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La censure en fédération de Russie (en russe : Цензура в Российской Федерации) est le contrôle des institutions de l'État et de la société civile russe sur le contenu et la diffusion de l'information, des documents imprimés, des œuvres musicales et scéniques, des œuvres d'art, des œuvres cinématographiques et photographiques, des transmissions par radio ou télévision, des sites web et portails, dans certains cas de la correspondance privée, dans le but de limiter ou d'empêcher la diffusion d'idées et d'informations dont les organes du pouvoir, ou l'opinion publique, estiment qu'ils représentent un danger[1].

La législation de la fédération de Russie sur les médias de masse définit la censure comme une « exigence, vis-à-vis des rédacteurs de médias, des fonctionnaires, des organes de l'État, des organisations, des institutions ou des associations publiques, de coordonner préalablement à leur diffusion les messages et documents à diffuser ainsi que l'obligation d'interdire le cas échéant leur diffusion entière ou partielle »[2].

La constitution de la fédération de Russie interdit la censure au paragraphe 5 de l'article 29[3],[4]. Cependant, il existe en réalité beaucoup de cas de censure d'œuvres et de limitation de la liberté de diffuser l'information de la part des pouvoirs publics, d'organisations publiques, et de groupes de citoyens s'estimant offensés et organisant leur auto-défense[5],[6],[7],[8],[9],[10]. Il y a aussi deux cas de censure de la part d'autorités locales — en 2006 et en 2012 — qui ont été reconnues telles par les tribunaux russes[11].

Problèmes généraux de la censure en RussieModifier

En mars 2008, Vladimir Vladimirovitch Pozner, journaliste de Perviy Kanal, chaîne de l'État russe, prenant la parole lors d'une réunion de la Fédération citoyenne russe consacrée aux questions de morale et d'éthique à la télévision nationale, affirme qu'il n'y a pas de liberté d'expression en Russie[8]. En 2011, Pozner a reconnu qu'il existait à la télévision russe une stop-liste c'est-à-dire une liste de noms de gens qu'il ne fallait pas inviter à la télévision[12]. Ainsi, depuis 2010, l'accès à la télévision fédérale a été rendu inaccessible à Boris Nemtsov, Garry Kasparov, Mikhaïl Kassianov, Édouard Limonov, Alexeï Navalny[13],[14]. Selon le journaliste et homme politique Alexandre Nevzorov, l'année 2014 a été celle où la censure a atteint son degré le plus élevé durant la période post-soviétique. « C'est féérique, violent, insensé et stupide au plus haut degré»[7]. Sarkis Dabrinian est d'accord avec lui en tant que défenseur des droits de l'homme : « La censure est de retour au pays » (juin 2014)[15]. En juin 2015, quand on commence à parler à haute voix de l'application de la censure par le gouvernement en Russie, Izvestia publie un article du ministre de la culture, Vladimir Medinski, intitulé « Celui qui ne nourrit pas sa culture, ira nourrir l'armée étrangère »[16]. En tête d'article, le ministre de la culture déclare que l'État doit non seulement subventionner la culture, mais aussi suivre le contenu créé grâce à ces subventions, et encourager systématiquement les seuls projets qui reflètent les valeurs de la majorité conservatrice de la population. Medinski souligne l'effet négatif en Russie de la censure politique et considère que le rôle de la bureaucratie est de garantir la viabilité financière, administrative et juridique des règles suivant lesquelles l'État ne limite pas l'artiste dans sa création, mais contrôle si sa production n'est pas offensante pour les citoyens. À titre d'exemple instructif, le ministre a cité le licenciement du directeur du Théâtre d'opéra et de ballet de Novossibirsk Boris Mesdritch, après le scandale de la mise en scène par Timofeï Kouliabine de l'opéra de Richard Wagner Tannhäuser[17],[18].

Le fait est que la Russie a mis en place une procédure particulière pour les mises en scène et les productions qui sont inscrites ou retirées des comptes du budget de l'État, et le fait est aussi que l'État passe commande d'œuvres sur tel ou tel thème, affirme Dmitri Peskov, porte-parole du président de Russie[5]. Réagissant à ces directives ministérielles, le metteur en scène Andreï Zviaguintsev a déclaré en octobre 2016, que : « les fonctionnaires aux ordres castraient la création artistique ». Le lauréat de la Mostra de Venise et du Festival de Cannes appelle les principes énoncés par Peskov des règles de marché public en matière artistique[5], qui font que les fonctionnaires dépensent l'argent de l'État pour des films et des représentations dans l'intérêt de l'État lui-même. Avec cette conception, Dmitri Peskov oublie ce n'est pas de leur argent dont disposent ses fonctionnaires, mais de l'argent des contribuables. Ils ont décidé une fois pour toutes qu'ils savaient mieux ce dont les gens ont besoin que ces gens eux-mêmes et payent des productions lamentables avec l'argent des contribuables[19],[20],[21],[22],[23]. Armen Djigarkhanian appelle censure, la dépendance financière du théâtre russe qui influence le répertoire de manière significative[24].


En octobre 2016, lors du congrès de l'union des artistes de théâtre de Russie, Konstantin Raïkine a condamné l'ingérence de l'État, des organisations publiques et des groupes de citoyens offensés dans la vie culturelle du pays sous couvert des mots Patrie, spiritualité, moralité. Il décrit ces phénomènes comme un retour en Russie de l'infâme censure de l'époque de Staline en URSS[21],[22],[23].

Il y a en Russie des personnes qui se disent offensées et tentent de dicter aux artistes ce qu'ils doivent faire. C'est de dont témoigne l'artiste populaire d'URSS Oleg Tabakov. À propos de cette censure publique il constate que « ces gens se sont pénétrés de l'idée que si le gouvernement ne censure pas, alors ils doivent contrôler l'art eux-mêmes ». Tabakov est convaincu que les méthodes de ces espèces d'espions de la censure ne crée pas les conditions pour voir apparaître un art approprié[25]. La censure de la créativité qui s'est étendue en Russie à l'encontre de Raïkine, Zviaguintsev et Tabakov a été condamnée également par Vladimir Vladimirovitch Pozner[26], Evgueni Mironov (acteur)[27] et Sergueï Bezroukov[28]. Les problèmes liés à l'arrivée de la censure et à la moralisation de la création artistique ont fait l'objet de discussions en novembre 2016, lors d'une réunion des directeurs de théâtres, chez le directeur adjoint de l'Administration du président de Russie, Sergueï Kirienko[29]. Parmi les déclarations de soutien à la censure, l'attention des médias s'est focalisée sur les déclarations provocantes du biker Aleksandr Zaldostanov et celles de Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie. L'idée que Zaldostanov veut faire passer est que la liberté n'est qu'une manigance de l'esprit du mal: « Le diable veut toujours tenter par la liberté ! Mais sous couvert de cette liberté Raïkine veut transformer le pays en caniveau de décharge des eaux usées ». Il est soutenu par Kadyrov mécontent du fait qu'« une certaine caste s'arroge le droit d'offenser les sentiments religieux de dizaines de millions d'orthodoxes et de musulmans en affirmant qu'en art tout est permis »[22],[23],[25].

Le 1er août 2014, est entrée en vigueur la loi sur les blogueurs, suivant laquelle, même après l'adoption d'un autre texte, il est possible de voir appliquer des peines de prisons pour des cas extrêmes[30].

L'organisation Freedom House classe la Russie dans les pays où l'internet n'est pas libre. Selon cette organisation, la situation de l'Internet russe (Rounet) a tendance à empirer en matière de censure. Les principales restrictions sur Internet en Fédération de Russie relèvent des mesures liées à l'antiterrorisme. La censure surveille et bloque, le cas échéant, les communications du domaine LGBT, les sujets liés à la Guerre du Donbass, l'opposition politique extra-parlementaire , les messages à orientation nationaliste, et enfin la pornographie infantile. Partout en Russie, selon la même organisation, se produisent des blocages de sites non souhaités, des destructions de leur contenu, des pressions des autorités politiques et économiques sur des publications en ligne, ou encore des cyberattaques à l'encontre de médias indépendants[31]. Environ 60 % de Russes considèrent que la censure est indispensable, mais seulement 25 % des personnes interrogées en ce qui concerne les sites et publications personnels, selon le Centre analytique Levada. Le nombre de partisans de la censure sur internet a tendance à croître en Russie[32]

En novembre 2016, le ministre de la culture de Russie, Vladimir Medinski a affirmé qu'en Russie il n'existait aucune forme de censure et que les discussions à ce propos venaient des problèmes financiers, familiaux, de créativité de personnages éminents de la culture russe[33].

Le 2 décembre 2016, lors d'une réunion conjointe du Conseil pour la culture et les arts et du Conseil pour la langue russe, le président Vladimir Poutine déclare que « le principe de la liberté de création artistique est absolument immuable ». Il considère que « les tentatives d'interruptions de spectacles et d'expositions sont totalement inacceptables et il garantit que force restera à la loi pour empêcher ces agissements ». En même temps Poutine rappelle aux artistes qu'il existe une frontière entre l'épate offensante et l'activité artistique»[34].

Censure à la télévisionModifier

Le niveau de censure politique de la télévision est très élevé, estime la critique de cinéma Evguena Petrovskaïa. La télévision ne couvre pas au moment opportun les contestations de masse du 4 décembre 2011 et ne les communique qu'après une semaine[35]. À la télévision russe on ne présente pas de satire politique (la satire est un signe important de démocratie) du fait que le pouvoir n'accepte pas cela à la télévision. C'est ce qui fut à l'origine des problèmes de la NTV (Russie) après avoir présenté une poupée à l'image de Poutine dans une émission du style les Guignols de l'info[35].

Le 25 novembre 2010, lors de la cérémonie de remise du prix Vladislav Listiev, le présentateur Leonid Parfyonov (en) a analysé la situation de la censure à la télévision en Russie. Selon Parfyonov, la critique à l'adresse des hauts responsables de l'État est devenue impossible, et les autorités ne sont plus représentées que dans la tradition des pompes funèbres. Ou bien il faut parler d'elles en bien uniquement ou bien ne rien dire[36],[37].

L'attention des médias s'est portée aussi vers la censure de faits privés liés à la production cinématographique par les chaînes de télévision fédérales. En juin 2013 le metteur en scène, scénariste Nikolaï Dostal (ru) envoie une lettre ouverte au directeur général de la Compagnie d'État pan-russe de télévision et de radio VGTRK Oleg Dobrodeev (ru), à propos de la diffusion de son film Le bataillon disciplinaire (Chtrafbat) sur «Rossiya 1». Selon Dostal, tout au long de son film des mots ont été supprimés grossièrement même dans une chanson des prisonniers incarcérés. Plusieurs scènes à caractère sexuel ont été coupées. Dostal signale que tous les cas de manque de respect de l'auteur du film ne sont pas répertoriés et qu'il ressent de l'amertume et de la honte en face d'une censure aussi grossière, mesquine et hypocrite[38].

Le metteur en scène Vladimir Mirsoev a également dû faire face à la censure. La deuxième chaîne a acheté le film L'homme qui savait tout, auquel il a participé comme metteur en scène et co-producteur. Lors de la diffusion, la phrase clé Je suis ta chienne était nécessaire pour comprendre l'intrigue, or elle a été supprimée et personne n'a demandé la permission. Mirsoev considère que la censure à la télévision provient de la direction de la chaîne. Selon le metteur en scène, les services spéciaux surveillent eux aussi la télévision et la vérité artistique semble une notion très dure à accepter par ces gens. Les cinéastes doivent prendre leur parti de la censure, dans la mesure où leur unique vrai chance de percer et de faire de l'argent est de vendre leur film à la chaîne fédérale[39].

En juillet 2013, le rédacteur adjoint de la chaîne de télévision Rossiya 24, Alexandre Orlov, a affirmé qu'il avait été congédié, pour avoir publié sur les réseaux sociaux un soutien à l'opposant Alexeï Navalny[40].

En décembre 2016, le présentateur Konstantin Syomin (en) a affirmé que des coupures avaient été réalisées par Pétersbourg TV-5 du film-épopée Libération , et ce pour des motifs politiques et idéologiques. Parmi ces coupures, certaines concernaient l'évocation de Joseph Staline sous un jour positif[41].

La censure du cinémaModifier

L'un des premiers cas de censure recensé dans l'histoire du cinéma russe de la Fédération de Russie est la protestation émise par l'Église orthodoxe russe contre la diffusion, le 30 mai 1997, par la chaîne de télédiffusion NTV, du film du metteur en scène profondément croyant et catholique, Martin Scorsese, La Dernière Tentation du Christ . À la demande de l'église orthodoxe, la diffusion est reportée de plusieurs mois, pour finalement avoir lieu le 9 novembre 1997. Dans le cadre de la diffusion, le patriarche Alexis II de Moscou tient une conférence de presse à Moscou sous l'emprise de la colère. Une brochure L'Antéchrist à Moscou, consacrée entièrement à la diffusion du film et aux évènements qui lui sont liés, est distribuée. Le film y est décrit comme le film le plus blasphématoire crée depuis la dernière décennie. L'ampleur du blasphème sans précédent, écrit la brochure, est avérée par les dizaines de millions de personnes, qui sont affectées par le film[42]. Au cours de l'expertise qui s'est réalisée en 2012, les experts de l'Institut russe de la culture, n'ont toutefois rien trouvé dans le film de Scorsese qui puisse faire l'objet de critiques[43].

Une nouvelle vague de censure se fait jour, qui est liée à la politique menée par le ministre de la culture Vladimir Medinski, à partir de sa nomination à cette charge en 2012. Le critique de cinéma, ancien directeur de la Guilde des critiques de cinéma russe, Viktor Matisen fournit en guise d'exemple de refus de diffusion pour cause de censure le film Clip du metteur en scène Maï Miloche et le film Ordre d'oublier du réalisateur Houssein Erkenov, mais aussi les exigences de modification du scénario du projet d'Alexandre Mindadze Gentil Hans, cher Piotr (Милый Ганс, дорогой Петр), considérées comme une modification de fait des règles constitutionnelles sur la censure[44]. Adoptée en 2014, la loi interdisant l'utilisation d'un langage non censuré (obscène), est d'application dans les salles de cinéma et est interprétée comme une introduction de la censure en Russie[45],[46]. Selon ces nouvelles exigences, le film d'auteur Oui et Oui («Да и да») de la réalisatrice Valeria Gaï Germanica, a vu ses dialogues modifiés pour devenir conformes à la loi, alors que le vocabulaire, non conforme aux normes, faisait partie de la conception artistique du mélodrame et était dicté par le contenu et la logique du sujet développé[47].

En novembre 2014, le Ministère de la culture de la Fédération de Russie a refusé de financer le festival international de film documentaire Artdokfest. Ses raisons reposent sur le fait que le président du festival, le réalisateur Vitali Manski serait, selon le ministre, un opposant à l'État au point de vue politique. Le ministre Medinski a signalé qu'il n'accorderait pas de financement pour ce festival aussi longtemps qu'il serait ministre de la culture. Par contre, en octobre 2016, a eu lieu la première du film Vingt-huit Panfilovs (en), dont le scénario est basé sur l'histoire des exploits des vingt-huit Panfilovs, une sainte légende soviétique de la Seconde Guerre mondiale. Le Ministère de la culture a soutenu financièrement ce projet. Le 4 novembre 2016, le film est passé sur la chaîne Rossiya 1. La première mise à l'écran du roman patriotique Le mur, de la plume du ministre Vladimir Medinski lui-même, a été également financé par le ministère de la culture[48],[49],[50],[51],[52].

En 2016, des représentants du mouvement public Croix du Tsar, ont fait part de leur opinion à propos du film Matilda, du réalisateur Alekseï Outchitel, sur les relations du tsar Nicolas II avec la ballerine Mathilde Kschessinska. Il s'agit, selon eux, d'une provocation anti-russe et anti-religieuse dans le domaine de la culture. Suite à la demande de la députée à la Douma de la Fédération de Russie Natalia Poklonskaïa adressée au procureur général le film a été examiné, mais aucune infraction n'a été retenue[53].

En janvier 2018, la comédie franco-britannique, La Mort de Staline, a fait l'objet d'une annulation du droit de distribution de la part du Ministère de la culture parce que, selon les termes du président du Conseil public près le ministère de la culture Youri Poliakov, le film présentait des traces de lutte idéologique[54]. Le Groupe RBK, les experts, les artistes et les politiciens ont considéré le retrait des droits de distribution de ce film la veille même de sa sortie en salle comme une intervention purement idéologique et politicienne de la part du ministre de la culture. Le ministre Medinski a, quant à lui, déclaré que les gens de la génération précédente, mais pas seulement eux, peuvent considérer ce film comme « un persiflage insultant à l'égard de la société soviétique, de l'armée de l'URSS et des victimes du Stalinisme » [55].

Censure du théâtre et des expositionsModifier

Depuis le mois de mai 2012, en Russie, lorsque Vladimir Medinski est devenu ministre de la culture, les attaques des activistes et des orthodoxes ont commencé à devenir plus nombreuses.

Le octobre 2012, au musée contemporain Erarta à Saint-Pétersbourg, une scène en solo de Lolita d'après le roman de Vladimir Nabokov a été interrompue. L'artiste Léonide Mozgovoï , qui jouait le rôle, d'autres acteurs et organisateurs ont été menacés de représailles par les Cosaques indignés de Saint-Pétersbourg. Ceux-ci ont également envoyé des lettres de colère aux médias. Les activistes ont exigé l'interdiction de ce spectacle blasphématoire qui à leur estime, « tombe sous l'application de la législation sur la propagande sur l'homosexualité et la pédophilie »[56].

En novembre 2013, des activistes orthodoxes ont interrompu la pièce Un mari idéal au Théâtre d'art Anton Tchekhov, exigeant l'arrêt de ce sacrilège. Cet esclandre est le fait d'un activiste du Centre de mission de Moscou du nom de Prophète Daniel, un certain Dmitri Tsorionov Enteo, qui prétend trouver sur la scène de ce théâtre de la sodomie et des blasphèmes[57],[25].

En juillet 2015, un prêtre de l'Église orthodoxe russe, le pro-recteur de Saint Tikhon's Orthodox University (en), Dmitri Smirnov, et un groupe d'activistes orthodoxes de plus de cent personnes, ont organisé une manifestation lors de la célébration du 20e anniversaire de la station de radio Pluie d'argent à Moscou. Après être monté sur scène ils s'en sont pris au directeur, ont fermé les appareils et interrompu le concert anniversaire, prétextant que la musique dérangeait la prière alors que l'église la plus proche se trouve à un kilomètre de la station de radio[58].,[59],[60],[61]. En juillet 2016, à Saint-Pétersbourg, des citoyens pudiques et puritains ont exigé que soit cachée la nudité de la copie de la statue de David de Michel-Ange avec une casquette[62]. En 2016 se sont produits des évènements plus marquants parmi lesquels la suppression du répertoire de l'opéra Tannhäuser au Théâtre d'opéra et de ballet de Novossibirsk; l'interruption à Omsk de la représentation du spectacle rock Jesus Christ Superstar; l'interruption du spectacle Khorovod (La ronde) du réalisateur polonais Piotr Chalchi d'après une pièce du dramaturge autrichien Arthur Chlinder après l'intervention de l'éparchie d'Omsk[63], L'examen par le procureur du spectacle Toutes les nuances du bleu du Théâtre Satiricon fondé par Konstantin Raïkine », a conclu à la qualification de détournement de mineurs[64]. On peut citer encore la fermeture à Moscou, au Centre des frères Lumière, d'une exposition du photographe américain Jock Sturges Sans embarras , exposant des photos de filles et jeunes filles dans le cadre de vie en communauté naturiste. Les cadres de photos ont été aspergées d'urine et des sculptures ont été cassées[21],[22].

Réagissant à la censure de l'œuvre Jesus Christ Superstar, du fait de l'intolérance d'une partie du public orthodoxe et de son clergé à l'interprétation de l'image du Sauveur, le 1er novembre 2016, l'Église orthodoxe russe a appelé à permettre l'affichage de ce spectacle rock Jesus Christ Superstar. Par sa nature cette œuvre n'a pas d'autorité dogmatique ou canonique mais attire par contre des gens dans les églises où il est possible de discuter et de réfléchir sur le fait de savoir si cette œuvre peut être acceptée ou non et pourquoi sur base des Saintes écritures[63].

La censure en littératureModifier

En novembre 2013, les médias ont rapporté que, lorsque les procureurs vérifiaient la littérature dans les bibliothèques de Stavropol, ils y trouvaient des ouvrages dans les bibliothèques scolaires qui n'avaient à voir avec la mission éducative de l'école. C'étaient des livres sur la mystique, l'érotisme et l'horreur. L'adjoint principal du procureur du kraï de Stavropol (Kourbangali Charipov), en surveillant l'application des lois sur les mineurs, a découvert 215 violations de la loi sur la protection des enfants et sur les informations préjudiciables. Il a exigé le retrait des œuvres de Sergueï Essénine et Vladimir Nabokov. Après que cette information ait été publiée dans les médias, le procureur général de Russie a nié qu'une telle inspection ait eu lieu, mais il a toutefois renvoyé le procureur de Stavropol Charipov[65],[66],[67].

Le 13 juin 2014, l'édition destinée aux enseignants intitulée Premier septembre a déclaré qu'elle cessait ses activités d'éditions pour des raisons politiques. « Les libertés civiles ont progressivement diminué, alors que l'école était de plus en plus dirigée dans des conditions inhumaines »[68],[69].

La censure d'InternetModifier

Avant 2009, Internet restait relativement libre en Russie mais ne touchait que 27 % de la population[70]. Après 2009, la situation a évolué rapidement, comme dans toutes les régions du monde où progresse Internet.

Les fournisseurs contrôlés par l'État tels que Rostelecom, «DOM.ru», см. пример, et d'autres bloquent ouvertement les sites sur les matières exclues se trouvant dans la liste fédérale russe de matières extrémistes (Federal List of Extremist Materials (en)) , en remplaçant les enregistrements Domain Name System (DNS) et en les redirigeant vers une page qui averti que « les matières et information que vous avez demandé a été reconnu comme étant extrémiste par le tribunal compétent» et en donnant une référence à la liste.

En , dans l'oblast de Kemerovo, un activiste du mouvement de jeunes Oborona (en) dénommé Dmitri Soloviov a été condamné sur base de l'article 282 du code pénal de la Fédération de Russie (Incitation à la haine et atteinte à la dignité humaine) pour la publication en août 2008 dans «LiveJournal» des rubriques du genre : « Le FSB tue les enfants russes» que l'Organisme chargé de l'application de la loi considère comme incitation à la haine vis-à-vis des agents du Ministère de l'Intérieur et du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie»[71].

Dans la nuit du 6 au 7 mars 2009, dans des circonstances étranges à la 30e division de la milice de Saint-Pétersbourg, un homme de 29 ans, dénommé Vadim Tcharouchev, créateur sur le réseau social VKontakte du groupe Galina Starovoïtova, vos idées de la vie, et affirmant : « Je n'ai pas voté pour Russie Unie et la marionnette Poutine » et « Je suis contre la dictature du KGB en Russie!» a été hospitalisé de force à l'hôpital psychiatrique № 6. ! Selon cette personne, il a été menacé et intimidé à la clinique et obligé de signer une déclaration de traitement volontaire. Dans LiveJournal certains ont pensé que c'était un retour aux méthodes de la psychiatrie punitive [72].

En mai 2009, la société américaine Cryptohippie , qui s'occupe du développement dans le domaine de la sécurité informatique, a publié un rapport sur thème de l'état policier en électronique , dans lequel est divulguée la liste des pays les plus portés vers la censure d'Internet[73]. Cette évaluation est établie sur base de 17 critères de liberté dans un réseau parmi lesquels on retrouve le contrôle des opérations financières des citoyens obligeant les fournisseurs d'accès à Internet à recueillir des données de ses utilisateurs et à les conserver. la Russie occupe la 4e place, derrière la Biélorussie, la Chine et la Corée du Nord [74].

Le , sans aucune ordonnance du tribunal, sur ordre du Ministère de l'intérieur un fournisseur a été bloqué d'accès au site du projet Khronos (site internet)[75]. Selon la version officielle le site a été bloqué du fait de sa présentation du livre numérique interdit d'Adolphe Hitler,Mein Kampf. Cependant le fondateur de Khronos, Viatcheslav Roumiantsev, est convaincu que la véritable raison n'est pas la large diffusion du livre sur Internet, mais les critiques à l'adresse de la gouverneur de Valentina Matvienko, suite à sa décision de réduire les subventions au site historique Siège de Léningrad qui n'a pas du tout plu sur le site[76].

Fin juillet 2009, le Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie s'est comporté comme l'un des initiateurs de l'interdiction en Russie du service Voix sur IP Skype en raison du fait que ce service ne pouvait être surveille par la FSB grâce au système SORM qui permet au FSB d'écouter les communications téléphonique [77]. Par la suite, le Service de renseignement a annoncé avoir trouvé une solution technologique pour écouter Skype[78].

Le , à Oufa, plusieurs blogueurs, qui critiquaient le pouvoir en Bachkirie ont été arrêtés. Ils sont accusés d'avoir, le 27 septembre 2008, placé sur leur site «Уфа губернская» des extraits du livre d'Aïrat Dilmoukhametov Les guerres contre les avortons. Malgré le fait que l'expertise n'ait pas trouvé de traces d'extrémisme dans les documents publiés, les services de recherche de la ville a insisté pour que les blogueurs soient maintenus en détention pour opposition (politique)[79].

En septembre 2009, le Ministère de la Justice de la fédération de Russie a proposé de renforcer les sanctions aux sites de l'État non autorisés et de modifier le Domain Name System Nom de domaine dans la zone .ru. En vertu des nouvelles règles la confirmation des données du Passeport au registaire du nom de domaine est exigée, et les fournisseurs seront obligés de communiquer à l'Organisme chargé de l'application de la loi les informations sur les utilisateurs et les services qui leur sont rendus. En outre, et pour la première fois dans la pratique russe, les autorités obtiennent le droit d'exiger du fournisseur d'accès qu'il suspende la fourniture de ses services à des utilisateurs particuliers, le non-respect de cette réglementation étant sanctionne par de lourdes amendes [80].

Le , a été arrêté à Saratov, un étudiant en médecine de l'Université d'État Ivan Peregorodiev, accusé d'avoir établi sciemment un faux rapport qui est qualifié d' acte de terrorisme (article. 207 Code pénal de Fédération de Russie). Les raisons d'initier une procédure pénale dans cette affaire sont fondées sur un dossier introduit dans LiveJournal ainsi libellé : « Les résultats des autopsies de Saratov concluant à la mort de la grippe porcine sont similaires à la description dans la littérature médicale des résultats d'autopsies de patients atteint de peste pulmonaire (appelée aussi pneumonique) (cette dernière beaucoup plus dangereuse pour l'homme). Ce dossier a provoqué la panique dans la population. Aujourd'hui à Saratov, on projette de pulvériser des réactifs contre la peste pulmonaire à partir d'hélicoptères et de s'attaquer directement aux bacilles. C'est le premier cas d'inculpation d'un blogueur qui a diffusé de fausses nouvelles sur un site internet[81],[82],[83],[84]. Garry Kasparov

 
Garry Kasparov

Le , le fournisseur WiMAXet Yota (Skartel) ont temporairement bloqué un certain nombre de sites pour les utilisateurs de Moscou qui avaient, dans une certaine mesure, parlé de l'Opposition. Parmi eux, les sites de Garry Kasparov, les mouvements Parti national-bolchévique, Solidarnost et le Front civique unifié, et encore Site d'actualité The New Times et le portail Kavkaz Center [85]. Pour tous les autres le site du président de la Fédération de Russie était inaccessible[86]. Les fournisseurs d'accès ont explique l'impossibilité d'accéder aux sites par des raisons techniques [87].

Le 27 juillet 2012, le journaliste et blogueur Oleg Kozyrev, et une série d'autres blogueurs rapportent que Beeline a bloqué le site de Alexeï Navalny La meilleure machine à vérité. Le site web de l'opérateur signale ceci : « Ce site est bloqué par décision des organes du pouvoir de l'État »[9],[88].

Le 28 juillet 2012, la Loi fédérale no 139-FZ du 28 juillet 2012 est adoptée. Depuis le 1er novembre le registre des sites interdits sur le segment russe d'Internet fonctionne[89].

Selon BFM.ru[90] le gouvernement russe propose d'introduire la censure préalable d'Internet en Russie:


Selon le ministre Denis Moltchanov, les fournisseurs d'accès doivent vérifier la légalité du contenu introduit par les utilisateurs et en cas de violation constatée aux lois doivent le signaler à qui de droit. L'idée sous-jacente est de créer un registre avec un répertoire numéroté spécialement pour chaque titre de contenu. En l'absence de respect de cette numérotation, le distributeur est menacé de vérification Vedomosti, 19 novembre 2012.

Le 4 novembre 2016, le vice-speaker de la Douma, le journaliste Pyotr Olegovich Tolstoy (en) a proposé de réprimer sévèrement ceux qui tournent en dérision les valeurs patriotiques sur le Web. La colère de l'ancien animateur de télévision a été provoquée par le vocabulaire mat utilise sur la blogosphère, mais aussi par les messages sur les réseaux sociaux qui « crachent des tonnes de bile pour se moquer des valeurs traditionnelles du peuple russe : la foi orthodoxe, la famille, la spiritualité »[91].

En juillet 2017, la Douma après seconde lecture a adopté le projet de loi sur l'interdiction des Proxy anonymiseur, Tor et Réseau privé virtuel. L'application de la loi est confiée au FSB et au agents du ministère de l'intérieur. Le projet comprend également des moteurs de recherche que la Douma veut voir en place pour empêcher de bloquer les sites des utilisateurs [92].

L'index de Freedom House et de Reporters sans frontièresModifier

 
En 2013 selon Reporter sans Frontières, la Russie occupe la 148e place sur 179 en matière de censure. En 2017 elle est à la même place[93].

Selon son indice de liberté sur Internet en 2013, l'organisation Freedom House classe la Russie à l'index 54. Les pays ou l'Internet est libre sont classés de 0 à 30 ; ceux ou la liberté est partielle sont classés de l'indice 30 à l'indice 60 ; ceux sans liberté sont classés entre l'indice 60 et l'indice 100[94].

RéférencesModifier

  1. (ru) Irina Frolova/Фролова, Ирина Геннадьевна. La censure des médias en Russie: pour ou contre//Droit et sécurité/ Цензура СМИ в России: за и против // Право и безопасность № 1 (2012)
  2. (ru) Sur les médias, loi du 27 décembre 1991/Irrecevabilité de la censureЗакон РФ от 27 декабря 1991 года (ред. от 3.07.2016). «О средствах массовой информации». Статья 3. Недопустимость цензуры
  3. Конституция Российской Федерации, статья 29, пункт 5, La liberté d'information est garantie. La censure est interdite/ Гарантируется свобода массовой информации. Цензура запрещается.
  4. Loi sur les Médias de masse. Статья 3. Недопустимость цензуры
  5. a b et c (ru) « Toutes les nuances de la censure. Pourquoi Konstantin Raïkine a créé l'évènement ?/Все оттенки цензуры. Почему речь Константина Райкина стала событием », Gazeta.ru,‎ (lire en ligne)
  6. (ru)Pavel Reïfman/Рейфман, Павел Семёнович|Павел Рейфман. Из истории русской, советской и постсоветской цензуры
  7. a et b Alexandre Nevzorov ne craint pas la censure/Александр Невзоров. Не бойтесь цензуры! Радуйтесь!|Snob. 28.04.2014
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  74. (ru)La Russie parmi une dizaine d'États policiers dans le domaine électroniqueРоссия в десятке электронно-полицейских государств
  75. (ru) Un fournisseur bloqué au domaine KhronosПровайдер-хостер Агава закрыл домен ХРОНОСа
  76. (ru) Des scientifiques protestent contre la fermeture d'un site par les autorités russes/ Ученые протестуют против закрытия исторического сайта российскими властями
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  82. (ru)Les journalistes de Saratov paniquent à propos de la peste pulmonaire Виновными за чумную панику в Саратове назначили журналистов
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  85. (ru) La censure Yota. Bonjour l'internet iranienYota-цензура. Привет, иранский Интернет!
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  88. (ru) Beeline soumis à la censure politique et bloque le site de NavalnyБилайн подчинился политической цензуре и заблокировал сайт mashina.org? // 27 июля 2012
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BibliographieModifier

Liens webModifier