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Chartreuse du Reposoir

chartreuse située en Haute-Savoie, en France

Chartreuse du Reposoir
Béol puis Le Reposoir
Image de l'Chartreuse du ReposoirBéol puis Le Reposoir
Image de l'Chartreuse du Reposoir
Béol puis Le Reposoir

Ordre chartreux (anciennement)
Carmel (actuel)
Fondation XIIe siècle, puis 1151. Restaurée en 1671
Fondateur Jean d'Espagne
Protection Logo monument historique Classé MH (1910, 1995)[1]
Cloître-entrée, ensemble des bâtiments
Site web carmeldureposoir
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région historique Auvergne-Rhône-Alpes
Subdivision administrative Haute-Savoie
Commune Le Reposoir
Coordonnées 46° 00′ 20″ nord, 6° 32′ 15″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Chartreuse du Reposoir Béol puis Le Reposoir

Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie

(Voir situation sur carte : Haute-Savoie)
Chartreuse du Reposoir Béol puis Le Reposoir

La chartreuse du Reposoir (lat. : Repausatorium) est un ancien monastère chartreux situé sur le territoire de la commune éponyme, dans le département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Situés dans la vallée de l'Arve dans un cirque boisé au bord d'un petit lac, les bâtiments bordent la rivière Foron. L'établissement est fondé en 1151 par le chartreux Bienheureux Jean d'Espagne et occupé continûment jusqu'à la Révolution française, puis entre 1866 et 1901. L'ancienne chartreuse abrite depuis 1932 une communauté de religieuses carmélites et s'appelle aujourd'hui Monastère du Carmel du Reposoir. La chartreuse est classée au titre des monuments historiques.

Sommaire

HistoriqueModifier

FondationModifier

 
Vue de la Chartreuse du Reposoir depuis les berges du lac. En arrière-plan, la pointe d'Almet (2 232 m).

Avant son départ pour la deuxième croisade, en 1147, Aymon Ier de Faucigny fait une donation à des moines pour qu'ils s'installent en Faucigny,[2]. À son retour, il précise que ceux-ci s'installeront sur la rive gauche du Brevon[3]. Ils s'installent sur les terres de la vallée du Béol, mais les difficultés rencontrés sur le site (climat, faune, inondation des torrents), leur font abandonner le projet. Il faut attendre quelques décennies plus tard pour que le chartreux Jean d'Espagne réinvestisse le site qui prendra le nom de Reposoir[4]. Aymon de Faucigny rédige cette fois-ci un acte en date du 11 des calendes de février, soit le 22 janvier 1151, selon certaines sources dans l'une des résidences des barons de Faucigny à Châtillon-sur-Cluses.

Extrait de l'acte signé par Aymon et Jean, sous les auspices de l'évêque de Genève Arducius de Faucigny, frère de Aymon, et en présence de Aymon de Sales, vicaire d'Arducius[5] :

« Moi, Aymon de Faucigny, je désire depuis longtemps et ardemment l'établissement d'une maison de Chartreux dans mes domaines. Pour arriver à cette fin, je ne me suis épargné aucune peine. J'ai multiplié auprès des Supérieurs de l'Ordre, mes démarches et mes prières, auxquelles j'ai associé mes amis. aujourd'hui, par la grâce de Dieu qui regarde les bons désirs des cœurs et les accomplit, je touche enfin au but de mes efforts !

Je donne à l'Ordre des Chartreux, en possession entière et perpétuelle, avec pleine exemption de toutes charges et servitudes, la vallée dite de Béol, qui s'ouvre au nord-est sur le bassin de l'Arve. Donation à laquelle j'entends que soient attachés au bénéfice des Chartreux tel et tel privilèges (amodiation, albergement)... Je leur ai fait toutes ces faveurs afin qu'ils ne soient aucunement empêchés dans leurs saintes coutumes et manières de vivre, et que Dieu tout-puissant fasse miséricorde à mon âme, ainsi qu'à toute ma descendance et succession. »

— Texte consultable à la Chartreuse

La vallée du Béol, dans laquelle s'installent les chartreux, portera désormais le nom de Reposoir, d'après le mot de Jean d'Espagne lors de la vue de cet endroit. Il aurait dit « Hic est repausatorium meum ! » (« C'est ici mon reposoir ! »), en découvrant le lieu[6]. En latin médiéval, repositorium signifie « le repos de l'âme ».

Henri de Faucigny essaya de reprendre une partie des donations faites par son père, mais se rétracte et confirme celles-ci en 1185[4],[7].

Aymon II de Faucigny, sous la tutelle de Nantelme de Miolans, confirme durant son règne les différentes donations faites (1202, 1210)[8].

Jean d'EspagneModifier

Entré dans les ordres à l'âge de 19 ans, Jean, originaire de Salamanque (?) en Espagne, arrive à l'âge de 28 ans au Reposoir et trouve les traces des premières installations des moines. Il souhaite réinvestir ce lieu et en faire un monastère. Il meurt le 11 juin 1160[9]. On l'enterre rapidement au Reposoir à l'extérieur de la clôture. Son corps est exhumé sous l'impulsion de Charles-Auguste de Sales, évêque d'Annecy-Genève et neveu de Saint François de Sales, le 8 septembre 1649. Les restes du saint homme sont déposés dans une cassette, puis dans une châsse. Il est béatifié le 14 juillet 1864 par un décret du pape Pie IX.

PossessionsModifier

Les donations d'Aymon de Faucigny comptent ainsi l'ensemble de la vallée de Béol, ainsi qu'une somme d'argent conséquente. Les chartreux disposent ainsi de vignes (auxquelles s'ajoutent celles de la Crête offerte par Rodolphe de Lucinge), des terres et d'alpages dans les actuelles communes de Scionzier, Saint-Hippolyte, Magland, ainsi que sur le versant genevois appartenant aux paroisses du Grand-Bornand, Thônes et Veyrier[4]. Hugues de Faucigny, Dauphin de Vienne et seigneur de Faucigny, fait don en 1316 de la montagne de Chérente.

RestaurationModifier

Soumise aux intempéries du climat montagnard et ayant subi les crues des deux Foron, la chartreuse est restaurée en 1671. Toutefois, les bâtiments continuent à se délabrer et une partie brûle durant l'hiver 1705.

Période contemporaineModifier

  • avril 1793 : la Révolution condamne les moines à l'exil; le Directoire du district de Cluses devient propriétaire et transforme la Chartreuse en annexe de la salpêtrière de Cluses
  • 27 octobre 1795 : rachat au Directoire du district par Jean-Pierre Veradier de l'Ardèche
  • 2 janvier 1797 : rachat en indivision par 17 fermiers du Reposoir
  • 4 août 1803 : Le Reposoir devient une paroisse[10]
  • 1846 : les Chartreux reviennent au Reposoir
  • 14 septembre 1847 : les Chartreux rachètent une partie des biens confisqués à l'exception des biens rachetés par la paroisse
  • 28 décembre 1848 : Le Reposoir devient une commune, détachée de Scionzier
  • 18 mars 1850 : en échange de l'abandon par la paroisse de ses droits sur le monastère, les Chartreux s'engagent à construire une église, un presbytère et un cimetière au lieu-dit Praz Riand
  • 21 novembre 1850 : consécration de l'église par Monseigneur Rendu
  • 1855 : Les chartreux sont à nouveau chassés par la loi du ministre piémontais Rattazzi décrétant la suppression des ordres monastiques
  • 1866 : Retour des chartreux après le rattachement de la Savoie à la France
  • 27 septembre 1901 : Expulsion des Chartreux à la suite de la loi Waldeck-Rousseau du 1er juillet 1901 sur les associations et les congrégations non autorisées
  • 9 décembre 1905 : séparation de l'Eglise et de l'Etat; les biens ecclésiastiques devenus propriété de l'Etat sont vendus à la famille Casaï
  • 1907 : un consortium germano-suisse transforme l'ensemble en hôtel de luxe, l'« Hôtel de la Chartreuse »
  • 28 novembre 1910: Classement aux monuments historiques de l'entrée et du portail[1]
  • 27 août 1922 : l'abbé Duparc, curé du Reposoir, rachète le bâtiment à la demande de Mère Marie de Jésus (à la ville Marquise Alessandra di Rudini)
  • 15 octobre 1932 : trente ans après le départ des Chartreux, les Carmélites commencent leur vie en clôture
  • 3 février 1995 : Classement aux monuments historiques de l'ensemble des bâtiments[1]

DescriptionModifier

La chartreuse forme un carré orienté d'occident vers l'orient, et réunit dans son enceinte ce qu'on appelait, à l'origine, la Correrie qui était séparée du monastère[11].

Le grand cloître fait le tour de toutes les maisonnettes des Pères Chartreux; ses voûtes, en bec de sifflet, pénètrent dans les murs sans appui. C'est par là que chaque moine rejoint son habitation. Les cellules des Pères constituent le carré au nord et au midi et l'achèvent au levant. Le mur de clôture relie celles du nord les unes aux autres; au midi et à l'est, elles s'en détachent. Au pied de chacune s'étend un parterre de forme carrée. Sur le mur d'en face est fixée une grande croix noire, que le cénobite aperçoit nécessairement quand il jette les yeux au dehors[11].

Les cellules sont indiquées par une lettre de l'alphabet. À côté de la porte, il y a un petit guichet où le solitaire vient chercher ses vivres. S'il a besoin d'autres choses, il n'a qu'à déposer là un mot avec la lettre de sa cellule. Le lit est en forme d'armoire, la literie se compose d'une paillasse de grosse toile, d'un traversin, de draps et de quelques couvertures de laine qui remplacent la peau de mouton d'autrefois. À côté du lit se trouve l'oratoire, composé d'une stalle et d'un prie-Dieu, où le religieux récite la plus grande partie des offices[11].

Au couchant de ce cloître se situent l'église, la salle du chapitre et le petit cloître datant du XVIe siècle et restauré en 1929. Sa construction est attribuée à la libéralité de la Maison de Savoie dont les armes figurent parmi les seize clés de voûte polychromes. Ce cloître est formé de quatre galeries couvertes entourant une cour. Chaque arcade en cintre brisé donnant sur la cour est subdivisée en un réseau de trois petits arcs polybés et de remplages flamboyants. Les gros piliers carrés, la proscription systématique du décor sculpté et le refus de la verticale donnent à cet édifice du gothique tardif une allure trapue, lourde et austère. Les voûtes sur croisée d'ogives, caractéristiques de l'architecture gothique, s'appuient sur deux arcs ogivaux qui se croisent en diagonale. Ces voûtes et ces arcs sont composés de claveaux, pierres taillées en forme de coins, s'appuyant les unes sur les autres. La clef de voûte est le claveau central placé au sommet d'une voûte et bloquant les autres pierres dans la position voulue[11].

L'église dont la première pierre a été posée par Aymon Ier de Faucigny, frère d'Ardutius de Faucigny, évêque de Genève, est de style ogival. Le long de la muraille nord de l'église se trouvent la chapelle du Bienheureux Jean d'Espagne (maintenant sacristie intérieure) et la chapelle Saint Antoine (sacristie extérieure pour les prêtres aujourd'hui).

PersonnalitésModifier

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Fascicule de présentation Monastère du Carmel du Reposoir édité par le Monastère, 8 pages.
  • Jean-Pierre Aniel, Les maisons de chartreux : des origines à la chartreuse de Pavie, vol. 16, Librairie Droz, coll. « Bibliothèque de la Société française d'archéologie, Société française d'archéologie », , 167 p. (ISBN 978-2-60004-617-6), p. 95-96.
  • Abbé Jean Falconnet, La chartreuse du Reposoir au diocèse d'Annecy, Montreuil-sur-Mer, Impr. de Notre-Dame des Prés, , 682 p. (lire en ligne)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Notice no PA00118422, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Paul Lullin et Charles Le Fort, Régeste genevois : Répertoire chronologique et analytique des documents imprimés relatifs à l'histoire de la ville et du diocèse de Genève avant l'année 1312, Société d'histoire et d'archéologie de Genève, , 542 p. (lire en ligne), p. 120, notice n°329, Acte du .
  3. Lydie Meyne, Histoire de Bellevaux : 1732-1790, La Fontaine de Siloé, , 305 p. (ISBN 978-2-8420-6439-6), p. 30.
  4. a b et c Nicolas Carrier, La vie montagnarde en Faucigny à la fin du Moyen Âge : Économie et société (fin XIIIe début XIVe siècle), L'Harmattan, coll. « Logiques historiques », , 620 p. (ISBN 978-2-74751-592-4), p. 29.
  5. Jean-Louis Grillet, Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, Librairie J.F., Chambéry, Puthod, p. 311
  6. Paul Guichonnet, Nouvelle encyclopédie de la Haute-Savoie : Hier et aujourd'hui, La Fontaine de Siloé, , 399 p. (ISBN 978-2-8420-6374-0), p. 171.
  7. Paul Lullin et Charles Le Fort, Régeste genevois : Répertoire chronologique et analytique des documents imprimés relatifs à l'histoire de la ville et du diocèse de Genève avant l'année 1312, Société d'histoire et d'archéologie de Genève, , 542 p. (lire en ligne), p. 120, notice n°434, Acte du .
  8. Mémoires et documents de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, 1862, p. 17 & p. 21.
  9. Grillet, Jean-Louis (1807), Dictionnaire historique, littéraire et statistique des départements du Mont-Blanc et du Léman, Chambéry: Librairie J.F. Puthod, p.192
  10. Fiche communale sur Sabaudia.org
  11. a b c et d Dépliant remis aux visiteurs lors des journées du patrimoine 2018.