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Château des Ternes (Paris)

château fort français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Château des Ternes (Les Ternes).

Château des Ternes
Image illustrative de l’article Château des Ternes (Paris)
Protection  Inscrit MH (1949)
Coordonnées 48° 52′ 51″ nord, 2° 17′ 35″ est
Pays Drapeau de la France France
Région historique Île-de-France
département Seine
commune Paris (17e)

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Château des Ternes

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Château des Ternes

Le château des Ternes est un château situé dans le 17e arrondissement de Paris [1].

Situation et accèsModifier

Le château est situé aux nos 17-19 rue Pierre-Demours et no 28 rue Bayen dans le 17e arrondissement de Paris.

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HistoriqueModifier

La première mention connue de ce lieu remonte au Moyen Âge, dans un titre de l'abbaye de Saint-Denis daté de 1320, qui parle d'une « villam externam », autrement dit une ferme externe à l'enceinte de la ville, située entre le Roule et le bois de Boulogne[2]. Durant la guerre de Cent Ans, la ferme de l'Esterne est entièrement reconstruite par son propriétaire, Pierre Jourdaing, qui ceint son domaine de solides murailles.

Un procès opposera le seigneur de Clichy et l'abbaye de Saint-Denis concernant les prérogatives des droits seigneuriaux du fief. La limite du hameau étant le tracé de l'actuelle rue Laugier.

En 1548, Pierre Habert (mort en 1597), maître écrivain français né à Issoudun, valet de chambre du roi, conseiller du roi et secrétaire de sa Chambre, frère du poète François Habert, achète la ferme de l'Esterne, qu'il aménage en une demeure plus vaste, flanquée de deux tourelles et d'un pont-levis, enjambant les fossés. Son petit-fils, Isaac Habert, en devint propriétaire et seigneur reconnu, lorsque le roi Louis XIII érigea cette terre en fief par ordonnance royale de 1634. À la fin du XVIIe siècle, le lieu compte cinq maisons dont trois forment le château.

En 1715, Pomponne de Mirey (mort en 1740), conseiller et secrétaire du roi[3], trésorier de l'administration des finances, receveur des consignations, seigneur du Blanc-Mesnil, achète et rebâtit le château sous la forme d'un manoir entouré d'un parc qui prend l'apparence actuelle, après suppression des fossés et du pont-levis[4].

Pomponne de Mirey meurt le 21 avril 1740 au château de Ternes. En septembre 1740, ses deux filles, Jeanne Mirey et Élisabeth Mirey, vendent pour 80 000 livres le domaine à Pierre Grégoire Masse, issu d'une riche famille d'orfèvres, qui vend la parcelle touchant la plaine des Sablons où se trouve un pavillon en tourelle construit lors de la Guerre de Cent Ans, dont le nouveau propriétaire fait construire le château des Sablons, avec cour, jardins et dépendances. Il meurt sans descendance au château des Ternes le 9 novembre 1766. Il a laissé comme seule héritière sa sœur, Madeleine, mariée à Louis-Henry Veron. Conformément à la volonté de son frère, elle vend le château 150 000 livres à Ange Laurent Lalive de Jully et Marie-Louise de Nettine, son épouse[5]. Il habitait un hôtel particulier de la rue Ménars, mais d'un équilibre psychologique fragile, victime de crises de neurasthénie à partir de 1767, il avait acheter le château des Ternes pour profiter de l'air pur et du calme de la campagne[6]. Il y a habité 18 mois et y a fait des transformations.

Sa femme a revendu la propriété le 30 avril 1771 à Louis-François de Galliffet (1695-1778), chevalier, seigneur de Marcilly depuis qu'il a acheté le château le 18 juillet 1722 et qu'il a fait reconstruire en 1745-1749 (détruit à la Révolution). Il est le fils d'Alexandre III de Galliffet qui possède des sucreries à Saint-Domingue où il meurt le 14 mai 1719. Avec l'argent des sucreries de Saint-Domingue il va avoir une véritable frénésie d'achats de seigneuries. Il a acheté en 1739 la baronnie de Preuilly (Indre-et-Loire), le château d'Azay-le-Ferron, la terre de la Morinière, les seigneuries de Buoux et de Bonnieux en 1753, de Salernes (Var) en 1765. En Champagne, en plus de la seigneurie de Marcilly il possédait les seigneuries de Villiers-aux-Corneilles, de la Celle, de Fontaine-Denis, Missy, les Caves, Esclavolle, Potangis, Lavau, Port-Sainte-Marie, Culoison et Mornay. Il avait acheté la principauté de Martigues au duc de Villars en 1770/1772[7]. Il s'était marié en 1730 avec Denise Élisabeth Pucelle, décédée en 1761, dont il n'avait pas eu d'enfants. Le 4 septembre 1765, il rédige son testament. Il transmet à son cousin Simon Alexandre Jean de Galliffet l'usufruit de tous ses biens, meubles et immeubles, et laissé leur propriété au fils de ce dernier, Louis François Alexandre de Galliffet, après le décès de son père. Il a probablement organisé le mariage de Louis François Alexandre de Galliffet avec sa cousine, Marie Louis de Galliffet, alors âgée de moins de 16 ans, par contrat du 30 mars 1772 signé du roi et des princes de la famille royale. Louis-François de Galliffet meurt dans son hôtel de le rue de Varenne dans la nuit du 3 au 4 mai 1778[8],[9].

Les Ternes comptent alors deux châteaux et, en 1775, le hameau se compose de dix huit feux.

Louis François Alexandre de Galliffet vend le château des Ternes le 11 août 1778 à Joseph Normand, bourgeois de Paris, pour la somme de 170 000 livres. Mais ce dernier déclare le jour de la vente qu'il est un prête-nom et agit pour le compte de Nicolas Lenoir, Jean-Baptiste Servat et Charles-Nicolas Rolland qui achètent le château des Ternes et son parc furent en indivision. L'architecte Lenoir avait racheté les parts de ses compères en 1781. Il le remania en faisant élever une muraille, divisant la propriété en quatre parcelles, ouvrant une voie sous le château, nommer la rue de l'Arcade, devenue la rue Bayen après l'annexion en 1864, viabilisa le parc et l'a morcelé en de nombreuses parcelles. Il vendit la grille de l'entrée du château à Jean-Baptiste-Jacques Élie de Beaumont qui l'a fait installer à son château de Canon, où elle est toujours conservée[10],[11].

Les quatre parcelles sont vendues :

  1. la partie droite du château est vendue le 26 novembre 1781 à Antoine Baumé, pharmacien et chimiste ;
  2. une parcelle de 2 arpents est vendue le 2 avril 1785 à la « Société des fers préparés à l'abri de la rouille » pour laquelle il va construire les premiers bâtiments industrielles des Ternes ;
  3. la partie gauche du château et les écuries sont vendues le 12 septembre 1785 à François-Marie Grivois, dit Grivois aîné, « caissier du grand comptant du Trésor royal »;
  4. la dernière par le 22 juillet 1787.celle est vendue.

La partie gauche du château est revendue le 15 octobre 1793 par Grivois aîné à Antoine-Joseph Raup Baptestin. Ce dernier la revend le 1er prairial an III (20 mai 1795) à Richard Codman, citoyen américain originaire de Boston. Il a fait dans cette partie du château de nombreux aménagements intérieurs. Le château est racheté le 28 prairial an V (14 juin 1797) par Robert Lyle, un autre citoyen américain, qui le revend le 13 floréal an VI (2 mai 1798) à Raphaël Avezedo. Denis-Charles Benoist l'acquiert le 6 prairial an VIII (26 mai 1800) et rattache cette parcelle à celle contigüe qu'il avait achetée auparavant. Il a conservé la propriété jusqu'à son décès le 24 septembre 1810. Elle est achetée le 10 novembre 1814 par le général comte Dupont de l'Étang et la comtesse.

La partie droite du château est revendue par le pharmacien Baumé le 15 fructidor an IV (1er septembre 1796) à Jacques-Philippe Follope, banquier à Paris, mais passait déclaration de commande au profit de Joseph-Alexandre Bergon pour la moitié du bien. À la suite d'un partage, le comte Bergon, directeur général des Eaux et Forêts, devient le seul propriétaire de la partie droite du château. De son mariage avec Jeanne Françoise Grâce Isnard, il a eu une fille en 1787, Jeanne Joséphine Grâce Bergon qui s'est marié le 26 décembre 1804 avec le général comte Dupont de l'Étang. Au décès du comte Bergon, le 16 octobre 1824, sa fille hérite de la partie droite du château qui se trouve de nouveau réunit en un seul propriétaire. Le général Dupont de l'Étang décède le 7 mai 1840, sa fille Mme de Richemont a hérité de la partie gauche du château, sa mère en ayant l'usufruit et la propriété de la partie droite. La comtesse Dupont de l'Étang décède au château des Ternes le 13 juin 1858. Sa fille, Mme de Richemont, était morte dix ans plus tôt. Monsieur de Richemont ne survécu à sa belle-mère qu'un an. La propriété du château entraîne alors un nouveau morcellement.

Nicolas Lenoir construisit une série de bâtiments pour la Manufacture des Ternes, usine de fers construits à l'abri de la rouille[12]. Les gestionnaires, Bernard et de Cauler, avaient un privilège exclusif en date du [13]. Le , Lenoir avait vendu le terrain devant maître Farmain. La construction avait été estimée par des architectes-jurés au cours de cent cinq vacations, en 1785-1786, à un montant global de 88 048 livres. La Révolution va créer la commune de Neuilly-sur-Seine, à laquelle le hameau des Ternes est rattaché[14]. Le 6 floréal an IX (24 avril 1801), Monclar, directeur de l'entreprise, devenait le seul propriétaire de la manufacture en la rachetant par adjudication, moyennant 136 000 livres et les dettes de l'ancienne manufacture. Il fabriquait des « couvertures de kiosque, des guérites, des corps de garde, des terrasses, des auvents, des faîtages, des chaîneaux [sic], des lucarnes, des tuyaux »[15].

Cette année IX, le Comité de salut public avait réquisitionné les lieux (terrain et usine) auxquels il avait ajouté six arpents achetés au comte de Peyre pour installer une poudrerie[16].

Jean-Antoine Chaptal acquit le domaine des Ternes par adjudication des 29 fructidor et 3e jour complémentaire de l'an VI (15 septembre 1798)[17]. Dans l'acte de vente il était précisé qu'il s'agissait « d'un enclos & batimens dit les Thernes sis plaine des Sablons, canton de Clichy, provenant du Domaine ». L'usine fut installée sur un vaste terrain de quatre hectares entre la rue de l'Arcade et le chemin de la Révolte. L'emplacement était limité au nord par la grande route de Saint-Cloud à Compiègne, ou route de la Révolte, et au sud elle jouxtait des maisons et des jardins. La rue de l'Arcade à l'est, et celle de Villiers à l'ouest, formaient les dernières limites. On fabriquait des acides sulfuriques et oxaliques, du sel d'étain, du sulfate de fer, du pyrolignite de fer et de l'alun. Avec les crises commerciales et la gestion difficile de l'entreprise, les usines furent hypothéquées en juillet 1830. L'usine des Ternes fut mise en vente à l'audience du tribunal civil de la Seine, après jugement rendu le 16 juin 1830 à la requête de Jacques Lafitte. L'ensemble du domaine appartenant aux Chaptal fut divisé en huit lots. Cette usine avait été le fleuron de l'industrie chimique au cours des premières décennies du XIXe siècle. En 1816, elle fonctionnait avec un budget de près d'un million de francs sur un terrain de trois hectares, et employait cent cinquante ouvriers[18]. En 1856, la congrégation de Sainte-Croix reprend une petite école religieuse qui s'était établie dans le château des Ternes et crée ainsi son troisième collège en France (après Le Mans et Saint-Brieuc). Ce collège prend le nom de collège de Sainte-Marie au château des Ternes. Devant son succès, les locaux deviennent trop petits et le collège se transporte à Neuilly-sur-Seine en 1867, où il prend le nom de collège Notre-Dame de Sainte-Croix de Neuilly[19].

En 1858, les deux parties du château sont réunies grâce à la famille de Saint-Senoch.

L'abbé Pierre y fit venir des sans-logis qui se chauffèrent pendant l'hiver 1954 en brûlant les parquets à la Versailles arrachés aux pièces du château[20]. Les bâtiments furent déclarés d'utilité publique en 1956 et devinrent successivement propriété de l'Assistance publique, puis de la ville de Paris.

Une partie du bâtiment est aujourd'hui une crèche municipale.

Ce bâtiment fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [1]. Auparavant, ce bâtiment avait inscrit au titre des monuments historiques en 1928, puis radié en 1931[21].

ArchitectureModifier

L'édifice comprend un avant-corps, percé de grandes baies, en plein cintre, et deux ailes en retrait. La façade est d'inspiration classique avec angles à refends, grandes baies vitrées en plein cintre, sur deux niveaux et combles mansardés. Le pavillon central formant l'avant-corps fut éventré par l'architecte Nicolas Lenoir pour y faire passer un chemin, puis une rue.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Notice no PA00086719, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Note : Le nom de villam externam a donné le nom du quartier des Ternes.
  3. De 1701 à 1740. Charge anoblissante.
  4. Plaque historique scellée sur le trottoir devant le château par la ville de Paris.
  5. C. Leroux-Cesbron, « La Live de Jully, propriétaire du château des Ternes », dans Bulletin historique et archéologique des VIIIe et XVIIe arrondissements, 1917-1919, p. 45-61
  6. Jean-François Delmas, « Le mécénat des financiers au XVIIIe siècle : étude comparative de cinq collections de peinture », dans Histoire, économie & société, 1995, tome 14, no 1, p. 54, 64
  7. France Archives : Fonds Galliffet (XIIIe-XXe siècle)
  8. Christian Taillard, Philippe Béchu, « Les châteaux de Marcilly-sur-Seine au XVIIIe siècle », dans Bulletin Monumental, 2003, tome 161, no 2, p. 144 (lire en ligne)
  9. François-Alexandre Aubert de La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, chez Antoine Boudet, Paris, 1774, tome VII, Galliffet, p. 53, 54-55 (lire en ligne)
  10. Franck Beaumont, Guide du Patrimoine - Guide du promeneur Paris 17e.
  11. M. Moulin-Vicaire, « Élie de Beaumont et le château de Canon de 1768 à 1786 », dans Annales de Normandie, 1958, tome 8, no 3, p. 341, 344 (lire en ligne)
  12. « Fer », in Le savoir, tome I, 1788, p. 415.
  13. Archives nationales, F12/1307.
  14. Il sera après plusieurs demandes rattaché à la ville de Paris en 1860.
  15. Lettre de Monclar à Chaptal, ministre de l'Intérieur, 9 ventôse an IX, Archives Nationales, F12/1307.
  16. Archives nationales, MC/ET/.
  17. Archives nationales, MEC/ET/CXIV, 155, Me Labie, extrait du registre des recettes du prix de ventes d'immeubles du bureau des 1er et 2e arrondissements de Paris, folio 28 et 32.
  18. Georges KERSAINT, Mémoire, inconnu, inconnu, signalé dans le compte rendu de l'Académie des Sciences, mars 1961., , 1407 - 1409 p.
  19. Collectif, Sainte-Croix, Imprimerie Tournon, Paris, 1964, p. 69.
  20. François Thévenin, Evous, 4 mars 2005.
  21. Procès-verbaux de la Commission du Vieux Paris, 27 juin 1931, p. 112 (lire en ligne)

AnnexesModifier

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SourcesModifier

  • Exposition du 2 janvier au 2 mars 2014, réalisée par le service Archives-Documentation de la ville de Neuilly-sur-Seine[réf. non conforme] ;
  • de Bouchevret, Factum pour Pomponne Mirey… , secrétaire de la Cour, et Jean-Pierre Varney,… receveurs des consignations des requestes du Palais, défendeurs, contre Aymé-Jean Langlois,… demandeur…, Imp. de J. Quillau, 1714.

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Anatole France, Le Lys rouge, 1894.
  • Plan cadastral section des Ternes de 1805, Archives municipales de Neuilly-sur-Seine, 11F1-11.
  • Paul Jarry, Le château des Ternes, dans Bulletin historique et archéologique des VIIIe et XVIIe arrondissements, janvier-juin 1912, p. 52-61
  • « Les Ternes et son château », p. 111-117, et « Le château des Ternes et son hameau au XIXe siècle », p. 129-131, dans sous la direction d'Alain Lemoine et Rodolphe Trouilleux, Des Ternes aux Batignolles, Délégation à l'Action Artistique de la Ville de Paris, Paris, 1986, (ISBN 2-905118-04-0)  

IconographieModifier

  • Paulin Bertrand (1852-1940), Château des Ternes, peinture sur le tympan du vestibule de l'hôtel de ville de Neuilly-sur-Seine ;

Article connexeModifier