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Emberiza hortulana

Icône de paronymie Cet article possède un paronyme, voir Ortolang.

Le Bruant ortolan (Emberiza hortulana) ou simplement Ortolan, est une espèce de la famille des embérizidés comprenant les bruants.

La liste rouge 2016 des espèces menacées en France le classe comme « en danger », que ce soit comme nicheur ou comme migrateur[1].

Sommaire

Historique et dénominationModifier

L'espèce Emberiza hortulana a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758[2].

DescriptionModifier

C'est un petit oiseau chanteur, mesurant de 16 à 16,5 centimètres de longueur, pour une envergure comprise entre 24 et 27 centimètres et une masse allant de 19 à 27 grammes[3]. Le mâle a le dessous du corps rosâtre, la poitrine et la tête verdâtre, la gorge jaune, le dos brun-roux rayé de noir, les ailes brun-noir liserées de roux et coupées transversalement de deux fines barres blanches, le bec rose à marron clair et les pattes roses à brun jaune. Un cercle orbital jaune entoure chaque œil marron foncé.

La femelle est plus terne que le mâle. Le plumage hivernal est également beaucoup plus terne et clair.

Répartition géographiqueModifier

Son aire s'étend à travers la steppe eurasienne occidentale et la paléarctique occidental (rare en Europe de l'Ouest). En France, le bruant ortolan est commun dans le Midi. Il migre en automne notamment au Sahel, du Sénégal à l'Éthiopie. Grand migrateur, il peut facilement parcourir plus de 7 000 km.

HabitatModifier

Le Bruant ortolan habite les régions rocheuses, dans les fourrés, les vergers, les prairies, les champs et les vignobles jusqu'à 2 000 mètres d'altitude. Il hiverne notamment dans les savanes.

Régime alimentaireModifier

Il se nourrit de graines et de petits invertébrés.

ReproductionModifier

 
Œufs d'ortolan - Muséum de Toulouse

Lorsqu'il fait suffisamment chaud, le couple construit un nid de végétaux dans un endroit protégé et la femelle y pond de 4 à six œufs blanchâtres, mouchetés de brun. Leur taille a pour valeurs extrêmes : 18,0-22,5 millimètres × 14,3-17,0 millimètres[4]. Les deux partenaires défendent le nid chacun leur tour et ne le laissent jamais sans surveillance. C'est la femelle qui s'occupe de l'incubation durant 12 à 13 jours[4]. Les petits quittent le nid à l'âge de 13 jours.

Le Bruant ortolan et l'hommeModifier

L'ortolan, une espèce menacéeModifier

L'espèce est en diminution dans au moins dix pays d'Europe. On estime la population totale à 400 000 / 600 000 couples. En France, il a disparu de 17 départements entre 1960 et 1990 et diminué dans 7 autres départements. En 1992, la population française d'ortolans était estimée à 15 000 couples. Elle est certainement nettement moins nombreuse aujourd'hui puisque l'espèce a disparu de nombreuses régions où elle était autrefois présente[5].

Le bruant ortolan a été désigné « oiseau de l'année » en 1984 par les ornithologues européens, et un symposium lui a été consacré en 1992 à Vienne.

Les raisons avancées pour la très forte régression de l'espèce en Europe sont la dégradation de son habitat, la réduction des lieux de nidification (changement de paysage agricole), et le braconnage (qui était responsable du prélèvement d'environ 50 000 oiseaux par an, soit 10 fois la population d'ortolans en Allemagne, Belgique et Pays-Bas).

Le bruant ortolan est une espèce protégée en France depuis 1999, après quelques décennies de classement en zone floue[6] : l’article L411-1 du Code de l’Environnement[7] et l’arrêté du 29 octobre 2009[8] établissent qu'à ce titre sont interdits, sur tout le territoire national et en tout temps, la destruction d’individus ainsi que, qu’ils soient vivants ou morts, leur transport, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat. L'article L415-3[9] précise que les infractions à ces dispositions sont passibles de deux ans d’emprisonnement et de 150 000  d’amende. Pourtant, en Aquitaine et notamment dans le département des Landes, l'espèce reste abondamment capturée[réf. souhaitée] à la fin de l'été à l'aide de matoles et d'individus captifs, dits «appelants», dont la voix sert d'attractif. Une fois ainsi capturés vivants, les ortolans sont maintenus en captivité pendant plusieurs semaines pour être engraissés. Ils sont finalement tués (le plus souvent par noyade dans l'armagnac), finalement vendus, et consommés.

Après avoir sommé plusieurs fois la France de faire respecter l'interdiction de chasser du bruant ortolan[10], la Commission européenne décide d'attaquer la France devant la cour de justice de l'Union européenne en décembre 2016[11]. Parallèlement, l'espèce apparaît sur la liste rouge nationale des oiseaux nicheurs menacés, en France, à partir de septembre 2016[12],[13]. Une étude du Muséum national d'histoire naturelle datant de 2016 conclut à un déclin de population de 20 à 30 % entre 2000 à 2014[14], mais sans risque d'extinction. Au niveau mondial, du fait des inconnues concernant son statut dans sa large aire de répartition en Eurasie, son statut de conservation de l'UICN reste LC (« préoccupation mineure »)[15].

GastronomieModifier

L'ortolan est célèbre pour être un mets de gourmet dès l'époque romaine[16] et était précédemment réservé aux rois et grands de ce monde. Alexandre Dumas en offre plusieurs recettes dans son Grand livre de la cuisine paru en 1873[17]. Selon Francine Claustres, il était jadis servi dans une coquille saint-jacques, puis plus tardivement dans une cassolette. En effet, il est très recherché pour sa chair délicate, assez grasse du fait d'un gavage spontané. Capturé dans des pièges appelés matoles, l'ortolan était mis en galère c'est-à-dire enfermé dans une petite boîte carrée percée de seulement deux trous ; l'un servant d'auge à mil et l'autre de baquet d'eau. L'ortolan cherchant à s'enfuir par les orifices, se gave de lui-même. La tradition veut qu'après avoir été engraissé trois semaines[16] exclusivement au millet blanc, il soit noyé dans de l'armagnac, rôti et réduit dans la bouche, lentement, sans presque mâcher, et sans rien recracher en bouillie d'os, de chair et de sang. Traditionnellement, les consommateurs d'ortolans se mettent un linge sur la tête pour mieux concentrer les fumets avec un grand verre de vin rouge[18].

En 1765, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert décrit ainsi la gastronomie liée à cet oiseau :

« Ortolan (Diète et Cuis.) : on ne mange ordinairement cet oiseau qu’après l’avoir engraissé dans des volières. Lorsqu’il y a été nourri un certain temps, il ne paraît plus qu’un petit peloton de graisse. On le met rôti, ou après l’avoir fait tremper pendant une ou deux minutes, dans du bouillon ou du jus bouillant ; car il est si délicat, que cette courte application d’une chaleur légère suffit pour le cuire parfaitement. On pourrait aussi facilement l’enfermer dans des coques d’œufs de poule bien réunies, le cuire dans l’eau ou sous la cendre, et répéter à peu de frais, une des magnificences de Trimalcion, qui est un jeu de festin assez plaisant. On l’assaisonne avec le sel, le poivre et le jus de citron : malgré ce correctif, il est peu de personnes qui puissent en manger une certaine quantité sans les trouver fastidieux : mais si on n’en mange que deux ou trois, on les digère communément assez bien, c’est-à-dire pourtant les estomacs accoutumés aux viandes délicates ; car l’ortolan est éminemment et exclusivement consacré aux sujets de cet ordre. Les manœuvres et les paysans ne sauraient s’en accommoder.[19]. »

Cette pratique traditionnelle, du braconnage à la consommation et le cas échéant la vente au prix fort[20], est un sujet politique sensible et l'une des raisons du succès régional de mouvements politiques comme CPNT. Plusieurs personnages de la sphère politique ne cachaient pas leur goût pour la consommation d'ortolans : ainsi, François Mitterrand en aurait fait (en 1995, avant la protection de l'espèce mais alors qu'elle était déjà non chassable) son dernier réveillon approvisionné par Henri Emmanuelli[6], grand défenseur de cette pratique[21].

BibliographieModifier

  • Francine Claustres, Secrets et recettes de toute la cuisine gasconne, Luçon, Sud Ouest, 1997.

Notes et référencesModifier

  1. UICN France, MNHN, LPO, SEOF et ONCFS, Liste rouge des espèces menacées en France - Oiseaux de France Métropolitaine, Paris, Museum National d'Histoire Naturelle, , 32 p.
  2. Linnaeus, C. (1758). Systema Naturae per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis, Tomus I. Editio decima, reformata. Holmiæ: impensis direct. Laurentii Salvii. i–ii, 1–824 pp : page 177
  3. (fr) Référence Oiseaux.net : Emberiza hortulana (+ répartition)
  4. a et b Jiří Félix, Oiseaux des Pays d'Europe, Paris, Gründ, coll. « La Nature à livre ouvert », , 320 p., 22 centimètres × 30 centimètres (ISBN 2-7000-1504-5), p. 285
  5. Mise à jour de la répartition du Bruant ortolan dans l'Atlas des Oiseaux Nicheurs de France Métropolitaine 2009-2012
  6. a et b Catherine Coroller, « Le paradoxe de l'ortolan. Apprécié de Juppé et Mitterrand, l'oiseau n'est ni chassable ni protégé. », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 10 octobre 2017)
  7. Art. L411-1 du Code de l'Environnement
  8. Arrêté du 29 octobre 2009
  9. Art. L415-3 du Code de l'Environnement
  10. Nicolas Celnik, « La France va-t-elle mettre fin au braconnage des ortolans ? », sur Le Monde.fr, (consulté le 11 juillet 2017)
  11. Rachida Boughriet, « Chasse à l'ortolan : Bruxelles traduit la France devant la Cour de justice européenne », sur actu-environnement, (consulté le 11 juillet 2017)
  12. Vincent Dewitte, « Landes : le bruant ortolan classé "en danger", relaie la LPO », sur Sud Ouest.fr, (consulté le 12 juillet 2017)
  13. « Chasse à l’ortolan: la Commission traîne la France devant la CJUE », sur entreprise.news,
  14. « Landes : la chasse à l'ortolan vit sans doute ses dernières heures », sur sciencesetavenir.fr, 2" décembre 2017 (consulté le 20 mai 2018)
  15. (en) « Emberiza hortulana »
  16. a et b Francine Claustres, Secrets et recettes de toute la cuisine gasconne, Luçon, Sud Ouest, 1997, page 230.
  17. Ortolans à la provençale d'Alexandre Dumas, Grand livre de la cuisine, 1873
  18. Le dîner d’ortolans de François Mitterrand
  19. Louis Jean-Marie Daubenton et Gabriel François Venel, Article « Ortolan », dans l’Encyclopédie, 1re édition, 1765 (tome 11, p. 675).
  20. Ortolans : les fins palais les achètent à prix d'or
  21. Henri Emmanuelli soutient les braconniers

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

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Références taxinomiquesModifier

Liens externesModifier