Chant du cygne

plus belle et dernière chose réalisée par quelqu’un avant de mourir

Le chant du cygne (en grec ancien κύκνειον ᾆσμα / kúkneion âisma), expression en usage en France depuis le milieu du XVIIIe siècle[1], désigne la plus belle et dernière chose réalisée par quelqu’un avant de mourir. En art, il s'agit donc de la dernière œuvre remarquable d’un poète ou d’un artiste.

Le Chant du cygne, gravure de 1655

OrigineModifier

Cette expression trouve son origine dans l'Antiquité, avec une première mention attestée chez le philosophe grec Platon, qui met ces mots dans la bouche de Socrate, condamné à mort par la cité d'Athènes en 399 avant notre ère, dans le Phédon[2],[3].

« Eh ! mon cher Simmias, reprit Socrate, en souriant doucement, à grand'peine persuaderais-je aux autres hommes que je ne prends point pour un malheur l'état où je me trouve, puisque je ne saurais vous le persuader à vous-mêmes et que vous me croyez plus difficile à vivre en ce moment qu'auparavant. Vous me croyez donc, il paraît, bien inférieur aux cygnes, pour ce qui regarde le pressentiment et la divination. Les cygnes, quand ils sentent qu'ils vont mourir, chantent encore mieux ce jour-là qu'ils n'ont jamais fait, dans la joie qu'ils ont d'aller trouver le Dieu qu'ils servent. Mais les hommes, par la crainte qu'ils ont eux-mêmes de la mort, calomnient les cygnes, en disant qu'ils pleurent leur mort, et qu'ils chantent de tristesse. Et ils ne font pas cette réflexion, qu'il n'y a point d'oiseau qui chante quand il a faim ou froid, ou qu'il souffre autrement, non pas même le rossignol, l'hirondelle ou la huppe, dont on dit que le chant n'est qu'un effet de la douleur. Mais ces oiseaux ne chantent nullement de tristesse, et encore moins, je crois, les cygnes, qui, appartenant à Apollon, sont devins ; et comme ils prévoient les biens dont on jouit dans l'autre vie, ils chantent et se réjouissent plus ce jour-là qu'ils n'ont jamais fait. Et moi, je pense que je sers Apollon aussi bien qu'eux, que je suis comme eux consacré à ce Dieu, que je n'ai pas moins reçu qu'eux de notre commun maître l'art de la divination, et que je ne suis pas plus fâché de sortir de cette vie »

— Platon, Phédon, 84 e

Le chant du cygne est également mentionné dans une fable attribuée à Ésope : un cygne muet, sentant venir sa mort, chanta pour la première fois une mélodie de la manière la plus merveilleuse qui soit.

Cette légende est d'ailleurs connue de Pline l'Ancien, qui la contredit dans son Histoire naturelle :

« On dit qu'au moment de mourir les cygnes font entendre un chant admirable ; erreur, je pense : c'est du moins ce qui résulte pour moi de quelques expériences.
(Olorum morte narratur flebilis cantus, falso, ut arbitror, aliquot experimentis.) »

— Pline l’Ancien, L’Histoire naturelle, livre X, chapitre XXXII

ŒuvresModifier

The silver Swan, who living had no Note,
when Death approached, unlocked her silent throat.
Leaning her breast upon the reedy shore,
thus sang her first and last, and sang no more:
"Farewell, all joys! O Death, come close mine eyes!
"More Geese than Swans now live, more Fools than Wise."

(Le cygne d'argent, qui vivant ne chantait pas / quand la mort approcha, libéra sa gorge silencieuse. / Penchant sa poitrine au dessus des roseaux du rivage / chanta ainsi pour la première et dernière fois, et ne chanta plus : / "Adieu, toutes joies ! Ô Mort, viens fermer mes yeux ! / Plus d'oies que de cygnes vivent maintenant, plus de fous que de sages.")

UtilisationModifier

Au sens figuré, le terme est employé pour indiquer que l’on va prendre congé de personnes avec qui une période de temps a été partagée[réf. nécessaire].

Cette expression s’applique également aux personnages politiques dont on sent qu’ils veulent réaliser une dernière grande action avant la fin de leur carrière.

Notes et référencesModifier

  1. Claude Duneton, « Le plaisir des mots », sur lefigaro.fr, (consulté le )
  2. Sonia Darthou, « " Le chant du cygne " », sur www.historia.fr, (consulté le )
  3. Traduction de Dacier et Grou, notes d'E. Chauvet et A. Saisset - Charpentier, Paris (1873)

Voir aussiModifier