Chuck Yeager

aviateur militaire américain et premier à franchir le mur du son

US-O7 insignia.svg Chuck Yeager
Chuck Yeager
Charles Yeager dans les années 1940.

Surnom Chuck
Naissance (97 ans)
Myra (en) (Virginie-Occidentale, États-Unis)
Allégeance US Army Air Corps Hap Arnold Wings.svg United States Army Air Forces
Seal of the United States Department of the Air Force.svg United States Air Force
Grade US-O7 insignia.svg Général de brigade
Années de service 19411975
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre du Viêt Nam
Distinctions Army Distinguished Service Medal (2)

Silver Star (2)
Distinguished Flying Cross (3)
Legion of Merit (2)
Bronze Star
Purple Heart
Médaille présidentielle de la Liberté
Congressional Silver Medal

Autres fonctions Instructeur
Pilote d'essai

Charles Elwood « Chuck » Yeager (né le à Myra, en Virginie-Occidentale) est un aviateur américain. Il est rentré dans l'histoire de l'aviation en étant le premier à franchir le mur du son, à bord de l'avion fusée Bell X-1, le .

BiographieModifier

Yeager est né le 13 février 1923 de parents fermiers, Susie Mae (Sizemore) et Albert Hal Yeager à Myra (en) en Virginie-Occidentale. Il est diplômé du bac (graduate) à Hamlin en juin 1941. Il a deux frères, Roy et Hal Jr. et deux sœurs, Doris-Ann (tuée accidentellement à l'âge de deux ans par Roy, alors âgé de six ans et jouant avec une arme à feu) et Pansy Lee[1],[2].

Sa première expérience militaire date de son adolescence au Citizens Military Training Camp (Camp d'entraînement militaire des citoyens)[3], à Fort Benjamin Harrison à Indianapolis durant les étés 1939 et 1940. Il se marie avec Glennis Dickhouse le 26 février 1942. Ils ont quatre enfants. Glennis est morte en 1990[4]. Charles "Chuck" Yeager est le cousin de l'ancien joueur de baseball Steve Yeager.

Le patronyme "Yeager" (prononcé en anglais : [jeɪɡər/]) est une forme anglicisée du nom allemand Jäger ou Jaeger (chasseur en allemand).

Seconde Guerre mondialeModifier

Chuck Yeager entre dans l'armée de l'air des États-Unis d'Amérique quelques mois avant l'engagement des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, le . Affecté en Grande-Bretagne à partir de , il acquiert le statut d'as de l'aviation et termine le conflit avec le grade de capitaine avec treize appareils allemands abattus à son palmarès. Il est un des premiers pilotes à avoir abattu un Me 262, et est le premier pilote connu à être devenu "As en un jour" (5 victoires le même jour).

Le 4 mars 1944, aux commandes de son North-American P-51B « Mustang », baptisé Glamourus Glen, il remporte sa 1re victoire en combat aérien, sur un Messerschmitt Bf 109, mais le lendemain, pour sa 9e mission de guerre, alors qu'il fait partie de l'escorte de chasse d'une vague de 219 bombardiers B-24 allant pilonner les aérodromes du sud-ouest de la France, il est pris à partie, entre Bordeaux et Toulouse, par des Focke-Wulf Fw 190 de la Jagdgruppe West — une unité d'entraînement avancé de la Luftwaffe, basée à Cazaux[5].

 
P-51b du 357th Fighter Group.

Son appareil est touché par une rafale et ses câbles de commande étant sectionnés, Yeager est obligé de s'éjecter de son avion, à une altitude de 6 000 mètres après avoir retiré son masque à oxygène. Sentant qu'il risque de s'évanouir dans sa chute, il ouvre son parachute relativement haut, à 2 500 mètres, se mettant à la merci des chasseurs allemands. Et bien que cela soit contraire au code militaire et à la tradition chevaleresque des débuts de l'aviation, de viser un homme sous parachute et sans défense, le pilote l'ayant descendu plonge à nouveau sur lui pour une nouvelle passe. Yeager est sauvé par son ailier, le capitaine William " OBee " O'Brien, du 363rd Fighter Squadron, 357th Fighter Group (en), qui abat le Fw 190 du pilote allemand, Irmfried Klotz, avant. Ce dernier se tue au sol, son parachute ne s'étant pas ouvert. Recueilli par la résistance française, Yeager est exfiltré par l'Espagne et reprend le combat dès le début de l'été 1944.

Après-guerre, Chuck Yeager revient plusieurs fois sur le site où il a sauté en parachute, et le survole même 64 ans plus tard, à bord d'un A380, lors d'une visite qu'il fit chez Airbus, à Toulouse, en 2008. De même, Yeager n'a pas oublié les résistants qui l'ont sauvé et lui ont permis de passer en Espagne. À 95 ans, en , il renouvelait son pèlerinage dans les Hautes-Pyrénées[6], d'où il a pu rejoindre l'Espagne en 1944.

Des éléments récupérés du Mustang de Yeager, ainsi que du Focke Wulf abattu sont exposés au musée Aeroscopia de Toulouse[5],[7].

Dans ses mémoires, Yeager, An Autobiography[8], il évoque les atrocités qu'il avait ordre de commettre contre les civils allemands :

« Des atrocités furent commises par les deux camps. (…) Une zone de cinquante miles sur cinquante à l'intérieur de l'Allemagne fut assignée à nos soixante-quinze Mustangs et ils reçurent l'ordre de mitrailler tout ce qui bougeait. Le but était de démoraliser la population allemande. (…) Si quelqu'un avait refusé de participer (et, autant que je me souvienne, personne ne refusa), il aurait probablement été traîné en cour martiale. »

Yeager ajoute que, lors d'un briefing, il murmura à son voisin : « Si nous faisons des choses pareilles, nous devrons vraiment nous efforcer d'être dans le camp des vainqueurs. » Il conjecture que, pour faire commettre ces atrocités, le haut commandement se donnait pour excuse l'imbrication entre armée et population civile dans l'Allemagne du temps de guerre :

« Le fermier qui labourait son champ de pommes de terre nourrissait peut-être des troupes allemandes. Et parce que l'industrie allemande était détruite par les bombardements incessants, la fabrication de munitions était devenue une industrie artisanale, dispersée à travers le pays dans des centaines de maisons et de fabriques locales, ce qui était l'excuse des Britanniques pour les tapis de bombes et les bombes incendiaires sur cibles civiles. En guerre, les militaires hésiteront rarement à frapper des civils qui sont dans le chemin ou à prendre des civils pour cible pour diverses raisons stratégiques[9]. »

De Glamourus Glen à Glamorous GlennisModifier

Le nom de baptême des avions de Chuck Yeager, que l'on peut traduire littéralement par, la belle Glennis, provient du prénom de sa fiancée, Glennis Faye Dickhouse. Mais le soldat qui peignit le nose art du P-51 Mustang matricule 43-6763, fit une faute d'orthographe en inscrivant Glamourus Glen au lieu de Glamorous Glen. La faute fut ensuite corrigée sur les P-51D matricule 44-13897 et 44-14888, que Yeager pilota lors de son retour en opération, à l'été 1944 et qui furent respectivement baptisés Glamorous Glen II et Glamorous Glen III. En 1947, le Bell X-1, du record du mur du son, fut lui baptisé, Glamorous Glennis de même que le Mc Donnell Douglas F-15, qu'il pilota en octobre 1997 afin de marquer le 50e anniversaire de son exploit.

Pilote d'essaiModifier

 
Chuck Yeager dans le cockpit du Bell X-1 supersonic research aircraft baptisé "Glamorous Glennis" ; photo du Department of the Air Force prise en mai 1948.

Après la guerre, il reste dans l'US Air Force nouvellement créée et devint pilote-instructeur, puis pilote d'essai à partir de juillet 1945. Transféré sur la base de Muroc Field en Californie (aujourd'hui la base Edwards), il est le premier homme à franchir le mur du son le à 10 h 18, à bord du prototype Bell X-1, avion fusée dessiné d'après la balle de calibre 12,7 mm qui sort du canon d'un fusil à vitesse supersonique[10]. La veille de ce vol historique, Chuck fait une chevauchée dans le désert et chute, se brisant deux côtes. Résolu à ne pas déclarer forfait pour ce vol d'essai, il tait son accident et monte le lendemain, blessé, à bord de l'appareil : pour fermer la baie vitrée de son cockpit, il doit improviser un levier de fortune avec un morceau de manche à balai dissimulé dans son blouson de cuir.

En , Chuck Yeager est l'un des premiers Américains à piloter un MiG-15 qu'un pilote déserteur Nord-Coréen, No Kum-Sok, a remis à l'armée américaine.

En mai 1955, il retourne en Europe avec le grade de lieutenant-colonel pour prendre le commandement du 417th Fighter-Bomber Squadron sur la base de Hahn en RFA, puis sur la base de Toul-Rosières en France, de juillet 1956 à juillet 1957.

Le , Yeager échappe de justesse à la mort, alors qu'il perd le contrôle du prototype Lockheed NF-104A à l'altitude de 108 700 pieds (33 131 mètres) lors d'un « Zoom climb ». Parvenant à s'éjecter après une chute vertigineuse de 100 200 pieds (30 540 mètres), il s'en sortira gravement brûlé.

Les deux vols sont racontés dans le livre de Tom Wolfe et le film du même nom de Philip Kaufman, L'Étoffe des héros (The Right Stuff).

En , il prend le commandement du 405th Fighter Wing sur la base aérienne américaine de Clarke, aux Philippines, et effectue 127 missions au-dessus du Viêt Nam.

Fin de carrièreModifier

Après avoir été promu général de brigade (en anglais Brigadier-General) en , Chuck Yeager occupa divers postes avant de prendre sa retraite de l'US Air Force le .

 
Chuck Yaeger en 1997 lors de son vol commémoratif sur F-15

En 1986, il fit partie de la commission Rogers chargée d'enquêter sur l'accident de la navette spatiale Challenger, détruite au lancement le . Le , pour fêter l'anniversaire des 50 ans du passage du mur du son, il vole à bord d'un F15 Eagle et le repasse symboliquement.

En 2003, alors âgé de 80 ans, il vole à Oshkosh sur un P-51 Mustang, en duo avec son camarade d'escadrille de l'époque, le colonel Bud Anderson.

Le , jour du 65e anniversaire du premier franchissement du mur du son, Felix Baumgartner devient le premier homme à passer le mur du son en chute libre.

DécorationsModifier

Dans la culture populaireModifier

Jeux vidéoModifier

Chuck Yeager apporte son expertise technique et prête son nom, son image et sa voix à deux jeux vidéo d'Electronic Arts :

Au cinémaModifier

  • Dans le film L'Étoffe des héros, dont il est un des personnages principaux (son personnage est interprété par l'acteur Sam Shepard), il joue lui-même un tout petit rôle : celui d'un vieil homme qui sert des boissons dans le bar de Pancho Barnes, près de la base Edwards, et qui s'offusque qu'un des aviateurs soit refusé comme astronaute pour le motif qu'il n'a pas fait d'études supérieures (critique souvent formulée à son encontre).

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Chuck Yeager: What I've Learned » [« Chuck Yeager : ce que j'ai appris »], sur Esquire, Esquire Magazine, (consulté le 24 décembre 2019)
  2. (en) Chuck Yeager et Leo Janos, Yeager : An Autobiography, New york, Bantam, (ISBN 0-670-87460-4, lire en ligne), p. 6
  3. Les camps d'entraînement militaire des citoyens (CMTC) étaient des programmes d'entraînement militaire aux États-Unis. Tenus chaque été de 1921 à 1940, les camps du CMTC diffèrent de la formation de la Garde nationale et de la Réserve organisée en ce que le programme permet aux hommes citoyens de suivre une formation militaire de base sans être appelé au service actif. Le CMTC a été autorisé par la Loi sur la défense nationale de 1920 comme compromis après le rejet de l'entraînement militaire universel. Le CMTC a été précédé par le Plattsburg Movement, une série de camps d'entraînement d'été qui, en 1915 et 1916, ont accueilli quelque 40 000 hommes appartenant en grande partie à des classes sociales d'élite, le CMTC ultérieur ayant formé quelque 400 000 hommes de 1921 à 1940.
  4. (en) John H. Houvouras, « The Man », The Huntington Quarterly, Winter,‎ , p. 21
  5. a et b Gilles Collaveri, « "Chuck" Yeager au combat en France », Le Fana de l'Aviation, no 575,‎ , p. 27-30 (lire en ligne, consulté le 28 septembre 2017)
  6. « Le Général Yeager est de retour »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur La Semaine des Pyrénées (Tarbes), (consulté le 25 mai 2018)
  7. Emmanuelle Rey, « Une pièce de Chuck Yeager à Aéroscopia », La Dépêche du Midi, (consulté le 24 décembre 2019)
  8. (en) Chuck Yeager et Leo Janos, Yeager : An Autobiography, New York, Bantam, (ISBN 0-670-87460-4)
  9. Yeager et Janos 1986, p. 79-80
  10. Yeager et al. 1997, p. 14.
  11. Yeager et Janos 1986, p. 73.
  12. Yeager et Janos 1986, p. 76.

BibliographieModifier

  • (en) Jay Miller, The X-Planes : X-1 to X-45, United Kingdom, Hinckley, , 440 p. (ISBN 1-85780-109-1)
  • (en) Tom Wolfe, The Right Stuff, New York, Farrar, Straus and Giroux, , 436 p. (ISBN 0-374-25033-2)
  • (en) Chuck Yeager et Leo Janos, Yeager : An Autobiography, New York, Bantam, (ISBN 0-670-87460-4)
  • (en) Chuck Yeager, Bob Cardenas, Bob Hoover, Jack Russell et James Young, The Quest for Mach One : A First-Person Account of Breaking the Sound Barrier, New York, Penguin Studio, (ISBN 0-670-87460-4)

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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