Château de Falaise

château fort français

Le château de Falaise dit château Guillaume-le-Conquérant est un ancien château fort, du Xe siècle, qui se dresse sur la commune française de Falaise, dans le département du Calvados, en région Normandie.

Château de Falaise
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Présentation
Type
Style
Construction
XIIe siècle-XIIIe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
Propriétaire
Ville de Falaise (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Patrimonialité
Site web
Localisation
Adresse
Coordonnées

Le château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].

LocalisationModifier

Le château est situé sur un éperon rocheux au sud-ouest de la ville de Falaise, dans le département français du Calvados. La cluse de l'Ante sépare le promontoire étroit du château au sud, du mont Mirat (Myrrah) au nord.

HistoriqueModifier

Les premières traces de fortifications en pierre, partiellement appareillées en arête-de-poisson, datent du Xe siècle, ce qui fait du château de Falaise l'un des premiers châteaux normands en pierre[2]. La datation du front Est au carbone 14 a en effet permis d'établir la construction d'une première enceinte maçonnée entre 960 et 1020[3], peut-être sous Richard Ier de Normandie, mais plus vraisemblablement sous son fils, Richard II.

En 1027, Robert le Libéral, alors comte d'Hiémois, entre en rébellion contre son frère et duc de Normandie Richard III, et s'enferme dans la forteresse. Le duc vint l'assiéger. Guillaume de Jumièges écrit qu'il fit « sans cesse jouer les béliers et les balistes », preuve de la fortification du lieu. Peu de temps après le début des combats, Robert décide de se rendre et les deux frères se réconcilient[4]. C'est également cette même année que naît au château Guillaume le Bâtard, le futur Guillaume le Conquérant[5].

Le château a connu trois grandes phases de constructions différentes, il en résulte trois donjons :

Le premier est un donjon-palais, c'est le « grand donjon », de plan quadrangulaire typique de l'architecture anglo-normande (cf. Tour de Londres). Il fut érigé vers 1123-1125[2] par Henri Ier Beauclerc[6], quatrième fils de Guillaume le Conquérant. Le premier étage — l'espace ducal — est composé des pièces traditionnelles de l'habitat seigneurial médiéval : la Grande-Salle, pièce de réception (en latin aula), la chambre, pièce de vie privée (camera), la chapelle (capella)[7]. Dans les salles, on trouve des traces d'une cuisine et de lieux où étaient stockés les vivres en cas de siège. Ce donjon repose partiellement sur des murs maçonnés formellement identifiés comme appartenant à l'ancien donjon de l'époque de Guillaume le Conquérant[8].

Le second donjon fut probablement voulu et financé par Henri II Plantagenêt[9]. On sait que le nouveau duc-roi a passé Noël 1159 au château de Falaise en compagnie de sa femme, Aliénor d'Aquitaine, et de sa cour[10]. Le nouvel élément est également quadrangulaire, ses dimensions sont plus modestes, il agrandit l'espace habitable : c'est le « petit donjon ». Sa position à l'opposé de l'entrée du grand donjon en fait un ouvrage plus d'agrément que de défense[11]. Selon Bernard Beck, c'est une fois la guerre de Cent Ans finie que le « Petit Donjon » a été percé de deux baies, mais aussi de canonnières[12].

Enfin, le troisième donjon fut bâti en 1207[13] par le roi de France Philippe Auguste, à la suite de l'annexion du duché de Normandie au domaine royal par son armée[14]. Philippe Auguste avait pu s'emparer du château à la suite de la défection de Louvrecaire, un chef de mercenaires gascons, en 1204, après un siège de huit jours seulement. Il fait aussitôt compléter la forteresse d'un nouveau donjon, comme il l'avait fait à Gisors, Verneuil (tour Grise), Vernon, Lillebonne, Caen[12]. Accolée au « petit donjon », c'est une grosse tour de plan circulaire, la « tour Talbot[note 1] », à vocation uniquement défensive, qui est construite selon les prescriptions des ingénieurs militaires du roi de France, reprenant les principes de l'architecture castrale philippienne.

En 1417, le , le roi Henri V d'Angleterre entame le siège de la place défendue par deux capitaines, Olivier de Mauny dans la ville et Gilbert de la Fayette dans la forteresse. Ils résistèrent trois mois, mais à bout de ressources la ville dut se rendre en [15].

Vers 1430-1440, les Anglais renforcent la courtine est, la plus vulnérable[12].

Lors des guerres de Religion, la forteresse est disputée entre Montgomery et le maréchal de Matignon[12].

Le château, abandonné au XVIIe siècle, sert de carrière de pierre. Les étages supérieurs du donjon sont détruits. De 1809 à 1944, le collège de Falaise s'établit entre les murs du château. Entre-temps il est classé au titre des monuments historiques en 1840[1]. L'architecte, Victor Ruprich-Robert (disciple de Viollet-le-Duc) entame, à partir de 1864, une campagne de restauration qui sauve les donjons de la ruine[note 2]. Les donjons furent peu touchés par les bombardements alliés lors des combats de la Poche de Falaise qui ont rasé les bâtiments modernes, mais également la chapelle romane qui se trouvait au centre de l'esplanade.

Entre 1987 et 1997, les donjons ont fait l'objet d'une restauration de la part de Bruno Decaris, architecte en chef des monuments historiques du Calvados. Il a réalisé une version moderne de l'avant-corps du grand donjon dont les fondations étaient connues. Cette reconstruction fut controversée[16] car elle utilise de l'acier et du béton armé verni. En accord avec la charte de Venise, l'utilisation de tels matériaux pour restaurer un château médiéval vise à informer le visiteur de l'actualité de la réalisation[17]. À l'issue des recours judiciaires liés à cette restauration, en 2005, Bruno Decaris est condamné à 3 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Caen pour infraction au code de l'urbanisme[18].

DescriptionModifier

On retrouve les premières traces de fortifications datant du Xe siècle sur le front est de l'enceinte castrale. Dans leurs ensembles les éléments visibles aujourd'hui datent principalement des XIIe, XIIIe et XVe siècles[19]. Ces différentes phases de construction sont clairement identifiables, chaque époque ayant vu l'érection d'un donjon.

Le donjon romanModifier

Le premier, qui est le plus grand, correspond à la plus grande phase de construction. Long de 27 mètres, large de 25, le donjon a des murs épais de 4 mètres d'épaisseur et de solides contreforts. Il est divisé en deux par un mur de refend[note 3][12]. L'étage inférieur abrite les celliers, les saloirs, la citerne et un puits, l'étage supérieur qui s'éclaire par des baies romanes géminées, les appartements, avec dans l'angle nord-est, une pièce appelée — à tort — « chambre d'Arlette » et une chapelle palatiale à deux étages au sud-est, dans un saillant du mur. Faisant office de palais, il est construit suivant un plan quadrangulaire. Le premier étage est l'espace ducal qui sert d'habitat au seigneur des lieux. On y trouve la grande salle (l'aula) qui sert pour les réceptions, la chambre du seigneur (la camera) et la chapelle (la capella). On trouve également les traces d'une cuisine et de magasins à vivres. Ce donjon roman repose sur des fondations plus anciennes datant de l'époque de Guillaume le Conquérant. Le dernier étage, réservé à la garnison, ainsi que les tourelles d'angle ont été arasés probablement lors de la construction de la « tour Talbot[20] ».

Le « Petit Donjon »Modifier

Le second, « Le petit donjon », plus court et plus étroit, adopte également une forme quadrangulaire. Il se situe à l'opposé de l'entrée du château située elle dans le donjon roman. De dimensions plus réduites, il n'a pas de réelle vocation militaire et reste avant tout un lieu d'habitation et d'agrément. Il est flanqué à sa base d'une petite construction carrée, qui est de nos jours inaccessible, et qui aurait pu servir de cachot[note 4].

La tour TalbotModifier

Le troisième donjon a une seule vocation, la défense du château. De plan circulaire, il est nommé « tour Talbot », et à une hauteur de 30 mètres[note 5]. La tour est divisée en cinq étages, voutés ou plafonnés. Un puits, logé dans son mur sud est accessible de chacune des salles[12].

L'enceinteModifier

La grande enceinte, allongée en forme de fuseau de part et d'autre de la route de Caen à Alençon, édifiée au XIIIe siècle, suit le rebord de l'éperon. Jusqu'au XVIIIe siècle, sur son côté sud, elle était précédée par es étangs artificiels, remplacés aujourd'hui par la promenade des Bercagnes. L'esplanade ainsi délimitée abritait au Moyen Âge divers bâtiments dont : la chapelle (disparue en 1944), le logis du gouverneur, des casernes, des ateliers, les écuries, une basse-cour et une haute-cour, barrées de murs faisant office de chicanes ralentissant l'accès aux deux puissants donjons, derniers réduits de défense[21]. L'urbanisation et les combats de 1944 en ont sensiblement modifié son aspect. On ignore le nombre exact des tours et leurs dispositions qui la flanquaient. Assez bien conservé au sud (en bordure des nouveaux boulevards), les tours, au nord, plus ou moins ruinées sont souvent closes dans des propriétés privées[15].

On dénombre sept portes qui donnaient accès vers la cité dont : au nord-est la porte Le Comte, vers le val d'Ante, la porte Philippe-Jean, vers Saint-Laurent, la porte Mauduit ou Marescot, rue Clemenceau, toutes à l'état de vestiges. Seule la plus récente, la porte des Cordeliers située au-dessus de la retenue d'eau est assez bien conservée[15].

Le château au XXIe siècleModifier

 
Exemple d'HistoPad.

Restauration et nouveaux équipementsModifier

À partir de la fin des années 2000, l'enceinte castrale du château de Falaise est restaurée de façon à rendre au château son aspect défensif[22].

Depuis , le château s’est doté d’une nouvelle scénographie, axée notamment sur les nouvelles technologies. Les visiteurs peuvent découvrir l’intérieur du château, tel qu’il était probablement au XIIe siècle, grâce à une tablette numérique tactile baptisée HistoPad. Il suffit de tourner sur soi-même, pour que l’architecture médiévale se superpose à l’actuelle[23]. Le château s'est aussi équipé d'HistoCams, des lunettes stéréoscopiques permettant de découvrir, dans le même angle de vue, une représentation en relief de la basse cour du château[24].

Lieu de tournageModifier

En , plusieurs prises furent réalisées au château dans le cadre d'un numéro de l'émission Secrets d'Histoire consacré à Guillaume le Conquérant, intitulé Guillaume le Conquérant : à nous deux l'Angleterre !. L'émission fut diffusé sur France 3 le de la même année[25].

VisiteModifier

le château est ouvert à la visite[26].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Son nom pourrait faire référence soit à une famille falaisienne notable de l'époque ou au maréchal anglais John Talbot, capitaine (ville) du château en 1449.[12]
  2. Il refait notamment le couronnement de la tour Talbot.
  3. Comme à Caen, Chambois, Arquesetc.
  4. C'est peut-être là, que Jean sans Terre, enferma en 1202, son neveu Arthur de Bretagne, et des membres de la famille de Lusignan[12].
  5. Elle préfigure l'énorme tour de Coucy.

RéférencesModifier

  1. a et b « Château fort », notice no PA00111309, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a et b Les dossiers d'archéologie, no 334.
  3. François Savatier, « Falaise, premier château normand en pierre ? », pourlascience.fr, consulté le 12 mai 2015.
  4. Guillaume de Jumièges, Histoire des Normands, Livre VI, Chapitre II.
  5. Stéphane William Gondoin, « Les châteaux forts au temps de Guillaume le Conquérant », Patrimoine normand, no 94,‎ juillet-août-septembre 2015, p. 39 (ISSN 1271-6006).
  6. Stéphane William Gondoin. Châteaux forts de Normandie. éditions OREP, 2006. Page 17.
  7. Claude Wenzler, Architecture du château fort, Ouest-France, Rennes, 1997, p. 11.
  8. Au XIe siècle, le donjon du château de Falaise était, au moins partiellement, maçonné. C'était alors très rare en Normandie. Certains auteurs pensent même que le donjon était totalement en pierre. Voici ce qu'en dit Paul German : « L'efficacité de cette enceinte de pierre et de son donjon, également en pierre, unique dans la région à l'époque, est attestée par de multiples témoignages de la période ducale. » (Paul German. Histoire de Falaise. Éditions Charles Corlet, Condé-sur-Noireau : 1998. p. 58.).
  9. Martin Aurell. L'Empire des Plantagenêt, 1154-1224. Tempus (collection), Perrin édition, Paris : 2004. (Ouvrage de référence sur Henri II et ses fils)
  10. « Au mois de , les deux rois (Henri II et Philippe Auguste) conclurent une trêve et, peu après, Henri II put tenir tranquillement sa cour de Noël à Falaise. » François Neveux. La Normandie des ducs aux rois, Xe – XIIe siècle, Ouest-France Université, Rennes : 1998, p. 527.
  11. « La fonction défensive de ce deuxième ouvrage ne paraît pas affirmée. Alors qu'au même niveau, dans le grand donjon, on s'était contenté d'un éclairage très faible, dispensé par d'étroites meurtrières, le petit ouvrage est percé de grandes ouvertures faisant entrer largement la lumière […] il est clair qu'on se trouvait là, sur l'à-pic du rocher, à l'abri des attaques. » Bruno Decaris, Le château de Falaise, Monuments historiques, Paris, vers 1985, p. 7.
  12. a b c d e f g et h Beck 1986, p. 126.
  13. Michel Hébert et André Gervaise, Châteaux et Manoirs de la Manche, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, , 176 p. (ISBN 978-2-84706-143-7), p. 29.
  14. Roger Jouet, … Et la Normandie devint française. éditions OREP, 2004.
  15. a b et c Beck 1986, p. 127.
  16. Cette controverse a pris fin avec un procès, les parties civiles étaient composées d'habitants et d'associations locales et historiques, dont la Société des antiquaires de Normandie. La controverse fit l'objet d'un article de Marcus Binney dans le Times de Londres du cf. [1]
  17. Charte de Venise, art. 9, en matière de restauration, « tout travail de complément reconnu indispensable pour raisons esthétiques ou techniques relève de la composition architecturale et portera la marque de notre temps »
  18. Philippe Defawe, « Malaise au château de Falaise », sur lemoniteur.fr, .
  19. Gondoin, 2015, p. 38.
  20. Bernard Beck, Châteaux forts de Normandie, Rennes, Ouest-France, , 158 p. (ISBN 2-85882-479-7), p. 33.
  21. Beck 1986, p. 33.
  22. Restauration des remparts du château Guillaume-le-Conquérant - Falaise 2007-2011.
  23. [2].
  24. [3].
  25. « Stéphane Bern en tournage au château de Guillaume le Conquérant, à Falaise », sur Actu.fr, (consulté le 20 juin 2020).
  26. Site officiel du château de Falaise.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier