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Description morphologiqueModifier

 
Planche présentant des détails morphologiques de Gigartinaceae
De A à D (à gauche) : Chondrus crispus
E et F : Mastocarpus stellatus

Cette algue rouge, très polymorphe d'aspect, mesure en général entre 7 et 15 cm de long. Sa couleur varie de pourpre à vert en passant par le brun, avec de nombreuses nuances intermédiaires. À l'état sec, Chondrus crispus prend un aspect presque corné[1].

Cette algue s'attache au substrat par un petit crampon, surmonté d'un stipe fin, qui s'élargit en ramifications très lobées, aplaties, et en partie translucides. Ces lobes, de forme variée, peuvent se subdiviser en lobules, ce qui donne à l'algue un aspect "frisé" (d'où le terme "crispus").

Une espèce très ressemblante, Mastocarpus stellatus, a un stipe enroulé sur les bords et a un aspect plus rugueux[1].

 
Cycle de vie de Chondrus crispus

Répartition et habitatModifier

Cette algue pousse sur substrat rocheux, au niveau de l'étage infralittoral.

En Europe, elle pousse dans l'Atlantique, la Manche, la mer du Nord ; elle est rare en mer Baltique[1].

Liste des variétésModifier

Selon Catalogue of Life (6 mai 2012)[2] :

  • sous-espèce Chondrus crispus f. aegagropilus
  • sous-espèce Chondrus crispus f. densus
  • sous-espèce Chondrus crispus f. membranaceus
  • sous-espèce Chondrus crispus f. uncinatus
  • sous-espèce Chondrus crispus var. virens

Selon World Register of Marine Species (6 mai 2012)[3] :

  • Chondrus crispus f. filiformis (Hudson) M. Thomas
  • variété Chondrus crispus var. filiformis (Hudson) Lyngbye, 1819
  • variété Chondrus crispus var. lonchophorus Montagne, 1861
  • Chondrus crispus f. aegagropilus Rosenvinge, 1931
  • Chondrus crispus f. densus Rosenvinge, 1931
  • Chondrus crispus f. membranaceus Rosenvinge, 1931
  • Chondrus crispus f. uncinatus (Lyngbye) Rosenvinge, 1931

Utilisation économiqueModifier

Cette espèce, utilisée pour la fabrication de médicaments et en cuisine pour son pouvoir gélatinisant, était autrefois récoltée de façon traditionnelle. « Entrant dans l'eau jusqu'à la ceinture, les récolteurs, hommes, femmes et enfants, arrachent avec les mains ou coupent à l'aide de couteaux les touffes de la petite algue qui en certains endroits forme le tapis végétal sous-marin. Grossièrement trié, le lichen est exposé sur la grève et blanchi par la rosée et le soleil »[4]. Des procédés artificiels, utilisant des produits soufrés, permettaient d'améliorer et d'accélérer le séchage. Selon une estimation de 1915, pour une production française totale de 2 000 tonnes, le Finistère en récoltait environ 1 000 tonnes[5].

Chondrus crispus est pour l'industrie agro-alimentaire une source de carraghénane, utilisée comme épaississant, gélifiant et stabilisateur[6] dans les laitages et les glaces[7] et est donc un additif alimentaire: le E407 ou E407b. On le retrouve comme épaississant dans la fabrication de la bière et du vin (procédé du collage). La Mousse d'Irlande est souvent confondue avec Mastocarpus stellatus (Gigartina mammillosa), Chondracanthus acicularis (G. acicularis) et d'autres algues type varechs[8]. Le carraghénane et l'agar-agar sont utilisés et cultivés en Asie pour les desserts à base de gélatine alimentaire, tel la gelée d'amande. La source majeur de carraghénane est l'algue tropicale du genre Kappaphycus et Eucheuma[9].

En Bretagne, ce « lichen de mer » est connu sous le nom populaire de pioka ou de « lichen carraghéen » par les industriels[10]. En Écosse (sous le nom (An) Cairgean en Gaélique écossais) et en Irlande, on la fait bouillir dans du lait, ensuite filtrée on y ajoute différents ingrédients, sucre, vanille, cannelle, brandy ou whisky[11]. On obtient ainsi une sorte de gélatine similaire à la Panna cotta, au tapioca, ou au Blanc-manger[12]. Au Trinité-et-Tobago Gracilaria spp est bouillie avec de la cannelle et du lait pour faire une boisson aphrodisiaque épaisse appelée Irish Moss (La Mousse d'Irlande)[13]. Au Venezuela elle est utilisée depuis des générations comme remède traditionnel pour le mal de gorge et la congestion pulmonaire, bouillie dans le lait et servie avec du miel avant de se coucher.

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Lohmann M. (1995) Flore et faune du littoral p. 32, Chantecler, (ISBN 2803427788)
  2. Catalogue of Life, consulté le 6 mai 2012
  3. World Register of Marine Species, consulté le 6 mai 2012
  4. Dr G. Quesneville, "L'exploitation industrielle des plantes marines", Le Moniteur scientifique du Docteur Quesneville : journal des sciences pures et appliquées, compte rendu des académies et sociétés savantes et revues des progrès accomplis dans les sciences physiques, chimiques et naturelles, 1915, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2152612/f178.image.r=Landeda.langFR
  5. Le Moniteur scientifique du Docteur Quesneville : journal des sciences pures et appliquées, compte rendu des académies et sociétés savantes et revues des progrès accomplis dans les sciences physiques, chimiques et naturelles, 1915, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2152612/f177.image.r=Plouvien.langFR
  6. Roeck-Holtzhauer, Y.de 1991. Uses of seaweeds in Cosmetics. in Guiry, M.D. and Blunden, G. 1991 Seaweed Resources in Europe: Uses and Potential. John Wiley & Sons (ISBN 0-471-92947-6)
  7. Stegenga, H., Bolton, J.J., and Anderson, R.J. 1997. Seaweeds of the South African West Coast. ed. Hall, A.V. Bolus Herbarium Number 18 Cape Town. (ISBN 0-7992-1793-X)
  8. Jacqueline Cabioc'h, Jean-Yves Floc'h, Alain Le Toquin, Charles François Boudouresque, Alexandre Meinesz, Marc Verlaque, Guide des algues des mers d'Europe, Delachaux et Niestlé, , p. 67.
  9. Bixler, H. J., & Porse, H. (2011). A decade of change in the seaweed hydrocolloids industry. Journal of Applied Phycology, 23 ,321-335
  10. Carole Dougoud Chavannes, Les algues de A à Z, Jouvence, , p. 87.
  11. Feum à Feamainn (DVD, Scottish Gaelic), Comhairle nan Eilean Siar
  12. [1] Lusan a' Chladaich (Western Isles Council, Scottish Gaelic site)
  13. Sylvia A Mitchell. The Jamaican root tonics: a botanical reference. Focus on Alternative and Complementary Therapies. Volume 16, Issue 4, pages 271–280, December 2011

Liens externesModifier

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