstitutionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Le cinéma polonais », Grande Encyclopédie Larousse,‎ Éd. 1971-1976 (lire en ligne)
  2. Magdalena Mazaraki, « Boleslaw Matuszewski :photographe et opérateur de cinéma », 1895. Mille huit cent quatre-vingt-quinze,‎ , p. 47-65
  3. Agata Łysakowska-Trzoss, « Skąd w Polsce kino, czyli jak filmowcy zdobywali ziemie polskie », Tytus,‎ (lire en ligne)
  4. https://www.imdb.com/title/tt1059291/
  5. http://tomblands-fr.blogspot.fr/2011/03/mojzesz-towbin-les-matryrs-de-pologne.html
  6. Lech-Michel Rawicki, « De l’exploration de la guerre à la découverte du présent », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  7. Histoire du cinéma polonais sur Eurochannel

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier