Céramique impressionniste

Vase à décor de barbotine de la Manufacture Eugène Schopin, XIXe siècle
Vase à décor de barbotine colorée par Ernest Chaplet, manufacture Haviland, Paris

L'expression céramique impressionniste s'applique généralement à la « peinture à la barbotine » ou « gouache vitrifiable » ; ce genre de décoration picturale dérive d'un autre procédé mis au point à Sèvres (la pâte-sur-pâte montée au pinceau ou insculptée).

Les poteries ou faïences décorées à la « barbotine » ou à la « demi-barbotine » ont été produites par de nombreuses manufactures et ateliers artisanaux : l'Atelier d'Auteuil, la Faïencerie de Lunéville-Saint-Clément Keller & Guérin[1], Marlotte, Montigny-sur-Loing, Gien, Longwy, Sarreguemines, Vallauris, etc. De nombreux artistes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe ont participé à cette aventure plastique : Barnoin, les peintres Eugène et Ernest Carrière, Clairin, Émile Gallé, Kilbert, Kuijtenbrouwer, Landry, Léon Parvillé, Alfred Renaudin, Charles Rudhart, Quost, Carl Schuller, le sculpteur Paul Aubé, etc.[2]

HistoriqueModifier

Au tournant des XIXe siècle et XXe siècles, les villages de Montigny-sur-Loing et de Marlotte sont les lieux de séjour de nombreux peintres comme Jean-Baptiste Corot, Eugène Thirion (1839-1910), Adrien Schulz (1851-1931), Numa Gillet (1868-1940) et Lucien Cahen-Michel (1888-1980), tous attirés par la qualité des paysages et de la lumière.

Lorsque Eugène Schopin fonde en 1872 une fabrique de céramique à Montigny-sur-Loing, il collabore avec ces peintres pour créer une gamme de modèles inspirés de l'impressionnisme et décorés suivant les nouvelles exigences du public.

Plusieurs fabriques de céramiques se développeront autour de ce courant impressionniste. Les plus renommées, comme celle de Georges Delvaux (1834-1909), d'Albert Boué (1862-1918) et Charles Alphonse Petit (1862-1927), produiront jusqu'en 1922. D'autres manufactures, comme celle de Théodore Lefront à Fontainebleau, collaboreront avec les artistes et céramistes de Montigny.
Simultanément, l’atelier parisien d’Auteuil, laboratoire expérimental de la manufacture Haviland de Limoges, dirigé par le graveur Félix Bracquemond, produit, de 1872 à 1881, des faïences décorées à la barbotine par des peintres issus des cercles impressionnistes. Emile Mousseux se consacrera de son côté au grès. Une plaque apposée sur la mairie de Bourron Marlotte lui rend hommage.
Vers 1878, la manufacture d'Huard de Longwy confie au céramiste Charles Rudhard le soin de diriger son atelier d'art dont le peintre majeur est Kilbert, Eugène Carrière alors au faîte de sa gloire y réalise aussi des portraits de grande qualité. On y exécute également des grandes compositions murales et quelques rares barbotines sur porcelaine tendre.

A Marlotte, sœur jumelle de Montigny-sur-Loing, plusieurs artistes travaillèrent la céramique d'Art dont Jean Renoir, dans sa propriété de la rue Murger (avant de devenir le réputé cinéaste que l'on connaît) pendant deux ans, avec Louis Baude (ami de Jean et élève d'Auguste Renoir) qui s'installa, ensuite, à Montigny-sur-Loing, mais aussi Emile Lessore qui eut son heure de gloire en travaillant, depuis son domicile de Marlotte, pour une faïencerie anglaise.

La plus connue est, sans doute, la faïencerie d'Art de Marlotte créée par le potier Émile Mousseux et le peintre impressionniste Aristide Bézard.

De nombreuses œuvres de la faïencerie d'Art de Marlotte (qui n'existe plus depuis 1933) peuvent être consultées sur une page encyclopédique dédiée à l'histoire de l'art à Marlotte avec, notamment, de nombreuses photos de vases, céramiques, faïences, grès variés, buste de Jeanne d'Arc, Gargouilles de Notre Dame de Cluny, etc. dont certaines photographiées chez des collectionneurs privés. D'autres représentent également des faïences de Montigny-sur-Loing (Louis Baude, Aristide Bézard, Eugène Schopin…).

La techniqueModifier

Le style impressionniste est directement lié à la technique de la barbotine. Cette technique utilise un engobe, pâte délayée et teintée aux oxydes, mise au point au milieu du XIXe siècle par la Manufacture de Sèvres pour décorer la porcelaine.
Il s'agit d'un revêtement décoratif terreux originellement cru (argile sous forme liquide de barbotine, très répandue dans le dernier quart du XIXe siècle après avoir été adaptée à la faïence par Ernest Chaplet[3], sur forme crue mais non sèche) ou cuit (argile cuite broyée fin, agglomérée par un liant vitreux, forme plus aboutie permettant de travailler sur biscuit sans risque d'écaillage), la barbotine est colorée dans la masse par des composés métalliques puis elle est recouverte par une glaçure généralement plombeuse ou alcalino-plombeuse ; l'effet produit tend à évoquer la touche en relief de la peinture à l'huile. Cette technique nécessite une grande maîtrise du pinceau et de l'anticipation du rendu des couleurs car ces dernières ne se révèlent qu'à la cuisson. Le procédé exige des artistes confirmés car l'exécution est généralement réservée à des pièces uniques coûteuses. Les décors sont souvent exécutés sur des formes simples pour éviter une redondance plastique[2].

Un atelier continue de fonctionner à Gien et à Longwy dans la manufacture Saint-Jean l'Aigle (2011) dont le laboratoire et l'atelier d'art entretiennent cette tradition et l'ouvrent à des expressions contemporaines.

Les décorsModifier

Les décors sont des thèmes floraux récurrents, anémones, pavots ou roses trémières, posés en une touche épaisse et libre inspirée de l'impressionnisme. Le paysage et les évocations florales sont les sujets principaux généralement interprétés dans un style naturaliste avec une touche impressionniste, toutefois certaines réalisation se détachent par une originalité marginale, comme les portraits en « sfumato » d'Eugène Carrière ou les scènes historiques d'Ernest Carrière et de Landry, ainsi que les représentations animalières de Kuijtenbrouwer ou de Parvillé.
Ce style ne résistera pas cependant au nouvel engouement pour l'art nouveau, ses formes fluides et ses glaçures irisées.

NotesModifier

  1. Je m'appelle Réverbère p. 1
  2. a et b Source : Thèse de doctorat de Jacques G. Peiffer, Université de Nancy, 2000.
  3. source : Béatrice Brengues, Compte rendu sur l'ouvrage de Pierre-Olivier Fanica et Gérard Boué

BibliographieModifier

  • Pierre-Olivier Fanica et Gérard Boué, Céramiques impressionnistes et grès Art Nouveau, éditions Sous-le-vent/Vilo, 1988. (ISBN 2-7072-0512-5) (notice BnF no FRBNF40034443), puis Massin, 2005.
  • Peiffer Jacques G., Thèse de doctorat, Le savoir des faïenciers au XVIIIe et XIXe siècles, Université de Nancy, 2000.
  • Peiffer Jacques G., L'art des céramiques, une histoire complète des techniques, Dessain & Tolra, Paris, 2000
  • Pierre Poncet, Je m'appelle Réverbère, , 30 p.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier