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Le chant messin, ou cantilena metensis en latin et apparut au IXe siècle, est l'ancêtre du chant grégorien.

Sommaire

DéfinitionModifier

L'origine du terme se trouve dans une biographie de Charlemagne écrite à la fin du IXe siècle : « cantilena Metensis »[1].

I.
II.

HistoireModifier

Il s'agit d'un chant monodique (à une voix) et dont le sujet est uniquement religieux. On en trouve les prémices dans le chant des chrétiens de Gaule : le Gallican ; et celui des chrétiens de la région de Rome, donc également chant papal : le « Chant vieux-romain ». C'est en fait une « hybridation » des deux.

Adoption du rite romain en GauleModifier

Établissement de l'enseignement en GauleModifier

Naissance du chant messinModifier

Fonction importante de Chrodegang et d'AmalaireModifier

PostéritéModifier

Possibilité de l'origine plus ancienne du chant grégorienModifier

En 2018, avec sa publication des études, Jean-François Goudesenne (Institut de recherche et d'histoire des textes) contesta l'origine du chant grégorien attribuée à Metz[2],[3]. Encore faut-il que cette hypothèse soit examinée.

Caractéristique du chant messinModifier

DifficultéModifier

Si la création du chant messin était bien documentée, il n'est pas possible à identifier ses mélodies avec les manuscrits. En effet, le IXe siècle manquait de notation musicale grégorienne et ses manuscrits ne conservaient que les textes.

HybridationModifier

Les musicologues analysent le phénomène de l'hybridation (terme employé par Philippe Bernard[4]) entre le chant gallican et le chant vieux-romain pour former le chant messin[huglo 1]. Selon Dom Daniel Saulnier, le chant nouvellement composé possédait, en principal, l'allure générale et l'architecture modale du chant vieux-romain tandis que la façon mélodique de l'ornementation était complètement différente[5].

RépertoireModifier

DifficultéModifier

Faute de notation, on rencontre la même difficulté concernant le répertoire du chant messin au IXe siècle.

Aujourd'hui, cela n'est pas nécessairement impossible. En effet, une fois que Dom Jean Claire établit les études scientifiques pour les chants avant la création de notation, la connaissance concernant les chants avant le grégorien est de plus en plus améliorée, notamment celui des liturgies locales. De nos jours, les musicologues identifièrent l'origine de nombreuses œuvres, soit issues du chant vieux romain, soit issues du chant gallican.

Deux réformes cisterciennes et chant messinModifier

Toutefois, il y a un avancement dans ce domaine. Auprès de l'ordre de Cîteaux, il existait une édition remaniée selon des manuscrits anciens à Metz. Depuis 1955 environ, un exemplaire en deux tomes se conserve à l'abbaye Notre-Dame du Sacré-Cœur de Westmalle en Belgique. Il s'agit des antiphonaires de Westmalle WA I et WB I desquels les fac-similés sont disponibles depuis 2011[6].

L'histoire remonte en 1099, l'élection de l'abbé Étienne Harding († 1134) auprès de l'abbaye de Cîteaux. Celui-ci souhaitait un remaniement de livres de chant utilisés auprès de son ordre. Comme il connaissait tout à fait leur origine, un certain nombre de moines furent envoyés à Metz (et à Milan pour l'hymne ambrosienne) afin de consulter les manuscrits les plus anciens et purs. Vers 1147, saint Bernard de Clairvaux mentionnait, dans sa lettre, cette rédaction :

« Aussi envoyèrent-ils à Metz, dont l'antiphonier passer pour grégorien, des gens chargés de leur en leur en faire et rapporter une copie. Mais ces envoyés trouvèrent que les choses étaient bien loin d'être ce qu'on leur avait dit. L'antiphonier examiné avec soin ne leur plus point, le chant et les paroles en étaient remplis en fautes ; il était d'ailleurs on ne plus mal composé et ne valait absolument rien presque sous aucun rapport[7]. »

Cette description de saint Bernard restait inexplicable jusqu'à une identification d'Alicia Scarcez[6] présentée en 2011. La musicologue trouva ceux qui concernent parmi tous les quatre antiphonaires conservés auprès de l'abbaye de Westmalle. D'ailleurs, Dom René-Jean Hesbert avait découvert qu'en dépit d'une immense uniformité du chant grégorien ancien, il y a deux groupes de manuscrits dont les textes et notations demeurent delicament différents. Il s'agit du groupe est ou germanique ainsi que du groupe ouest ou latin. Scarcez identifia que les antiphonaires WA I et WB I étaient les manuscrits germaniques issus d'Harding tandis que ceux de WA II et de WB II étaient exactement l'édition latine de saint Bernard.

L'ordre de Cîteaux avait, en effet, adopté la tradition latine, issue de son origine, abbaye Notre-Dame de Molesme. Aussi, une fois utilisé, l'antiphonaire remanié à Metz provoqua-t-il un gros conflit auprès de cet ordre. Les moines considéraient que l'édition commettait plein d'erreurs, comme saint Bernard en écrivait. Même le supérieur était désaccord. On comprend qu'à la suite du décès de l'abbé Harding, un nouveau remaniement ait été chargé à saint Bernard. Il s'agissait de la deuxième réforme cistercienne, afin de rétablir la tradition latine. Les antiphonaires WA II et WB II étaient ses œuvres.

De nos jours, la science sémiologie grégorienne explique une excellente qualité du chant grégorien original, composé plus anciennement et trouvé dans les manuscrits copiés au Xe siècle. Cependant, au XIIe siècle, la communauté de saint Bernard n'appréciait plus cette version ancienne et authentique, sous influence de l'évolution musicale de l'époque.

En résumé, si les antiphonaires WA I et WB I n'étaient pas ceux de chant messin original, ces manuscrits conservent sa caractéristique à la base des documents anciens consultés à Metz.

Évolution de l'identification de l'origine du chant grégorien, chant messinModifier

Au Moyen Âge, toujours attribué à saint GrégoireModifier

Évolué en tant que chant grégorien, mais l'usage de la dénomination cantilena metensis (chant messin) restait en Gaule[8],[metz 1], à la mémoire de l'origine auprès de l'école de Metz.

Au contraire, au Moyen Âge, quasiment personne ne douta l'origine issue de saint Grégoire. Car, afin de réunir son vaste royaume, la dynastie carolingienne bénéficiait spontanément de l'autorité de saint Grégoire. Aussitôt, le poème Gregorius præsul apparut dans les manuscrits en Gaule. Les livres de chant, encore manquant de notation, mentionnaient le nom de saint Grégoire dans leur titre, tel l'Antiphonaire du Mont-Blandin, copié vers 800. Leurs effets et influences demeuraient énormes, jusqu'au XXe siècle.

Vers l'origine du chant messin authentiqueModifier

Mais la Renaissance évoluait la consultation scientifique selon les manuscrits. En 1571, Jacques de Pamele identifia, avec sa publication de la Liturgicon Ecclesiæ Latinæ, que les sacramentaires attribués à saint Grégoire le Grand ne sont autres que des manuscrits tardifs, à partir de la fin de VIIIe siècle[9].

Si le chant grégorien subissait, après la Renaissance, un déclin considérable en tant que plain-chant, quelques religieux cherchaient son origine authentique. Surtout Léonard Poisson savait exactement :

« Pour procurer un tel bien, & éviter les défauts dont nous venons de parler, il faut consulter ce qu'il y a par-tout de meilleurs Chants, sur-tout les Anciens. Mais quels Anciens, & où les trouver ? Car des Anciens les plus connus, il n'y a plus guère parmi nous que le Romain avant sa reforme, & le Gallican. Il serait avantageux sans doute d'avoir dans leur pureté les Chants anciens jusqu'au dé-là du temps de S. Grégoire le Grand : mais où trouver le Chant de ces siècles reculés dans sa pureté, & comment le reconnaître, depuis le mélange qu'y ont introduit les Italiens & les Gaulois, les uns & les autres ayant confondus l'Italien & le Gallican dès le 9, 10 & 11 siècle, comme l'a si judicieusement remarqué M. Le Beuf dans son Traité Historique du Chant d'Église ? On ne peut donc se mieux fixer pour les Anciens qu'à ce du siècle de Charlemagne & des deux siècles suivants. C'est dans ce qui nous reste des ouvrages de ce temps, qu'on trouve les vraies principes du Chant Grégorien. Il faut les étudier & se remplir de leurs mélodies ; car ces premiers Maîtres tenaient leur Chant des Romains, ... »

— Traité théorique et pratique du plain-chant, appelé Grégorien, p. 8 (1750)[10]

Comme, à cette époque-là, les neumes n'étaient plus indéchiffrables, il est probable que Poisson trouvait ceux qui concernent dans des documents historiques et des notations tardives. Et non par une analyse scientifique selon les manuscrits les plus anciens, en dépit de son intention.

Puis, le 3 mai 1859, Paul-Georges-Marie Dupont des Loges en fonction de l'évêque de Metz fit dénoncer la restauration de la liturgie romaine dans son diocèse, par mandement qui documentait avec soin et précision l'origine du chant messin[metz 2]. Toutefois, la voix n'arriva pas au Saint-Siège. En effet, Rome connaissait, à cette époque-là, la vague du mouvement cécilien. Sous l'autorité de saint Grégoire le Grand et de Palestrina, faussement attribuée, l'édition médicéenne était toujours respectée. L'édition de Ratisbonne, néo-médicéenne, gardera son privilège durant 30 ans, jusqu'en 1901.

Encore un long chemin au XXe siècleModifier

L'origine du chant grégorien en Gaule était entièrement oubliée, lorsque l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes commença à restaurer le chant grégorien. Ainsi, l'abbé Dom Paul Delatte écrivit en 1901 au pape Léon XIII : « Le Premier volume publié [en 1889] fut un Antiphonale Missarum de la Bibliothèque de cette abbaye de Saint-Gall qui reçut directement de Rome, vers 790, le chant romain[11]. »

En 1950, lors du premier Congres international de musique sacrée à Rome, Bruno Stäblein, musicologue allemand, proposa une identification des manuscrits anciens, découverts aux archives du Vatican en 1890 par Dom André Mocquereau. Pour la première fois, il donna une explication raisonnable : ces deux lignes différentes pour le même rite romain peuvent être expliquées par l'ancienneté du chant nouvellement découvert. À savoir, à la ville éternelle, il existait deux types du chant romain, ancien et nouveau. Le chant grégorien fut composé, selon lui, plus tardivement tandis que l'autre avait été créé auparavant. Afin de distinguer ces deux chants romains, il révéla la dénomination chant vieux-romain. Pourtant, il attribuait encore l'origine de tous ces deux chants à Rome[huglo 2].

Cette proposition ouvrit une vaste discussion pour l'origine du dit chant grégorien, avec toutes les possibilités. Stäblein, quant à lui, attribuait toujours son origine à Rome, même en 1972, et non aux royaumes francs[huglo 2]. L'éditeur du Grove Dictionary of Music and Musicians ne put pas, en 1980 encore, donner sa conclusion pour sa nouvelle édition. Il se contentait de présenter ces avis variés de spécialistes, en 5 pages (p. 693 - 697)[huglo 1].

Mais après cette date, il devint de plus en plus évident qu'à la suite des études approfondies du Sacramentarium Gregorianum Hadrianum, des lectionnaires romains et de l'antiphonaire romain, il existait, à partir de la fin du VIIIe siècle, l'émigration des livres liturgiques du rite romain, de Rome vers le nord de la Gaule. Pareillement fut scientifiquement établi le phénomène d'hybridation entre le chant vieux-romain et le chant gallican[huglo 1]. L'origine en Gaule devint indiscutable.

Il est normal que la dénomination grégorien ne soit plus convenable pour cette origine confirmée. Aussi le terme chant messin, déjà employé par Peter Josef Wagner[12] en 1904, est-il plus fréquemment en usage[1]. Or, devant une très forte tradition de la dénomination ancienne avec l'autorité légendaire de saint Grégoire, l'usage de ce mot, plus scientifique, reste assez modeste. D'où, celui-ci est normalement utilisé pour le chant en incubateur à Metz.

Notation musicaleModifier

I. Dans le sens strict, la notation du chant messin n'existait pas, car au IXe siècle, lors de la création de ce chant, la notation musicale n'existait pas encore. Alors que le Xe siècle connaissait son immense évolution, le signe musical du siècle précédant n'était autre qu'une petite trace.

II. Cependant, la région donna naissance, dans la deuxième moitié du IXe siècle, à l'un des premiers pas des neumes, issus de l'écriture littéraire. Le témoin le plus ancien des neumes grégoriens, si primitif, se conserve à la bibliothèque municipale de Valenciennes (manuscrit 148, folios 71v et 72r). La notation messine s'illustrait de sa qualité, notamment de sa capacité d'indication rythmique, jusqu'à ce que le notation carrée achève définitivement une uniformité au XVe siècle. Le manuscrit Laon 239 (Xe siècle) demeure l'un des meilleurs manuscrits du chant grégorien authentique, même de nos jours. Le graduel de Bellelay aurait été copié entre Laon et Namur . Il s'agit d'un manuscrit vraiment important de la notation messine en quatre lignes du XIIe siècle. Il ne s'agissait pas de la notation du chant messin, étant donne que les mélodies contenues dans les manuscrits tel le Laon 239 se trouvent dans d'autres traditions, d'autres régions, donc déjà mélodies grégoriennes.

Article détaillé : Notation musicale grégorienne.

Notes et référencesModifier

  1. a et b https://books.google.fr/books?id=ejQRAwAAQBAJ&pg=PA242 note n° 3 : « Ce jugement est d'ailleurs confirmé par le biographe anonyme de Charlemagne (de cette même fin du 9e siècle), d'après duquel on disait simplement « cantilena Metensis » pour désigner le chant d'église, dans les contrées franques où on parlait le latin. »
  2. https://irht.hypotheses.org/3612
  3. http://www.brepols.net/Pages/ShowProduct.aspx?prod_id=IS-9782503579788-1
  4. https://data.bnf.fr/12566001/philippe_bernard/
  5. Daniel Saulnier, Le chant grégorien, p. 9, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003
  6. a et b https://data.bnf.fr/fr/16569704/alicia_scarcez/
  7. http://fr.scribd.com/doc/58813264/Saint-Bernard-Oeuvres-completes-Charpentier-Trad-1865-Volume-2 voir p. 533 - 544
  8. https://books.google.fr/books?id=orZeAAAAcAAJ&pg=PA59 « ecclesiastica cantilena dicatur metensis » (Stromatheus tragicus de gestis Caroli Magni, vers XVe siècle)
  9. Voir Sacramentarium Gregorianum Hadrianum
  10. https://books.google.fr/books?id=icA9AAAAcAAJ&pg=PA8
  11. Pierre Combe, Histoire de restauration du chant grégorien d'après des documents inédits, p. 484
  12. https://data.bnf.fr/fr/12166366/peter_josef_wagner/

Références bibliographiquesModifier

  1. p. 8, note n° 1 et 2
  2. p. 1 - 14
  • Michel Huglo, La recherche en musicologie médiévale au XXe siècle, dans la revue Cahiers de Civilisation Médiévale, année 1996, n° 39 - 153/154, p. 67 - 84 [lire en ligne]
  1. a b et c p.  74
  2. a et b p.  73

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • Site de la Scola metensis et du CEGMFormation musicale émanant du Centre d'Etudes Grégoriennes de Metz. Le CEGM poursuit la recherche sur le chant grégorien depuis 1975, à partir des manuscrits médiévaux. La Scola metensis utilise le fruit de ces recherches pour recréer les œuvres les plus représentatives du chant messin.