Blindage réactif explosif

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Le blindage réactif explosif est un type de blindage réactif utilisé sur les véhicules blindés qui, à l'aide d'un explosif, réagit à l'impact d'un projectile afin de réduire ou de stopper sa perforation.

HistoriqueModifier

 
Gros plan sur les tuiles réactives Blazer recouvrant le M48 Magach 4 israélien capturé par l'armée syrienne en 1982.

Les premiers travaux sérieux sur les technologies de protection utilisant de l'explosif furent menées par le chercheur et académicien soviétique B. Voitsekhovsky de l'Institut de recherche sur l'acier (NII Stali) en 1949. Les premières expérimentations eurent lieu durant les années 1960 mais les résultats des tests ne furent pas concluant et provoquèrent même des accidents.

Dans les années 1970, le docteur Ouest-Allemand Manfred Held (1933-2011), expert en balistique, proposa un brevet de blindage réactif explosif à la République fédérale d'Allemagne et à d'autres pays membre de l'OTAN qui n'y prêtèrent guère attention. Néanmoins, ses travaux furent repris par RAFAEL, une agence israélienne de recherche et de développement militaire. Cette agence civile, dépendant du ministère de la Défense, mit au point, en coopération avec IMI, le premier blindage réactif explosif au monde, dénommé « Blazer  »[1].

Lors de l'opération «Paix en Galilée » d'invasion du Liban en 1982, les chars M48, M60 Magach et les Centurion Sho't sont recouverts de tuiles Blazer La même année, les Russes récupéreront un M48 Magach 4 capturé par les Syriens[2] et en exploitèrent les solutions développées par les israéliens.

En 1984[3], ils équipèrent massivement les T-72 et T-80 du Pacte de Varsovie de briques Kontakt-1. Ce qui attira l'attention de l'OTAN, car les évaluations d'experts démontraient qu'aucun missile antichar en service à l'époque dans les pays membres n'aurait pu passer à travers. Cela accéléra la mise au point de missiles à attaque par le toit, comme les TOW-2B et Javelin américains ou encore le BILL suédois, ainsi que les missiles à charge tandem TOW-2A, HELLFIRE II américains et les MILAN 2T, HOT-3 européens dont la première charge creuse fait exploser la tuile réactive, ouvrant ainsi le passage à la charge principale qui attaque le char.

Principe de fonctionnementModifier

 
Schéma du fonctionnement d'un blindage réactif explosif.
 
Schéma du fonctionnement du blindage réactif explosif Kontakt-1, il contient deux éléments réactifs 4S20.

Le principe du blindage réactive explosif (ou ERA, en anglais Explosive Reactive Armor) est celui d'un assemblage de trois couches (ou sandwich) incliné à plus de 25°[4] et formé par deux plaques d'acier emprisonnant une couche d’explosif[4] (ou feuillet). Quand le dard formé par l'explosion d'une charge creuse impacte le sandwich, il déclenche la détonation de l'explosif, ce qui met en mouvement les deux plaques d'acier, qui s’éloignent alors l’une de l’autre à très haute vitesse. Ce faisant, tout se passe comme si le dard de charge creuse voyait défiler devant lui une plaque d'acier qu'il découpe à la manière d'une scie sauteuse avec une planche de bois[5]. Cette découpe consomme le dard et le fractionne, ce qui réduit sa capacité de pénétration.

Efficacité massiqueModifier

L’Em théorique d’un sandwich réactif peut être supérieure à 10, c'est-à-dire qu'elle est dix fois plus légère que le bloc d'acier qu'il aurait fallu mettre pour arrêter ce dard. Cependant, cette Em théorique chute rapidement pour plusieurs raisons[5] :

  • Il faut d'abord arrêter la plaque arrière au moyen d'une structure, sinon elle pourrait elle-même constituer un projectile dangereux.
  • La tête du dard n'est pas traitée par le sandwich qu’elle traverse après avoir déclenché l'explosif. Il faut donc de la matière pour l'arrêter.
  • Enfin, les sandwichs doivent être tenus et fixés. On utilise pour cela des boîtes métalliques qui les protègent contre les éclats du champ de bataille et qui sont vissées sur la structure du véhicule.

Tout cela fait que l'Em des sandwichs dits « intégrés » est ramenée entre 4 et 6. Suivant la puissance de la charge creuse à arrêter, on utilise un, deux, voire trois sandwichs étagés. L'une des grandes difficultés dans la mise au point des blindages réactifs explosifs fut de concevoir des explosifs « insensibles » aux autres agressions et qui ne se déclenchent qu’à l'impact d'un dard. Les premiers essais menés avec un char recouvert de tuiles réactives montraient que l'explosion d'un sandwich déclenchait l'explosion de tous les autres par sympathie. Le char étant littéralement déshabillé de son surblindage. Le tir d’une rafale de mitrailleuse ne doit pas non plus se traduire par une destruction des éléments réactifs. La mise au point de ces explosifs spéciaux fut longue avant d'arriver à une solution opérationnellement satisfaisante.

ÉvolutionModifier

Réduire l'efficacité des obus-flècheModifier

 
Sur le T-80U, le Kontakt-5 est présent sur le glacis, le premier tiers des jupes latérales ainsi que sur l'avant de la tourelle (masqué par des rabats en caoutchouc renforcé) et le toit de cette dernière.

Plusieurs perfectionnements ont lieu à la suite de la mise en service de la première génération de blindages réactifs explosifs. Les Soviétiques améliorèrent le concept en développant, entre 1985 et 1987[6], la série de tuiles Kontakt-5, elles offrent une protection polyvalente face aux charges creuses et aux obus-flèche. Ce blindage réactif explosif est référé comme étant un blindage réactif "lourd" par les anglophones et comme étant "intégré"[7] (en russe : vstroenniy) car faisant intégralement partie du blindage des chars de combat T-80U et T-90. Les plaques d'acier sont plus lourdes pour casser les flèches et la tuile renferme deux sandwichs 4S22 décalés angulairement de façon à attaquer le dard ou le barreau de flèche suivant deux directions. Cela améliore l'efficacité de l'étage réactif.

Contrer les charges tandemModifier

 
Coupe transversale du blindage réactif explosif DYNA protègeant le T-72M4 CZ des charges tandem.

Plusieurs industriels proposent aujourd'hui des tuiles ou des briques réactives capables de s'opposer à des charges tandems grâce à un compartimentage optimisé qui neutralise la charge précurseur sans toucher le sandwich arrière prévu pour défaire la charge principale.

La société slovaque ZTS Martin, a mis sur le marché cette technologie avec leurs briques DYNA (DYNamic Armour) montée sur le T-72M4 CZ. Les boîtes DYNA renferme des éléments de forme rhomboïdale autour desquels sont enroulés une couche d'explosif.

La firme ukrainienne Mikrotek a développé des blindages réactifs explosifs à base de charges coupantes. Les tuiles appelées Nozh-L (Nozh signifie « couteau » en ukrainien) et Duplet renferment des charges linéaires explosives dont la détonation transforme un demi-cylindre de cuivre en une lame coupante capable de tronçonner une flèche en plusieurs petits morceaux qui perdent leur capacité individuelle d’agression. Chaque brique contient jusqu'à une douzaine de charges coupantes rangées les unes à côté des autres comme des crayons de couleur dans leur boîte. Quand la flèche frappe la brique, elle déclenche l'explosion en chaîne des charges. Duplet protège le char ukrainien T-84M Oplot-M.

Une version pour protection latérale contre missiles et RPG appelée Raketka comprend deux étages de briques insérés dans une boîte fixée sur les flancs du blindé.

LimitationsModifier

  • Usage unique.
  • Durée de vie limitée par la date de péremption de l'explosif.

Fabricants et produitsModifier

GalerieModifier

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Notes et référencesModifier

  1. André Dumoulin, « Surenchère à la menace conventionnelle : le blindage réactif,un nouveau « gap » militaire », Études internationales, vol. 20, no 2,‎ , p. 361 (lire en ligne)
  2. (en) Jim Warford, « The Secret Testing of Israeli M111 “Hetz” Ammunition: A Model of Failed Commander’s Responsibility. », ARMOR,‎ septembre - octobre 2006, p. 23 (lire en ligne)
  3. (en) Iron Drapes, « T-72: Part 2 », sur thesovietarmourblog.blogspot.com, (consulté le 22 novembre 2020)
  4. a et b (en) Richard Ogorkiewicz, Technology of Tanks, Londres, Jane's Information Group, , 424 p. (ISBN 978-0-7106-0595-5), p. 374
  5. a et b Marc Chassillan, « La Protection Balistiques des Chars Modernes », Trucks & Tanks Magazine, no 66,‎ mars - avril 2018, p. 80
  6. (en) « About NII Stali : Major milestones », sur .niistali.ru (consulté le 28 novembre 2020) : « 1987 Design and service introduction of “Kontakt-5” integrated multipurpose ERA system. »
  7. (en) Steven Zaloga, T-80 Standard Tank : The Soviet Army's Last Armored Champion, Osprey Publishing, , 48 p. (ISBN 978-1-84603-244-8), p. 24