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Bodadeg ar Sonerion

association regroupant les musiciens traditionnels bretons
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Bodadeg ar Sonerion
Logo de l’association
Cadre
Forme juridique loi 1901
But Revaloriser l’image du sonneur traditionnel breton, sauver et dynamiser la création musicale en Bretagne, fédérer la population autour de sa fierté identitaire
Fondation
Fondation 1946
Fondateur Polig Monjarret, Dorig Le Voyer, René Tanguy, Efflam Kuven, Robert Marie, Iffig Hamon
Identité
Siège 2 chemin du Conservatoire
56270 Plœmeur
Président André Queffélec
Site web www.bodadeg-ar-sonerion.org

Bodadeg ar Sonerion (« B.A.S. » en abrégé), est une association regroupant les musiciens traditionnels bretons, notamment ceux de cornemuse, bombarde et caisse claire. Elle a servi de base pour la création des premiers bagadoù à la fin des années 1940.

Son nom, breton, signifie « Assemblée des sonneurs » en français.

L'association supervise, chaque année depuis 1949, le championnat national des bagadoù. Celui-ci s'organise en deux manches : une épreuve de printemps, une épreuve d'été (cette dernière se tenant lors du festival interceltique de Lorient pour certaines catégories).

Sommaire

HistoriqueModifier

OrigineModifier

Les années 1920 voient un changement important dans le monde breton, avec un tournant générationnel important : l'habit traditionnel est délaissé, tout comme la musique, à laquelle on préfère les airs à la radio. Il en est de même pour les bals, où les danses bretonnes sont remplacées par les pas à la mode en France[1]. Dans ce cadre de changements sociaux et économiques, la culture et la langue bretonne est à présent perçue « en termes de retard et de handicap[1] ».

Le couple biniou-bombarde est donc victime de ces changements, et est alors en voie de disparition malgré sa richesse et sa spécificité[1]. Dans les années 1920, une dizaine de musiciens traditionnels seulement étaient encore en activité[1]. Une première tentative de regroupement de sonneurs s’opère alors, afin de sauver les savoirs. C'est la création de la KAV, Kenvreuriezh ar Viniaouerien (Confrérie des joueurs de biniou), en 1932 par Hervé Le Menn dans le milieu breton de Paris[1].

À cette première fédération succède la première et véritable société de sonneurs, la Bodadeg ar Sonerion (« Assemblée des sonneurs » - B.A.S.), créée au cours du Congrès de l'Institut celtique de Bretagne en 1943[1]. Le , Bodadeg ar Sonerion livre sa première prestation dans la cour du Parlement de Bretagne à Rennes[1]. Ses membres fondateurs, les « six mousquetaires » selon les mots de Per-Jakez Helias[1] sont Dorig Le Voyer, Efflam Kuven, Robert Marie, Iffig Hamon, René Tanguy et Polig Monjarret. La première tâche à laquelle s’attelle Dorig est la fabrication des instruments, ce qui supposait de partir à la recherche d'introuvables outils et matières premières (bois, cuir...). Polig se charge du collectage des chants auprès des dix-sept anciens sonneurs issus de la tradition encore vivants. Prenant tout en note, à la main, il recueille des centaines de morceaux qui furent soumis à l'analyse du jeune compositeur et chef d'orchestre Jef Le Penven[2]. Parallèlement, la formation débute, notamment lors des camps musicaux d'été, inspirés du scoutisme. Le premier camp musical se déroule en , à Gouézec, avec 23 élèves[réf. souhaitée].

Du fait de la guerre, les statuts de la B.A.S. ne seront déposés à la préfecture de Rennes qu'en 1946[1]. Dorig Le Voyer en devient président, Polig Monjarret le secrétaire et Robert Marie le responsable financier[2]. La BAS compte en 1946 trois cent membres[3]. Au début, le projet semble fou : « Pour beaucoup de détracteurs, ce nouveau combat semble perdu d'avance, tant il va à contre-courant des préoccupations de l'époque »[1]. C'est l'idée du bagad, reprenant celle des pipe-bands écossais qui va motiver les jeunes sonneurs[1]. Après plusieurs tentatives pour rassembler des sonneurs au sein d'une formation, Polig Monjarret, qui habite à Carhaix depuis 1947 et fréquente le cercle celtique, rassemble des musiciens pour créer le premier bagad à Carhaix en 1948[1], avec la forme à trois pupitres qu'on lui connaît encore aujourd'hui : bombardes, biniou braz (progressivement remplacé par la cornemuse écossaise) et une section rythmique (caisses claires écossaises et percussions).

L'Après-guerreModifier

 
Logo BAS

La formation se poursuit à l'après-guerre : un second camp musical se déroule en à Argol et en 1947, le troisième camp, à Sarzeau, invite une délégation écossaise. On y travaille la bombarde, la cornemuse écossaise, introduite par Charles Le Goffic en 1895, le chant et la culture bretonne en général[2]. En 1949, la B.A.S. sort sa revue Ar Soner. Vers 1950, Dorig Le Voyer vend en moyenne 250 bombardes et 80 binious braz par an[4]. En une décennie, Polig Monjarret, qui s'est lancé dans la collecte du patrimoine musical dès 1942, parvient à rassembler près de 2 000 airs, tous issus du répertoire des sonneurs de couple[4].

En 1950, la fédération Kendalc'h (« Maintenir » en breton) naît à Quimper. Elle regroupe, avec les cercles et la B.A.S., tous ceux qu'intéressent la culture bretonne. Polig Monjarret en est le secrétaire général. En 1953, pour fêter les 10 ans de la B.A.S., un festival international de cornemuses se déroule à Brest. Il sera reconduit chaque année et, pour retrouver une nouvelle vigueur, émigrera en 1971 à Lorient. Si pour la BAS, la cornemuse sert de référence, le biniou traditionnel, désormais appelé kozh (vieux) ou bihan (petit), n'est pas abandonné : elle organise à partir de 1957 à Gourin un concours de sonneurs de couples où ce dernier est très représenté[4]. En 1958, plus de cent bagad sont recensés, en Bretagne et dans toute la France[2].

Dans la seconde moitié du XXe siècle, l'association s'impose comme la plus importante « école de musique traditionnelle » jamais créée[4]. Chaque semaine, une cinquantaine d'enseignants itinérants se rendent dans les écoles des bagadoù et chaque année, 4 000 élèves bénéficient des cours[5]. Depuis 2010, le président de Sonerion est André Queffélec[6], il succède à Bob Hasle qui aura présidé l'association durant 13 années. En 2010, Sonerion regroupe 130 bagad, soit environ 6 000 musiciens[7].

OrganisationModifier

 
Vannes, concours des bagadous 4e catégorie A, 12 juillet 2014

StructureModifier

Depuis 1964, Sonerion est organisé en plusieurs fédérations départementales :

  • Sonerion Aodoù an Arvor (section départementale des Côtes-d'Armor - 22)
  • Sonerion Penn ar Bed (section départementale du Finistère - 29)
  • Sonerion Bro Roazhon (section départementale d'Ille-et-Vilaine - 35)
  • Sonerion Bro Naoned (section départementale de Loire-Atlantique - 44)
  • Sonerion Bro Gwened (section départementale du Morbihan - 56)
  • Sonerion Divroet (section hors-Bretagne).

Sonerion national, dont le siège se trouve à Plœmeur (Morbihan) au Centre Amzer Nevez, se charge de la gestion administrative, de l'organisation générale de l'association. L'actuel président de Sonerion est André Queffélec, sa directrice est Vonick Fraval depuis 2012[8].

Historique des présidentsModifier

FormationModifier

 
Logo de Skol Muzik.

« Skol Muzik Sonerion » est l'école de formation musicale gérée par la fédération depuis septembre 2015. Formant plus de 4 000 musiciens par an, son importance en Bretagne est reconnue, faisait de Sonerion la plus grande école de musique[12]. Les besoins grandissants des sonneurs ont poussé Sonerion à se doter d’une structure à dimension régionale. Jusque-là, les fédérations départementales et les groupes eux-mêmes organisaient la formation[13].

En octobre 1983, Sonerion Penn-ar-Bed emploie pour la première fois un professeur salarier de BAS, le sonneur Erwan Ropars[14]. La professionnalisation d'une cinquantaine de formateurs permanents est un relais au travail des bénévoles. Les associations adhérentes possèdent une école dont les cours permettent la maîtrise progressive d'un instrument (bombarde, cornemuse, binioù, batterie). Ainsi, il existe une centaine de lieux d'enseignement de la musique de bagad et environ 400 formateurs bénévoles. L'enseignement se complète de cours de solfèges, d'une formation culturelle en lien avec la musique et de stages[15].

Sonerion consacre près de la moitié de son budget annuel à son école régionale et les deux tiers de l'aide de la Région Bretagne sont affectés à la formation musicale des jeunes[14].

ConcoursModifier

Championnat national des bagadoùModifier

 
Le Bagad Cap Caval venant de remporter le « maout » en 2009.

Le Championnat national des bagadoù, organisé par Sonerion, a lieu chaque année depuis 1949.

Article détaillé : Championnat national des bagadoù.

Championnat de Bretagne des sonneurs par coupleModifier

Deux concours sont organisés depuis 1957 : couples kozh et couples braz.

La finale du championnat de Bretagne des sonneurs par couple se tient tous les ans à Gourin (Cornouaille), traditionnellement le premier week-end de septembre.

Article détaillé : Championnat des sonneurs.

Autres concoursModifier

D'autres championnats sont également coorganisés par Sonerion : le championnat de musique traditionnelle (sonneurs de couples, duo libre, etc.), ainsi que de multiples concours où s'affrontent batteurs, sonneurs de bombardes, de cornemuses, etc.

ÉditionsModifier

 
Logo d'Ar Soner

Bodadeg ar Sonerion édite dès 1947 des partitions à destination des sonneurs, issus d'un important travail de collectage. Elles sont publiées dans les numéros d'Ar Soner (revue bimestrielle qu'elle édite à partir de mai 1949), ou bien au sein de recueils (Sonit 'ta sonerion en 1947, Chouez er beuz en 1953, Waraog Kit en 1967, etc.)[16]. D'autres méthodes pour apprendre à jouer cornemuse, bombarde et caisse claire ont depuis été éditées, ainsi que des recueils de partitions (Tonioù Breizh-Izel).

Sonerion édite chaque année des CD / DVD du championnat des bagadoù de première catégorie, pour les deux épreuves (Brest et Lorient).

Notes et référencesModifier

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Extrait de l'archive INA « Ouest en mémoire ».
  2. a, b, c et d Pichard 2000, p. 51
  3. Musique bretonne, p. 117
  4. a, b, c et d Musique bretonne, p. 119
  5. Jean-Claude Raspiengeas, « Lorient, capitale d'une celtitude cosmopolite », La Croix,‎ , p. 12 (lire en ligne).
  6. Le Télégramme du 11 juillet 2010
  7. Gildas Jaffré, « Le sacré coup de jeune du phénomène bagad », Ouest-France, (consulté le 9 août 2010)
  8. « Bodadeg ar Sonerien. Le nouveau directeur... est une directrice », Le Télégramme, 1er avril 2012, consulté sur www.letelegramme.com le 3 avril 2012
  9. « Culture bretonne. Martial Pézennec est décédé », dans Le Télégramme, 6 septembre 2010, consulté sur www.letelegramme.fr le 21 décembre 2013
  10. Mathieu Pélicart, « Bagad Roñsed-Mor. Le bébé d'Alain Le Buhé », dans Le Télégramme, 10 mai 2009, consulté sur www.letelegramme.fr le 21 décembre 2013
  11. Paskal Mazé, « André Queffélec veut sonner plus haut », Le Télégramme, 10 août 2010, consulté sur www.letelegramme.com le 10 août 2010
  12. Jean-Laurent Bras, « Skol Muzik : la rentrée de 4 000 élèves », Ouest-France,‎ (lire en ligne).
  13. « Skol Muzik : un projet pédagogique pour 4 000 élèves », supplément Ouest-France,‎ , p. 16
  14. a et b Jean-Laurent Bras, « La plus grande école de musique de Bretagne », supplément Ouest-France,‎ , p. 16 (lire en ligne)
  15. « Skol Muzik Sonerion », sur bodadeg-ar-sonerion.org, (consulté le 28 janvier 2017).
  16. Logann Vince, Débuts des bagadoù, chroniques d'un succès annoncé : L'expansion du nouvel orchestre breton (1943-1970), Mémoire de Master 1re année, sous la direction de Jérôme Cler, 2009-2010, p. 32, lire en ligne

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • collectif et Michel Colleu (dir.), Musique bretonne : Histoire des sonneurs de tradition, Douarnenez, Chasse-Marée, , 159 p. (ISBN 2353570569), « KAV et BAS : Les premières associations bretonnes de sonneurs », p. 116-119
  • Jean-Pierre Pichard (photogr. Philip Plisson), Musiques des mondes celtes, Édition du Chêne, coll. « Philip Plisson », , 167 p. « Bodadeg Ar Sonerion (BAS) », p. 51
  • Armel Morgant et Jean-Michel Roignant (photographie), Bagad : vers une nouvelle tradition, Spézet, Coop Breizh, , 160 p. (ISBN 2-84346-252-5)
  • Georges Cadiou, « BAS », dans EMSAV : Dictionnaire critique, historique et biographique : Le mouvement breton de A à Z du XIXe à nos jours, Spézet, Coop Breizh, , 439 p. (ISBN 978-2-84346-587-1), p. 33-34

Articles connexesModifier

Liens externesModifier