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Châsse de saint Calmin

Article général Pour un article plus général, voir Calmin.
Châsse de saint Calmin et de sainte Namadie
Crucifixion châsse saint Calmin Mozac.jpg
La crucifixion (détail d'un panneau de la châsse)
Artiste
Inconnu, atelier dit de Limoges
Date
Vers 1168 - 1181
Type
Technique
Dimensions (H × L × l)
45 × 82 × 24 cm
Propriétaire
Commune de Mozac (propriété publique)
Localisation
Trésor de l'abbaye de Mozac (bras sud du transept de l'église), Mozac (France)
Protection
Logo monument historique Classé MH (1901)[1] (Objet mobilier classé au titre des monuments historiques)
Coordonnées
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La châsse de saint Calmin est le reliquaire en forme de châsse qui constitue la majeure partie du trésor des moines de l'abbaye de Mozac. Elle est une pièce maîtresse de l'émaillerie limousine de la fin du XIIe siècle.
Cette châsse est exposée de manière permanente dans le bras sud du transept de l'église abbatiale Saint-Pierre de Mozac.
Elle a été conservée grâce à un habitant du village et Conseiller municipal, Jean Ozenne (1756- † 1832), qui la dissimula durant la période révolutionnaire à la fin du XVIIIe siècle[2].

DescriptionModifier

Fonctions et caractéristiquesModifier

 
Vue d'ensemble de la châsse

Les ossements des époux fondateurs de l'abbaye, Calmin et Namadie, sont entreposés dans ce coffre qui est la plus grande châsse en émaux champlevés du monde : 0,81 m × 0,24 × 0,45. Sa structure est en bois. On y a fixé quatorze plaques de cuivre sur lesquelles on a coulé l'émail dans de petites ciselures. Les plaques ont dû être ensuite cuites au four à une température approchant les 1000 °C.

Le décor n'est pas très original. Il est assez répétitif avec en arrière-plan des rosaces et des motifs symétriques. Les personnes et autres montures ont été clouées puis dorées à l'or fin.

Cette châsse adopte la forme d'une église sans transept, ni chœur. Sur le faîte, une rangée d'une soixantaine d'arcs constitue la balustrade du coffre.

La face et les pignons en reliefModifier

La face principale représente les douze apôtres (trois par panneau : symbole de la Sainte Trinité). Leur nom est inscrit en latin sur un bandeau les traversant au niveau des genoux. Au centre, le Christ est représenté deux fois : en gloire dans une mandorle avec le tétramorphe (symboles des quatre Apôtres, en haut) et crucifié accompagné de Marie et Jean (en bas).

Les deux pignons comportent respectivement une Vierge à l'Enfant assise en majesté et saint Austremoine, premier évêque et évangélisateur de l'Auvergne, dont les reliques sont aussi conservées à Mozac depuis 764 ou 848.

La face sans reliefModifier

La dernière face est différente dans sa constitution par rapport aux pans précédents. Aucun personnage n'est en relief. On s'est contenté de creuser les divers motifs dans le cuivre. Mais, c'est la partie la plus intéressante pour l'historien car elle rappelle les grands faits de la fondation des trois monastères par saint Calmin et son épouse. Chaque fondation est représentée sur un panneau séparé. Pour comprendre l'ordre des créations, il faut d'abord étudier, de gauche à droite, les pans inférieurs pour remonter aux panneaux sous la crête de toiture. C'est un véritable symbole : on part du bas où sont contées les fondations pour monter ensuite aux cieux où sont décrites les obsèques de Calmin et Namadie.

Le premier panneau raconte en latin la fondation du Monastier-Saint-Chaffre (Haute-Loire) : « Sanctus Calminius construit unam abbatiam in Podiensi ep[iscop]atu in honore sancti Theofredi martyris » (Saint Calmin construisit une abbaye dans l'évêché du Puy en l'honneur de saint Théophrède, martyr.) L'église est au centre du panneau. D'un côté, les fondateurs, Calmin et Namadie dirigent la construction ; de l'autre, les ouvriers finissent l'édifice sur une échelle en étant dirigés par des anges. L'autel est recouvert d'un linge et supporte un calice.

Sur le deuxième panneau, on lit cette légende latine : « Sanctus Calminius senator romanus construit secundam abbatiam in Lemovicensi ep[iscop]atu, nomine Thuellam » (Saint Calmin, sénateur romain, construisit une deuxième abbaye dans l'évêché de Limoges, du nom de Tulle.) Pour être plus précis, il s'agirait plutôt de l'église de Laguenne près de Tulle. Les époux surveillent et bénissent la construction du nouveau monastère. L'église est encore placée au centre du panneau ; elle est aussi sur le point d'être finie. Deux ouvriers, cette fois, sont sur la toiture. C'est ce panneau qui sert de porte au reliquaire ; on aperçoit une petite serrure.

Le troisième et dernier panneau du bas présente la dernière fondation, celle de Mozac. L'autel n'a pas de linge ; il n'est pas consacré. L'auge à mortier des maçons est à la place du calice. Les deux maçons rencontrés au Monastier et à Tulle entament les murs. On peut lire cette nouvelle légende : « Sanctus Calminius construit tertiam abbatiam nomine Mauziacum in Arvernensi ep[iscop]atu, in honore sancti Caprasii et sancti Petri quam offert eis » (Saint Calmin construisit une troisième abbaye du nom de Mozac dans l'évêché d'Auvergne, en l'honneur de saint Caprais et de saint Pierre qui lui ont été offerts.)

Les deux premiers panneaux supérieurs montrent les obsèques respectives de Calmin et de Namadie. Calmin serait donc décédé avant sa femme. Les obsèques se déroulent quasiment dans les mêmes conditions : celles de Calmin sont présidées par un évêque et celles de Namadie par un abbé. On le voit grâce à la distinction des crosses et des mitres des personnages debout. L'âme de Calmin, qui prend la forme d'une figurine, monte au ciel, où elle est accueillie par deux anges. Dans le coin supérieur droit, la main de Dieu apparaît.

Le troisième et dernier panneau supérieur de cette grande face sans relief représente l'abbé Pierre, comme l'indique la formule latine : Petrus abbas. L'abbé de Mozac est revêtu de ses habits sacerdotaux. Il est placé devant l'autel, assisté de deux diacres. Au-dessus de cette scène, se déroule ce bandeau : « Petrus abbas Mauziacus fecit capsam precio[sam] » (L'abbé Pierre de Mozac fit faire cette précieuse châsse.) Il est donc possible de dater approximativement ce chef d'œuvre. Sept abbés du nom de Pierre ont occupé le siège abbatial de Mozac. Il s'agirait de la commande de Pierre III de Marsat, abbé mentionné dans les archives en 1168 et 1181.

Expositions et restaurationsModifier

La châsse de saint Calmin fut exposée une dizaine de fois en dehors de l'abbatiale Saint-Pierre de Mozac où elle est conservée, notamment entre le et le dans les appartements Borgia du Vatican ; Pierre Verlet, Conservateur en chef au département des objets d'art du musée du Louvre, présenta la châsse de Mozac au pape Paul VI.

Elle fut restaurée par des spécialistes de l'émaillerie et des dorures pour la première fois en 1980, puis en 2013 par Fabienne Dall'Ava (restauratrice du Patrimoine)[3].

GalerieModifier

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NotesModifier

  1. « Châsse de saint Calmin », notice no PM63000604, base Palissy, ministère français de la Culture
  2. Une plaque en lave émaillée au-dessus du lieu d'exposition de la châsse dans l'église de Mozac rappelle l'action de ce « bienfaiteur de la paroisse ».
  3. Délibération du Conseil municipal de Mozac, séance du 9 octobre 2012, point 9.

Voir aussiModifier

Bibliographie et sourcesModifier

  • Bernard Craplet, Abbatiale Saint-Pierre - Mozac, Éditions Gaud, Moisenay, 2002, p. 24-27 (réédition de l'édition de 1974 de l'imprimerie Lecuyer, modifiée en 1989 par le père Jean Granet).
  • Marie-Madeleine Gauthier, Émaux du Moyen Âge occidental, Diffusion Weber, Paris, 1972.
  • Marie-Madeleine Gauthier, Émaux méridionaux : catalogue international de l'œuvre de Limoges, Édition du Centre national de la recherche scientifique, Paris, 1987.
  • Julie Pinchon, Les châsses reliquaires de saint Calmin, mémoire de master 1 en histoire de l'art médiéval (dir. Jean-Pierre Caillet), Université Paris X - Nanterre, 2 vol., 2008.

Articles connexesModifier