Canaux de transmission de la politique monétaire

Les canaux de transmission de la politique monétaire sont les canaux par lesquels la politique monétaire, généralement décidée par la banque centrale, influe sur l'économie. La politique monétaire sollicite trois grands canaux : celui du taux d'intérêt, du crédit, et celui du taux de change.

CanauxModifier

Canal du taux d'intérêtModifier

La politique monétaire conventionnelle influe sur les taux d'intérêt afin de modifier le prix de la monnaie. En augmentant la masse monétaire de l'économie, le prix de la monnaie (le taux d'intérêt) sur les marchés diminue. Les taux d'intérêt faibles stimulent l'investissement et la consommation car les entrepreneurs et les consommateurs sont plus enclins à dépenser lorsque le coût de la monnaie est faible[1],[2]. Au niveau individuel, la baisse des taux entraîne un nouvel arbitrage entre consommation et épargne à la faveur de la consommation[3].

Ce schéma, keynésien, peut être formalisé ainsi : M ↑⇒ ir↓⇒ I ↑⇒ Y ↑, où M ↑ est une politique monétaire expansive, ir↓ est la baisse du taux d'intérêt réel, I est l'investissement, et Y est la production[4].

Ce canal est activable même dans les situations où le taux d'intérêt nominal a atteint le taux plancher zéro. En effet, dans une telle situation, c'est par le biais des anticipations que la politique fait effet : l'augmentation de la masse monétaire fait augmenter l'anticipation de hausse des prix, qui augmente l'inflation anticipée, qui réduit les taux d'intérêt réels, augmentant l'investissement et le PIB (M ↑⇒ Pe↑⇒πe↑⇒ ir↓⇒ I ↑⇒ Y ↑)[4].

Canal du créditModifier

Le canal du crédit bancaire est activé par une politique monétaire expansionniste qui accroît les réserves des banques. Cela augmente la quantité de prêts bancaires disponibles, et donc à une hausse des crédits. De manière formelle : M ↑⇒ dépôts ↑⇒ prêts ↑⇒ I ↑⇒ Y ↑[4].

Il existe aussi un « effet bilan ». La dégradation de la conjoncture provoque une situation d'aléa moral : les banques qui financent d'ordinaire les entreprises, ne disposant pas assez d'informations sur l'état de santé réel des entreprises, tendent à réduire leurs crédits. L'augmentation de la masse monétaire joue sur les anticipations en même temps qu'elle permet de revaloriser par le canal financier la valeur boursière de l'entreprise ; cela réduit l'aléa moral et les banques accordent plus de crédit[4].

Canal financierModifier

La politique monétaire, en affectant la valeur des actifs, peut provoquer des modifications dans le q de Tobin, c'est-à-dire dans le coût d'opportunité de l'augmentation du capital fixe de l'entreprise[1].

La politique monétaire peut affecter le prix des actifs financiers. Cela incite les détenteurs d'actifs à reconfigurer leur portefeuille et modifie le risque de défaut ou de détresse financière des entreprises[1].

L'augmentation de la valeur d'actifs peut aussi avoir des conséquences sur la consommation des ménages. En effet, si l'on postule que les ménages consomment en fonction de leurs revenus, et que la politique monétaire fait augmenter le prix des actifs (via des rachats, par exemple), alors le revenu des ménages augmentant, leur consommation augmentera également. En d'autres termes, l'augmentation de la masse monétaire provoque une augmentation du cours des actions, qui se traduit par une augmentation de la valeur des portefeuilles et donc de la consommation, qui stimule la croissance (M ↑⇒ Pe↑⇒ richesse ↑⇒ C↑⇒ Y ↑)[4].

Canal du taux de changeModifier

La politique monétaire, en modifiant les taux d'intérêt réels, peut provoquer des entrées ou des sortie de capitaux : en effet, si le taux d'intérêt augmente, les capitaux entreront. Cela peut avoir un effet sur le taux de change, c'est-à-dire sur la valeur d'une devise par rapport à une autre, car les investisseurs achèteront plus de la monnaie nationale, provoquant une appréciation. Or, une modification de la valeur de la devise a un impact sur le montant des importations et des exportations[1].

Critiques et controversesModifier

Réduction de l'efficacité du canal bancaireModifier

Plusieurs travaux ont mené les économistes à penser que le canal du crédit bancaire était moins efficace que par le passé. Depuis les années 1980, en effet, la réglementaire bancaire étasunienne est plus relâchée et permet aux banques d'accorder plus de crédits sans collecter préalablement des fonds. Aussi, la financiarisation de l'économie a conduit à un déclin du rôle de la banque commerciale dans le financement de l'économie par rapport à la situation des économies d'endettement[4].

Réduction de l'efficacité du taux d'intérêtModifier

Dans sa revue stratégique 2021, la Banque centrale européenne montre que l'interconnexion des systèmes économiques depuis les années 2000 a influé sur l'efficacité du canal du taux d'intérêt. Ce canal est moins utile du fait de l'impact de la mondialisation sur le taux d'intérêt naturel, qui s'est fortement réduit[5].

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Frederic Mishkin, The economics of money, banking, and financial markets, Pearson, , 660 p. (ISBN 978-0-321-42281-1, 0-321-42281-3 et 0-321-44914-2, OCLC 221162385, lire en ligne)
  2. Adrien Lehman, Monnaies, culture et actualité monétaires, dl 2021 (ISBN 978-2-10-081777-1 et 2-10-081777-9, OCLC 1274117266, lire en ligne)
  3. Marc Montoussé, Économie monétaire et financière, Editions Bréal, (ISBN 978-2-7495-0611-1, lire en ligne)
  4. a b c d e et f Frederic S. Mishkin, « Les canaux de transmission monétaire : leçons pour la politique monétaire », Bulletin de la Banque de France,‎ , p. 15
  5. « La conduite de politique monétaire dans un monde interconnecté », sur Banque de France, (consulté le )