Les Blemmyes sont une population nubienne qui apparait dans la vallée du Nil à partir du milieu du IIIe siècle[1]. Ils prennent le contrôle de la province romaine du Dodekashoinos au sud de l’Égypte au milieu du IVe siècle. Ils y constituent un royaume qui sera annexé par la Nobatie après la victoire du roi SIlko sur les Blemmyes. En partie nomade, cette population est mentionnée durant les périodes ptolémaïque, romaine et byzantine au temple de Philæ, alors lieu de rencontres pacifiques entre les Égyptiens et les tribus nubiennes dont les Nobades et des Blemmyes.

Les Blemmyes en l'an 600, au sud-est de l'Égypte, alors province de l'Empire romain d'orient.

Le peuple historiqueModifier

Les Blemmyes sont mentionnés en 336, en tant qu'alliés des Méroites avec lesquels ils participent à une ambassade auprès de l'empereur Constantin[2].

Les sources romaines les décrivent comme un peuple de pillards attaquant le sud de l’Égypte. De fréquentes expéditions romaines les repoussent, l'une d'elle fut commandée par Dioclétien[1].

En 394, ils prennent le contrôle de Talmis (Kalabchah) et adoptent le culte d'Isis[3]. Olimpiodorus visite le royaume Blemmye centré sur leur capitale religieuse Kalabcha vers 423[3]. Selon Arthur Obluski, beaucoup d'indices laissent penser que leur royaume aurait été constitué des Blemmyes restés nomades, vivant de l'élevage de leurs troupeaux, mais contrôlant les populations sédentaires situées dans la vallée du Nil[4].

Lorsque les cultes païens sont interdits dans l'empire romain, le culte d'Isis reste autorisé à Philæ pour les seuls Nubiens, qui sont autorisés à prendre la statue de la déesse et l'emporter dans leur pays à partir de 453[5].

Leur royaume est conquis par le roi Silko de Nobatie, les Blemmyes sont chassés dans les déserts à l'est du Nil. A l'entrée du Temple de Kalabsha, une inscription en grec, datée d'environ 450 rend compte de cette victoire. Elle glorifie Silko, roi des Nobades, et proclame son triomphe sur les Blemmyes[6].

 
Le roi Silko à cheval transperce un ennemi couché, une victoire ailée lui appose la couronne portée par le dieu Mandoulis (couronne des pharaons de la période tardive)[7]


Les Blemmyes se seraient mêlés de la politique romaine en soutenant l'usurpateur Firmus, puis en s'emparant de Ptolémaïs et de Coptos au temps de Probus. Dioclétien finit par les réduire[réf. nécessaire].

Les Ababdehs modernes pourraient descendre de cette tribu, islamisée au XIIIe siècle.

Le peuple légendaireModifier

 
Une représentation fantaisiste des Blemmyes, tiré de la Cosmographie universelle de Sebastian Münster (1544).

Les récits fantaisistes les décrivent comme sans tête, sans cou, et possédant les yeux et la bouche sur la poitrine. Pline l'Ancien indique ainsi qu'« on rapporte que les Blemmyes sont sans tête, et qu’ils ont la bouche et les yeux fixés à la poitrine »[8].

Ces personnages sont abondamment représentés au Moyen Âge. C'est l'un des premiers monstres d'origine antique qui renaît dès les « bestiaires » romans, avant la généralisation des grylles et monstres similaires au XIIIe siècle[9].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Obluski 2014, p. 24.
  2. Obluski 2014, p. 26.
  3. a et b Obluski 2014, p. 27.
  4. Obluski 2014, p. 33.
  5. Jean Leclant, Histoire générale de l'Afrique, vol. 2, Paris, UNESCO, , 905 p. (ISBN 92-3-201708-3, lire en ligne), p. 316
  6. Kazimierz Michalowski, Histoire générale de l'Afrique, vol. 2, Paris, UNESCO, , 905 p. (ISBN 92-3-201708-3, lire en ligne), p. 349-364
  7. Rilly 2019, p. 385-387.
  8. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Paris, Dubochet, Le Chevalier et Cie, ([[s:Histoire naturelle - Livre V-VIII|lire sur Wikisource]]), V, 7 et 8.
  9. Jurgis Baltrušaitis, Le Moyen Âge fantastique, Flammarion, coll. « Champs arts », , 319 p. (ISBN 978-2-08-122061-4), chap. 1 (« Grylles gothiques »), p. 35, 36 et 48.

BibliographieModifier

(en) Arthur Obluski (trad. Iwona Zych), The rise of Nobadia : Social changes in Northern Nubia in late antiquity, Varsovie, Université de Varsovie, , 135 p. (ISBN 978-83-925919-9-3, lire en ligne)

Claude Rilly, Olivier Cabon, Vincent Francigny, Bernard François, Marc Maillot, Mohamed Musa Ibrahim et Odile Nicoloso, Histoire et civilisations du Soudan, Collège de France, , 976 p. (ISBN 978-2-918157-30-4, lire en ligne)

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