Caius Avidius Nigrinus

Caius Avidius Nigrinus est un sénateur et général romain des Ier et IIe siècles, consul suffect en 110 sous le règne de Trajan, dont il est un proche. Il est mis à mort au début du règne d'Hadrien en 118. Il est en outre le grand-père du futur empereur Lucius Aurelius Verus.

FamilleModifier

 
Les Avidii et les Ceionii de l'époque des Flaviens et des Antonins. Arbre non exhaustif.

AscendanceModifier

Sa famille vient de Faventia, en Émilie, où il serait né. Son père, Caius Avidius Nigrinus, est proconsul d'Achaïe sous Domitien, peut-être en 95[1]. Son oncle, Titus Avidius Quietus, est légat en Thrace en 82, consul suffect en 93 et gouverneur de Bretagne entre 97 et 100[2],[3], et a un fils, Titus Avidius Quietus, consul suffect en 111 et proconsul d'Asie en 125-126[4],[5].

Plutarque fait plusieurs fois référence à son oncle et a lui consacré, ainsi qu'à son père, une de ses œuvres de morale, De l'amitié fraternelle : « Ainsi je veux moi-même, mon cher Nigrinus et mon cher Quietus, vous offrir cet écrit composé sur l'amitié fraternelle[6] ». La famille a aussi des liens d'amitié avec Pline le Jeune[2],[7],[1].

DescendanceModifier

Il a une fille de connue, Avidia[8],[9], de son épouse Plautia, qui pourrait être l'ex-femme de Lucius Ceionius Commodus, consul en 106[9]. Il a peut-être une autre fille, Avidia, d'une autre (première) épouse, qui ne semble pas être une noble romaine[9].

Un de ses filles se marie à Lucius Ceionius Commodus, fils du consul en 106, connu plus tard sous le nom de Lucius Aelius[9], qui deviendra le fils adoptif de l'empereur Hadrien et qui décèdera quelques mois avant de lui succéder.

Cependant, le fils de ce dernier, Lucius Aurelius Verus[9], devient empereur de 161 à 169 conjointement avec Marc Aurèle, qui détient cependant le pouvoir réel. Outre Verus, Avidius Nigrinus a pour petits-enfants Caius Avidius Ceionius Commodus et ses sœurs Ceionia Fabia et Ceionia Plautia.

BiographieModifier

Avidius Nigrinus est un ami de longue date de Trajan et de sa famille. Il sert l'empereur en tant que tribun de la plèbe en 105, puis comme légat en Achaïe où il a probablement participé à réorganiser et stabiliser l'administration de la province en difficulté économique. En outre, il semble plus tard proconsul de la province[10].

En 110, il devient consul suffect. Avant la fin de l'année, il est envoyé à Delphes pour une mission extraordinaire[11], comme membre d'un conseil consultatif pour aider l'homme politique et historien Arrien dans le règlement de différends frontaliers, entre le territoire sacré de Delphes et les cités voisines. Il s'appuie, pour rendre sa décision, sur des jugements antérieurs après avoir visité les lieux et écouté les tierces parties. Cet évènement est enregistré à Delphes, où il y a des inscriptions honorifiques dédiées à Nigrinus en grec et en latin[12],[13],[14],[15].

Il est plus tard nommé gouverneur (legatus augusti pro praetore) de la nouvelle province de Dacie, a priori en 114, et il occupe ce poste jusqu'à la mort de Trajan en 117[16]. Un soulèvement est provoqué par les attaques répétées des Sarmates Roxolans et Iazyges ainsi que des Daces libres[17], Caius Iulius Quadratus Bassus y est envoyé à l'été en 117 pour faire face au péril[18], en tant que légat de la legio XIIII Gemina[19],[20].

 
L'empereur Hadrien (117 à 138).

Il aurait toujours été un des adversaires d'Hadrien dans la succession de Trajan, et serait considéré comme « le meilleur des sénateurs[21] ».

Sur ordre du Sénat, Avidius Nigrinus et d'autres conspirateurs sont exécutés, dont les principaux sont Lucius Publilius Celsus (consul en 113), Aulus Cornelius Palma Frontonianus (consul en 99 et 109) et Lusius Quietus (l'un des principaux généraux de Trajan et gouverneur de Judée)[22],[23],[24], car ils sont suspectés d'avoir attenté à la vie du nouvel empereur[23] ou d'aspirer au trône[25]. Hadrien, alors en Syrie, nie avoir ordonné les exécutions[25],[24] de ces quatre sénateurs influents durant le règne de Trajan[23],[24]. On y voit parfois la main du préfet du prétoire Publius Acilius Attianus. Ces assassinats font beaucoup de tort à la popularité d'Hadrien, qui démet Attianus de ses fonctions, réservées aux chevaliers, en le nommant sénateur[26].

Avidius Nigrinus aurait été mis à mort à Faventia[27], sa ville d'origine, en l'an 118[26]. Cela n'empêchera pas Hadrien d'adopter son gendre en 136 pour en faire son successeur.

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Jean-Claude Carrière, Dialogues d'histoire ancienne, 1977, À propos de la Politique de Plutarque, p. 249.
  2. a et b PIR¹ A 1172.
  3. Site LEGION VIII AUGUSTA, Titus Avidius Quietus, voir aussi les notes et références 53-61.
  4. Site LEGION VIII AUGUSTA, op. cit., 62.
  5. Jérôme Carcopino, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1932, Note sur un nouveau fragment des Fastes d'Ostie, p. 369.
  6. Plutarque, Œuvres morales, De l'amitié fraternelle
  7. Pline le Jeune, Lettres, VI, 29 et IX, 13.
  8. Site LEGION VIII AUGUSTA, op. cit., 64.
  9. a b c d et e Pierre Charneux, Bulletin de correspondance hellénique, 1957, M. Vettulenus Civica Barbarus, pp. 125-131.
  10. Jean Colin, Revue belge de philologie et d'histoire, 1966, Une affaire de tapage nocturne devant l'empereur Auguste, pp. 21-23.
  11. CIL III 567.
  12. Gaston Colin, Bulletin de correspondance hellénique, 1903, Inscriptions de Delphes. Actes amphyctioniques relatifs à la fortune du temple d'Apollon et aux limites du territoire sacré, p. 104.
  13. Pierre Roussel, Bulletin de correspondance hellénique, 1932, Delphes et l'Amphictionie après la guerre d'Aitolie, p. 11.
  14. Jean Pouilloux, Collection de la Maison de l'Orient méditerranéen. Série épigraphique, 1986, Delphes et les Romains, p. 290.
  15. Sophia Zoumbaki et Panagiotis Doukellis, Dialogues d'histoire ancienne, 1995, De Flamininus aux Antonins. Conquête et aménagements de l'espace extra-urbain en Achaïe et Macédoine, p. 223.
  16. Ioan Piso, Fasti provinciae Daciae I, Die senatorischen Amtsträger (Antiquitas I, 43) Bonn, 1993, pp. 19-23.
  17. Paul Petit, Histoire générale de l'Empire romain, tome 1 - Le Haut-Empire, éd. Seuil, 1978, p. 222.
  18. Maurice Sartre, Le Haut-Empire romain, les provinces de Méditerranée orientale d'Auguste aux Sévères, Seuil, 1997, p. 49.
  19. Ioan Piso, An der Nordgrenze des Römischen Reiches : ausgewählte Studien (1972-2003), Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2005, p. 205 et p. 219.
  20. Ioan Piso, Fasti provinciae Daciae I, Die senatorischen Amtsträger (Antiquitas I, 43) Bonn, 1993, pp. 23-29.
  21. M.-A. Michel, « Juvénal et Héliodore », dans Revue des Études Grecques, 1963, Actes de l'Association, p. 18.
  22. Anthony Birley, Hadrian, Londinii 1997, pp.87-88.
  23. a b et c Dion Cassius, Histoire romaine, livre 70 (Hadrien), 2.
  24. a b et c Paul Petit, Histoire générale de l'Empire romain, tome 1 - Le Haut-Empire, éd. Seuil, 1978, p. 169.
  25. a et b Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, 4.
  26. a et b Françoise Des Boscs-Plateaux, Un parti hispanique à Rome ?, Casa de Velazquez, 2006, p. 611.
  27. Histoire Auguste, Vie d'Hadrien, 7.