Casimir Pierre Zaleski

physicien franco-polonais

Casimir Pierre Zaleski (Kazimierz Piotr Zaleski), né le à Paris, est un physicien nucléaire polonais et français. Il est par ailleurs président de la Société historique et littéraire polonaise de Paris.

BiographieModifier

Casimir Pierre Zaleski est issu d'une grande famille de l'aristocratie polonaise, le clan Lubicz, deuxième de quatre enfants. Son père, Zygmunt (1882–1967), était écrivain et professeur de lettres polonaises à la Sorbonne, délégué du ministre de l'Instruction publique et des Cultes de la république de Pologne[1]. Sa mère est propriétaire terrienne, médecin et capitaine dans l'armée de l'intérieur polonaise Armia Krajowa[2]. Résistants, en 1943, pendant que son frère ainé André succombe de maladie à Villard-de-Lans, son père est arrêté en France, torturé à Paris et déporté à Buchenwald d'où il sera libéré par les Américains et décoré par Charles de Gaulle. Sa mère est arrêtée par la Gestapo à Varsovie en 1944 et déportée à Ravensbruck[3] tandis que son frère Romain est un homme d'affaires et fut l'une des premières fortunes de France.

Avant la Seconde Guerre mondiale, C. Pierre Zaleski vivait à Paris tout en passant chaque année ses vacances en Pologne. L'attaque nazie en septembre 1939 ne lui permet pas de rentrer en France et il reste à Varsovie pendant l'Occupation où il poursuit sa formation dans l'enseignement clandestin et s'engage dans les rangs de la Résistance polonaise adhérant à l'Armia Krajowa. Durant l'été 1944, les Soviétiques le retiennent et l'empêchent de rejoindre l'Insurrection de Varsovie comme il le voulait après avoir passé sa maturité (bac), en l'internant à Majdanek. Il est condamné à dix ans d'emprisonnement par les autorités communistes pour sa participation à l'AK et reste prisonnier jusqu'en où il bénéficie d'une libération conditionnelle pour rejoindre l'École polytechnique de Varsovie, installée provisoirement à Łódź. Il poursuit ensuite ses études à la Faculté des sciences de Paris et à l'Institut du radium sous la direction d'Irène Joliot-Curie.

Carrière dans l'énergie atomiqueModifier

En , il est recruté comme ingénieur physicien par le CEA pour participer au projet Zoé, premier réacteur français construit en 1948. Il se spécialise dans la physique des réacteurs et met au point une nouvelle méthode de mesure de distribution fine du flux neutronique par autoradiographie des détecteurs. Il publie plusieurs articles sur ce sujet, notamment pour l’Académie des sciences, en collaboration avec André Ertaud, le futur auteur de La Physique triomphante ou la Fin de la mort. Il est chargé de coordonner la conception et l'élaboration d’un nouveau combustible métallique pour le réacteur, l’ancien étant fait d’oxyde d'uranium. Ce combustible nouveau, associé à une modification de circuit de refroidissement, permettra à Zoé de multiplier sa puissance par 20. En 1954, il est chargé de constituer l'équipe d’ingénieurs et de scientifiques qui devront préparer des expériences de démarrage de la première centrale nucléaire française productrice d’électricité et de plutonium : Marcoule.

En 1957, il entre au centre de Saclay et développe l’étude des réacteurs à neutrons rapides (surgénérateurs), qu'il estime indispensable pour que le nucléaire puisse jouer un rôle majeur pour l’approvisionnement de l’humanité dans l'avenir. Il dirige ce service d’études des neutrons rapides et des piles rapides jusqu'en 1966. Il est responsable des études du premier réacteur français à neutrons rapides refroidi au sodium : Rapsodie (40 MWh), construit à Cadarache. Il y dirige une équipe mixte composée d'agents du CEA et d’Euratom.

À partir de 1968, il est nommé professeur titulaire à l'UCLA. Devant regagner l'Europe pour raisons familiales, il y reste par la suite acting professor. Il enseigne également pendant un an MIT et y revient régulièrement. Il donne des conférences dans plusieurs autres universités américaines : Stanford, Berkeley, Brown, Wisconsin, Harvard. Il est consultant auprès des plusieurs entreprises industrielles américaines comme Rockwell, North American Aviation à Los Angeles, EPRI – Electric Power Research Institute à Palo Alto, Detroit Edison à Detroit (Michigan) ainsi que pour le gouvernement fédéral, notamment NRC (Nuclear Regulatory Commission) à Washington.

De 1977 à 1981, il est attaché nucléaire à l’Ambassade de France aux États-Unis.

Parallèlement, il conseille EDF où il coordonne les recherches sur les réacteurs à neutrons rapides. Il dirige également TechnicAtome, entreprise responsable de la construction des réacteurs nucléaires pour la marine nationale, des surgénérateurs Phénix et Superphénix ainsi que de certains réacteurs de recherche.

Il est dans les années 1980 un des dirigeants de l'Association nationale des recherches techniques (ANRT). Ultérieurement, avec André Giraud, ministre de l'Industrie de 1978 à 1981, il contribue à créer un Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières (CGEMP) à l’Université Paris-Dauphine dont il est directeur adjoint, puis délégué général.

Il a écrit de nombreuses publications scientifiques et techniques et est membre de nombreuses sociétés savantes

Engagements patriotiques polonaisModifier

Casimir Pierre Zaleski préside la Société historique et littéraire polonaise (SHLP) qui administre la Bibliothèque polonaise de Paris.

Décorations et récompensesModifier

C. Pierre Zaleski a obtenu de nombreuses distinctions scientifiques et honorifiques :

Décorations militaires polonaises et françaises
Décorations polonaises et françaises à titre civil

BibliographieModifier

  • (fr) Itinéraire franco-polonais : d'une enfance heureuse à une jeunesse combattante (1928-1946), en collaboration avec Géraldine Maincent, ed. Play Bac Biographies, 2010[4]
    • (pl) Polskie i francuskie drogi mojego życia : szczęśliwy czas dzieciństwa i wojenna młodość : 1928-1946 (version polonaise de Dorota Felman), éditeur Stanisław Fuksiewicz / Université de Varsovie, 2010 (ISBN 978-83-8837494-4)
  • (pl) Kryzys energetyczny. Zmiany klimatyczne – wyczerpywanie zasobów – ekonomia – polityka, Instytut Europy Środkowo-Wschodniej, Lublin 2009, (ISBN 978-83-60695-20-3)
  • (en) Fueling The 21st Century, avec Aleksandr Efimovich Sheindlin (Александр Ефимович Шейндлин), Taylor & Francis, 1989 (ISBN 978-0891169307)
  • (en) Energy Needs and Resources, Economics and Future Development of Nuclear Power Plants, avec Rudolph Sher, Pergamon Press, 1976[5] (ISBN 978-0-08020855-8)
  • (fr) Mesure des densités de neutrons par autoradiographie de détecteurs, écrit avec André Ertaud, CEA, 1953
  • (fr) Études préliminaires conduisant à un concept de réacteur à neutrons rapides de 1 000 MWe, Saclay, 1964

Notes et référencesModifier

  1. [PDF] Historique de la section de Langue, littérature et civilisation polonaises, Université Lille III
  2. Kawalerowie Virtuti Militari 1792-1945. Słownik biograficzny, tom II, część 2, Koszalin 1993
  3. Bruno Delessard, Énigmatique - Romain Zaleski, financier, Magazine Challenges, 22 novembre 2007. [lire en ligne]
  4. Pierre Zaleski, Itinéraire franco-polonais, , 124 p. (lire en ligne).
  5. http://infoscience.epfl.ch/record/1303

Sur les autres projets Wikimedia :